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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

INSTITUT BRUXELLOIS POUR LA GESTION DE L'ENVIRONNEMENT (IBGE) - l'expérience des ambulances vertes

Site Internet : http://www.ibgebim.be

Mme Annick MEURRENS, Directrice scientifique, division laboratoire, santé et indicateurs
Mme Sandrine BLADT, Chef de service, département santé et pollution intérieure

(15 mars 2007)

Madame Annick MEURRENS a indiqué que du fait des partages de compétences, les matières environnementales ont été confiées aux régions. Pour la région bruxelloise, c'est l'Institut bruxellois pour la gestion de l'environnement (IBGE), service public, qui est compétent pour la pollution intérieure. Dès l'origine, l'IBGE s'est appuyé sur un laboratoire d'étude de la pollution de l'air extérieur. Après avoir recruté, il y a une quinzaine d'années, des membres d'un institut de santé publique nationale s'occupant de l'air et de mycologie, ce laboratoire s'est intéressé aux polluants de l'air intérieur, plus nombreux que ceux de l'air extérieur et qui entraînent des problèmes de santé inexpliqués liés à des aspects chimiques de l'habitat.

Au sein de l'IBGE, existe une cellule régionale d'intervention en pollution intérieure, basée sur le diagnostic et la remédiation, et dont les activités ont débuté en 2000. Elle intervient uniquement sur demande médicale et avec l'aide des médecins. A partir de 2000, il s'est passé la même chose dans les autres provinces wallonnes tandis qu'en Flandre un décret et des normes de pollution intérieure imposent un contrôle des habitats grâce à la mise sur pied d'un réseau de conseillers.

L'IBGE, lui, n'agit pas en fonction de prescriptions législatives ou règlementaires mais dans le seul souci d'améliorer la santé. Il est financé par la région de Bruxelles-Capitale, et collabore avec le service de mycologie de l'Institut de Santé Publique.

En Belgique, la compétence santé appartient à l'autorité fédérale et aux communautés tandis que la compétence environnement est du ressort des régions, sauf pour le nucléaire et les déchets transfrontaliers. Quant à la santé des individus qui pose aussitôt le problème de la langue de communication, l'aspect curatif est confié au niveau fédéral et l'aspect préventif aux communautés. A Bruxelles, trois commissions coexistent : la française, la néerlandaise et une commission commune.

Mme Sandrine BLADT a ensuite précisé que l'intervention de l'IBGE dans les habitats s'effectuait à la demande de médecins, notamment ceux déjà sensibilisés aux problèmes de la pollution intérieure, dans le respect d'un protocole et au moyen d'un questionnaire rempli avec l'habitant.

Elle a noté avec satisfaction que le cercle des médecins adressant des demandes à l'IBGE ne cessait de s'élargir, témoignant d'une sensibilisation accrue aux questions santé-habitat, et que, lorsque les habitants prenaient contact directement avec l'IBGE, celui-ci les renvoyait alors vers les médecins pour une éventuelle prescription de saisine.

Mme Sandrine BLADT a précisé que l'IBGE intervenait toujours sur place avec l'accord de l'habitant, au moyen d'un matériel important et de deux à trois personnes. Des prélèvements sont alors effectués dans l'habitat, selon un protocole commun, conduisant à des analyses chimiques et biologiques. Ces prélèvements concernent l'air (chimie), et les moisissures et l'air (biologie). Un questionnaire de huit pages est rempli avec l'habitant par l'infirmière sociale afin de repérer les symptômes, les antécédents, l'historique de l'habitation et les activités qui y sont menées.

Un rapport d'analyse est ensuite adressé au médecin et les résultats sont expliqués par l'infirmière au patient. Une remédiation est ensuite proposée sur la base de petits conseils aisés à suivre pour assainir le logement. Ce rapport ne constitue pas une expertise et n'a pas de valeur juridique afin d'éviter l'engrenage judiciaire qu'il pourrait éventuellement déclencher, la saisine traduisant souvent des problèmes entre locataires et propriétaires. Si des risques réels apparaissent, le médecin est averti et les services compétents éventuellement saisis. Quelquefois, il faut même éviter que le logement puisse être loué de nouveau.

Quant aux pathologies provoquant la demande, elles sont le plus souvent respiratoires (asthme, bronchite chez les enfants) ou bien il s'agit de fatigue chronique, de maux de tête, tandis que les vertiges et les nausées sont rares. Il y a peu de problèmes cutanés, mais peut-être est-ce parce que le lien entre l'état de l'habitat et ceux-ci n'est pas établi par le médecin.

Un an après le rapport d'analyse, un questionnaire de suivi est adressé aux habitants pour évaluer les effets des remédiations sur leur santé. En dépit du retour insuffisant desdits questionnaires, 80 % des réponses font état d'améliorations.

Mme Sandrine BLADT a observé que, très souvent, l'aération est la première solution aux problèmes constatés, notamment en cas de stockage de solvants.

De plus, l'analyse de l'air intérieur est toujours accompagnée d'un prélèvement de l'air extérieur proche de cet habitat et il apparaît presque toujours que l'air intérieur est plus pollué que l'air extérieur.

