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Réussir le cluster de Paris-Saclay

23 mai 2016 : Réussir le cluster de Paris-Saclay ( rapport d'information )

C. UN POTENTIEL ÉCONOMIQUE CONSIDÉRABLE MAIS ENCORE SOUS-EXPLOITÉ

1. Un cluster déjà classé parmi les huit premiers mondiaux par le Massachussets Institute of Technology (MIT)

Classé parmi les huit pôles d'innovation les plus importants au monde par la Technology Review publiée par le Massachussets Institute of Technology (MIT)11(*), le cluster Paris-Saclay rassemble 15 % de la recherche et développement industrielle française dans les hautes technologies et 13 % de la recherche académique française. Il compte 6,8 % de l'ensemble des emplois franciliens, 8,2 % des emplois de cadres (un tiers des emplois à Paris-Saclay sont des emplois de cadres contre un quart pour l'Île-de-France) et 10,6 % des emplois industriels.

Les grands groupes tels que Danone, Thales, EDF, Safran, PSA, EADS, Air Liquide ou bien encore Nokia (ex-Alcatel Lucent) y côtoient PME innovantes et start-up en croissance au sein d'un écosystème d'une densité exceptionnelle.

Grâce aux relations de plus en plus étroites entre ces entreprises et les établissements d'enseignement supérieur et organismes de recherche rassemblés au sein de l'université Paris-Saclay, de multiples stratégies communes de recherche et partenariats destinés à faciliter les transferts de technologie sont en train de se mettre en place.

2. Paris-Saclay est un pôle majeur d'un Grand Paris en cours de constitution autour de l'ambitieux projet du Grand Paris express

La région Île-de-France regroupe un cinquième de la population française et réalise un tiers du produit intérieur brut (PIB) de notre pays. Le Grand Paris fait partie du quatuor de tête des villes mondiales avec New York, Londres et Tokyo.

C'est tout particulièrement le cas dans le domaine de l'économie de la connaissance, puisque l'Île-de-France rassemble quelque 600 000 étudiants (soit l'équivalent du triangle Londres-Oxford-Cambridge) et 80 000 chercheurs (soit 1 chercheur pour 14 emplois, le double de la moyenne nationale) et concentre près de 40 % de la recherche française, dont 20 % à Paris intra-muros et 15 % sur le plateau de Saclay.

Le Grand Paris est également la première région technologique européenne avec un budget total de 15,5 milliards d'euros de dépenses en recherche et développement et 5,5 % des dépôts de brevets en Europe.

Depuis 2007, le projet du Grand Paris porté par l'État a pour objectif de mieux valoriser ce formidable potentiel, en structurant la région parisienne en grands pôles d'activité (la finance autour de La Défense, les échanges à Roissy, les industries de la création à Saint-Denis...) reliés par le réseau du Grand Paris express qu'est chargée de construire la Société du Grand Paris (SGP).

Chacun de ces pôles doit regrouper sur un même territoire des activités similaires ou complémentaires afin d'atteindre une masse critique visible à l'international et de développer des synergies, des partenariats et des équipements mutualisés afin de gagner en efficience et de réaliser des économies d'échelle (voir Annexe I).

Dans cette stratégie, le cluster de Paris-Saclay n'est pas un pôle thématique comme les autres mais un territoire tout entier dédié à l'innovation dans de multiples disciplines scientifiques et technologiques.

3. D'importants défis restent à surmonter pour faire de Paris-Saclay un territoire générateur de croissance et d'emplois
a) Stimuler la création d'emplois et renforcer l'attractivité du territoire

L'effet cluster ne se décrète pas : il doit sans cesse être stimulé par les pouvoirs publics et faire l'objet d'une constante attention, sur le long terme, de l'ensemble des acteurs impliqués.

De fait, selon les chiffres transmis par l'établissement public d'aménagement Paris Saclay (EPAPS) à votre rapporteur spécial, pendant la période 1999-2006 - alors même que les pouvoirs publics prenaient conscience du formidable potentiel de Paris-Saclay - la progression de l'emploi sur le territoire de ses 49 communes a été moins forte que dans l'ensemble de l'Île-de-France (+ 8,9 % contre + 9,4 %), alors qu'elle avait été nettement supérieure sur la période 1990-1999.

Une étude du Massachussets Institute of Technology (MIT) a ainsi montré que le rendement du potentiel scientifique et technologique de Paris-Saclay en termes de créations d'emplois ou de nouvelles entreprises était dix fois moindre que celui des clusters américains, en raison des difficultés françaises à transformer les connaissances en innovations créatrices de croissance et d'emploi.

Dans le même temps, le territoire de Paris-Saclay a vu son solde migratoire devenir négatif, reculant de 4 % entre 1999 et 2006, alors que sa population avait augmenté deux fois plus vite que celle de la région Île-de-France entre 1975 et 1999, grâce notamment à la création de Saint-Quentin-en-Yvelines.

L'effort considérable consenti par l'État en faveur de Paris-Saclay devra donc être poursuivi avec persévérance même si sa réussite en termes de croissance et de création d'emploi ne pourra être mesurée que dans une vingtaine d'années (à terme, l'objectif des pouvoirs publics est de parvenir à la création de 4 000 à 6 000 emplois par an).

b) Lutter contre la dispersion des acteurs en affirmant la cohésion du cluster

En dépit de sa puissance potentielle, le plateau de Saclay est longtemps resté beaucoup trop fragmenté, les acteurs scientifiques et économiques présents, simplement juxtaposés, n'ayant pas réellement conscience d'appartenir à un espace commun et développant bien trop peu de partenariats et de synergies pour donner naissance à un « effet cluster ».

En outre, les élus de ce territoire ne semblaient pas s'être fortement mobilisés pour porter le projet naissant de Paris-Saclay.

Enfin, force est de reconnaître que le plateau de Saclay est un vaste territoire qui a longtemps été marqué par deux logiques territoriales différentes, deux grands espaces situés dans des départements différents et séparés par la partie agricole du plateau, s'étant développés chacun de leur côté, l'un plutôt industriel et porté par les acteurs privés, l'autre davantage axé sur la recherche et porté par des acteurs publics.

À l'ouest du plateau - dans le département des Yvelines - s'est ainsi développée, autour des villes de Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines et Vélizy-Villacoublay une vaste zone d'activités centrée sur les industries de défense et l'automobile (centre de R&D de PSA depuis 1966, technocentre de Renault à Guyancourt depuis 1998...).

Au sud du plateau, dans le département de l'Essonne, c'est surtout la recherche publique qui a marqué le territoire de son empreinte, avec les installations du CEA, du CNRS et de la faculté d'Orsay puis l'arrivée des grandes écoles dans les années 1970.

Les pouvoirs publics, à travers l'action de l'établissement public d'aménagement Paris-Saclay (EPAPS), de l'université Paris-Saclay ou bien encore de la construction de la ligne 18 du Grand Paris express par la Société du Grand Paris (SGP) doivent donc décloisonner ces territoires et les relier durablement afin que leur union leur permette de donner leur pleine mesure.


* 11 Les sept autres clusters mondiaux mentionnés par la Technology Review sont la Silicon Valley, la Route 128 de Boston, l'ensemble formé par Londres, Oxford et Cambridge, la Silicon-Wadi à Haïfa et Tel Aviv, Skolkovo innovation city en Russie, Bangalore et Pékin.