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Pour la France, les nouvelles routes de la soie : simple label économique ou nouvel ordre mondial ?

30 mai 2018 : Pour la France, les nouvelles routes de la soie : simple label économique ou nouvel ordre mondial ? ( rapport d'information )

B. QUI PROSPÈRE

Plusieurs milliers de liaisons ont déjà été effectuées par le China Railway Express entre Harbin, Chengdu, Chongqing et Yiwu notamment à destination de Londres, Hambourg, Lyon et Madrid en Europe de l'Ouest. Les marchandises transportées annuellement atteindraient une valeur d'environ cinq milliards de dollars, selon les estimations chinoises. Outre ces réalisations concrètes et tangibles39(*), la Chine s'emploie à rendre sa politique des nouvelles routes de la soie incontournable, ce qui est d'autant plus aisé que l'apport de financements chinois et la reconnaissance qu'il implique répondent à de nombreuses attentes.

1. L'action chinoise

La Chine a développé un éventail d'outils qui vont de l'action au sein des organisations internationales, la signature de protocoles d'accords, à de multiples outils d'influence ou soft power, pour assurer la promotion de ses nouvelles routes de la soie.

a) Reconnaissance internationale des nouvelles routes de la soie
(1) Au sein de l'ONU

La Chine, on l'a vu, a renforcé ses contributions aux Nations Unies, notamment dans le domaine du maintien de la paix, se posant ainsi comme un acteur responsable des relations internationales. Elle cherche en parallèle l'appui de l'ONU dans la promotion de sa politique des nouvelles routes de la soie.

Par une politique active de promotion, la Chine contribue à faire reconnaître son projet des nouvelles routes de la soie à l'ONU. Ainsi, la résolution 2344  prise le 17 mars 2017 sur la situation en Afghanistan40(*) comprend un alinéa 34 ainsi rédigé : [Le Conseil de Sécurité]  « Salue les efforts déployés pour renforcer la coopération économique régionale, notamment les mesures prises pour faciliter les liaisons, le commerce et le transit au niveau régional, en particulier dans le cadre d'initiatives régionales de développement comme celles baptisées « Ceinture économique de la Route de la soie et Route de la soie maritime du XXIe siècle » (...) ». Ce même alinéa fait également mention « des projets régionaux de développement comme le projet de construction d'une conduite de gaz naturel dans la zone Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde, le projet pour le commerce et l'approvisionnement en électricité en Asie centrale et en Asie du Sud (CASA-1000), le projet de port de Chabahar entre l'Afghanistan, l'Inde et la République islamique d'Iran, l'accord pour la création du Couloir lapis-lazuli de transit, commerce et transport et le projet de lignes ferroviaires entre Aqineh et le Turkménistan et entre Hérat et Khawaf », des « accords bilatéraux de commerce et de transit, d'une coopération consulaire élargie pour l'octroi de visas et de la facilitation des voyages d'affaires ; pour favoriser le commerce international, accroître les investissements étrangers et développer les infrastructures, notamment en ce qui concerne les raccordements, l'offre énergétique, les transports et la gestion intégrée des frontières, afin de promouvoir une croissance économique durable et la création d'emplois dans le pays et dans la région, et exhorte à cet égard toutes les parties prenantes à garantir l'instauration d'un climat sûr, propice à la pleine mise en oeuvre de ces initiatives de développement et accords commerciaux ».

Dans ses considérants initiaux, cette résolution souligne « également qu'il est essentiel, afin de bâtir pour l'humanité un avenir commun, de favoriser la coopération régionale dans un esprit de coopération profitable à tous, vecteur efficace pour promouvoir la sécurité, la stabilité et le développement économique et social en Afghanistan et dans la région ». Cette rédaction est issue d'une action chinoise qui visait à ce que le concept chinois de« communauté de destin pour l'humanité » soit intégré dans une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Selon l'ambassadeur de Chine auprès des Nations Unies, Liu Jieyi41(*), cela reflète la « reconnaissance mondiale des grandes contributions faites par la Chine à la gouvernance de la planète ».

