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La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )

CHAPITRE I

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UN OBJECTIF AMBITIEUX, DES QUESTIONS EN SUSPENS

I. LA DÉFENSE DES TERRITOIRES ET DES POPULATIONS CONTRE LES MISSILES BALISTIQUES : UN NOUVEL OBJECTIF POUR L'OTAN

A. L'OTAN ET LA DÉFENSE ANTIMISSILE AVANT LISBONNE

L'OTAN a entrepris de longue date des travaux sur la défense antimissile.

Ceux-ci ont d'abord et surtout porté sur la défense antimissile de théâtre, en vue de protéger les forces des pays de l'Alliance lorsqu'elles mènent des opérations sous une menace balistique à courte ou moyenne portée. Cette préoccupation, tirée des enseignements de la première guerre du Golfe, apparaît explicitement dans le concept stratégique de 1999. Elle donne lieu en 2005 au lancement du programme ALTBMD, destiné à fédérer les différentes capacités de détection et d'interception de théâtre détenues ou planifiées par un petit nombre de pays alliés, grâce à un système de commandement et de contrôle (C2) commun.

Mais l'OTAN débat aussi depuis près de dix ans de la défense antimissile des territoires, sous l'impulsion des Etats-Unis dont le programme de Missile defense, depuis la présidence George W. Bush, entend désormais protéger alliés et amis. Une étude de faisabilité sur un système couvrant les territoires et les populations de l'Alliance est conduite de 2002 à 2006. Le débat s'intensifie en 2007, lorsque les Etats-Unis annoncent l'implantation en Europe d'un « 3ème site » de défense antimissile, s'ajoutant aux deux premiers situés en territoire américain. Washington explique qu'une grande partie de l'Europe se trouverait de facto protégée et encourage ses alliés européens à prendre en charge la couverture géographique complémentaire dans le cadre de l'OTAN. En dépit du caractère controversé du projet, qui privilégie dans un premier temps des démarches bilatérales et suscite l'hostilité de Moscou, l'idée d'une défense antimissile des territoires, partie intégrante de la mission de défense collective, fait inexorablement son chemin à l'OTAN.

1. L'ALTBMD : un programme complexe pour doter l'OTAN d'une capacité C2 coordonnant des systèmes de défense de théâtre nationaux
a) Des premières études (1993) au lancement du programme ALTBMD (2005)

L'emploi par l'Irak de missiles balistiques à courte portée Scud a fortement marqué les esprits lors la première guerre du Golfe. Les Etats-Unis vont alors accentuer leurs efforts en matière de défense antimissile de théâtre, notamment pour améliorer les performances de leur système sol-air Patriot. Initialement conçu pour la défense antiaérienne, il évoluera vers la version PAC-3 (Patriot Advanced Capability-3) capable d'intercepter les missiles assaillants par impact direct (hit to kill).

Dès 1993, l'OTAN crée pour sa part, au sein de la Conférence nationale des directeurs d'armement (CNDA), un groupe de travail sur la défense aérienne élargie et la défense contre les missiles de théâtre. Cette réflexion est orientée sur la protection des forces déployées. Le concept de défense aérienne élargie rattache la protection contre les missiles tactiques à une problématique de défense globale contre la menace aérienne.

En juillet 1999, la CNDA approuve un objectif d'état-major en matière de défense antimissile balistique de théâtre active multicouche (Active Layered Theatre Ballistic Missile Defence - ALTBMD) contre des menaces allant jusqu'à 3 000 km de portée. Elle décide que deux études industrielles de faisabilité seront lancées pour fournir l'architecture d'un futur programme de défense antimissile de théâtre pour l'OTAN ainsi que les données de base sur les caractéristiques du besoin militaire en vue d'acquérir cette capacité.

Quelques semaines auparavant, lors du sommet de Washington, les 23 et 24 avril 1999, l'OTAN avait pour la première fois mentionné la défense antimissile dans son concept stratégique. Celui-ci précise que « les moyens de défense de l'Alliance contre les risques et les menaces potentielles de prolifération des armes NBC et de leurs vecteurs doivent continuer d'être améliorés, y compris par des travaux sur une défense antimissile ». Partant du principe que les forces alliées peuvent être appelées à opérer au-delà des frontières de la zone euro-atlantique, il s'agit de réduire leurs vulnérabilités face à la menace de vecteurs balistiques susceptibles d'emporter des armes non conventionnelles.

Lancées en mai 2001, les études de faisabilité seront combinées pour définir une future architecture de défense antimissile de théâtre.

En juin 2004, lors du sommet d'Istanbul, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Alliance donnent leur approbation de principe au programme ALTBMD qui est officiellement lancé en mars 2005 par la CNDA.