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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

LABORATOIRE D'HYGIENE DE LA VILLE DE PARIS

Site Internet : http ://www.paris.fr/portail/Environnement

Dr. Fabien SQUINAZI, Directeur du Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris (LHVP), Membre du Conseil supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF), Membre du Conseil scientifique de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI)
M. Yvon LE MOULLEC, Directeur adjoint du Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris (LHVP), Membre du Conseil supérieur d'hygiène publique de France (CSHPF), Président du Conseil scientifique de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI)

(7 juin 2006)

En préambule, le Dr Fabien SQUINAZI a présenté le Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris, créé en 1910 pour étudier l'environnement et la santé (l'hygiène publique à l'époque), qui comprend une centaine de personnes, dont cinquante techniciens et vingt ingénieurs hygiénistes et vacataires.

Le Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris est organisé autour de quatre pôles d'activité :

- la pollution physico-chimique des atmosphères intérieures comme extérieures ;

- la biologie environnementale (allergènes, moisissures, légionelles, pollens,...) ;

- la microbiologie médicale ;

- l'évaluation des risques sanitaires liés à l'environnement.

L'activité du laboratoire se répartit entre la Ville de Paris (pour la moitié), des conventions avec des organismes comme la RATP ou AIRPARIF... (pour un quart) et des prestations pour des collectivités privées (pour un quart).

Le laboratoire n'a pas d'activité à caractère réglementaire.

Ses actions consistent en des enquêtes et audits environnementaux à visée sanitaire, des prélèvements et des analyses de polluants physico-chimiques ou de bio-contaminants, des rapports d'études contenant des conseils pour améliorer les situations constatées.

S'agissant des enquêtes épidémiologiques, le Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris y participe mais n'en effectue pas lui-même.

Le Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris participe à des groupes de travail avec l'AFSSET, l'AFSSA, le ministère de l'écologie et du développement durable et le ministère de la santé.

M. Yvon LE MOULLEC a précisé que, sur le plan national, la pollution intérieure était étudiée par l'OQAI notamment sous ses aspects identification des polluants nocifs et des situations à risque et évaluation des expositions des populations ainsi que par l'AFSSET à travers la détermination de valeurs guides pour l'air intérieur en général (le formaldéhyde) ou pour des environnements spécifiques tels que les parcs de stationnement couverts (au-delà du seul monoxyde de carbone CO).

Il a rappelé que le Conseil supérieur d'hygiène publique de France avait rendu des avis sur les éthers de glycol, sur les composés organiques volatils contenus dans les matériaux de construction et sur les fibres minérales artificielles.

Il a évoqué le chapitre habitat du plan national santé environnement, qui traite notamment des risques liés à différents contaminants (légionelles, plomb, amiante, fibres minérales artificielles, moisissures), de l'humidité et de l'aération des locaux.

Le Dr Fabien SQUINAZI a insisté sur les lacunes françaises dans la connaissance de la pollution intérieure. Il a précisé qu'un certain nombre d'études démarrent à la suite de plaintes ou de problèmes de santé, souvent à la demande de médecins, mais que ces études se heurtent à l'absence de valeurs guides. Par exemple, pour le formaldéhyde, les valeurs retenues sont celles fixées par l'OMS. Pour d'autres substances, il n'existe pas de valeurs guides autres que celles établies pour le milieu professionnel. Il faut donc procéder par comparaison avec des mesures réalisées dans d'autres pièces, d'autres bâtiments ou avec l'extérieur.

Quant aux émanations des produits de construction, il revient aux industriels de tester les matériaux qu'ils fabriquent. Cependant, les industriels progressant peu dans cette voie, une forte incitation serait souhaitable ; en effet, seuls les industriels peuvent réduire les émissions à la source.

M. Yvon LE MOULLEC a relevé que si, en général, les sources de pollutions extérieures sont connues, de même que les indicateurs de cette pollution, il est beaucoup plus difficile d'acquérir ces connaissances pour l'air intérieur. Il a noté, par exemple, la difficulté résultant de l'évolution permanente des produits utilisés (déodorants, biocides,...).