La présentation de cette rédaction lors de la conférence de presse du 20 mars 2017 tenue par la porte-parole du Ministère des Affaires étrangères Hua Chunying montre toute l'importance que la Chine accorde à la reconnaissance internationale de sa politique : « La résolution exhorte les différentes parties à faire progresser davantage la construction des nouvelles routes de la soie terrestre et maritime et pose des exigences concrètes telles que le renforcement des dispositifs de sécurité. Il s'agit du développement dans la continuité des idées exprimées dans les précédentes résolutions de l'ONU et du Conseil de Sécurité au sujet de l'initiative « Ceinture et Route ». Nous entendons travailler de concert avec les autres États membres des Nations Unies, agir à la lumière des résolutions du Conseil, prendre une part active à la construction de la « Ceinture et Route » et la promouvoir énergiquement, en vue de bâtir pour l'humanité un bel avenir commun qui soit ouvert, inclusif, propre et basé sur la paix durable, la sécurité partagée et la prospérité universelle »42(*)

Le succès chinois est réel en la matière, les plus hautes autorités de l'ONU font référence aux nouvelles routes de la soie. Ainsi, le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, lors d'un forum organisé en novembre 2017 en Nouvelle-Zélande a noté « de claires synergies » entre la BRI et l'Agenda 2030 de l'ONU pour le développement durable. De même, les routes de la soie ont été abondamment citées lors d'une discussion ayant abouti à l'adoption d'une déclaration présidentielle43(*), le 19 janvier 2018, par laquelle le Conseil de sécurité44(*) encourageait la coopération régionale en Asie centrale et en Afghanistan. Le Secrétaire général de l'ONU a déclaré à cette occasion « bien que la route de la soie soit l'une des voies commerciales les plus empruntées au monde depuis des siècles, les échanges entre pays d'Asie centrale ont décliné depuis leur accession à l'indépendance il y a près de 30 ans. Les possibilités de commerce intrarégional sont importantes, et même des améliorations modestes peuvent entraîner des gains substantiels pour tous les habitants de la région »45(*). Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a signé un mémorandum avec la commission nationale du développement et de la réforme chinoise. Le PNUD a publié un rapport sur les nouvelles routes de la soie et décline son plan d'action en la matière qui consiste essentiellement à aider la Chine à améliorer son projet des nouvelles routes de la soie par des recherches conjointes sur les besoins des pays concernés et des études sur des projets spécifiques afin de les améliorer.

(2) Dans les arènes économiques internationales

Lors du sommet du G20 à Hangzhou, dans la province du Zhejiang, qui s'est tenu les 4 et 5 septembre 2016, Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, a souligné que la BRI était « l'initiative la plus importante et la plus influente du monde contemporain » et elle est actuellement un des principaux moteurs de la reprise économique mondiale46(*).

Après s'être fait le chantre du libre-échange et de la globalisation à Davos en janvier 2017, le Président chinois a réaffirmé, lors du Sommet du G20 de Hambourg, qui s'est déroulé les 7 et 8 juillet 2017, que l'initiative de « La Ceinture et la Route » et le G20 se caractérisaient « par leur complémentarité et leur promotion réciproque ». Ce message avait été préparé à deux occasions précédant le Sommet :

- lors de la conférence économique sino-européenne, organisée par la Chambre de commerce hambourgeoise les 23 et 24 novembre 2016, la vice-première ministre chinoise Liu Yandong avait souligné que le développement de la Chine était une source d'opportunités pour le monde et avait évoqué la dynamique enclenchée par les nouvelles routes de la soie : « Les nouvelles routes de la soie connectent les cercles économiques dynamiques de l'Asie de l'Est au cercle économique développé d'Europe, offrant des occasions nouvelles pour la coopération Chine-Europe et Chine-Allemagne. » ;

- lors de la rencontre à Pékin avec son homologue allemand en mai 2016, Wang Yi avait encore souligné la convergence des objectifs du G20 et des nouvelles routes de la soie dans les domaines politiques, économiques et commerciaux : « Nous sommes certains que les progrès dans les nouvelles routes de la soie fourniront aux avancées du G20 des perspectives plus larges et une impulsion plus forte au niveau mondial. (...) Nous souhaitons que ces deux plateformes de coopération, qui se complètent et s'entraînent réciproquement, jouent ensemble un rôle directeur dans le développement sain de l'économie mondiale afin qu'ils effectuent chacun une contribution immense dans l'établissement d'une communauté de destin de l'humanité. »47(*).

Alors que le protectionnisme semble avoir trouvé une nouvelle vigueur avec l'arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis et le Brexit, la réunion du G20 à Hambourg était également l'occasion de réaffirmer le positionnement d'une Chine qui se pose comme le nouveau champion du libéralisme économique et de l'ouverture, se déclare favorable à la coopération économique internationale, à la gouvernance économique mondiale, et affirme son souhait de contribuer activement à la croissance économique et à l'amélioration des performances de la gouvernance économique mondiale.