Mme Sandrine BLADT a ensuite noté que les poêles à pétrole lampant, assez rares en Belgique, y causaient peu de problèmes mais il est vrai que l'IBGE n'intervient pas sur des appels d'urgence. A Bruxelles où il y a d'ailleurs le gaz de ville dans toutes les habitations, il y a plutôt des problèmes résultant des petits chauffe-eau au gaz non reliés à une cheminée.

En Belgique, les étiquettes des produits (gel douche, shampoings, parfums d'ambiance) ne comportent pas d'indication relatives à leurs émissions. Mme Sandrine BLADT a ajouté qu'un travail d'éducation des consommateurs était mené pour leur apprendre à mieux interpréter les pictogrammes et qu'il serait utile de mener une campagne sur le fait que l'air intérieur est plus pollué que l'air extérieur. En effet, des questions du type : « est-ce qu'on peut ouvrir la fenêtre ? » sont souvent posées par des habitants prenant possession d'un logement neuf.

Elle a noté ensuite que les cuisinières au gaz dégageaient du dioxyde d'azote, à raison de 600 mg par m3 alors que ces émissions sont censées être de 400 mg par m3. Par ailleurs, d'une manière générale, des écarts de pollution allant du simple au double sont parfois observés entre le côté cour et le côté jardin des habitations.

De l'ensemble des observations recueillies par l'IBGE, s'est dégagé un consensus consistant à recommander d'aérer trente minutes par jour, au minimum, une pièce normale et, dans toute nouvelle construction, à rendre obligatoire le renouvellement de l'air dans toute l'habitation. De plus, ces prescriptions sont renforcées par le fait que les responsables de l'éco-énergie font valoir qu'il est plus difficile de chauffer de l'air humide. Cependant, le code du logement belge comporte des exigences différentes pour chacune des trois régions du pays.

Mme Sandrine BLADT a relevé que la perte relative de l'habitude d'aérer était liée à la première crise pétrolière puis elle a indiqué qu'en Belgique, il existe peu de cheminées à foyer ouvert mais plutôt des inserts et que les poêles à bois ne sont utilisés que comme chauffage d'appoint.

D'un point de vue général, elle a indiqué qu'en Belgique, il existe une agence sanitaire pour le médicament et une agence pour l'alimentation, mais qu'il n'existe pas d'agence en charge de l'environnement. Il s'y trouve, en revanche, des instituts de diagnostics mais pas en région bruxelloise. Il a été rappelé aussi que le laboratoire de l'IBGE s'occupait de chimie mais pas de mycologie, dans la mesure où l'extension de ses activités est allée de l'air extérieur vers l'air intérieur. Ce laboratoire procède à ses analyses à l'aide de systèmes automatisés travaillant jour et nuit.

Par ailleurs, il existe des demandes des usagers de locaux de bureaux concernant l'état de leur pollution intérieure mais cela concerne le niveau fédéral et donc pas l'IBGE, qui n'a pas davantage mené d'étude dans les transports pour lesquels il est plutôt procédé par appel d'offres auprès des laboratoires des universités.

Quant aux piscines, leur ventilation a été récemment améliorée à partir de l'application de normes de chlore dans l'eau et dans l'air et de l'élimination de ce chlore par des procédés classiques de dechloramination et non par des rampes à ultraviolets. De plus, le cas des bébé-nageurs a été étudié par rapport à un risque d'asthme, mais aucune conclusion n'a été rendue pour l'instant.

Interrogée sur les produits nettoyants industriels, Mme Annick MEURRENS a précisé qu'aucune alerte ou problème n'avait été signalé.

Quant aux écoles, leur état sanitaire ne relève pas de la région bruxelloise. En région flamande, une sensibilisation des professeurs et des élèves à l'aération a été effectuée : certains élèves sont préposés à l'ouverture des fenêtres, des mallettes pédagogiques ont été distribuées.

Au niveau des architectes, une prise de conscience s'amorce mais sa conséquence éventuelle sur une hausse des prix de la construction est redoutée.

Enfin, il a été précisé que le budget des ambulances vertes et le coût de la sensibilisation des médecins s'élevaient à environ 300.000 euros par an, hors rémunération des personnels, et que , comme le laboratoire de l'IBGE, travaillait à la fois sur l'air extérieur et sur l'air intérieur, ce dernier poste n'a représenté qu'un investissement négligeable.

Chaque enquête de l'IBGE coûte 1.250 euros, tout compris, et 150 enquêtes sont menées par an.

En conclusion, il a été rappelé que l'idée des ambulances vertes est venue du Luxembourg où, toutefois, les diagnostics de l'habitat ne reposent que sur un examen visuel. Un système analogue existe aussi en Allemagne. Il a été aussi précisé que l'appellation imagée « ambulances vertes » n'impliquait pas l'existence de véhicules ambulance pour autant.

L'existence des ambulances vertes a déjà intéressé la France : l'ARENE, l'ADEME et l'AFSSET ont invité les ambulances vertes à exposer leur expérience, qui semble n'avoir comme équivalent français que les écoles alsaciennes d'infirmières.