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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

INSTITUT CURIE

Site Internet : http ://www.curie.fr

Dr. Bernard ASSELAIN, Chef du département de Biostatistiques

(24 janvier 2007)

Le Dr. Bernard ASSELAIN a indiqué que, dans les pays industrialisés, l'incidence des cancers croissait avec l'âge et, ce, de manière plus importante que dans les pays en voie de développement. Pour les hommes, il s'agit surtout de l'augmentation du cancer des poumons et des cancers ORL après 55 ans. Pour les femmes, l'augmentation des cancers apparaît plutôt avant 55 ans et se stabilise ensuite, ce qui conduit à rappeler que dans les statistiques des cancers, il faut toujours tenir compte de l'âge. C'est ainsi qu'il existe une corrélation entre l'augmentation de l'espérance de vie et l'augmentation du nombre de cancers.

Il a noté ensuite qu'il existe d'importantes différences entre les cancers à travers le monde. En Asie, le cancer de l'estomac est important tandis qu'il se situe à la sixième ou septième place en Europe et c'est la réfrigération qui explique la différence. En effet, la conservation par le sel utilisée en Asie produit de la nitrosamine.

Au Royaume-Uni, la courbe des cancers des poumons redescend après les mesures antitabac intervenues. A cet égard, les médecins sont d'excellents relais et ont d'ailleurs été à l'origine de la première étude épidémiologique de ce cancer.

D'une manière générale, il est établi que le tabac et l'alcool constituent des risques majeurs. Ainsi, pour la France, une épidémie de cancers du poumon va apparaître chez la femme au cours des prochaines années. Le cancer du sein est en augmentation. Il résulte aussi bien de facteurs hormonaux, notamment en cas d'absence d'enfant ou de première grossesse tardive, de facteurs génétiques stables que de facteurs alimentaires (excès de nourriture), ce qui est d'ailleurs bien démontré par l'étude des femmes japonaises - les incidences de cancer étant différentes chez les femmes de plus de 50 ans ayant émigré aux Etats-Unis d'Amérique et chez celles demeurées au Japon.

De même, il y a davantage de cancers du sein en Europe du Nord que dans le Sud où l'on consomme davantage de légumes et de l'huile d'olive. Dans ces évolutions, les facteurs environnementaux sont cependant difficiles à repérer.

Le Dr. Bernard ASSELAIN a rappelé que, dans les années 1950, il n'existait pas de registres des cancers, qui ne sont apparus qu'à la fin des années 1970 grâce à l'InVS et à l'INSERM.

C'est l'InVS qui a établi le cahier des charges de ces registres mais, à l'heure actuelle, moins de 10 % du territoire est couvert (soit environ dix départements), car cela est très lourd à mettre en place.

A propos des données sur l'incidence des cancers, le Dr. Bernard ASSELAIN a noté qu'il est patent que les cancers sont en augmentation. De 1980 à 2000, le nombre de cancers a augmenté de 63 % avant correction résultant de la prise en compte du vieillissement de la population qui ramène ce chiffre à 20-25 %, ce qui fait que la hausse des cancers est plus modérée qu'on ne le dit généralement. A cet égard, les assertions du Pr. Dominique BELPOMME apparaissent excessives et, même s'il s'agit d'un thérapeute non critiquable, il ne peut s'improviser épidémiologiste. Le Dr. Bernard ASSELAIN a estimé que le Pr. Dominique BELPOMME était un homme de combat mais qu'il ne se fondait pas sur les vraies données pourtant possibles à obtenir, par exemple, auprès du CIRC ou de l'InVS, notamment auprès de son département de maladies chroniques. De plus, des données sur le cancer et les maladies professionnelles peuvent être recueillies également auprès de l'INSERM.

En France, l'augmentation du cancer chez les hommes concerne essentiellement la prostate, au-delà de 70 et 80 ans. A cet égard, il faut savoir qu'avec l'âge, dans 80 % des cas, la glande prostatique finit toujours par devenir cancéreuse.

La détection (qu'il ne faut pas confondre avec le dépistage) est maintenant plus précoce, grâce au dosage du PSA (Antigène Spécifique de la Prostate) qui permet de détecter très tôt les micro-cancers ; mais, de ce fait, si l'épidémie est apparente, la mortalité n'évolue pas. Aux Etats-Unis d'Amérique, une étude a été menée sur l'intérêt du dépistage du PSA et ses résultats sont attendus.