Ni Davos ni le G20 ne semblent plus pouvoir faire l'économie d'une prise en compte des nouvelles routes de la soie.

b) Les initiatives chinoises visant à la reconnaissance des nouvelles routes de la soie
(1) L'organisation du premier forum des nouvelles routes de la soie

L'événement majeur, point d'orgue de l'action chinoise dans ce domaine, a sans doute été l'organisation les 14 et 15 mai 2017du Forum des « Nouvelles routes de la Soie » à Pékin, où l'initiative chinoise a été présentée par le Président chinois comme le « projet du siècle ».

Ce forum des chefs d'État et de gouvernement, sous la présidence du Président XI Jinping, a réuni une trentaine de dirigeants étrangers dont notamment ceux des pays suivants : Russie, Pakistan, Cambodge, Birmanie, Malaisie, Philippines, Turquie, Kenya, Éthiopie, Argentine, Chili, notamment, et du côté de l'UE : Espagne, Italie, Pologne, République tchèque, Grèce et Hongrie. M. Jean-Pierre RAFFARIN, ancien Premier Ministre, représentait le Président de la République.

Un communiqué final avait été préparé par la Chine qui souhaitait que le plus grand nombre de participants le signe. Ce communiqué présente l'initiative chinoise dans ses différents champs qui vont au-delà du domaine des infrastructures. Il inclut l'Amérique latine et l'Océanie dont des représentants ont été invités au Forum. Il replaçait déjà celles-ci dans le cadre des thèmes évoqués au G20 (quelques mois avant le Sommet de Hambourg ci-dessus évoqué) sans toutefois établir encore d'articulation formelle avec le cadre de négociations dans cette enceinte. La France n'a pas signé ce communiqué, ni de protocole d'accord.

La Chine a annoncé à l'issue du sommet que 68 pays étaient désormais officiellement associés au projet48(*). Elle a également indiqué qu'elle comptait faire de ce forum mondial des nouvelles routes de la soie un rendez-vous régulier.

(2) La signature de mémorandums bilatéraux

En parallèle de ses efforts pour la reconnaissance de sa politique par les organisations internationales, ou l'organisation d'un grand forum international, la Chine cherche à signer, dans le cadre d'une relation bilatérale49(*), avec le plus grand nombre de pays, un memorandum of understanding (MoU), c'est-à-dire un protocole d'accord sur les « nouvelles routes de la soie ». Pékin souhaite en effet multiplier le nombre de protocoles signés, car ils rendent public le souhait d'un pays de participer au développement des nouvelles routes de la soie, d'en bénéficier, et de s'engager sur des principes qui semblent convenus mutuellement. La Chine a ainsi annoncé à l'issue du premier sommet des routes de la soie en mai 2017 que 270 accords de coopération avaient été signés.

Le protocole d'accord semble non contraignant, voire sans effet juridique. Il correspond à la volonté affichée de la Chine de développer des relations « souples », ce que certains analystes qualifient de flou juridique. L'un des seuls exemplaires de protocole d'accord dévoilés à ce jour est celui signé par la Nouvelle-Zélande en mars 2017. Il ne semble pas poser de difficultés particulières. Mais il pose sans doute quelques questions par les termes qu'il ne contient pas, relatifs à la transparence, à la libre concurrence, au libre accès au marché, etc. Il suscite également des interrogations sur le sens des notions utilisées, ce qu'Alice Ekman, chercheuse de l'Institut français des relations internationales (IFRI), qualifie de « fossé grandissant de définition » entre les notions de gouvernance (« libre-échange », « État de droit »...) employées par la diplomatie chinoise et ce qu'elles désignent pour la plupart des pays occidentaux50(*).

Dans ce contexte, les pays traversés par les nouvelles routes de la soie semblent en général enclins à signer ces protocoles dont il n'existe pas de liste exhaustive disponible. De nombreux pays riverains des nouvelles routes de la soie ont d'ailleurs considéré utile et efficace d'intégrer cette politique chinoise à leurs propres programmes de développement, c'est le cas notamment de la Route de la prairie de la Mongolie, de la Nurly Zhol (la voie brillante) du Kazakhstan, et de l'Union économique eurasienne de la Russie. On l'a vu, le PNUD a également signé un mémorandum.

La question est plus complexe en Europe. Le noyau historique et occidental de l'Union européenne semble quelque peu réticent à signer les mémorandums que lui soumet la Chine, sans y inscrire les règles et les normes en vigueur dans l'Union européenne en matière de libre accès au marché, de transparence, de conditions financières, d'appels d'offres, de responsabilité sociale et économique, de préservation de l'environnement etc. Ainsi ni le Président français, ni la Première ministre anglaise n'ont signé de mémorandums à l'occasion de leur visite à Pékin au début de l'année 2018, refusant de voir dans ces protocoles d'accord, non modifiables, ce qui est présenté par Pékin comme un gage de sincérité dans la relation bilatérale51(*).

