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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

M. ANDRÉ PICOT

Site Internet : http://atctoxicologie.free.fr

Expert auprès de l'Union européenne pour la fixation des normes des produits chimiques en milieu professionnel (SCOEL Luxembourg, 1994-2006) Membre du Comité scientifique de l'AFSSET Co-responsable de l'enseignement de toxicologie au Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) (1984-2004) Créateur et ancien directeur de l'Unité de prévention du Risque chimique au CNRS (1998-2000) Président de l'Association Toxicologie-Chimie (Paris)

(7 juin 2006)

M. André PICOT a d'abord évoqué des produits dangereux dont presque personne ne parle ou si peu, comme les métaux dits lourds que scientifiquement on doit dénommer métaux traces toxiques qui ne sont d'aucune utilité dans l'organisme et qui ne sont que des toxiques dégradant entre autres les protéines, par exemple dans le cerveau. Ainsi, le mercure élémentaire (métal) est capable de passer à l'état de gaz (vapeurs) et donc de pénétrer dans l'organisme par la voie nasale en remontant du nerf olfactif jusqu'au cerveau. C'est pourquoi les amalgames dentaires contenant du mercure passent très lentement dans le cerveau et représentent un danger réel non seulement pour les patients, mais également pour les dentistes et leurs assistants. Ainsi, plusieurs enquêtes épidémiologiques suédoises ont montré un taux de cancer du cerveau (glioblastomes) supérieur dans ces catégories professionnelles. De plus, le mercure accélère le vieillissement cérébral, comme dans la maladie d'Alzheimer.

Il a donc estimé nécessaire d'approfondir les connaissances en matière de pathologies provoquées par de faibles doses des métaux traces toxiques (mercure, plomb) mais aussi de l'aluminium qui désorganisent les cellules gliales et les cellules nerveuses. A cet égard, M. André PICOT a évoqué les controverses sur la réalité ou l'absence de danger des amalgames dentaires et sur celui du cation éthylmercure présent dans certains vaccins anti-grippe (sous forme de Thimérosal) (études californienne et suédoise) et qui pourraient être impliqués dans l'hyperactivité, voire l'autisme chez les enfants.

M. André PICOT a ensuite signalé le cas des thermomètres et des baromètres à mercure dont le bris libère ce métal, ce qui a conduit, il y a environ quatre ans, à l'interdiction de ces thermomètres dans le milieu médical, et, plus récemment, à l'interdiction de la vente des baromètres en milieu domestique dans l'Union européenne. Mais les laboratoires de recherche utilisent encore du mercure à l'air libre, qui émet donc en permanence des vapeurs nocives. De plus, le mercure a toujours été utilisé dans les travaux pratiques, ce qui devrait être strictement interdit, comme l'usage du benzène ou du chrome hexavalent. M. André PICOT a précisé que le bris d'un thermomètre dans des petites pièces non ventilées (toilettes...) pouvait saturer l'atmosphère après une heure (15 mg par mètre cube) et qu'il faut se garder de tenter de ramasser avec un aspirateur le mercure répandu, sous peine de le diffuser dans la pièce pendant des mois. Il a donc recommandé d'interdire les thermomètres et les baromètres à mercure en milieu domestique.

Quant au benzène, longtemps utilisé lors de manipulations dans les écoles ou lors des concours d'entrée aux Ecoles normales, il a fallu plusieurs années pour en supprimer l'usage, y compris la description de celui-ci dans les manuels de travaux pratiques.

Quant à savoir s'il faut prendre certains pays nordiques comme modèles, M. André PICOT a rappelé que les papeteries suédoises avaient pollué les eaux de surface et que la suppression du mercure de toute activité avait demandé un combat de trente ans dans ce pays. Pour la France, il a cité l'exemple d'une usine SOLVAY dans le Doubs qui a totalement transformé son mode de production industrielle du chlore et de la soude pour ne plus relâcher de mercure dans l'environnement.

Interrogé sur un éventuel retard de la France en toxicologie, M. André PICOT a précisé que cette discipline était enseignée en Faculté de pharmacie, et partiellement dans les Ecoles vétérinaires et en Faculté de médecine (pour les urgentistes, les médecins du travail, les toxicologues des centres antipoison) surtout en ce qui concerne les effets secondaires des médicaments. Il a relevé une curiosité consistant à avoir banni le mot toxicologie du vocabulaire de l'INSERM comme de celui du CNRS en démantelant toutes les unités concernées par cette discipline. Il a rappelé aussi qu'il avait pesé pour qu'une Unité de toxico-chimie et de toxicologie environnementale soit créée à Bordeaux et indiqué qu'à Paris-Sud et à Jussieu, il existait une option toxico-environnement (licence, masters...). La toxicologie est également enseignée dans le Nord et dans certaines régions (Alsace, Rhin-Rhône, PACA...).

