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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

AGENCE DE L'ENVIRONNEMENT ET DE LA MAÎTRISE DE L'ENERGIE - ADEME

Site Internet : http ://www.ademe.fr

M. Alain MORCHEOINE, Directeur de l'Air, du bruit et de l'efficacité énergétique
M. Pierre HERANT, Chef du département Bâtiment et urbanisme

(14 mars 2007)

M. Alain MORCHEOINE a rappelé que l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) et le ministère du Logement avaient créé ensemble l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI), bras armé du ministère de l'Écologie pour l'air intérieur, ce thème constituant jusqu'alors une sorte de blanc sur la carte alors que l'être humain passe 80 % de son temps à l'intérieur.

S'interrogeant sur la cause de cet oubli, M. Alain MORCHEOINE a supposé qu'il avait dû résulter des habitudes des chercheurs et des associations en charge de la qualité de l'air qui s'étaient focalisées sur l'air extérieur. Il a relevé, de plus, que l'air intérieur considéré est à la fois celui du domicile et celui des divers lieux de vie comprenant les bureaux et les locaux d'accueil des enfants et des jeunes, de la crèche à l'université, et que ces milieux étaient différents des lieux d'exposition industrielle.

M. Alain MORCHEOINE a évoqué l'étude menée par Mme Séverine KIRCHNER du CSTB pour l'OQAI et a précisé que si cette étude avait pris beaucoup de retard - initialement prévue pour une durée de deux années, cette étude en a pris quatre - elle permettait maintenant de disposer de bonnes données.

Il a indiqué ensuite que l'ADEME lançerait des opérations Air dans le tertiaire et Air dans l'université à partir de 2007, des propositions du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) sur l'approche méthodologique étant attendues. Ces opérations risquent d'être très coûteuses.

A propos des écoles, M. Alain MORCHEOINE a déploré les carences de renouvellement d'air, le fait que les ventilations mécaniques contrôlées ne soient pas contrôlées et ne ventilent pas toujours correctement du fait du manque de maintenance et sont souvent en panne ; ces carences étant aggravées par les émanations du mobilier scolaire.

Au sujet des bureaux, M. Alain MORCHEOINE a observé que ceux situés dans des tours avaient un air conditionné 24 heures sur 24, ce qui pose des problèmes. D'une manière générale, l'efficacité énergétique et le renouvellement de l'air s'opposent parfois ; il s'agit donc de trouver à la fois des solutions techniques et des solutions comportementales en modifiant l'état d'esprit car, pour l'air extérieur, c'est l'autre qui est jugé responsable, alors que chez soi, il s'agit d'une responsabilité personnelle.

M. Alain MORCHEOINE a ensuite évoqué le programme de recherche PREBAT, lancé en 2005, visant à améliorer tout à la fois l'efficacité énergétique des bâtiments et la qualité de leur air ambiant, ce qui a conduit à s'interroger sur les matériaux de l'habitat et sur l'usage qui est fait de ceux-ci. Ce programme devrait déboucher sur des préconisations recommandant des techniques de ventilation nouvelles et des techniques de conditionnement d'air différentes. Il a noté que ce programme de recherche énergétique dans les bâtiments permet à la fois la recherche et la démonstration, par exemple à l'occasion de visites d'élus. Il a insisté sur la nécessité conjointe de réhabiliter l'existant et d'agir sur le neuf, ce qui peut être fait en s'inspirant de la méthodologie du modèle du programme PREDIT sur les transports.

M. Alain MORCHEOINE a jugé indispensables la formation et l'information des professionnels pour que les produits de construction soient bien mis en oeuvre. Cela pourrait débuter d'abord par la formation continue car l'éducation nationale est lente à bouger. Des problèmes avec les architectes qui privilégient parfois l'art au détriment de l'efficacité ne sont pas à exclure. De plus, des difficultés existent avec le ministère de la Culture sur le patrimoine ; par exemple, un architecte des bâtiments de France écarte le principe de constructions en bois dans le Limousin. M. Alain MORCHEOINE a enfin souhaité que des compétences techniques soient mieux attirées vers le bâtiment.

M. Alain MORCHEOINE a indiqué que l'ADEME s'était intéressée aux exemples fournis par les pays étrangers, ce qui va être rendu public sur le site http ://www.prebat.net, avec la première comparaison internationale de cette ampleur dans le domaine de l'énergie.

Il a noté encore qu'un appel à projets avait été lancé pour des bâtiments démonstrateurs et a noté avec satisfaction que, grâce aux budgets régionaux, beaucoup de choses bougeaient et qu'il y aurait donc, en conséquence, beaucoup d'exemples de bâtiments avec de très bonnes performances énergétiques, l'air intérieur étant déjà pris en considération dans ces approches. Il a indiqué que des actions futures sur les éco-produits, les meubles par exemple, et que des actions bois-énergie allaient se développer, tout en notant au passage que la cheminée ouverte n'était pas efficace et qu'il ne s'agit pas là d'un procédé bois-énergie.