À l'inverse, et on reviendra plus tard sur cette ligne de partage qui semble se dessiner au sein de l'Union européenne, les 11 pays d'Europe centrale et orientale52(*) ont déjà signé un mémorandum, la Hongrie dès juin 2015, la Pologne en 2015 également, et enfin en novembre 2017, l'Estonie, la Lettonie et la Slovénie. Les six autres pays des Balkans non membres de l'Union européenne53(*) sont également signataires d'un protocole d'accord.

Toutefois en mai 2017, lors du premier sommet des nouvelles routes de la soie, tous les pays membres de l'Union européenne ont participé à l'élaboration de messages communautaires communs, qui font l'objet d'un développement ultérieur. De plus, les pays de l'Union européenne présents au forum n'ont pas signé la déclaration conjointe proposée par la Chine.

c) Le Soft power au service de la BRI54(*)

Dès 2013, Xi Jinping a déclaré qu'il était temps d'« accroître le soft power de la Chine, d'offrir un discours chinois construit, et de mieux communiquer le message de la Chine au monde ». De fait, les outils du soft power chinois sont largement mobilisés au service de la BRI, qui est elle-même assimilée par certains analystes à une forme nouvelle de soft power chinois. La capacité chinoise d'investissement ou de financement par des prêts peut également être vue comme une forme de soft power.

La Chine multiplie les forums et des événements internationaux bilatéraux autour des nouvelles routes de la soie. En 2017, elle a organisé le grand forum des 200 grands partis du monde ; en 2018, elle organise une conférence sur le marxisme et une autre sur la philosophie.

La Chine mobilise également ses think tanks afin d'alimenter et de renforcer sa diplomatie publique en faveur des nouvelles routes de la soie. L'internationalisation des think tanks aux caractéristiques chinoises est un objectif fixé par le gouvernement pour 2020, menée en parallèle d'un recadrage idéologique, pour permettre de renforcer le soft power de la Chine et sa capacité à assurer le succès des annonces du gouvernement chinois et des concepts officiels chinois tels que « la communauté de destin commun », et bien entendu, « les nouvelles routes de la soie ». À cet effet, les conférences internationales de grande envergure se multiplient sur le thème de la BRI, des think tanks internationaux sont également créés autour de ce thème, tels que le Silk Road think tank Nextwork créé en octobre 2015, le First Silk Road Dialogue et l'Annual Conference of Silk Road think tank Association créés en 201655(*). De même, à l'initiative du gouvernement, presque toutes les universités du pays ont créé un think tank dédié aux nouvelles routes de la soie. Vos rapporteurs ont notamment rencontré l'un de ces think tanks lors de leur déplacement à Pékin.

À mesure qu'il renforce le poids de ces organismes dans sa diplomatie publique, le pouvoir chinois renforce son contrôle sur eux. Ainsi, le gouvernement chinois est à même de concentrer les efforts de recherche sur les thèmes et sujets qu'il a choisis, ce qui représente « une force de frappe en termes d'analyse et de diplomatie publique que peu de pays sont capables de déployer »56(*).

Tous ces efforts n'auraient probablement pas autant de portée s'ils ne rencontraient pas les attentes de nombreux pays.

2. ... rencontre les attentes de nombreux pays
a) Les pays traversés et les points d'arrivée : un réel besoin de développement

Les zones concernées par le projet chinois des nouvelles routes de la soie touchent de nombreux territoires en recherche de développement qui, pour des raisons économiques ou politiques, peinent à trouver les investissements et financements qui leur permettraient de poser les bases d'une croissance stable, durable et satisfaisante.

Le modèle de développement proposé par la Chine est particulièrement attrayant pour ces pays, puisqu'il repose sur la création d'infrastructures, résultats tangibles et concrets de ses investissements ou de ses prêts. Les investissements directs étrangers chinois dans les pays relevant des routes de la soie se seraient élevés en 2017 à 8,55 milliards de dollars, représentant 12,4 % du total des investissements directs chinois à l'étranger, en hausse de 4,3 % sur un an57(*).

