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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

CAISSE NATIONALE D'ASSURANCE MALADIE DES TRAVAILLEURS SALARIÉS - CNAMTS

Site Internet : http ://www.ameli.fr

M. Gilles EVRARD, Directeur des risques professionnels de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS)
M. Yves CRÉAU, ingénieur chimiste, Responsable du laboratoire de chimie de Normandie
M. Pascal JACQUETIN, Responsable du département prévention des risques professionnels

(7 juin 2006)

M. Gilles EVRARD a rappelé que la CNAMTS comptait huit laboratoires de chimie dont celui de M. Yves CRÉAU, responsable du laboratoire de Normandie comprenant onze personnes. Ces laboratoires possèdent une vision des entreprises de toutes tailles ce qui permet une bonne connaissance toxicologique de celles-ci à travers les expositions massives dans le milieu du travail. Les chiffres recueillis concernant les travailleurs sont extrapolés pour les appliquer aux particuliers afin de tenter de déterminer les doses dangereuses même lorsqu'elles sont faibles. Il a relevé que les éthers de glycol les plus dangereux ne se rencontraient quasiment plus dans le milieu du travail.

Quand aux formaldéhydes, petites molécules très utilisées dans la synthèse organique, peu d'entreprises y ont recours ; toutefois ils se rencontrent dans les colles à bois (mobilier), comme désinfectants (biocides), dans le monde médical (conservation dans le formol) et dans le secteur alimentaire. Les formaldéhydes sont également utilisés en pharmacie comme désinfectants dans la chaîne du médicament, dans les cosmétiques et dans les peintures à l'eau. Dans le domaine de la désinfection, les doses employées sont souvent très importantes (comme dans les hôpitaux) et il est essentiel de prendre des mesures de prévention pour éviter des irritations cutanées ou oculaires (port de gants, aspiration des postes de travail ou encore, en dernier recours, port de masque).

Des usages fréquents de formaldéhydes sont donc relevés en désinfection, dans les colles urée-formol (panneaux de particules, charpentes en lamellé-collé entraînant des concentrations très importantes dans l'atmosphère des locaux), dans les opérations de synthèse - où les émissions sont bien contrôlées -, dans la découpe de panneaux de particules par un menuisier, dans la fabrication de bouteilles en PVC ou au cours de la dégradation de celles-ci.

La fréquence de ces usages est à relever car le formaldéhyde est irritant, sensibilisant, cancérogène de niveau 3 pour l'Union européenne et de niveau 1 pour le CIRC. C'est pourquoi la France a demandé le classement en niveau 1 pour l'Union européenne, ce qui entraînera la recherche de produits de substitution par les industriels. Quant aux expositions domestiques, M Yves CRÉAU a précisé que des émanations pouvaient se produire (dégradations de plastique, relargage par des panneaux de particules, colles dans des produits manufacturés) et que, même s'il s'agit là de doses faibles, le risque ne peut pas être considéré comme nul quoique sans commune mesure avec le risque professionnel.

A propos de la substitution, il est à noter que l'action désinfectante du formaldéhyde n'est pas efficace contre le prion mais qu'en revanche certains désinfectants du prion peuvent remplacer des usages du formaldéhyde.

Ensuite, M. Gilles EVRARD a observé qu'il était absurde de s'obstiner à utiliser encore quelques éthers de glycol au-delà des fins de contrats à honorer entre fournisseurs.

M. Yves CRÉAU a rappelé que la mise sur le marché d'un médicament comprenait l'approbation de tout son procédé de fabrication et que toute modification d'un ingrédient d'un médicament exige l'obtention d'une nouvelle autorisation de mise sur le marché.

Quant au benzène, présent sur les tables de tous les chimistes jusque vers 1980, il a encore été utilisé ensuite comme solvant dans l'industrie puis, pour finir, seulement par l'industrie pétrolière et la pétrochimie (styrène). En outre, le benzène est présent naturellement dans le pétrole et dans les carburants (au taux de 1% maintenant, soit un pourcentage dix fois supérieur à celui autorisé dans les autres produits, et au taux de 1,5% jusqu'à l'interdiction du plomb dans les carburants). En Italie, la présence de benzène dans le carburant est mentionnée sur les pompes à essence. La norme européenne est de 0,1 % de benzène dans un produit ; en dessous, on considère que le produit n'en contient pas. Tel est le cas pour le White spirit ; or cette substance est cancérogène même à très faibles doses et même si les instruments de mesure ne la détectent pas. L'utilisation des tondeuses à gazon en dégage beaucoup.

Interrogé sur les dangers encourus par les personnes vivant à proximité des stations-service, M Yves CRÉAU a reconnu que la question des faibles doses se posait en particulier pour les enfants mais que l'effet était plus difficile à mesurer que l'effet sur le travailleur sain (healthy worker effect) qui est toujours plus faible. Cependant l'enfant est plus sensible et le benzène agit sur les cellules souches dans la fabrication du sang.

En général, si le milieu professionnel sert à repérer les grandes pathologies, il ne peut servir à fixer des seuils. A cet égard, les valeurs limites fixées par l'OMS sont les plus exigeantes. En conséquence, le repérage de certaines maladies dépend beaucoup des échelles de référence choisies. En outre, il ne faut jamais oublier les effets de matériaux en cas d'incendie. Ainsi, quand le polystyrène brûle, du benzène se dégage. De même, la filière déchets dégage du benzène.

Évoquant ensuite les phtalates, utilisés comme plastifiants du fait de leurs propriétés de solvant de la matière plastique (effet facile à constater sur un tuyau d'arrosage laissé au soleil), ils ne sont pas volatils mais peuvent causer des dommages par voie cutanée directe. En outre, il y a migration des phtalates au contact de l'eau, des solvants ou de la salive. Cependant, la seule problématique professionnelle relevée est cutanée. Enfin, les phtalates sont mutagènes et génotoxiques, mais des connaissances sont encore à acquérir sur cette grande famille.

A propos du méthanol, la CNAMTS se repose sur la veille exercée par l'INRS. Même si elle ne possède pas d'opinion arrêtée sur les produits utilisés par les parfumeurs, des renseignements sur les maladies professionnelles constatées seront demandés à la caisse régionale compétente pour la région de Grasse. En parfumerie, le benzène a été utilisé plus longtemps qu'ailleurs.

Interrogé sur la différence de dosage entre les produits industriels et les produits domestiques, M Yves CRÉAU a déclaré ne pas avoir d'informations sur ce point, mais qu'il était toujours difficile d'opérer la prévention chez les particuliers. Toutefois, M. Pascal JACQUETIN a indiqué qu'un projet de prévention avec l'Agence nationale d'aide à la personne existait (projet interCRAM).

M. Gilles EVRARD s'est ensuite engagé à communiquer des chiffres sur les pathologies associées aux métiers du nettoyage et de la teinturerie, ainsi qu'un document relatif aux bonnes pratiques.

M Yves CRÉAU a insisté sur les dangers présentés par les poussières de bois pour le particulier qui bricole et il a indiqué deux priorités consistant à substituer des produits inoffensifs aux produits dangereux et à approfondir les connaissances sur ceux-ci ; REACH n'étant qu'une étape dans cette voie et les industriels n'étant pas forcément hostiles aux substitutions.

M. Pascal JACQUETIN a relevé que le développement durable pouvait susciter de nouveaux dangers si des changements trop rapides et irréfléchis étaient opérés. Par exemple, la multiplication des immeubles avec des terrasses végétales pose désormais le problème de la sécurité des salariés qui doivent y accéder pour les entretenir.