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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

ASSOCIATION HAUTE QUALITÉ ENVIRONNEMENTALE

Site Internet : http://www.assohqe.org

M. Dominique BIDOU, Président d'honneur de l'association Haute qualité environnementale

(14 juin 2006)

Après avoir rappelé qu'il avait présidé l'association HQE de sa création en 1996 jusqu'en 2006 et qu'il avait exercé les fonctions de délégué pour la qualité de vie au ministère de l'Environnement, M. Dominique BIDOU a indiqué qu'il avait rédigé pour Mme Marie-Noëlle LIENEMANN, ministre du Logement, un rapport intitulé « Livre vert de l'écologie urbaine dans la construction et l'habitat » en 1993, qui croisait l'écologie et la construction. Il s'agissait là d'une approche novatrice à une époque où l'on se préoccupait peu d'environnement pour les bâtiments.

En effet, même si les études d'impact avaient été créées en 1976, celles-ci ne visaient qu'exceptionnellement le bâtiment mais il y en eut pour l'Opéra Bastille ou le nouveau siège du ministère des Finances à Bercy - les études d'impact ayant d'ailleurs été jugées médiocres pour ces deux grands travaux. A l'inverse, dans le milieu des routes, ces études d'impact font partie de la culture ; dans le secteur du bâtiment, il s'agit d'une démarche volontaire.

Mais, pour avoir quelque chance de se concrétiser, le rapport BIDOU devait impérativement être bien perçu par les professionnels. Tel fut bien le cas en général, y compris auprès des assureurs, tandis que la Fédération des promoteurs et les architectes ont estimé avoir fait de la haute qualité environnementale depuis toujours.

A la suite de ce rapport, dès 1993, l'atelier technique mis en place par le Plan construction et architecture a débouché sur la création de la démarche HQE. Par ailleurs, M. Dominique BIDOU a créé l'agence de l'environnement de la région Ile-de-France, ce qui a permis l'expérience des « lycées prototypes » ; ceux-ci, accueillis un peu fraîchement, ont vu naître des réticences face au recours à la géothermie - dont les commerciaux ne sont d'ailleurs pas très bons - même si celle-ci a finalement été retenue, les capteurs solaires étant écartés.

Au sujet de l'air intérieur, M. Dominique BIDOU a signalé que le directeur-adjoint du laboratoire central de la Préfecture de police de Paris, M. Jean-Luc GÉRONIMI, s'était préoccupé des intoxications au monoxyde de carbone dont une vingtaine survenait chaque année à Paris (dans les parkings, dans des tunnels ou encore dans des cuisines équipées au gaz). L'Observatoire pour la qualité de l'air intérieur travaille sur ces aspects.

Pour l'association HQE, la cible « qualité de l'air » ne comporte pas d'indicateurs. Il s'agit donc de mettre en oeuvre des moyens mais pas d'obtenir des résultats ; en effet, la qualité de l'air étant très compliquée à évaluer, on ne sait mesurer dans ce milieu que ce qu'on y cherche.

M. Dominique BIDOU a préconisé une approche systémique (matériaux + meubles + activités + aération) prenant en compte à la fois l'isolation, l'aération - pour éviter le risque des maisons thermos - et l'estimation des conséquences des choix sur les autres éléments. Enfin, il faut aussi considérer les activités menées dans les locaux et le mobilier qui s'y trouve. C'est ainsi que, pour la construction d'écoles, des mesures de protection ont été adoptées pour écarter la présence de COV dans les matériaux, mais il est arrivé que le mobilier choisi par la suite en dégage beaucoup ; ce qui montre que des acteurs professionnels peuvent effectuer des choix incohérents ; ce peut être a fortiori le cas des utilisateurs.

M. Dominique BIDOU a déploré la perte de savoir relatif à l'habitat qui n'est plus assez bien transmis de génération en génération, ce qui rend d'autant plus indispensable des campagnes d'information.

Au sujet des matériaux, M. Dominique BIDOU a estimé que ce n'était pas à l'association HQE de dire ceux qu'il fallait choisir mais qu'il incombait à l'association d'informer sur les matériaux, au moyen de fiches déclaratives. Il a souligné que le développement durable correspond à un besoin assorti d'autres ambitions, d'où l'intérêt d'études croisant des résultats scolaires et des critères comme le bruit ou l'air. Il a évoqué à cet égard l'exemple du lycée de Calais, pionnier de la HQE, où les résultats scolaires ont progressé de manière évidente. Par ailleurs, les bâtiments de qualité environnementale procurent des gains financiers et économiques même s'ils ne sont pas mesurables dans un budget. A cet égard, M. Dominique BIDOU s'est demandé s'il ne fallait pas changer le mode de financement de l'assainissement pour prendre en compte non seulement la ressource mais aussi le rejet.

Pour les matériaux, il a souhaité qu'ils soient accompagnés de fiches inspirées du modèle de la base INIES au CSTB, qui n'indique toutefois pas le nom des fournisseurs. Certes, ces fiches sont complexes à élaborer car elles doivent analyser le cycle de vie des matériaux ; cela est lourd et cela aboutit à sélectionner certains fournisseurs, d'où peut-être la nécessité de l'intervention des pouvoirs publics. Il pourrait être envisagé de créer des centres de ressources régionaux HQE en liaison avec l'ADEME.

M. Dominique BIDOU a précisé que quatorze cibles HQE devaient être recherchées pour pouvoir être certifiées. Il faut répondre à certains critères de performance (recensés dans une brochure de l'association HQE).

En France, la fabrication d'une maison HQE doit suivre un certain processus et non pas atteindre certaines performances. Il n'en va pas de même à l'étranger où les objectifs sont confrontés au résultat. Il a noté qu'il n'était pas souhaitable d'attribuer des coefficients par poste (ventilation...). En France, la seule cible obligatoire concerne l'énergie ; mais toutes les cibles doivent être traitées même si elles le sont à des niveaux différents, déterminés par une analyse. Il existe, par exemple, des hôpitaux HQE très exigeants quant aux cibles et qui acceptent pleinement la démarche HQE.

En réponse à une question sur le professionnel responsable de la circulation de l'air, M. Dominique BIDOU a estimé que celui-ci ne pouvait être que l'architecte et a cité le contre exemple du parking d'Orly alimenté en air à l'endroit où se concentrent les fumées des pots d'échappement des taxis.

Il a insisté sur la nécessité d'intégrer les préoccupations HQE dans l'enseignement de l'architecture et a noté qu'un enseignement existait à l'Ecole d'architecture de Paris - La Villette où un module de huit mois est destiné à des architectes confirmés.

Cependant il est à déplorer que les deux animateurs de cette formation partent à la retraite et ne soient pas remplacés. Quant à la formation initiale HQE, elle est faible.

M. Dominique BIDOU a insisté sur la nécessité de faire passer l'idée de développement durable, tant au conseil général des Ponts et chaussées, que dans les directions départementales de l'environnement.

Le message central de la haute qualité environnementale est d'aboutir à la cohérence de l'ensemble édifié, c'est-à-dire à celle du bâtiment, du mobilier et des activités qui s'y déroulent. C'est ainsi qu'un lycée HQE doit permettre autre chose qu'un lycée traditionnel. De plus, l'analyse de sa mission doit être plus ambitieuse que celle retenue dans le cadre des agendas 21.

Enfin, M. Dominique BIDOU a précisé que la commission des marchés travaille sur la haute qualité environnementale.

Documents de référence :

- « Livre vert de l'écologie urbaine dans la construction et l'habitat », M. Dominique BIDOU, février 1993

- « La haute qualité environnementale. Guide de gestion locale », HQE, novembre 2004