Le Dr Fabien SQUINAZI a évoqué les problèmes de mobilier et de revêtement qui devraient faire l'objet d'informations pour que le particulier puisse choisir en connaissance de cause. Pour les produits ménagers, il faut distinguer entre le danger éventuel dû aux produits et l'usage qui est fait de ceux-ci. En effet, les mésusages sont importants et on est démuni face à cela. Certes, les centres antipoison analysent cela mais seulement après l'accident. Il convient aussi de connaître à la fois le produit et ce qu'il devient dans l'atmosphère au contact d'autres produits. Il a attiré l'attention, par exemple, sur les bâtonnets d'encens qui dégagent en se consumant du formaldéhyde et du benzène.

A propos des tests de « Que Choisir ?», M. Yvon LE MOULLEC a estimé qu'ils donnaient souvent des alertes utiles

Il a considéré qu'il faudrait évaluer les émissions et les risques associés à celles-ci, ce qui montrerait que, dans les intérieurs, les polluants sont présents à des niveaux non négligeables. En effet, la pollution intérieure se compose d'un cocktail de plusieurs centaines de produits, ce qui avait été mis en valeur par l'analyse de sang effectuée auprès des parlementaires européens. Encore une fois, il serait souhaitable d'obtenir des valeurs de référence pour apprécier les risques de chaque produit, mais les tests sont très longs à réaliser pour chaque substance chimique.

Le Dr Fabien SQUINAZI a relevé que les problèmes de ventilation suscitent de plus en plus de plaintes, par exemple dans les bâtiments climatisés. En général, la ventilation est insuffisante dans les logements ce qui engendre le développement des moisissures et l'apparition d'allergies, parfois graves chez les occupants.

Par ailleurs, la pollution chimique se produit souvent à l'insu des personnes, comme dans le cas des parfums injectés dans les gaines de ventilation et qui se répandent dans les locaux (parkings de centres commerciaux...), ce qui revient à administrer des substances chimiques à des personnes non volontaires et à augmenter la pollution chimique intérieure.

Pourtant, la réglementation sanitaire départementale interdit d'injecter des produits chimiques dans les systèmes de ventilation mais il n'existe pas de réglementation nationale sur ce point.

Il n'existe pas davantage de réglementation relative aux appareils d'épuration de l'air ; or ces appareils, parfois coûteux, émettent pour certains de l'ozone et du formaldéhyde.

Le ministère de la Santé et l'ADEME souhaitent qu'un protocole de l'efficacité de ces appareils soit élaboré afin de prouver le débit d'air épuré - comme cela existe aux États-Unis d'Amérique - d'autant que ces appareils sont déjà présents dans les crèches et les hôpitaux, alors qu'aucun bénéfice sur la santé n'a été démontré.

Interrogé sur l'étude relative à l'emploi des éthers de glycol par les peintres de la Ville de Paris, le Dr Fabien SQUINAZI a indiqué qu'il n'avait pas d'éléments particuliers à communiquer sur celle-ci. En revanche, il a précisé que la médecine du travail de la Ville de Paris avait étudié les pesticides.

Questionné sur les différences entre les produits d'entretien et de rénovation à usage professionnel et ceux utilisés par les particuliers, M. Yvon LE MOULLEC a noté que, pour certains, les interdictions à la vente au public pourraient ne pas protéger les particuliers d'une exposition si le produit est autorisé à la vente aux professionnels. Il s'est ainsi interrogé sur l'utilisation de tels produits dans l'habitat particulier ou même, par exemple, dans les couloirs de métro, fréquentés par des usagers. Il a estimé que la réponse sur ce point pourrait être donnée par le Ministère de la Santé ou l'AFSSET. En complément, le Dr Fabien SQUINAZI a précisé que, par exemple, les personnels qui enlèvent les graffitis sont protégés tandis que les passants ne le sont pas.

A propos des différences d'évolution entre les pays d'Europe, le Dr. Fabien SQUINAZI a estimé que les pays nordiques étaient en avance sur la France. De même, il a relevé l'écart entre l'intérêt porté à l'air extérieur et celui porté à l'air intérieur : AIRPARIF a été créé il y a près de vingt-cinq ans et l'OQAI en 2001 seulement. Le décalage entre ces deux prises de conscience est éloquent. En revanche, c'est dès la fin des années 1970 que le Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris a travaillé sur l'air intérieur.

