Allez au contenu, Allez à la navigation



Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

OFFICE FRANÇAIS DE PRÉVENTION DU TABAGISME - OFT

Site Internet : http ://www.oft-asso.fr

Pr. Bertrand DAUTZENBERG, Président36(*)

(29 novembre 2006)

Le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a procédé à quelques rappels : une cigarette contient un milliard de particules de 300 nanomètres, ce qui correspond à peu près à la taille des particules de la fumée des moteurs diesel et garantit donc une pénétration jusqu'au fond des poumons. Le nombre de particules dans un cendrier est estimé à environ cinq milliards, certaines particules étant encore plus petites que celles de la cigarette - de la taille de 100 micromètres (m) - et pénétrant encore plus profondément.

Abordant la question actuelle des bars à chichas (ou shishas), le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a signalé qu'une bouffée de cigarette correspondait à 40 millilitres tandis qu'une bouffée de chicha correspondait à 3/4 de litre, d'où l'on peut conclure que fumer une chicha revient à fumer 40 cigarettes. Par conséquent, vingt personnes fumant des chichas produisent 800 litres de fumée, d'où des malaises qui ont même conduit à recourir au caisson hyperbare pour une jeune file qui avait fumé trois chichas et pour une employée travaillant dans un bar non ventilé.

Contrairement à une idée reçue, le passage de la fumée par un liquide ne diminue pas sa nocivité, elle ne fait que changer la taille des particules et diminuer un peu l'irritation. Il a été noté par ailleurs que les non fumeurs contaminés en une heure dans un bar à chichas sont soumis à un degré de pollution atteignant le seuil d'alerte. Il est donc évident que ces bars doivent disparaître, mais 95 % de fumeurs de chichas refusent de s'arrêter de fumer. Il y a donc là une incompréhension importante du danger encouru.

A titre de comparaison, le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a signalé qu'en ce qui concerne les « joints », la pollution de leur fumée est équivalente à celle des cigarettes à quoi s'ajoute une combustion moins bonne dans la mesure où ces joints sont mal roulés.

Le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a ensuite indiqué que dans le courant secondaire de la cigarette se trouvaient davantage de polluants que dans le courant primaire inhalé car la fumée secondaire est à basse température.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a édité sur le caractère cancérogène du tabac un livre d'environ 1500 pages, d'où il ressort que la fumée secondaire est un cancérogène de niveau 1, mutagène de niveau 2 par inhalation et reprotoxique de niveau 1 ; il s'agit donc d'un parfait produit cancérogène mutagène et reprotoxique (CMR).

L'étude NÉBOT sur l'exposition au tabac environnemental dans les lieux publics des villes européennes (2005) a mesuré la nicotine dans l'air à Paris qui est équivalente à celle d'un bar disco, soit 59 g/m3. La nicotine se dépose sur les moquettes et est relarguée ; elle est très odorante.

Le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a fait observer que les aéroports des Etats-Unis d'Amérique étaient propres, ce qui ôtait l'envie d'y fumer, et qu'ils devaient être comparés à l'aéroport de Roissy-Charles De Gaulle qui sent la cigarette et où nombre de mégots se trouvent sous la pancarte d'interdiction de fumer.

En fait, certaines études ont établi que les murs « parlent » pendant deux mois pour relater la tabagie dont ils ont été témoins, ce qui incite à choisir le moment d'un déménagement comme étant particulièrement propice à un changement d'habitudes, ce moment étant favorable à une rupture. Certes, les Grecs sont encore plus accrochés à la nicotine que les Français, mais la France figure parmi les mauvais pays quant aux habitudes tabagiques.

Revenant sur les particules, le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a ajouté que, pour bien se polluer, il suffit de passer quatre-vingt-dix minutes dans un bar à chichas où le niveau de fumée devrait déclencher une alerte à la pollution.

A propos des femmes enceintes, il existe pour elles des risques liés au tabagisme passif, notamment la baisse du poids des bébés, très facile à constater lorsque le conjoint est fumeur. En effet, chaque cigarette dégage une particule par million ce qui est un niveau bien plus élevé que celui de la plupart des pollutions intérieures.

Le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a recommandé la consultation de la base Carex pour avoir une idée de l'exposition des ouvriers. Il a indiqué par ailleurs que les polluants dans l'air des locaux pouvaient atteindre jusqu'à l'indice 100 de monoxyde de carbone dans les boîtes de nuit, tandis que l'OMS recommande de s'enfuir dans le quart d'heure des lieux dépassant l'indice 80 en monoxyde de carbone.

