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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

GREENPEACE FRANCE

Site Internet : http ://www.greenpeace.org/france

M. Yannick VICAIRE

(21 septembre 2006)

En introduction, M. Yannick VICAIRE a précisé que Greenpeace n'avait pas travaillé sur les éthers de glycol mais sur les pollutions persistantes, en premier lieu l'alimentation et également les objets de consommation et leurs additifs (phtalates, retardateurs de flamme, muscs synthétiques, paraffines chlorées ...). Or les additifs migrent des produits de consommation, ce qui était contesté à une certaine époque, et ces migrations irréversibles s'opèrent en une durée allant de quelques mois à quelques dizaines d'années. Qu'en est-il dans les foyers d'habitation ? Une expérience lancée à la suite de la création de l'Observatoire de la qualité de l'air devrait le déterminer.

Greenpeace a concentré son attention sur tout ce qui n'est pas matériaux de construction ; elle a considéré que s'il y a émissions, il y a pollution de l'air intérieur et donc présence des émissions dans les poussières. Cinquante foyers ont été évalués sur cette base et les cinq familles de substances recherchées ont été retrouvées dans les poussières, cependant il ne s'agit pas là d'une étude d'exposition, l'expérience demeurant à compléter avec cette autre approche.

M. Yannick VICAIRE a relevé qu'un Européen passe environ 90 % de son temps dans des espaces clos. Des expériences de prélèvement et analyse de poussières menées dans une centaine de logements de pays de l'Union européenne (dont 50 en France) et au Parlement des Pays-Bas concluent, entre autres, à l'émission de phtalates par le PVC. De même, des mesures effectuées dans des écoles primaires durant les vacances ont révélé d'important taux de phtalates probablement dus aux revêtements de sol en PVC ; les plus forts taux avaient été relevés dans de précédents travaux sur les jouets pour la fabrication desquels il est maintenant interdit de les utiliser mais il a donc fallu plusieurs années pour n'obtenir qu'une résolution partielle du problème.

En outre, M. Yannick VICAIRE a noté que l'exposition indirecte n'est toujours pas prise en compte et l'accumulation des substances dans les tissus maternels est à considérer avec attention.

M. Yannick VICAIRE a déploré que le monde de l'enfant soit devenu très pétrochimique.

A propos de REACH, il s'est demandé combien de substances feraient réellement l'objet d'une évaluation tout en jugeant cette réforme utile et en attirant l'attention sur l'importance du principe de substitution tout en reconnaissant ses limites actuelles en l'absence du cadre d'évaluation systématique que REACH doit mettre en place. Même s'il s'agit d'une application concrète du principe de précaution, il faudrait se garder de remplacer trop rapidement un problème par un autre, ce qui est déjà arrivé.

Aux yeux de M. Yannick VICAIRE, tout risque évitable est un risque inacceptable et la substitution vertueuse ne peut passer que par la loi. D'où une proposition de Greenpeace consistant à soumettre à substitution toutes les substances posant problème et à repasser les substances en revue tous les cinq ans pour conserver à REACH un objectif de progrès. En outre, les listes des substances posant problème et celles des substances revisitées devraient être publiées et un label négatif dissuasif devrait être apposé sur les produits.

M. Yannick VICAIRE a regretté qu'à l'échelle nationale REACH n'ait pas été débattu, d'autant qu'il existe en France une école d'évaluation des risques de nature à améliorer ce dispositif, le rendant moins théorique car les problèmes résident toujours dans les cas particuliers.

M. Yannick VICAIRE a estimé que l'usage contrôlé de substances dangereuses était illusoire et il a attiré l'attention sur les risques induits par une traduction impropre de l'expression « adequate control » par « maîtrise valable des risques ».

Il a souhaité que les substances chimiques soient réglementées en fonction des personnes vulnérables (enfants, femmes enceintes, personnes âgées) et a déploré que les industriels fuient des responsabilités qui se reportent d'une certaine façon sur les mères (et futures mères) de famille (par exemple, via la question de l'allaitement), ce qui pose un problème éthique.

Il a ensuite précisé que les analyses de Greenpeace étaient effectuées par des laboratoires agréés et que l'analyse du sang des parlementaires européens avait été lancée à l'initiative du WWF mais d'autres travaux équivalents ont été menés par Greenpeace ou par les deux ONG conjointement.