On peut résumer ainsi l'opposition entre le modèle de développement occidental et celui proposé par les Chinois, telle qu'elle est présentée dans le contexte de mise en oeuvre des nouvelles routes de la soie. Le modèle occidental serait fondé sur la définition et la création de grands espaces abstraits de libre-échange garantis par des traités, avec des investissements favorisant, par le biais des conditions d'éligibilité des projets soutenus, le développement de la santé publique, la préservation de l'environnement, le soutien à la société civile, la connaissance ou la lutte contre la corruption, la promotion du droit des femmes, avec un rapport au temps court exigeant de rapides retours de rentabilité. À l'inverse, le modèle chinois s'appuierait sur une croissance fondée sur la construction d'infrastructures, potentiellement stabilisatrice des zones instables grâce au développement du commerce permis par les ports, routes, réseaux électriques, chemins de fer, zones économiques, etc. Ce modèle de développement se caractériserait par l'effectivité du développement et des résultats concrets pour les populations, avec une relation au temps long, laissant le temps aux investissements de devenir rentables et de permettre le développement économique.

Les exemples ci-après développés montrent qu'indépendamment de toute querelle idéologique, les pays concernés par la BRI étaient prêts à accueillir les nouvelles perspectives de développement et de rayonnement international portées par la Chine.

b) Le cas particulier du Pakistan

Le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) est un projet de long terme basé sur la construction d'infrastructures, le développement industriel et l'amélioration des conditions de vie des populations situées le long du corridor. Lancé en 2013 pour un achèvement prévu en 2055, il a été ensuite intégré aux nouvelles routes de la soie. S'il est difficile de faire la part entre les investissements, les dons et les prêts consentis par la Chine dans le cadre du CPEC, un montant de 54 milliards de dollars est toutefois avancé.

Le CPEC couvre la région autonome du Xinjiang et la totalité du territoire pakistanais, jusqu'à sa façade maritime de Gwadar à Karachi. Il est organisé autour d'un système de transport comprenant autoroutes et voie de chemin de fer, et à Gwadar des infrastructures portuaires et aéroportuaires. Depuis Kashgar, dans la province du Xinjiang, située de l'autre côté de la chaîne himalayenne du Karakorum, les marchandises chinoises devraient être acheminées par camion sur 2 500 km jusqu'à Gwadar, au lieu de rouler 3  500 km jusqu'à Canton et de contourner l'Inde en bateau. De plus, la Chine pourra s'approvisionner en hydrocarbures en provenance des pays du Golfe sans passer par le détroit de Malacca.

Ces infrastructures seront renforcées par :

- la construction d'infrastructures de production d'énergie, notamment des centrales électriques à charbon, de pipelines et à Gwadar d'infrastructures de raffinage d'hydrocarbures. La fourniture d'électricité est une problématique essentielle pour le Pakistan tant le manque d'énergie, constante, et au bon niveau, handicape le développement économique du pays ;

- la construction d'un réseau de communications numériques via la pose de câbles à fibre optique entre la Chine et le Pakistan58(*) ;

- le développement d'une industrie agro-alimentaire moderne, concomitamment à la transition d'une agriculture traditionnelle vers une agriculture plus moderne ;

- et la création de zones économiques spéciales.

Ce corridor a pour objectif de favoriser l'intégration entre l'Ouest de la Chine et le Pakistan et plus largement entre l'Asie centrale et l'Asie du Sud.

Ce projet est souvent présenté comme une première réalisation des nouvelles routes de la soie, et comme un modèle qui pourrait être reproduit sur d'autres portions de la BRI. Il est donc intéressant de constater qu'il présente des opportunités pour les entreprises françaises dont l'excellence est reconnue dans le domaine agro-alimentaire De même, le modèle agricole français pourrait s'exporter. Le CPEC soulève toutefois de réelles questions :

- sur le niveau de risque que représentent les investissements dans une zone supposée désormais moins exposée aux attentats terroristes ;

- sur le niveau d'adhésion des différentes forces politiques en présence au Pakistan. Au Balouchistan59(*), la présence de travailleurs chinois sur les chantiers a choqué dans un pays qui connaît un fort niveau de chômage et dans une région très attachée à ses traditions et à sa terre ;

- sur le niveau d'acceptation par les populations, expulsées de leurs terres ou empêchées de travailler. À Gwadar, par exemple, la construction des nouvelles infrastructures portuaires a conduit à la disparition du port de pêche, bien avant que les nouvelles installations ne procurent de l'emploi aux populations concernées. Les autorités chinoises, conscientes de ces réticences, ont réagi en bâtissant une école, et en promettant des dons importants, tant pour construire des installations sanitaires que pour améliorer l'alimentation en eau potable. Dans le Gilgit-Balistan60(*), des réserves ont également été émises contre les risques de dégradation de l'environnement induits par le CPEC, l'absence de retombées économiques pour les habitants et contre les mesures d'expropriation prises. Dans ces différentes contestations, une constante ressort : la crainte d'une appropriation des territoires par la Chine et les autorités centrales pakistanaises. Les autorités pakistanaises ont dû mettre en oeuvre une force de 13 à 15 000 hommes pour protéger les chantiers et les travailleurs chinois du CPEC.

