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France, ton atout « jeunes » : un avenir à tout jeune

 

CONTRIBUTION DE M. JEAN DESESSARD, SÉNATEUR VERT DE PARIS

Je remercie la présidente et le rapporteur de la mission d'information pour l'animation dynamique de nos travaux, ainsi que pour la qualité et l'organisation des auditions. Le rapport présenté aborde l'ensemble des questions relatives à la jeunesse et souligne à plusieurs reprises les difficultés spécifiques que rencontre cette classe d'âge.

Si j'approuve nombre de propositions contenues dans le rapport, je voudrais néanmoins souligner dans ces quelques lignes, certaines insuffisances criantes.

Je suis conscient que les questions de formation, d'insertion dans la vie professionnelle et d'acquisition d'un logement se posent avec plus d'acuité pour la tranche d'âge 16-25 ans concernée par la mission d'information. Mais je voudrais rappeler un point crucial de la démarche écologiste : celle de proposer des solutions globales pour le long terme plutôt que des réponses conjoncturelles, à court terme, catégorielles et par classe d'âge.

Un point important du rapport concerne la grande précarité de cette classe d'âge. Le rapport souligne que les jeunes sont davantage touchés par la pauvreté : près de 20 % de cette classe d'âge vit en dessous du seuil de pauvreté contre 13 % pour le reste de la population. Mais ce constat ne doit pas masquer la réalité de la progression de la précarité dans l'ensemble de la société française et européenne.

Cette précarité n'est-elle pas directement liée à l'application discriminatoire du RMI et du futur RSA envers les 18-25 ans ? Il ne faut pas s'étonner que les jeunes souffrent davantage de la pauvreté alors qu'ils sont exclus de la principale mesure de lutte contre la pauvreté...

En cohérence avec leur approche globale, les Verts souhaitent que les jeunes de 18 à 25 ans ne soient pas exclus du RMI et bientôt du RSA.

De même, s'inspirant du principe d'autonomie de la personne, ils souhaitent l'inconditionnalité du RMI et du RSA par rapport aux revenus du conjoint et des ascendants.

Certains argumentent sur le coût financier de l'extension de ce dispositif aux 18-25 ans. Outre le fait qu'il s'agit d'une curieuse façon de faire des économies sur le dos d'une catégorie sociale censée être protégée, cette non prise en charge impose des transferts sous forme d'aides diverses dont le coût est, le plus souvent, supporté par les collectivités territoriales. D'autre part, cette situation crée des relations de dépendance envers la famille qui ne favorise pas l'autonomie des jeunes.

En ce qui concerne la formation, le rapport insiste, à juste titre, sur le taux d'échec dans le système scolaire et alerte sur le nombre important d'élèves le quittant sans qualification. Pour contrer l'échec scolaire, il est important de mettre en place une véritable politique pédagogique d'orientation. Notamment grâce à la valorisation des qualités et potentiels de chacun, comme les talents artistiques et l'intelligence manuelle.

Le rapport pointe les difficultés d'orientation, la dévalorisation, voire le mépris, pour les formations technologiques et professionnelles, et ironise sur le nombre élevé d'étudiants en psychologie formés dans les universités françaises. Le rapport note également avec inquiétude la dégradation du moral des étudiants et fait apparaître l'échec de l'école dans sa mission d'intégration sociale.

Face à ce constat accablant, la mission propose plusieurs mesures, intéressantes pour la plupart, mais qui ne permettent pas de transformer de façon globale le système scolaire français socialement sélectif, scolairement productiviste et culturellement élitiste.

Selon les études des sociologues Baudelot et Establet, la fonction principale de l'école est de sélectionner et de former les cadres de la société. Depuis, rien n'a vraiment changé. Ainsi, le système scolaire favorise les « bons » élèves, l'élite de demain et procède par une élimination successive à la sélection.

A ce titre, l'idée républicaine d'égalité des chances est fortement remise en cause, puisque l'école joue un rôle de reproduction sociale, en favorisant les mieux dotés socialement et en écartant les enfants des classes populaires.

De fait, dans le système actuel, on ne devient pas plombier, forestier ou technicien d'éolienne par choix, par compétence, mais par défaut, faute d'avoir réussi dans la filière noble d'enseignement général. Par peur de se faire exclure de cette filière, les parents et les élèves multiplient les efforts scolaires et les cours particuliers. Ce productivisme scolaire, cette course effrénée aux résultats se révèlent vains, le nombre d'emplois à pourvoir ne dépendant pas des diplômes obtenus mais de la situation économique actuelle.

Comment s'étonner du mal-être des élèves soumis à la pression de « réussir », à un avenir professionnel incertain, contraints d'apprendre dans des conditions pédagogiques dépassées. Ennui, frustration voire humiliation forment le lot commun subi par les élèves. D'ailleurs, si autant d'étudiants s'inscrivent dans un cursus de psychologie, n'est-ce pas pour retrouver la confiance en soi, après tant d'années de négations et de frustrations?

Un projet professionnel ne peut se faire sans maturité et réflexion. A l'instar d'autres modèles éducatifs, le chemin nécessaire à cette réflexion implique des allers-retours et des passerelles entre l'expérience professionnelle, les expériences à l'étranger, l'expérience associative et les études, car l'éducation ne se fait pas uniquement à l'école.

Le rapport souligne les difficultés de s'orienter parmi les structures d'orientation professionnelle, la non-connaissance du monde de l'entreprise et des métiers. Il pointe le paradoxe d'un taux de chômage important alors que certaines offres d'emploi ne sont pas pourvues et apporte des propositions intéressantes pour augmenter les stages en entreprises et améliorer l'orientation scolaire. Cependant, il ne pose pas le problème central, celui des conditions de travail et de salaire des métiers appelés pudiquement « en tension », c'est-à-dire lorsque l'offre est importante par rapport à la demande.

Enfin, le rapport insiste sur la nécessité de promouvoir l'accès au logement pour les 18-25 ans. Il présente des modalités intéressantes que nous proposons d'étendre à l'ensemble de la population. Le problème du logement se pose à l'ensemble de la société et c'est à cette échelle que le problème doit être réglé.

CONCLUSION

En conclusion, bien que reconnaissant la pertinence des analyses du rapport et de certaines propositions, je ne puis souscrire pleinement à des mesures qui s'inscrivent dans le traitement catégoriel de la société. Le productivisme scolaire, la sélection sociale ainsi qu'un système inégalitaire sont les causes réelles de la précarité et du mal-être qui touchent de plein fouet les jeunes. Ces causes devront impérativement être prises en considération pour que cesse la pauvreté des jeunes, pour que l'autonomie des jeunes adultes soit reconnue et encouragée dans leur vie personnelle, leur formation et leur parcours professionnel.