Allez au contenu, Allez à la navigation



La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )

CHAPITRE III

LA NÉCESSITE DE FAIRE DES CHOIX - RAPIDEMENT

I. LES CARTES DE LA FRANCE

En avril 2008, les sociétés Thales, MBDA, Safran ont remis au délégué général pour l'armement (DGA) de l'époque, M. François Lureau, une « feuille de route » commune visant à l'évolution des systèmes de la famille Aster et des radars associés. Des oppositions se sont alors faites jour en faveur d'une solution exo-atmosphérique proposée par EADS/Astrium autour du projet Exoguard. Le résultat en a été le blocage du processus décisionnel politique.

En janvier 2010, le ministre de la défense, M. Hervé Morin, a mandaté la DGA pour réunir les quatre industriels les plus impliqués (Astrium, MBDA, Safran, Thales) pour préparer un programme de travail dénommé « projet fédérateur industrie » suivant une cohérence d'ensemble. Ce programme devrait fournir à l'Etat un ensemble d'éléments lui permettant de faire un choix. Plusieurs études ont été fournies à la DGA, mais aucune décision ne semble avoir été prise, en dehors de celle consistant à lancer un programme d'études amont avec un périmètre limité à de premiers travaux dans le domaine des systèmes de commandement et de contrôle pour accompagner la décision politique du sommet de l'OTAN à Lisbonne.

La concurrence entre les industriels, poussant deux sujets concurrents fondés sur des options d'interception différentes a assurément favorisé la procrastination du pouvoir politique, mais elle n'en est pas l'unique responsable. C'est d'autant plus regrettable que la France est le seul pays d'Europe dont les industriels sont susceptibles de maîtriser l'ensemble des technologies de la DAMB.

A. L'ARCHITECTURE ET LE C2

Qu'on les appelle « C2 DAMB », « BMC3I » « US C2BMC » ou encore « C2 ALTBMD », les systèmes de commandement et de contrôle sont au coeur de l'équation antimissile actuelle en ce qu'ils traduisent une conception d'ensemble de la bataille balistique, que l'on nomme « architecture ».

Être architecte d'un système de défense c'est, à partir d'une connaissance fine des menaces données, être capable de concevoir les systèmes de commandement et de contrôle des différents effecteurs, compatibles avec les règles de commandement définies au niveau politique et militaire et susceptibles d'aboutir à une interception réussie.

1. La compétence d'architecture

La compétence système et d'architecture à savoir l'expertise technique pour concevoir, assembler et mettre en oeuvre un système de défense active s'appuie sur trois compétences indispensables aux développements à venir du C2 DAMB et pour lesquelles les industriels Thales et Astrium et l'expert étatique ONERA apportent, chacun dans leur domaine, une compétence scientifique et industrielle importantes :

La connaissance de la menace, non seulement des vecteurs eux- mêmes mais surtout du domaine de vol opérationnel et des objets mis à poste, de leurs caractéristiques et de leurs signatures.

La compétence d'alerte avancée qui permet d'identifier d'où et quand part la menace, de savoir quelle est sa nature, et d'estimer son point d'impact.

La compétence d'interception qui suppose de maîtriser les technologies, l'environnement spatial et l'intégration opérationnelle de ces technologies.

Menés depuis 2001 dans le cadre de l'OTAN, des études de faisabilité ont été menées aussi bien dans le cadre de la défense de théâtre (ALTBMD) que celui de la défense de territoire.

S'agissant de la défense de théâtre, les études de faisabilité ont été lancées en mai 2001. Après avoir été attribuées à deux équipes conduites par des entreprises américaines, mais associant des industriels européens. Ainsi, EADS Launch Vehicles (aujourd'hui Astrium Space Transportation) participe au consortium conduit par la société d'ingénierie SAIC (Science Applications International Cooperation) et Boeing, alors que MBDA participe à celui mené par Lockheed-Martin. Les solutions techniques proposées par ces deux études seront combinées pour définir une future architecture de défense antimissile de théâtre.

Concernant la défense de territoire, l'étude de faisabilité prévue dans la déclaration de Prague a été attribuée début 2004 à un consortium international mené par SAIC, déjà impliqué dans le programme ALTBMD. Outre les industriels américains Boeing et Raytheon, le consortium comprend plusieurs sociétés européennes, dont EADS Space Transportation (aujourd'hui Astrium Space Transportation) et Thales.

Ces travaux consistent à réaliser des simulations de déploiement et d'engagement de tous les systèmes existants ou pouvant être développés, contribuant à la défense contre les missiles balistiques : satellites d'alerte avancée, radars d'alerte avancée, radars d'alerte et de conduite de tir, senseurs aéroportés, systèmes de commandement et moyens de communication, systèmes intercepteurs navals et terrestres. Les menaces potentielles sont également simulées.

Toutes les données de simulation de ces systèmes sont analysées par les agences de défense des pays participant aux programmes. S'agissant de travaux non engageants, la France a proposé que soient notamment pris en compte pour les études, les concepts d'intercepteurs Exoguard et Aster Block II en tant que futurs systèmes potentiels. Compte tenu du niveau de partage d'information limité entre les nations sur leurs programmes, il est difficile de critiquer et comparer les performances annoncées des intercepteurs américains.

Les résultats des études (classifiés Secret OTAN) donnent l'efficacité obtenue (probabilité de protection d'une zone défendue) pour plusieurs déploiements possibles de ces systèmes sur un territoire (ou un théâtre d'opérations), en fonction d'une cartographie de menaces spécifiées, et permettent de définir une politique d'engagement.

Depuis 2001, et pour trois contrats consécutifs, faisant suite à une mise en compétition internationale, l'équipe SAIC (US) associant Astrium, Thales et la filiale française de la joint venture Thales-Raytheon System (TRS) a été choisie comme contractant principal de l'OTAN pour ces travaux.

La présence et le rôle de nos industriels semblent appréciés par l'OTAN et par les Etats-Unis, leur crédibilité reposant sur la connaissance depuis de nombreuses années de la bataille balistique, depuis la connaissance de la menace et des systèmes de défense, jusqu'à la compréhension de la problématique globale (espace-temps, déploiement-engagement, rentrée...) grâce aux outils de simulation de toutes les composantes du système de défense.

La France dispose ainsi au travers d'Astrium, de Thales et de TRS France de systémiers capables de jouer un rôle significatif dans la construction de la DAMB.