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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE CHIMIE - SFC

Site Internet : http://www.sfc.fr

Pr. Armand LATTES, Président de la Société française de chimie

(21 juin 2006)

Après avoir indiqué que la Société française de chimie (SFC) et la Chimie industrielle allaient fusionner, le Pr. Armand LATTES a illustré les dangers que présentent certains produits commercialisés en citant l'exemple du spray allemand « MagicNano » qui a entraîné 97 hospitalisations en trois jours. Si, en dépit de son nom, ce produit ne contenait pas de nanoparticules, il s'y trouvait en revanche une silicone dont l'inhalation créait un voile pulmonaire. Cela montre l'intérêt de traiter de tels problèmes d'une façon scientifique et le rôle parfois néfaste de la médiatisation qui attire l'attention sur un aspect très médiatique du problème qui peut ne pas être responsable du mal constaté, tout en négligeant de rechercher le vrai coupable

Quant aux nanoparticules, l'exemple précédent montre que celles-ci inquiètent les citoyens. Ainsi, des expériences récentes ont montré que, dans certains cas, les nanoparticules peuvent pénétrer dans le cerveau par le nerf olfactif. Si cela incite à la prudence, cela peut aussi être interprété positivement comme offrant un excellent moyen d'administrer certains médicaments qui ont des difficultés à franchir la barrière hémato-méningée.

Abordant la question de la chimie verte, le Pr. Armand LATTES a rappelé qu'elle reposait sur douze principes, dont l'utilisation de la biomasse, qui n'est que l'expression d'un seul de ces principes, et qu'elle entendait militer pour que ces douze principes soient appliqués, et donc pour qu'intervienne en particulier l'interdiction de certains solvants. Il a rappelé que les procédés propres consistaient à faire que la substance a + la substance b donne seulement la substance c et non pas c + la substance d, cette dernière substance étant inutile et parfois dangereuse.

Il a rappelé qu'en novembre 2004, un comité stratégique pour l'industrie chimique avait été mis en place, dont certaines propositions portent sur la chimie et le développement durable. A la suite de ses propositions un prix d'innovation pour une chimie propre, appelé Prix Pierre Potier du nom de l'inventeur de médicaments anti cancéreux, a été créé. La première promotion sera récompensée à la fin du mois de juin 2006. Se trouvent en compétition un aluminium très léger pour des automobiles nouvelles, un procédé de valorisation de la glycérine par la société Solvay,valorise un sous-produit des biocarburants transformé en un produit de base, un produit sans déchets de chez Rhodia, la maison écologique de BASF de Fontenay-sous-Bois avec cire à changement de phase permettant de maintenir l'énergie constante, ce qui entraîne une consommation énergétique cinq à huit fois moindre.

Toujours dans ce cadre, la société Prosign a mis au point une technique appelée la traite des plantes et l'extraction non destructrice des produits végétaux. Au total, quarante et un candidats sont en lice. Enfin, la mise au point des micro-réacteurs par l'école de Nancy permet de travailler à l'échelle industrielle avec des réacteurs de très petite taille diminuant ainsi les dangers des procédés chimiques. Le succès de ce prix témoigne de la vitalité de la chimie propre.

A propos de la biotechnologie blanche industrielle, le Pr. Armand LATTES a indiqué que la société Roquette excellait dans ce domaine.

En ce qui concerne l'enseignement, le Pr. Armand LATTES a rappelé qu'il avait créé à Toulouse une option sur la valorisation de la biomasse et que celle-ci avait obtenu les faveurs de 50 % des étudiants de l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse.

Abordant la question de l'air intérieur, le Pr. Armand LATTES a noté qu'il était souvent plus pollué que l'air extérieur, par exemple du fait du formaldéhyde avec lequel chacun a pu être en contact sous l'apparence du formica. Or, le formol présent dans la molécule de formaldéhyde se dégage pendant des années. Il a rappelé à cet égard que la thanatopraxie posait un problème car 40 % des cadavres étant traités, des quantités énormes de formol sont utilisées. Un numéro spécial de « L'Actualité chimique » sur la manière de traiter les cadavres fait d'ailleurs le point sur cette question.

Le Pr. Armand LATTES a rappelé que le formol est un aldéhyde, un conservateur entrant parfois dans la composition des gels douche. A ce propos, le Pr. Armand LATTES a regretté que certaines industries (agroalimentaire, cosmétique) refusent de se voir classées parmi les disciplines chimiques en raison de la mauvaise image de la chimie... Cela est dommageable car cela masque les bienfaits de cette discipline.

A propos des classifications opérées par le Pr. BELPOMME, il a relevé avec étonnement que ce dernier ne rangeait pas l'alcool dans les produits cancérogènes.

Au sujet des éthers de glycol, il a rappelé le rapport fait par l'INSERM en 1999 qui faisait le point sur la famille des éthers de glycol et sa présence dans l'environnement domestique. Il a indiqué ensuite que la substitution de tous les éthers de glycol était possible mais nécessitait encore des travaux de recherche afin de s'occuper du problème de leur remplacement.