Au sujet de l'Appel de Paris du Pr. Dominique BELPOMME, M. Yannick VICAIRE a estimé qu'il s'agissait d'une brèche ouverte dans le discours sanitaire et environnemental tenu auparavant.

A propos des cosmétiques, M. Yannick VICAIRE a relevé que le corps humain était directement exposé à ces produits et il s'est demandé au nom de quoi il faudrait accepter des cosmétiques dans la peau alors même que les produits des firmes cosmétiques ne sont soumis qu'à une autoévaluation réalisée par un comité scientifique semi-public semi-privé. Or il est intéressant de noter que des phtalates issus des cosmétiques, en particulier le diéthylphtalate (DEP), se retrouvent dans le cordon ombilical. A cet égard, M. Yannick VICAIRE a recommandé de se reporter au document d'évaluation fourni par les industriels qui permet de constater que le foetus n'est pas pris en compte.

En outre, M. Yannick VICAIRE a noté que l'Oréal faisait de la publicité soulignant l'incorporation des nanoparticules dans ses produits ce qui a donné lieu à un courrier de Greenpeace à cette firme.

Interrogé sur sa vision des agences de sécurité sanitaire et environnementale en France, M. Yannick VICAIRE s'est déclaré très déçu par la limitation des moyens de l'AFSSET tandis que l'AFSSA était bien pourvue en dépit de la pression politique ou médiatique qui s'exerce sur elle.

Il a rappelé que Greenpeace avait recommandé d'analyser tous les polluants issus de l'incinération et pas seulement les dioxines et il a regretté que la saisine de l'AFSSET par les ONG soit difficile. Il a déploré que l'AFSSET ne soit pas une agence de moyens et qu'elle se trouve de ce fait prisonnière d'experts comme cela a été démontré pour les antennes-relais. Il s'est ensuite interrogé sur la notion d'expert indépendant et a regretté que la toxicologie soit en voie de disparition.

M. Yannick VICAIRE a ensuite relevé la bizarrerie du montage juridique du BERPC qui affecte sa crédibilité. En effet, ce bureau qui fonctionne avec des moyens de l'INRS et de l'INERIS est une association de la loi de 1901 créée à la fois par une autre association de la loi de 1901 et par un établissement public industriel et commercial. Il a souhaité à ce propos que ne soit pas renouvelée une expérience du type comité permanent amiante... D'autant que, pour lui, les éthers de glycol demeurent un scandale en milieu professionnel.

M. Yannick VICAIRE a indiqué que la recherche était souvent menée au moyen de partenariats public-privé dans lesquels le partenaire privé indique l'orientation de la recherche comme ce fut le cas avec l'analyse des polluants issus de l'incinération. En l'occurrence, Veolia a un discours inspiré par le monde de la chimie. Or la recherche devrait toujours comporter des préoccupations globales moins liées à sa valorisation directe.

Interrogé sur la présence de Greenpeace dans des commissions, M. Yannick VICAIRE a indiqué que Greenpeace était parfois reçue au Parlement comme au ministère de l'Ecologie mais pas au ministère de l'Economie, des finances et de l'industrie et qu'il était toujours difficile d'évaluer le retour de ces prestations.

Documents de référence :

- « Exposition chimique et troubles de la reproduction, une synthèse des preuves scientifiques sur les liens entre troubles de la reproduction humaine et exposition aux substances chimiques dangereuses - ATTENTION FRAGILE ! », rapport Greenpeace, juillet 2006

- « Lobby toxique ou comment l'industrie chimique essaie de tuer REACH », Marco Contiero, publication de Greenpeace International, mai 2006

- « Industrie française et chimie durable : les bénéfices du développement propre », Frank Ackerman et Rachel Massey, Global Development and Environment Institute, Université Tufts, Medford, Massachusetts, Etats-Unis d'Amérique 2005

- « Toxiques en héritage, des substances chimiques dangereuses dans le sang du cordon ombilical », Greenpeace et WWF, septembre 2005

- « Des substances chimiques plus sûres avec REACH. Du principe de substitution comme moteur de la chimie verte », Greenpeace Europe, avril 2005

- «The Royal Commission on Environmental Pollution - Report on Chemicals in Products, Government Response», DEFRA (Department for Environment Food and Rural Affairs), août 2004

- « Consommation toxique - les substances dangereuses dans les poussières du logement : des indicateurs de l'exposition chimique dans l'environnement domestique », Greenpeace Royaume-Uni 2003