De même, le laboratoire a découvert, en 1986, les problèmes d'habitat à l'origine du saturnisme alors que la loi contre l'exclusion comportant des mesures contre le saturnisme date de 1998, soit cette fois douze ans de décalage. Dès 1987, la Ville de Paris a commencé à dépister et à donner des conseils aux familles, même si elle n'avait pas la possibilité légale d'intervenir sur les logements comportant de la peinture au plomb. Ce qui montre que, même si les connaissances scientifiques sont réelles, il est nécessaire qu'elles débouchent rapidement sur des actions concrètes et efficaces.

Par ailleurs, le Dr SQUINAZI a indiqué, au sujet des appareils de détection du plomb dans les peintures, que l'obligation de la détection avait entraîné un net élargissement de l'autorisation d'acheter ces appareils.

Le Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris a participé, il y a déjà dix ans, la première étude sur climatisation et santé. Une préoccupation demeure : lorsque se présente un problème de qualité de l'air dans un logement ou dans un bâtiment, il n'existe pas, à ce jour, d'interlocuteur identifié pour le plaignant : le problème de la plainte est donc très mal pris en compte. Pour ce type de question, peu d'organismes ont les capacités d'intervenir comme le fait le Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris En effet, la réponse à apporter est toujours complexe et à caractère multidisciplinaire ; il faut coupler les expertises chimiques (air), techniques (bâtiment), métrologiques (mesure des faibles doses), biologiques (moisissures), cliniques (sujet récepteur, symptômes, pathologies) et épidémiologiques.

Le Dr Fabien SQUINAZI a signalé l'existence de normes AFNOR sur les audits relatifs à la qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments.

A signaler aussi l'existence des « ambulances vertes » en Belgique et au Luxembourg. Mais il s'agit d'entreprises privées dont le financement et le coût mériteraient d'être étudiés.

Pour les patients allergiques ou asthmatiques, des conseillers médicaux en environnement intérieur interviennent à leur domicile à la demande des médecins pour les aider à maîtriser des sources d'allergènes et de pollution Ces conseillers sont formés et obtiennent un diplôme spécifique à Strasbourg et à Marseille, celui de conseiller habitat santé mais malheureusement il y a peu de débouchés pour cette profession.

Interrogé sur les aspects environnementaux éventuellement présents dans les marchés de construction de bâtiments publics, comme par exemple les écoles, le Dr Fabien SQUINAZI a répondu qu'à sa connaissance ces préoccupations n'étaient pas encore celles de la centrale d'achat.

Il a cité l'exemple des moquettes pour lesquelles des tests sont effectués par des syndicats professionnels mais sans qu'ils entraînent d'obligation d'étiquetage, de même que pour la colle de fixation desdites moquettes.

A cet égard, le Conseil supérieur d'hygiène public de France et le Plan national santé-environnement ont souhaité la fixation de normes et la réalisation de tests comme cela existe dans d'autres pays d'Europe.

A propos des écoles, M. Yvon LE MOULLEC a indiqué que l'aération se limite trop souvent à une ouverture de courte durée des fenêtres, ce qui est insuffisant. Le Dr Fabien SQUINAZI a relevé que l'ouverture des fenêtres qui était systématique durant les récréations il y a encore quelques années ne l'était plus et il a souligné l'augmentation du dioxyde de carbone (CO2) dans les milieux confinés. Il a déploré que les ventilations mécaniques contrôlées ne fonctionnent pas toujours. M. Yvon LE MOULLEC a signalé l'existence d'une campagne pilote menée par l'OQAI dans neuf écoles. Il a souligné le besoin d'expliquer aux usagers le fonctionnement des ventilations et peut-être d'envisager l'installation de capteurs de CO2 pour prévenir les situations de confinement. A ses yeux, il faudrait privilégier les ventilations mécaniques dans les écoles pour ne pas prendre le risque d'accidents corporels lors de l'ouverture des fenêtres. Il a déploré ensuite que, plusieurs corps de métiers de la construction intervenant dans la qualité de l'air intérieur, personne ne s'en estime pleinement en charge.

Quant à la climatisation des véhicules, le Dr Fabien SQUINAZI a noté qu'elle posait parfois des problèmes de contamination par des moisissures qui arrivent par bouffées.

Il a également signalé l'utilité des dosages de biomarqueurs pour la mise en évidence d'une exposition aux polluants de l'air intérieur.

M. Yvon LE MOULLEC a attiré l'attention sur les problèmes que peuvent poser les opérations de désamiantage si les entreprises ne suivent pas strictement la réglementation dont l'application doit être contrôlée par les Pouvoirs publics.