Quant aux phosphates, non dangereux en tant que tels, ils sont employés pour un tiers par l'agriculture, un tiers pour la vie domestique, un sixième pour l'industrie, un sixième correspondant aux émissions normales de l'homme et divers produits ont été imaginés pour leur substitution. Cependant, parmi ces produits, les polymères efficaces posent des problèmes pour l'environnement, les hétérocycles sont plus dangereux que les phosphates et les zéolithes bloquent les métaux lourds. Cela a conduit à conclure que les phosphates demeuraient préférables à tous ces produits.

Par ailleurs, pour éviter les phosphates, il faudrait munir toutes les stations d'épuration de systèmes utilisant, par exemple, des techniques avec des sels d'aluminium.

Le Pr. Armand LATTES a recommandé l'interdiction des phtalates utilisés comme plastifiants, notamment dans les jouets chinois. Il a indiqué que les polylactates et les polyhydroxyalcanoates biodégradables pouvaient être substitués aux polymères actuels. Là encore, de gros efforts de recherche sont nécessaires et les industriels concernés s'y emploient.

Il a relevé que les tensioactifs étaient rarement totalement biodégradables et qu'il fallait particulièrement surveiller les tensioactifs non ioniques. Ainsi, il serait souhaitable d'interdire le nonylphénol (NP) et ses dérivés éthoxylés (NPE), perturbateurs endocriniens se trouvant parfois dans les shampooings. Il a rappelé qu'un numéro de la revue « L'Actualité chimique » comprend des formules de lessive et, qu'après la seconde guerre mondiale, le détergent Teepol produisait beaucoup de mousse car c'était un produit non biodégradable.

Le Pr. Armand LATTES a indiqué qu'il était possible de produire des tensioactifs biodégradables à partir du lactose, par exemple. Au passage, il a confirmé qu'il était possible de faire « plus blanc que blanc » avec les azurants optiques.

Il a jugé que l'éducation du public se ferait peu à peu mais qu'il convenait d'abord d'analyser les substances dangereuses, en particulier les perturbateurs endocriniens sur lesquels le ministère chargé de l'écologie vient de lancer une étude. Il a relevé que le perchlorate d'ammonium qui se trouve dans les airbags de voitures ou est utilisé comme agent de détonation dans les missiles provoque des perturbations endocriniennes intenses en se substituant à l'iode. La norme de cette substance a été fixée à 4 ppb (partie par billion) mais il serait possible de retenir entre 4 et 18 ppb.

Au sujet de la préoccupante question de la pénurie de toxicologues, le Pr. Armand LATTES a estimé que la responsabilité en incombait en partie au CNRS et à l'Education nationale, la biologie moléculaire ayant éclipsé les autres disciplines, dont la systématique qui est pourtant indispensable.

Le Pr. Armand LATTES a souhaité que se développent les fermes-usines et les bio-raffineries et a jugé impossible d'abandonner du jour au lendemain l'usage des polymères.qui occupe une place si importante dans la vie de tous les jours

Le Pr. Armand LATTES a ensuite relevé que les perfluorés à longue chaîne n'étaient pas très dangereux, comme l'ont montré les travaux de son laboratoire pour lesquels le Dr. I. RICO-LATTES a obtenu la médaille d'argent du CNRS et pour lesquels elle avait été nominée au prix CHÉREAU-LAVET. En effet, ces perfluorés s'éliminent en particulier par la transpiration ; en revanche, ils peuvent être dangereux lorsqu'ils ont une fonction parce qu'ils s'attachent au foie, par exemple ; ces perfluorés sont présents dans les mousses extinctrices des feux d'hydrocarbures.

En conclusion, le Pr. Armand LATTES a noté que la chimie, comme Janus, comportait deux faces, et que la création par le CNRS d'un département développement durable constituait une initiative prometteuse. Il a rappelé que toutes les initiatives récentes permettant le rapprochement des chimistes industriels et académiques, notamment la création de la Fédération Française des Chimistes associant compagnies industrielles et sociétés savantes, allaient dans le bon sens car elles permettaient d'espérer de nombreux progrès en faveur du développement durable.

Documents de référence :

- « Ethers de glycol, quels risques pour la santé ? », Expertise collective, éditions INSERM, 1999

- « Ethers de glycol, quels risques pour la santé ? Synthèse et recommandations », Expertise collective, éditions INSERM, 1999

- « Chimie et vie quotidienne », numéro spécial de L'actualité chimique, n° 11, novembre 1999, édité par la Société française de chimie (voir, page 23, des exemples de formules de shampoing)

- « Les lessives, comment ça marche », L'actualité chimique, mensuel n° 3, mars 2003, édité par la Société française de chimie (voir, page 5, un exemple de formule de poudre à laver le linge)