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A quoi sert le baccalauréat ?

 

C. UNE HARMONISATION DES CORRECTIONS QUI FAIT L'OBJET D'UNE INDÉNIABLE CURIOSITÉ

1. Une harmonisation nécessaire, qui ne doit toutefois pas se faire à sens unique

Une fois les épreuves achevées, les copies sont rendues anonymes et réparties entre les correcteurs. A l'évidence, cette étape est, avec la confection des sujets gardés confidentiels, celle qui suscite le plus l'intérêt du public.

En effet, la correction des copies est précédée et suivie de réunions destinées à harmoniser la notation des correcteurs. La nature et la composition de ces commissions varient selon les disciplines.

Les commissions d'entente précédent la correction des copies. Elles peuvent rassembler les IA-IPR et l'ensemble des correcteurs ou certains d'entre eux seulement, qui sont alors chargés d'une fonction particulière de « modération » ou de « coordination ». Dans ce dernier cas, une deuxième réunion a généralement lieu afin de réunir ces correcteurs référents et l'ensemble des correcteurs.

Les commissions d'entente ont pour objet de préparer la notation, le cas échéant en examinant en commun les recommandations de correction et les barèmes ou à l'aide de quelques copies.

Les commissions d'harmonisation ont lieu dans la dernière phase des corrections et permettent de prendre la mesure des éventuels écarts ou divergences de notation.

Par ailleurs, une permanence téléphonique est souvent organisée afin de permettre aux correcteurs qui éprouveraient des doutes d'obtenir les informations nécessaires et de confronter leur sentiment avec celui d'un enseignant modérateur.

C'est dans ces commissions que sont données les consignes, écrites ou orales, qui éveillent tant l'intérêt dans l'opinion publique. A tort ou à raison, elles sont en effet soupçonnées de contribuer à augmenter de manière artificielle les taux de réussite et d'affaiblir ainsi la valeur du baccalauréat.

Parmi les interlocuteurs de votre groupe de travail, il s'en est trouvé certains pour souligner l'intérêt et la légitimité de ces consignes et d'autres qui y voyaient le témoignage d'une incitation systématique à la bienveillance. Ces derniers rappelaient souvent l'exemple des pics de réussite atteints les années où les lycéens ont manifestement suspendu leur présence aux cours ou en ont été privés par des manifestations diverses.

Votre groupe de travail a en conséquence invité chacun de ses interlocuteurs à lui transmettre les documents en sa possession qui attesteraient d'une telle invitation excessive à la bienveillance.

A une exception près, cet appel n'a eu aucune suite.

Les éléments communiqués au groupe de travail figurent en annexe du présent rapport. Il s'agit de deux jeux de consignes concernant l'épreuve de mathématiques du baccalauréat S dans deux académies, ainsi que d'un relevé provisoire de la distribution de notes dans l'une de ces académies.

Ils viennent conforter deux impressions ressenties par la plupart des enseignants :

- les barèmes de notation sont trop souvent formulés dans des termes purement positifs : il ne s'agit que rarement de sanctionner telle ou telle erreur ou telle ou telle méconnaissance, jugée rédhibitoire, mais de fonder une appréciation large. Sans doute cela ne suffit-il pas à démontrer une réelle pression « à la hausse », cette manière d'opérer pouvant se comprendre si les enseignants manifestent spontanément une trop grande sévérité et non un trop grand laxisme. Mais à l'évidence, elle n'est pas en soi satisfaisante et il conviendrait que les consignes comportent des invitations plus mesurées, en identifiant les points sur lesquels la bienveillance est nécessaire et ceux qui doivent être sanctionnés avec une réelle sévérité ;

- les moyennes obtenues dans certaines disciplines sont quelquefois étonnantes, la distribution des notes étant en l'espèce parfaitement déséquilibrée. Même s'il s'agit d'une épreuve de spécialité dans la filière dont le niveau est considéré comme élevé, une telle concentration ne peut qu'intriguer.

Dans un cas comme dans l'autre, votre groupe de travail considère que les éléments qui lui ont été apportés ne sont pas de nature à ébranler durablement la confiance que chacun place spontanément dans les jurys du baccalauréat.

Pour autant, il s'interroge sur l'absence de transparence qui entoure le processus d'harmonisation. Comme en attestent les documents publiés en annexe, les consignes de correction sont considérées comme confidentielles et ne font l'objet d'aucune publicité.

Votre rapporteur voit dans le secret qui entoure l'harmonisation l'un des facteurs qui entretiennent un soupçon latent autour des notes de baccalauréat et du principe même de l'harmonisation.

Or cette dernière est bel et bien nécessaire, comme cela a été souligné plus haut. La notation est en effet pour une part un exercice subjectif, qui suppose un cadre minimum pour s'exercer de manière coordonnée. Il convient donc de ne pas la fragiliser en l'entourant d'un secret inutile.

Il en va de même pour la distribution des notes par épreuve, qui n'est pas rendue publique. Cela est également de nature à faire naître des soupçons qui pourraient être aisément dissipés.

Il n'y aurait là au demeurant aucun obstacle matériel : les notes et les moyennes de chaque examinateur sont recueillies et calculées à la fin des travaux de correction, les présidents de jury en disposent aux fins d'harmonisation, il suffirait donc d'agréger ces données et de les publier épreuve par épreuve, d'abord au plan local, puis au plan national. L'usage de progiciels comme Delibao simplifient à l'évidence cette tâche.

LA NUMÉRISATION, AVENIR DE LA CORRECTION ?

Lors de son déplacement au SIEC, le groupe de travail a pu assister à la présentation d'une expérimentation de correction numérisée actuellement en cours. La mise en oeuvre de ce projet a été confiée au SIEC par le direction générale de l'enseignement scolaire du ministère de l'éducation nationale dans le cadre d'un projet national de dématérialisation.

La numérisation des copies permet en effet au correcteur d'y accéder, de les évaluer et de les annoter directement via une interface ad hoc.

Le développement ultime de cette expérimentation, également testé actuellement, serait de faire composer directement les candidats sur ordinateur et d'éviter ainsi d'avoir à scanner les copies.

Cette nouvelle procédure est particulièrement intéressante à un quadruple point de vue :

- elle limite la circulation des copies, avec le risque de perte qui est associé à tout déplacement ;

- elle permet aux correcteurs de disposer en marge de la copie du barème de notation et de le remplir pas à pas, ce qui est facteur d'harmonisation ;

- elle est associée à une interface comprenant un lien direct vers un coordonnateur également joignable par internet ;

- elle permet à ce coordonnateur de disposer non seulement des moyennes des copies corrigées en temps réel, mais aussi d'accéder à ces copies et de rapport ainsi les notes obtenues à la valeur apparente du devoir.

Toutefois, l'extension d'une telle procédure de dématérialisation supposerait que soient surmontés non seulement l'obstacle de son coût de déploiement, mais aussi celui des garanties de sécurité qui devraient alors être apportées aux candidats et aux correcteurs.

Par ailleurs, elle n'est adaptée qu'à certains types d'épreuves qui peuvent aisément être corrigées sur un écran d'ordinateur. Elle serait donc beaucoup plus difficile à mettre en oeuvre pour des dissertations, ce qui limite par conséquence la portée potentielle d'un tel processus de dématérialisation.