Enfin, il a déploré la présence quasi générale de formaldéhyde partout.

M. Pierre HERANT a recommandé de se reporter à la base de données INIES (base cogérée avec l'ADEME) pour s'informer sur les impacts environnementaux des matériaux. Il reste encore à recenser des milliers de produits et à identifier ensuite l'impact sur la santé des produits mais les industriels sont réticents.

M. Alain MORCHEOINE a insisté sur le fait que l'air intérieur était probablement plus pollué que l'air extérieur et a espéré que REACH allait améliorer la situation.

M. Pierre HERANT a précisé que les matériaux renouvelables ne sont pas toujours synonymes de produits sains. M. Alain MORCHEOINE a pris l'exemple d'une maison à la construction parfaite mais utilisant une cheminée ouverte, ce qui pose un problème. Il a rappelé que les missions de l'ADEME portaient à la fois sur l'air, l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables, ce qui constitue une originalité en Europe ; M. Alain MORCHEOINE se trouve à la croisée de cette approche multicritères et M. Pierre HERANT décline cela pour le bâtiment.

L'ADEME ambitionne maintenant d'améliorer l'efficacité énergétique à qualité constante de l'air ambiant et envisage même d'aller plus loin si possible.

M. Pierre HERANT a recommandé d'analyser de près les taux de ventilation et la perméabilité à l'air des bâtiments car beaucoup de bâtiments, anciens ou non, sont perméables à l'air. M. Alain MORCHEOINE a insisté sur le fait qu'il ne fallait pas vivre dans un « thermos » et a considéré que, dans le tertiaire, les calories excessives à évacuer posent problème.

M. Pierre HERANT a suggéré une solution consistant à développer les ventilations mécaniques à double flux, trop rares actuellement - ce système consistant à évacuer l'air chaud de l'intérieur vers l'extérieur tout en réchauffant par un échangeur l'air froid venant de l'extérieur grâce à l'air chaud. Il a regretté que, dans les écoles et dans le tertiaire, les systèmes de ventilation soient souvent inexistants ou mal entretenus alors qu'il existe de nombreux chauffagistes compétents et que la ventilation est peu coûteuse actuellement. Il a enfin suggéré que la ventilation mécanique à double flux soit éligible au crédit d'impôt.

M. Alain MORCHEOINE a souhaité que cela ait aussi des effets sur la climatisation, ce qui peut être obtenu grâce à la ventilation sous température dirigée.

M. Pierre HERANT a observé que la haute qualité environnementale (HQE) allait en ce sens mais qu'elle demeurait à promouvoir ; c'est pourquoi l'ADEME a mis en place à cette fin un soutien aux centres de ressources en région.

M. Alain MORCHEOINE s'est interrogé sur les conditions d'installation d'un chauffe-eau solaire et s'est demandé vers quel professionnel il convenait de se tourner pour installer le capteur sur le toit. Serait-ce le plombier ou le couvreur ? Dans la mesure où le métier d'ensemblier n'existe pas, le particulier ne sait vers qui se tourner.

M. Alain MORCHEOINE a espéré que les bonnes relations entre l'ADEME et le ministère en charge du logement allaient permettre de faire progresser ces dossiers et a relevé que le problème du coût pour les ménages demeurait essentiel tandis que, pour les produits de nettoyage et d'entretien, c'est la question de leurs émissions qui est centrale.

M. Alain MORCHEOINE est revenu sur les écoles primaires et les collèges pour préciser que, parfois, les chefs d'établissement refusent d'aérer par mesure de sécurité et aussi par souci d'économie pour épargner des budgets d'entretien de plus en plus serrés. Quant au mobilier en général, un travail sur ses émissions est encore à mener en liaison avec la définition d'indicateurs de l'air intérieur mais il est difficile de s'arrêter à tel ou tel critère.

M. Pierre HERANT a relevé que c'est le lundi matin que les salles de classe sont les plus polluées mais que, comme les classes ne sont pas totalement remontées en température, les chefs d'établissement ont peur des réactions des parents d'élèves en cas d'aération systématique effectuée en début de semaine.

M. Alain MORCHEOINE a indiqué ensuite qu'il était membre du comité d'experts spécialisés sur l'air à l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFSSET) et M. Pierre HERANT a rappelé que le CSTB avait un laboratoire « POLLEM » qui étudiait le relargage des produits chimiques par les produits de construction.

Documents de référence :

- « Les cahiers de la qualité de l'air intérieur », n° 1 (ouvrage rédigé à partir des contributions remises à l'occasion du colloque « La qualité de l'air intérieur, enjeu essentiel de santé environnementale », tenu le 3 décembre 2003 au salon Pollutec à Paris), Europe et environnement, octobre 2004

- « Les cahiers de la qualité de l'air intérieur, Prévention sanitaire et construction », n° 2 (ouvrage rédigé à partir des contributions remises à l'occasion du colloque « La qualité de l'air intérieur, prévention sanitaire et construction », tenu le 1er décembre 2004 au salon Pollutec à Paris), Pleins Titres éditions, novembre 2005