II. L'ÉPUISEMENT DES RESSOURCES NATURELLES TERRESTRES RENFORCE L'INTÉRÊT STRATÉGIQUE DES RESSOURCES SOUS-MARINES

La raréfaction des ressources terrestres entraîne un regain d'intérêt pour les deux tiers de la planète qui s'avèrent encore vierges d'exploitation industrielle.

Entamée il y a une trentaine d'années avec les plateformes pétrolières offshore, la prospection des ressources naturelles des sous-sols marins s'accélère avec un véritable basculement des réserves de pétrole et de matières premières de la terre vers les mers.

Les fonds marins accueillent déjà des usines d'extraction de sable ou de diamants. L'installation permanente de systèmes dédiés à l'exploitation des énergies marine renouvelables est prévue dans une vingtaine de pays.

L'économie de la mer se trouve donc à un tournant. Les ressources de la mer apparaissent comme une nouvelle frontière, sans doute plus accessible que ne l'est l'espace que chacun considérait dans les années 60 comme la nouvelle frontière.

Pour, Patrick Boissier PDG de DCNS « La mer, qui recouvre 70 % de la surface de la planète, contient les réserves d'hydrocarbures, de ressources minérales et d'énergie renouvelables vitales à l'économie de demain. Ce basculement de la terre vers la mer entraîne des conséquences stratégiques majeures . »

A. L'AVENIR DES RÉSERVES HYDROCARBURES S'ÉCRIT EN MER.

L'évolution la plus manifeste vers une implantation sédentaire des activités économiques en mer est évidemment le développement des plateformes pétrolières off-shore.

Depuis les années 1950, l'exploitation des hydrocarbures en offshore s'est développée face à l'augmentation de la demande énergétique. Suite au choc pétrolier de 1973, cette solution apparaît, pour certains pays, comme un moyen de réduire leur dépendance énergétique vis-à-vis des États du Moyen-Orient.

Malgré le coût élevé de cette technique, la part des gisements offshore dans la production pétrolière mondiale est passée de 10 % en 1960, à 30 % en 2010. Cette augmentation devrait se poursuivre.

Comme l'a souligné M. Patrick Roméo, Président de Shell France lors de son audition, « pour faire face à un doublement des besoins énergétiques dans le monde d'ici 2050 liés à la croissance de la population et l'élévation du niveau de vie, les industries pétrolières devront massivement investir dans les plateformes off-shore ».

Évolution de la demande de Pétrole d'ici 2030

Source : IFRI

La Chine et l'Inde ne sont encore qu'au début de leur développement économique et énergétique : si elles suivent le modèle de l'Europe ou de la Corée, la demande triplera.

D'après les estimations, si la part du gaz dans le mix énergétique doit augmenter d'ici 2050, et celle des énergies renouvelables s'envoler, celle du pétrole devrait rester autour de 30 %, le charbon étant la source d'énergie qui connaîtrait la plus forte croissance alors qu'il s'agit d'une source d'énergie particulièrement polluante.

Ce point de vue a conduit M. Patrick Roméo, Président de Shell France à souligner « qu'il est donc important de produire du pétrole quand le potentiel géologique existe, afin de limiter la part du charbon. »

Depuis les années 1950, la profondeur d'extraction des hydrocarbures n'a cessé de croître. À la fin des années 1970, on atteint la profondeur de 500 mètres. Trente ans plus tard, il est devenu possible d'exploiter des gisements situés à plus de 2 500 mètres de profondeur.

L'offshore profond, c'est-à-dire à plus de 1 000 m, et l'offshore ultra-profond, au-delà de 1 500 m, sont pour le moment marginaux dans la production mondiale (3 %) mais ils connaissent un développement rapide

De fait, la capacité de production d'hydrocarbure en eaux profondes, à plus de six cents mètres, a plus que triplé depuis 2000. Elle atteindra plus de 10 millions de barils par jour en 2015 .

Aujourd'hui, 30 % de la production est en mer, 20 % des ressources de brut et 30 % de celles de gaz y reposent.

On observe, en outre, une recomposition de la carte des zones de production. Alors que les plateformes de la Mer du Nord sont en déclin, on assiste à un développement très prometteur des forages dans le Golfe du Mexique, au large des Etats-Unis, du Brésil mais également de la Guyane. Le pétrole du Golfe de Guinée recèle également un intérêt croissant tout comme celui de la Caspienne.

Dans le domaine gazier, les exportations actuelles montrent des perspectives prometteuses en Australie, au Qatar et en Extrême-Orient russe. Plus au Nord, la zone arctique qui abriterait près d'un quart des réserves non prouvées d'hydrocarbures suscite la convoitise des pays riverains au premier chef desquels la Russie.

La quête de l'or noir qui, par le passé, a suscité tant de convoitises et parfois de conflits, est en passe de se déplacer en mer.

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