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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

RÉSEAU RSEIN (RECHERCHE, SANTÉ, ENVIRONNEMENT INTÉRIEUR) - INERIS

Site Internet : http://rsein.ineris.fr

Mme Corinne MANDIN, Ingénieur, Unité d'évaluation des risques sanitaires à la direction des risques chimiques (INERIS) Coordinatrice du réseau RSEIN

(14 juin 2006)

Mme Corinne MANDIN a présenté le réseau RSEIN qui assure une veille scientifique dans le domaine des pollutions de l'environnement intérieur pour le compte du ministère de l'Écologie et du développement durable et remplit une mission d'alerte du ministère de la Santé.

Le CSTB et l'INERIS ont créé RSEIN en 2001 ; le réseau comprend environ trente personnes et coopère avec vingt quatre agences et laboratoires, dont l'InVS, le CTBA, l'IRSN, l'INSERM, le laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris, les Facultés de pharmacie de Paris V et de Marseille, le laboratoire central de la Préfecture de Police de Paris, etc. Le Laboratoire national d'essai (LNE) n'appartient pas au réseau RSEIN.

Le financement de RSEIN est principalement assuré par le ministère de l'Écologie et la direction générale de la santé et, ponctuellement, par l'ADEME.

Ce réseau publie un bulletin trimestriel de veille scientifique (Info Santé Environnement Intérieur), organise régulièrement des colloques, dont un a porté sur l'air intérieur dans les écoles, et publie une rubrique thématique sur l'air intérieur dans la revue : « Pollution atmosphérique ».

L'action menée par RSEIN complète celle de l'OQAI ; elle se situe en amont de l'Observatoire, en assurant une veille scientifique, notamment une bibliographie trimestrielle et une synthèse trimestrielle électronique de publications à travers le monde avec l'aide d'un comité de rédaction. La revue du réseau compte cinq cents abonnés et son bulletin est téléchargeable. Le réseau RSEIN et l'OQAI travaillent en étroite collaboration.

Mme Corinne MANDIN a indiqué qu'il existait beaucoup d'études sur l'air intérieur des écoles à l'étranger et que ce sont ces travaux qui ont conduit au colloque déjà cité, organisé en commun avec l'OQAI le 4 juillet 2005.

Elle a mentionné également les synthèses bibliographiques thématiques, publiées dans la revue « Pollution atmosphérique », l'une d'elles a concerné les émissions des matériaux et des produits de consommation courante et a montré qu'il existait très peu d'éléments pour ces derniers. En revanche, après la parution d'un article sur ce thème dans « Que choisir ? », une demande des industriels est apparue pour des études dans ce domaine.

Cependant, elle a estimé difficile d'évaluer les produits de consommation courante, car il faut aussi évaluer la réalité de l'exposition à ces produits. A cet égard, un projet a été présenté à l'AFSSET et à la DGS et il y aura prochainement un protocole AFSSET pour caractériser les émissions des matériaux. Le ministère de la Santé est convaincu de l'utilité de ces travaux, ce qui est illustré par le plan national santé et environnement dans sa partie sur l'air intérieur. D'ici à 2008, 50 % des matériaux doivent être étiquetés mais il n'est pas certain que cela soit possible, même si le projet REACH sensibilise aussi à cela.

En réponse à une question sur les risques encourus par les populations fragiles, Mme Corinne MANDIN a précisé qu'il s'agissait d'abord des enfants et des femmes enceintes. L'étude de cohorte anglaise ALSPAC a, par exemple, mis en évidence des relations entre l'exposition des femmes enceintes à des désodorisants et aérosols et des troubles de santé chez leurs enfants.

Mme Corinne MANDIN a précisé qu'elle participait également à l'évaluation des risques des substances chimiques dans le cadre de la réglementation (substances existantes) européenne. Dans les évaluations de risque sanitaires, les populations sensibles que sont les enfants sont étudiées scientifiquement.

Elle a ensuite insisté sur la mesure des expositions et/ou des effets par les bio-marqueurs qui semble très prometteuse et a déjà donné lieu à de nombreux travaux américains comme l'enquête NHEXAS (National Human Exposure Assessment Survey) sur les bio-marqueurs (sang et urine de la population) analysés pour évaluer l'exposition de la population à diverses substances chimiques. De même, le programme allemand GerES (German Environmental Survey) de l'Agence fédérale allemande de l'environnement a mené des études sur les bio-marqueurs chez les enfants et les adultes. L'INERIS travaille également sur ce thème, de même que l'Institut national de veille sanitaire dans le cadre d'un projet européen.

Par ailleurs, la veille scientifique RSEIN a mis en évidence des travaux scientifiques sur les semi volatils dans l'air et les poussières domestiques afin d'étudier les expositions aux phtalates et aux retardateurs de flamme.