Les points d'attention des autorités pakistanaises sont les suivants :

- la relative faiblesse des investissements réalisés, en-deçà des annonces chinoises. À Gwadar, le port en eaux profondes comprenant 50 km de quai ne compte que quelques portions et n'a pas le tirant d'eau ambitionné à ce jour ;

- la difficulté de prévoir si les investissements annoncés seront ou non réalisés. Si la rentabilité devait devenir une condition essentielle de la réalisation de certaines portions du CPEC, et non plus le résultat d'une décision politique, il est à craindre qu'elles ne soient pas toutes réalisées, ou qu'elles ne le soient pas au rythme ou au prix initialement prévus ;

- l'absence de création massive d'emplois, et plus largement de retombées économiques pour le Pakistan le long du CPEC ;

- l'exportation ou la délocalisation de la pollution dont souffre la Chine, dont la situation s'améliore d'ailleurs, au Pakistan, au grand dam des populations ;

- la remise en cause des conditionnalités des prêts chinois. Un rapport de la Pakistan State Bank note que les investissements chinois passent des banques aux entreprises chinoises sans même entrer dans le système bancaire pakistanais. Les taux de prêts consentis ne sont d'ailleurs pas particulièrement avantageux. Enfin, les conditionnalités ou prises de garanties sur certains prêts ont conduit les autorités pakistanaises à renoncer à certains financements chinois. Le Pakistan a ainsi décidé de poursuivre le projet de barrage de Diamer-Bhasha, de 4 500 mégawatts, sans financement chinois. La construction en sera bien confiée à une entreprise chinoise, mais le barrage est exclu du CPEC61(*) ;

- la préservation de la souveraineté pakistanaise. La question de la possession des terres est sensible, on l'a vu. De même, la question de la monnaie utilisée dans les transactions pakistano-chinoises fait sens. Or depuis janvier 201862(*), les autorités pakistanaises ont autorisé l'utilisation du yuan pour le commerce bilatéral et les transactions avec la Chine. À terme, l'enjeu est de savoir si la roupie continuera bien d'être utilisée dans le port de Gwadar et dans les zones économiques spéciales ;

- l'acceptation du projet dans l'environnement régional où le CPEC est loin de faire l'unanimité. Les réticences de l'Inde sont connues et portent notamment sur la traversée du Cachemire, pomme de discorde entre les deux pays ;

- l'équilibre de la relation entre la Chine et le Pakistan. Le Pakistan n'est pas pays à accepter l'idée d'être vassalisé, quelque grand que soit son besoin d'investissements étrangers, pour accéder au développement économique.

Recommandation : La France doit mettre en avant ses atouts reconnus pour réaliser des investissements rentables et sûrs au Pakistan, sans sous-évaluer le risque sécuritaire. Les domaines économiques exempts de tension politique devraient être privilégiés. L'agro-alimentaire est un secteur dans lequel des progrès essentiels pourraient être réalisés, près de 50 % des récoltes pakistanaises sont perdues par an en moyenne faute d'installations adéquates. De même, l'enseignement technique agricole pourrait être développé, dans le cadre d'une coopération franco-pakistanaise. Exemple est pris du Pakistan, où vos rapporteurs se sont déplacés, et qui a été l'un des premiers pays à connaître des réalisations tangibles et considérables des nouvelles routes de la soie. Un tel travail d'analyse et d'évaluation serait à mener systématiquement sur les pays des routes de la soie.

c) Le cas particulier de Djibouti, porte d'entrée de l'Afrique de l'Est

Djibouti se rêve en phare de la mer Rouge, en Singapour de l'Afrique. Les récentes évolutions impulsées par les Chinois pourraient donner corps à ce rêve. Djibouti l'oubliée devient garnison internationale, plate-forme de correspondances maritimes et logistiques régionales : au coeur du nouveau grand jeu international, porte d'entrée africaine des nouvelles routes de la soie.