Quant au benzène la norme va descendre à 5 microgrammes par mètre cube en 2010.

Revenant sur les effets du tabagisme passif, le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a noté que les phénomènes de gêne des fumeurs passifs du fait des comportements des fumeurs ne disparaîtront qu'avec l'interdiction de fumer car on a déjà observé, depuis la loi Evin, que le tabac gêne de plus en plus. Récemment, les effets bénéfiques prévus résultant d'une interdiction du tabac ont été observés en Italie et, contrairement à ce que certains avançaient, l'interdiction de fumer en public n'entraîne pas une recrudescence du tabac en privé.

En outre, il est établi que le tabagisme passif entraîne le cancer du poumon et des risques coronariens : la mortalité par accident cardiovasculaire représente 80 % des morts par tabagisme passif et il s'agit là d'effets immédiats, contrairement aux effets du tabagisme actif. Chez les enfants cela peut provoquer la mort subite du nourrisson. De plus, il y a huit fois plus de méningites chez les enfants dont les parents fument. Ces effets sont surtout sensibles chez les enfants de moins de dix-huit mois. Il est possible d'estimer le coût associé aux maladies des enfants provoquées par le tabac à 50 millions d'euros à comparer aux 50 millions d'euros forfaitaires du coût d'arrêt du tabac.

Le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a noté que la cotinine n'était pas recherchée habituellement dans les bilans de santé liés à l'air alors que cette recherche dans l'urine et dans la salive est d'un coût modéré (de l'ordre de vingt euros). Par ailleurs, il est maintenant facile de mesurer le tabagisme passif grâce à des appareils.

Les effets du tabac sur les animaux s'observent aussi et leur font courir des risques réels, notamment au chat.

Le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a indiqué que, dans une pièce, les particules du tabac mettent trois heures à retomber, tandis que le monoxyde de carbone tombe vite et que la nicotine ne retombe qu'en plusieurs jours.

Abordant les statistiques générales sur les méfaits du tabac, le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a souligné que le tabagisme passif entraînait de 3.000 à 5.000 morts par an, ce qui est à comparer avec les 4.200 morts des accidents de la route.

Il a relevé que l'usage du tabac varie selon les lieux et les intentions de les fréquenter et que, dans les comparaisons européennes, la France est plutôt mal placée.

Il a observé que les tests réalisés dans des universités d'Ile-de-France montraient que même l'air d'un parking y était plus sain que celui des locaux enfumés et que, dans les appartements, le tabac y est la substance la plus polluante, parfois rejointe par les huiles de friture.

Il a été montré, à la suite de l'interdiction du tabac dans les pubs en Irlande, que le gain de santé pour les serveurs était immédiat.

Le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a noté que, si on extrapolait à la France les effets bénéfiques sur la santé de l'arrêt du tabac observés en Italie, cela ferait 5.000 à 7.000 infarctus de moins en France chaque année.

Par ailleurs, le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a indiqué qu'il travaillait constamment avec « 60 millions de consommateurs », la revue de l'Institut national de la consommation, qui mène de vraies études en liaison avec le laboratoire d'essais et qu'il collaborait également avec le Laboratoire d'hygiène de la Ville de Paris ou encore avec Mme Séverine KIRCHNER du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB).

A propos des hôtels, il a estimé que ceux-ci suivent les habitudes de leur clientèle, et que plus l'hôtel est haut de gamme, plus il y a de clients non fumeurs.

Il a noté que, chez les particuliers, il existait de plus en plus de règles et qu'elles étaient parfois stupides, surtout vis-à-vis des jeunes enfants.

Il a observé aussi que, de plus en plus, une femme enceinte qui fume dans la rue a du mal à faire cent mètres sans être l'objet d'une réflexion et que la déclaration de cinq minutes du président Jacques CHIRAC contre le tabac a fait diminuer le nombre de fumeurs d'environ 500.000, ce qui était bien plus efficace qu'une campagne de sensibilisation.

Le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a recommandé d'aider les fumeurs à arrêter comme cela se passe avec succès dans les entreprises.

Quant aux messages publicitaires télévisés, ils produisent des effets énormes au début de leur période de diffusion, comme lors du lancement du plan cancer, ce qui incite à combiner les effets de plusieurs média entre eux.

Il a noté ensuite qu'il fallait préparer l'échéance du 1er févier 2007 et qu'un nouveau médicament sortirait en janvier prochain.