En effet, il est important d'évaluer le rapport coût-bénéfice de la détection précoce du cancer de la prostate, tous les cancers de la prostate n'évoluant pas ; en revanche, il existe toujours des problèmes pour la sexualité si une opération de la prostate a lieu.

Le dépistage, lui, consiste à proposer des mesures à la suite d'une détection et doit avoir des bénéfices mesurables en termes de santé publique.

Quant au cancer du sein, son occurrence a doublé à âge égal en vingt ans. Cela peut provenir aussi bien des hormones que de facteurs alimentaires, ou encore des améliorations du dépistage mais ce n'est pas le dépistage lui-même qui cause le cancer. Davantage de cancers dépistés sont aujourd'hui traités avec d'ailleurs des taux de guérison excellents. La mortalité régresse un peu et suit une courbe régulière.

Quant au cancer de la prostate chez l'homme, sa progression s'est accélérée.

En outre, il y a émergence des cancers LNH (lymphome non hodgkinien), du rein, de la peau (mélanome) et du cerveau. Les lymphomes, la vessie, le rein et le système nerveux central sont sensibles aux produits chimiques. Les leucémies le sont également surtout chez l'enfant.

Chez la femme, il apparaît une augmentation du mélanome, des cancers du poumon, des lymphomes du système nerveux et du rein ; les leucémies sont stables ainsi que le cancer de la vessie qui sont tous deux des marqueurs des produits chimiques.

Au-delà de l'influence des substances chimiques sur le système nerveux central, le Dr. Bernard ASSELAIN a estimé qu'à l'heure actuelle, il existe seulement des suspicions concernant le téléphone portable qui réchauffe le cerveau de 1 % en vingt minutes, mais il n'existe pas de preuve de cancer du cerveau lié au portable. De plus, une augmentation des cancers du cerveau avait été constatée avant l'apparition des téléphones portables.

Au sujet des pesticides employés en agriculture, l'INSERM a mené des études qui établissent qu'il existe peut-être des liens entre pesticides et cancer du cerveau et entre pesticides et lymphome non hodgkinien.

Quant à l'augmentation constatée des leucémies chez l'enfant, le Dr. Bernard ASSELAIN a recommandé de se reporter au registre de l'enfant et notamment aux travaux de Mme Jacqueline CLAVEL, (directeur de l'unité U754 Epidémiologie environnementale des cancers à Villejuif) Il est établi que le benzène pouvait entraîner des leucémies. Il reste à vérifier les seuils d'exposition.

Le plan cancer a préconisé la constitution de registres de cancer dans les grosses régions urbaines, ce que l'Ile-de-France vient de démarrer avec quatre personnes, ce qui est très insuffisant. En effet, le Royaume-Uni qui a lancé le même travail pour la région de la Tamise, y a affecté soixante personnes à temps plein ; de même à Lille où trente-quatre personnes effectuent un travail analogue.

Le Dr. Bernard ASSELAIN a ensuite remis un tableau sur les quantités filtrées par le corps humain en dix ans dans ses échanges avec l'extérieur.

Il a rappelé qu'il existait des causes évitables de cancer parmi lesquelles figurent en tête le tabac et l'alimentation dont il est très difficile d'évaluer la quantité de pesticides qu'elle fait absorber.

Interrogé sur les cancers causés par des éthers de glycol, le Dr. Bernard ASSELAIN a précisé que l'Institut Curie avait été saisi sur ce point par la Ligue contre le cancer, elle-même actionnée par des syndicats s'intéressant au cancer des testicules, à partir de huit cas étudiés à l'usine IBM de Corbeil.

Une tentative d'évaluation des personnes exposées, par comparaison avec les cas prévisibles d'une population analogue, a été effectuée. Elle a montré que huit à douze cas auraient été envisageables pour des personnes non exposées aux éthers de glycol. Les huit cas observés à Corbeil se situent donc dans la fourchette attendue et aucun argument n'a été fourni pour prouver que les huit cas constatés pouvaient représenter un excès par rapport à la moyenne. Ces conclusions ont été présentées publiquement en 2004 et rejetées par les organisations syndicales qui n'ont plus donné de nouvelles depuis au Dr Bernard ASSELAIN.