Pour M. André PICOT, le bagage d'un toxicologue devrait comporter une vraie formation de base en chimie et en biologie moléculaire et une compétence indispensable en droit de l'environnement. Dans ces conditions, des débouchés peuvent exister. En revanche, des postes seraient peut-être ouverts si davantage de compétences plus affirmées se présentaient sur le marché. Par ailleurs, il a déploré que les toxicologues français en poste dans les instances internationales ne soient pas toujours compétitifs par rapport à leurs collègues nordiques ou anglo-saxons.

M. André PICOT a critiqué l'attitude du CNRS il y a quelques années, notamment sur l'évaluation du danger des diesels, le danger des particules ultra-fines n'ayant pas été assez pris en compte alors que le danger des nanoparticules carbonées est réel.

M. André PICOT a rappelé qu'en dix-neuf ans, le Conservatoire national des arts et métiers avait formé environ quatre cents toxicochimistes ou assimilés mais que, malheureusement, le CNAM avait abandonné le soutien à cet enseignement alors que les besoins en toxicologues apparaissaient énormes. L'Association Toxicologie-Chimie (ATC) dont il est le président a repris cet enseignement de toxicochimie qui forme, depuis 2006, une vingtaine de participants (médecins du travail, hygiénistes, ingénieurs...).

A cet égard, il a déploré que le rapport de l'Académie des sciences sur la dioxine, auquel il avait collaboré mais qu'il avait refusé de signer, ait été publié sans mentionner les motifs de son désaccord mais en supprimant son nom, alors qu'il y était question, notamment, de l'impact des faibles doses de ce toxique redoutable dont les effets sur la reproduction, le développement du système nerveux néo-natal, sur le système immunitaire, ne sont plus contestés par toute la communauté scientifique.

En réponse à une question sur l'instauration d'une autorisation pour la mise sur le marché des produits d'entretien, M. André PICOT a indiqué que l'Europe s'orientait dans cette voie (directive biocide...) mais que des progrès restaient à faire pour limiter l'usage des pesticides.

Il a ensuite précisé qu'il n'existait pas actuellement de technique fiable pour la détection de l'impact d'une substance sur le système immunitaire. Il s'est ensuite réjoui de la grande efficacité de la commission de pharmaco-vigilance et a mentionné l'existence d'un groupe d'experts constitué sur ce thème de la toxicovigilance mais qui n'a jamais fonctionné... ce qui est très regrettable.

Pour M. André PICOT, dans un tel contexte, au moment où la France doit évoluer avec la mise en place du système REACH, force est de constater l'absence d'experts toxicologues en nombre suffisant pour faire face à cette mission et de regretter que la France ne défende pas toujours bien sa position dans les commissions européennes.

M. André PICOT reste convaincu que la toxicologie en France est une discipline orpheline et à l'agonie, et que cette situation catastrophique est due au manque total d'intérêt du monde politique, des pouvoirs publics mais aussi du monde associatif et syndical.

Documents de référence :

- « Le bon usage des solvants, information toxicologique n°3 », Unité de prévention du risque chimique, 1997, André PICOT, CNRS, Gif-sur-Yvette

- « INFO CHIMIE TOXICO - Informations risques chimiques n°2 : Toxiques et toxicité », octobre 1998, Unité de prévention du risque chimique, André PICOT, CNRS, Gif-sur-Yvette

- « Pharmacologie et toxicologie moléculaires, Concepts fondamentaux et applications - module 2 : Toxicochimie et spéciation, l'exemple des métaux traces toxiques », André PICOT, novembre 2005 Université Paris XI, Centre scientifique d'Orsay

- ANTIDOTE Europe (Association de droit local Alsace-Moselle à but non lucratif) :

- fiche « Toxicogénomique, la toxicologie du futur »

- « Démasquer les effets des substances chimiques grâce aux puces à ADN », notice d'Antidote, pour une science moderne et responsable, hors série de novembre 2005

- « Toxicochimie des xénobiotiques, minéraux et organominéraux : importance de la spéciation », A. PICOT et N. PROUST, Encyclopédie médico-chirurgicale n° 16.001 R-10, janvier 2006

- « L'antimoine, un vieux toxique toujours méconnu », André PICOT, Préventique Sécurité n° 91, p. 31-33, janvier-février 2007

- « L'antimoine, un toxique proche de l'arsenic », André PICOT, Préventique Sécurité n° 92, p. 36-38, mars-avril 2007

- « Le mercure des amalgames dentaires, l'un des principaux facteurs étiologiques de la maladie d'Alzheimer », Marie GROSMAN et André PICOT, document pour l'Union européenne, juin 2007