À l'intersection du détroit de Bab-el-Mandeb, qui permet le contrôle indirect du canal de Suez, du golfe d'Aden et des routes de l'océan Indien, Djibouti se situe sur une route commerciale majeure entre l'Asie et l'Europe. Le détroit qui ouvre la mer Rouge jusqu'au canal de Suez est un centre névralgique permettant également l'approvisionnement énergétique des pays occidentaux. Dès lors, Djibouti concentre les différentes dimensions de la maritimisation des enjeux économiques internationaux. Entre la mer Rouge et l'océan Indien circulent près de 20 % des exportations mondiales et 10 % du transit pétrolier annuel. C'est le 4e passage maritime mondial pour l'approvisionnement énergétique. Cette voie de navigation est essentielle pour la Chine puisque plus d'un milliard de dollars de marchandises provenant des territoires chinois y passent tous les jours pour rejoindre le marché européen.

Outre cette position stratégique pour le commerce maritime, Djibouti a bénéficié d'un contexte international qui a favorisé l'émergence stratégique de son territoire : sa position géographique en fait un point optimal pour lutter contre le terrorisme et la piraterie dans le golfe d'Aden, ou plus récemment une base arrière dans le cadre de la guerre au Yémen.

La Chine, le Japon, les États-Unis (le camp Lemonnier compte 4 000 soldats destinés à lutter contre les islamistes shebab en Somalie et contre Al Qaïda dans la péninsule arabique), la France (1 350 soldats stationnés en 2017), l'Italie, l'Union européenne et bientôt l'Arabie Saoudite ont des troupes à Djibouti.

C'est la loi antiterroriste, votée fin 2015, autorisant l'armée populaire de libération chinoise à intervenir outre-mer qui a permis la création d'une première base militaire chinoise à l'étranger, inaugurée à l'été 2017. D'abord présentée comme une base logistique pour les navires empruntant les nouvelles routes de la soie puis comme une base d'évacuation des ressortissants chinois, la vocation militaire de la base chinoise s'affirme peu à peu, et 400 militaires chinois y seraient installés. Cette base pourrait être le premier maillon d'une plus large couverture du continent, passant par l'installation de bases dans d'autres pays africains, tels que la Namibie ou la Côte d'Ivoire. Ceci pourrait permettre à terme « le déploiement d'avions de combat, de forces spéciales et de troupes aéroportées », mais aussi la sécurisation directe de l'approvisionnement en matières premières africaines et des investissements chinois sur le continent.

Djibouti, pour sa part, ne souhaite pas dépendre uniquement des rentes stratégiques offertes par les bases militaires. En 2015, le président Ismaïl Omar Guellech décrivait les concessions de bases militaires « non comme le procédé choisi pour faire gagner des devises au pays, mais plutôt comme le canal répertorié pour lui conférer une certaine visibilité sur le plan international ». Djibouti favorise donc le développement des investissements étrangers, notamment arabes et chinois. Près d'une dizaine de projets sont réalisés par des sociétés chinoises qui construisent, outre une zone franche, trois ports et deux chemins de fer vers l'Éthiopie. Le port à conteneurs s'est étendu et modernisé tandis qu'un terminal pétrolier et de nouveaux terminaux sont en construction.

En 10 ans, la Chine a injecté près de 14 milliards de dollars, dont une partie sous forme de prêts, dans ce pays dont le PIB est de 1,2 milliard par an. En 2012, les investissements directs étrangers chinois ont été à peu près équivalents au total du PIB de Djibouti. Les capitaux djiboutiens, éthiopiens et chinois sont présentés comme un triumvirat à la conquête de l'Afrique de l'Est. Cette médaille a son revers. L'endettement externe de Djibouti est ainsi passé de 50 % du PIB en 2014 à 80 % en 2017. À partir de 2019, Djibouti devrait rembourser 50 millions de dollars par an soit 12 % de ses recettes actuelles. Il pourrait alors être nécessaire, face aux défis de la soutenabilité de la dette, de revendre une partie des capitaux djiboutiens, du train par exemple.

En janvier 2017, a été inauguré le chemin de fer, construit par la China Civil Engineering Construction corporation, reliant la gare de Nagad à Addis-Abeba, ouvrant à l'Éthiopie l'accès à la mer par Djibouti. Ceci va de pair avec la construction de ports polyvalents et spécialisés, d'oléoducs de pipeline, de lignes ferroviaires et de zones franches qui transforment la cité État en un hub logistique et commercial. Ainsi, en 2017, le port polyvalent de Doraleh, de construction chinoise, a remplacé le port historique de Djibouti construit par les Français en 1888. Le capital du port a été ouvert à la société China Merchants holding International à hauteur de 23,5 %.

En janvier 2017 a également débuté la construction d'une nouvelle zone franche de 4 800 ha jouxtant la base chinoise et le nouveau port. L'inauguration de ce chantier s'est effectuée en présence des représentants du Togo, de l'Azerbaïdjan mais aussi de l'Afrique du Sud. Enfin, le même mois, la banque internationale de la soie a ouvert son siège à Djibouti. Cette banque d'investissement chinoise doit permettre de convertir le franc djiboutien indexé sur le dollar en yuans et faciliter ainsi les exportations et les importations.

