2. Le coût de l'aide européenne est jugé exorbitant

Le recours au FESF est parallèlement jugé couteux, le taux d'intérêt moyen de la dette portugaise étant à l'heure actuelle estimé à 3,5 %, en dépit de l'augmentation des taux en 2010. A supposer que ceux-ci se maintiennent durablement autour de 7 % au cours du prochain exercice, le taux moyen atteindrait 4,9 % soit un montant encore inférieur au taux d'intérêt des crédits débloqués par le FESF (5,2 % pour la Grèce et 5,8 % pour l'Irlande).

Taux d'intérêt moyen des dettes souveraines en 2010

Allemagne

Autriche

Belgique

Espagne

France

Grèce

Irlande

Italie

Portugal

3,2

4

3,6

3,1

3,2

4,2

3,1

3,8

3,5

Le gouvernement entend, à cet égard, mener une stratégie de diversification de la dette souveraine en vue de réduire la pression des marchés sur celle-ci. Jusqu'en 2008, aucune stratégie de préfinancement n'a, en effet, été menée, les autorités privilégiant un recours aux marchés au fur et à mesure. L'augmentation des taux a conduit le gouvernement à augmenter l'émission de dettes de court terme moins onéreuses et arrivant à échéance en 2011. Les besoins nets de financements (hors reconduction de la dette) ont cependant tendance à diminuer, évalués à 14 milliards d'euros en 2010 ils sont ramenés à 10,7 milliards au cours du présent exercice.

Le Portugal souhaite parallèlement diversifier les sources de financement. Si le recours aux marchés est toujours privilégié, le gouvernement entend développer ses liens avec d'autres pays, dont les pays émergents, dans cette optique. Le Japon, la Chine, le Brésil, les États-Unis, la Scandinavie et certains pays du Moyen-Orient sont sollicités directement ou indirectement (par le biais des acteurs privés) pour financer la dette portugaise. Des tournées de présentation (« roadshows ») sont ainsi organisées par l'Institut de gestion du crédit public portugais (IGCP) dans ces pays. Un accord a ainsi été trouvé avec Pékin. Le gouvernement portugais a, de la sorte, saisi l'opportunité d'un forum ministériel sur la coopération entre la Chine et les pays de langue orientale à Macao le 15 novembre dernier pour vendre des obligations au Timor oriental.

La Chine a, quant à elle, annoncé à la veille du Conseil européen des 16 et 17 décembre derniers l'acquisition de dette portugaise. Le montant pourrait équivaloir au tiers des besoins de refinancement nécessaires jusqu'au mois d'avril (14,25 milliards d'euros), soit environ 4 milliards d'euros. Les contours de cette opération restent flous. L'achat de titres par le biais de placements obligataires privés est une option. Une opération de ce type aurait déjà été organisée le 7 janvier dernier et concernerait 1 milliard d'euros de dette ayant pour échéance le mois de juin 2013. Il s'agirait de la deuxième opération de ce type en moins de deux mois. L'intérêt chinois n'est pas anodin et pourrait se traduire en contrepartie par des prises de participation au sein du secteur énergétique et dans celui des télécommunications.

Quel que soit l'investisseur étranger, il respecte la souveraineté économique du Portugal et n'impose pas de mesures structurelles, à la différence des dispositions prises par l'Union européenne et le FMI en Grèce et en Irlande. L'autre avantage, aux yeux du gouvernement portugais, consiste dans le fait que le pays échappe à une sorte de « label FMI » de pays en difficulté qu'imposerait l'aide et préserve ainsi sa réputation sur les marchés.

En ce qui concerne les marchés, les autorités portugaises estiment que l'adoption de nouvelles règles budgétaires, destinées à améliorer la transparence et la crédibilité des comptes publics, sont susceptibles de renforcer la confiance des investisseurs. Le gouvernement a ainsi créé un conseil indépendant de contrôle des finances publiques chargé d'évaluer celles-ci et de renforcer la crédibilité des données budgétaires publiées. Par ailleurs, il préconise la fixation d'objectifs intermédiaires trimestriels de réduction du déficit, dont la publication des résultats serait susceptible de rassurer les marchés. La fin du premier trimestre 2011 devrait donc, aux yeux du gouvernement, permettre de savoir s'il peut poursuivre sa stratégie en solitaire.

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