3. Une pratique féminine plus affectée par les inégalités sociales

Pour Mme Catherine Louveau, « le sport est un terrain privilégié pour observer les inégalités entre sexes, les rapports sociaux de sexe et la catégorisation de la féminité et de la masculinité » .

L'observation montre que les inégalités sociales ont un impact considérable sur la pratique sportive des filles. Les inégalités sociales affectent la pratique du sport : les femmes sont les premières à en souffrir, notamment dans les quartiers sensibles car lorsque le revenu familial est inférieur à 1 830 euros, 45 % des filles pratiquent une activité sportive, contre les trois-quarts des garçons . A l'adolescence, le décrochage est beaucoup plus brutal chez les filles que chez les garçons, ce qui affecte le sport de haut niveau .

Les données chiffrées recueillies le confirment : seulement 32 % des filles en zone d'éducation prioritaire (ZEP) pratiquent un sport en club, alors que, dans les classes moyennes et supérieures, ce taux est de 80 %.

Si des facteurs culturels expliquent en grande partie l'auto-exclusion des filles des « quartiers populaires » de la pratique sportive, les sociologues mettent aussi en avant l'effet des politiques volontaristes menées dans les années 1990. Depuis le début des années 1990, en effet, les ministères de la ville et des sports travaillent de concert pour redynamiser et pacifier les banlieues, notamment en multipliant les animations et les rencontres sportives, ou en ouvrant les gymnases en soirée. Or, ces actions volontaristes ont eu pour effet involontaire d'exclure les filles, les garçons se réservant le football de rue et l'usage des « playgrounds ».

M. William Gasparini, codirecteur d'un ouvrage collectif intitulé « Sport et discrimination en Europe » le confirme : les politiques d'intégration par le sport mises en place dans les années 1990 ont oublié les filles : « il fallait occuper les garçons, tout en leur inculquant les règles de la citoyenneté » . Si bien que, dans les banlieues dites « difficiles », on observe des pratiques sportives « inversées » pour les filles, calquées sur celles des garçons.

Mme Charlotte Parmentier 25 ( * ) , doctorante au laboratoire sports, politique et transformations sociales (STAPS) à Paris-Sud-Orsay, dont les travaux portent sur la pratique sportive des filles des quartiers populaires, observe qu'un nombre croissant de filles d'origine maghrébine pratique le football, parfois jusqu'en équipe de France. En revanche, plus la pratique est esthétisée, érotisée (par exemple dans le cas de la gymnastique ou de la natation), plus les filles sont rares. M. William Gasparini souligne que « le football se pratique avec pantalon et manches longues » .

Ces pratiques sportives spécifiques appellent des réponses spécifiques, qui débordent du cadre strictement sportif. Les problèmes rencontrés par les filles des banlieues posent, notamment, la question de la féminisation de la politique de la ville.


* 25 Charlotte Parmentier, doctorante, laboratoire sports, politique et transformations sociales (JE2496), université de Paris-Sud 11, France

Les thèmes associés à ce dossier

Page mise à jour le

Partager cette page