Abordant la question de la thérapie, le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a noté qu'il existait trois médicaments : le Bupropion qui a des effets secondaires, les substituts nicotiniques qui sont très efficaces car ils laissent une large liberté et la Varénicline ou Champix qui sortiront en février 2007 et qui devraient connaître 25 % de succès après un an. Ces médicaments doivent être assortis de thérapies cognitives et comportementales.

D'après le Pr. Bertrand DAUTZENBERG, 80 % des cigarettes fumées en France le sont par une clientèle dépendante suivant une conduite addictive alors que ce pourcentage n'est que de 10 % pour l'alcool.

Interrogé sur le court métrage anti-tabac montrant la nécessité pour les fabricants de cigarettes de remplacer leurs clients fumeurs décédés par des jeunes naïfs et jusqu'alors en bonne santé, dont le ministère de la Santé n'a finalement pas souhaité la diffusion, le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a estimé que les conseillers ministériels avaient du être choqués par l'image de cadavres emballés et avaient du craindre une mauvaise compréhension du message par les jeunes. Cela étant, le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a noté qu'une diffusion clandestine mi-autorisée avait lieu et qu'on trouvait même ce court métrage sur un site officiel à l'heure actuelle. A ce sujet, il s'est demandé si la relative frilosité des conseillers ministériels ne pouvait pas être comparée aux attitudes ayant entouré la création des agences de santé dont on se demande parfois si elles n'ont pas été créées surtout pour protéger le ministre de la Santé.

Le Pr. Bertrand DAUTZENBERG a conclu qu'il fallait bien resituer l'importance de la fumée par rapport aux autres polluants de la maison et ne pas oublier que la pollution intérieure était supérieure à la pollution extérieure.

Documents de référence :

« L'industrie du tabac sape les fondements de la confiance dans la science », communiqué de presse n° 158, Centre international de recherche sur le cancer, Organisation mondiale de la santé, 14 janvier 2005

« Fumée du tabac, vers une protection de tous en France », rapport de l'Alliance contre le tabac, Bertrand DAUTZENBERG, président du groupe de travail regroupant l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), les Droits des non-fumeurs (DNF), l'Alliance contre le tabac (Ligue nationale contre le cancer, Association d'aide aux victimes du tabagisme -AAVT, UEN), le Comité national contre le tabagisme (CNCT), mars 2005

« Il faut que les professionnels de santé prennent position sur le tabagisme », communiqué de presse n° 163, Centre international de recherche sur le cancer, Organisation mondiale de la santé, 31 mai 2005

- « Respiratoires d'Enghien - Le tabagisme passif : réalité, conséquences et prévention », Pr. Bertrand DAUTZENBERG, 11 novembre 2006

« Les émissions de source intérieure dues à la combustion ménagère de charbon sont cancérogènes : les femmes des pays à ressources faibles ou moyennes sont les plus exposées », Centre international de recherche sur le cancer, The Lancet Oncology, 1er décembre 2006

- « Grossesse et tabac », document réalisé par le Ministère de la santé, de la famille et des personnes handicapées, l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) et l'Office français de prévention du tabagisme (OFT)

- « Aider les adolescents à ne pas fumer », plan cancer, document réalisé par le Ministère des solidarités, de la santé et de la famille, l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES), la Ligue contre le cancer et l'Office français de prévention du tabagisme (OFT)

- « Le tabac et la loi », plan cancer, document réalisé par le Ministère de la santé et des solidarités, l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), la Ligue contre le cancer et l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES)

- « Les risques du tabagisme et les bénéfices de l'arrêt », plan cancer, document réalisé par le Ministère de la santé et des solidarités, l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), la Ligue contre le cancer et l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES)

- « La dépendance au tabac », plan cancer, document réalisé par le Ministère de la santé et des solidarités, l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), la Ligue contre le cancer et l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES)

- « Les substituts nicotiniques », plan cancer, document réalisé par le Ministère de la santé et des solidarités, l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), la Ligue contre le cancer et l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES)

- « Arrêter de fumer sans prendre de poids », plan cancer, document réalisé par le Ministère de la santé et des solidarités, l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), la Ligue contre le cancer et l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES)

- « Les solutions pour arrêter de fumer », plan cancer, document réalisé par le Ministère des solidarités, de la santé et de la famille, l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), la Ligue contre le cancer et l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES)

- « De la prévention à l'aide à l'arrêt du tabac », Office français de prévention du tabagisme (OFT)

- « Le CO, gaz toxique présent dans la fumée de cigarette », Office français de prévention du tabagisme (OFT)

* 36 Le Pr. Bertrand DAUTZENBERG est également Président d'Alliance contre le tabac en Ile-de-France (ACTIF).