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A quoi sert le baccalauréat ?

 

III. LES LEÇONS DE DEUX CENTS ANS D'HISTOIRE

Aux yeux de votre rapporteur, ce long détour par l'histoire s'imposait. Il est en effet impossible de saisir les racines profondes de l'attachement qu'éprouve la société française pour le baccalauréat sans suivre le fil de deux cents d'histoire tumultueuse. Au-delà de l'écume que forme la succession des réformes et des contestations, le baccalauréat apparaît dans la longue durée comme l'un des socles sur lequel se sont constitués non seulement notre système scolaire, mais aussi notre imaginaire collectif.

A. UN DIPLÔME IRREMPLAÇABLE

En deux cents ans, le baccalauréat a été régulièrement mis en cause. Dès ses premières années d'existence, son niveau fait l'objet des plus grandes inquiétudes et depuis lors, cette antienne n'a jamais cessé, témoignant par là de l'importance symbolique qui lui est accordé. Si le baccalauréat ne signifiait rien, les connaissances et les compétences dont il certifie l'acquisition n'auraient que peu d'importance.

Or depuis ses origines le baccalauréat a bien une importance cruciale : longtemps, il a ouvert les portes de la bourgeoisie. Désormais, il marque l'entrée dans l'âge adulte pour plus de 6 jeunes Français sur 10. Dans un cas comme dans l'autre, il apparaît donc à tous essentiel que le baccalauréat reflète bien quelque chose comme un « niveau », jamais réellement défini, mais crucial sur le plan symbolique.

C'est ce qui explique que le baccalauréat n'ait jamais disparu. Nombreux sont pourtant ceux qui appelèrent à sa suppression, sans jamais avoir gain de cause. Sans doute serait-il possible de marquer autrement la frontière qui sépare l'adolescence des débuts de l'âge adulte. Mais le rituel offert par le baccalauréat est irremplaçable : sa nature même d'examen national, passé au même instant et sur les mêmes sujets par tous les candidats, en fait un rituel à la fois social et égalitaire.

Cet attachement au baccalauréat est tel qu'il y aurait bien peu de sens à vouloir le vaincre, pour substituer à cet examen un autre, quelle que soit sa forme. Mieux vaut donc répondre à ce besoin social de ritualisation de la fin du parcours scolaire de l'adolescent, en garantissant le sens et la valeur de l'examen.

B. DES MODALITÉS D'ÉVALUATION INTANGIBLES

Rituel social et égalitaire, le baccalauréat ne peut donc qu'être passé dans des conditions bien particulières : les épreuves doivent, sauf impossibilité manifeste, prendre la forme d'examens terminaux, anonymes et corrigés par des professeurs autres que ceux de l'établissement.

Il y va en effet de l'égalité entre tous les candidats. Au surplus, le recours à toute forme de contrôle continu ferait peser sur les professeurs une pression psychologique, voire dans le pire des cas, physique, qui deviendrait rapidement insurmontable.

Là encore, les leçons de l'histoire sont précieuses : à plusieurs reprises, il fut envisagé de recourir à un contrôle continu qui permettrait aux candidats d'étaler leur effort et d'éradiquer le « bachotage » qui accompagne inévitablement toute forme d'examen terminal. Ces tentatives n'ont jamais prospéré, pour les raisons qui viennent d'être évoquées : le raisonnement pédagogique se heurte alors à des garanties symboliques dont le poids est autrement plus lourd.

Aux yeux de votre groupe de travail, il est donc vain de croire, et ce quelle qu'en soit la raison, que les examens terminaux pourraient être remplacés par du contrôle continu ou du contrôle en cours de formation (CCF). Cette dernière forme d'évaluation n'a de sens que dans certains cas très circonscrits, comme lorsqu'il s'agit d'évaluer une aptitude professionnelle ou des performances sportives. Mais la généralisation du CCF ne peut être envisagée, sauf à aller à l'encontre des principes républicains qui gouvernent l'organisation des examens. A l'évidence, cela n'est absolument pas souhaitable.