En réponse à une question sur les substances les plus dangereuses, Mme Corinne MANDIN a cité : le benzène, le formaldéhyde (voir le CIRC en 2004), dans les logements et les écolesles expositions sont supérieures aux valeurs toxicologiques de référence chroniques. L'AFSSET est d'ailleurs saisie sur le formaldéhyde, tandis que l'INRS observe ses effets sur la santé humaine. A cet égard, il faut noter que les Danois trouvent excessive l'importance accordée par les Français au formaldéhyde tandis que les Allemands sont réservés.

Interrogée sur la présence excessive de formaldéhyde dans l'air intérieur des musées, Mme Corinne MANDIN a estimé qu'il s'agissait probablement surtout de problèmes constatés dans les départements de conservation des oeuvres d'art et, qu'à sa connaissance, il n'existait pas d'analyse effectuée sur l'air ambiant dans les musées.

En complément, elle a évoqué les réactions chimiques dans l'air intérieur, impliquant notamment l'ozone, composé très réactif, qui peut réagir avec les terpènes et former des composés secondaires comme le formaldéhyde.

A propos des purificateurs et des épurateurs, elle a relevé que peu de données existaient sur les véritables bénéfices sanitaires de ces appareils.

A une question sur l'identité de composition des produits grand public et de ceux utilisés par les entreprises de nettoyage, Mme Corinne MANDIN a estimé qu'il ne s'agissait probablement pas des mêmes produits, sans doute plus dilués pour les usages des particuliers - mais parfois surdosés, comme c'est le cas pour les pesticides.

En cas de risque aigu, il faut se tourner vers les centres antipoison -l'INERIS leur envoie les particuliers qui s'adressent à lui à ce sujet. Quant à la nécessité de créer un service chargé de ce genre d'appel, le travail d'un étudiant de l'École nationale de santé publique sur les plaintes liées à l'air intérieur pourrait être consulté avec profit.

A propos des ambulances vertes présentes en Belgique et au Luxembourg, Mme Corinne MANDIN a précisé que leur travail, effectué gratuitement, était très sérieux et qu'il répondait bien à la demande. Par ailleurs, elle a relevé que la Suède et le Danemark pouvaient être considérés comme les pays en pointe sur les questions environnement et santé. Elle a mentionné le rôle de la Danish environmental protection agency (DEPA) sur le site de laquelle figure l'évaluation de soixante dix types de produits de consommation courante. Elle a encore précisé que dans presque tous les pays nordiques, des guides de bonnes pratiques relatifs à l'air intérieur dans les écoles avaient été élaborés.

A propos de l'organisation et de la coordination des différentes instances chargées de la santé et de l'environnement, Mme Corinne MANDIN a jugé qu'en dépit de redondances apparentes entre les missions des divers organismes, on savait en réalité toujours à quelle personne s'adresser. A cet égard, elle a relevé que l'École nationale de santé publique formant des ingénieurs du génie sanitaire ainsi que l'École des hautes études de santé publique (en cours de création) devraient permettre d'assurer la relève de personnes compétentes, d'autant qu'il y a encore peu de temps, il n'y avait quasiment rien d'enseigné sur ce thème.

Une étude a été menée avec l'AFSSET sur les parkings souterrains mais la mesure du seul monoxyde de carbone (CO) n'est pas un indicateur suffisant et il faudrait affiner la gestion de la qualité de l'air.

Enfin, une étude a été menée par l'OQAI sur les logements dont les résultats et l'exploitation pourront débuter à la fin de l'année 2006.

Mme Corinne MANDIN a précisé que dans les pays étrangers, il y avait la même prolifération d'organes s'occupant de la santé de l'environnement ; ainsi en Belgique, en Allemagne, ou encore en Californie, très active à ce sujet.

Elle a attiré l'attention de l'intérêt des valeurs-guide de l'air intérieur établies par l'OMS et sur les recommandations de cet organisme, par exemple sur le radon, la poussière, et la fumée de tabac environnementale. Elle a relevé que, dans les pays en voie de développement, de nombreuses morts étaient attribuables à une mauvaise qualité de l'air intérieur.

Documents de référence :

- « Environnement intérieur, qualité de l'air et santé, Émissions dans l'environnement intérieur par les produits de consommation et les matériaux », Pollution atmosphérique n°186, avril-juin 2005, Corinne MANDIN, François MAUPETIT

- « Info Santé Environnement Intérieur » n°14, février 2006, bulletin de veille scientifique du réseau RSEIN Recherche Santé Environnement Intérieur

- « Info Santé Environnement Intérieur » n°15, mai 2006, bulletin de veille scientifique du réseau RSEIN Recherche Santé Environnement Intérieur

- Liste des membres du réseau RSEIN, dernière mise à jour, mai 2006

- « Info Santé Environnement Intérieur » n°16, préparation du bulletin de veille scientifique du réseau RSEIN Recherche Santé Environnement Intérieur à paraître en septembre 2006

- « La charte de déontologie », INERIS, Institut national de l'environnement industriel et des risques