Djibouti s'ouvre sur le marché éthiopien qui compte plus de 100 millions d'habitants et qui couvre toute l'Afrique de l'Est jusqu'au Kenya et la Tanzanie. La rupture des relations entre l'Éthiopie et l'Érythrée à la fin des années 1990 fait même de Djibouti le seul point d'accès à la mer de l'Éthiopie qui devrait devenir un pays à revenu intermédiaire d'après les prévisions économiques d'ici 2025. Le marché commun de l'Afrique orientale et australe compte près de 500 millions d'habitants, et Djibouti pourrait être un point d'entrée pour des marchandises assemblées sur son territoire qui seraient exportées sans barrières tarifaires vers toute l'Afrique de l'Est et australe.

En 2017 le président de Djibouti s'est rendu en visite d'État à Pékin. Un partenariat stratégique a alors été établi entre les deux pays.

Recommandation : Au sujet de l'exemple de Djibouti, cette partie du continent africain est devenue « un impensé de l'action extérieure de la France ». Si elle ne peut égaler la force de frappe économique et la vitesse de la Chine qui lance des projets quelques semaines après leur annonce, la France a encore d'autres atouts à Djibouti. La promotion de la francophonie, l'éducation et les formations mais aussi l'aide au développement pourrait asseoir une politique dynamique inventive. Réputée dans ces secteurs, la France pourrait proposer un partenariat pour former des jeunes Djiboutiens aux métiers de la logistique, des transports ou des finances.

d) Le cas particulier de la Russie

Une forme d'alliance entre Russes et Chinois se dessine, illustrée par le soutien accordé par la Chine à la Russie en 2014. La Russie, du fait de ses relations antagonistes avec l'OTAN et l'Union européenne, s'est souvent tournée vers la Chine pour obtenir son soutien. Ce soutien s'est concrétisé sur le plan économique après les sanctions de l'Union européenne et des États-Unis à l'encontre de la Russie à la suite du conflit ukrainien. La Chine est ainsi devenue le principal investisseur dans l'économie russe et le premier partenaire commercial de la Russie, tandis que la Russie est aujourd'hui le premier fournisseur de la Chine en gaz et en pétrole mais n'est que le seizième partenaire commercial de la Chine.

Les deux pays sont d'importants partenaires commerciaux et affichent leur volonté de renforcer leur coopération en imbriquant plus étroitement les nouvelles routes de la soie et l'Union économique eurasiatique (UEE) entrée en vigueur en 2015. Le 9 mai 2015, la Russie et la Chine ont signé un accord de coopération portant sur la coordination, ou pour reprendre le terme utilisé, « le raccordement », du développement des relations entre l'UEE et la BRI63(*), et prévoyant de mettre en place une future zone de libre-échange (ZLE) commune avec la Chine.

Le Président Poutine était l'invité d'honneur du grand forum de mai 2017 sur les nouvelles routes de la soie. La question se pose de savoir si le « pivot asiatique russe » peut se développer et si les intérêts de ces deux pays sont réellement convergents. La Russie semble revendiquer un partenariat stratégique d'égal à égal64(*) et si les deux puissances font en sorte que la coopération ne soit pas affectée par de simples anicroches, il est probable qu'une certaine concurrence pourrait s'exercer dans les zones d'influence post-soviétique. Le commerce entre la Chine et l'espace post-soviétique a été multiplié par dix en moins de dix ans, passant de 5 milliards de dollars en 2005 à plus de 50 milliards en 201465(*). De 2013 à 2017, en revanche, les exportations chinoises n'ont que peu augmenté en Russie. Les progrès dans la coopération sino-russe sont relativement longs et les concrétisations peu nombreuses à cause des entraves bureaucratiques et financières.

Il semble que la Russie hésite entre deux attitudes :

- la coopération qui consiste à renforcer ce partenariat fondé sur les principes d'égalité de non-ingérence dans les affaires internes et externes, à saisir toutes les chances du développement économique annoncé. L'UEE a en particulier besoin de développer ses infrastructures pour développer son commerce intra-zone déficitaire. La balance commerciale intra-UEE est passée de -15 % en 2015 à -25 % en 2017. Le risque existe toutefois d'être absorbé dans les nouvelles routes de la soie, sans pouvoir les influencer autant que souhaité ;

- la prudence face au différentiel de puissance en faveur de la Chine, et le risque de devenir un partenaire junior ou vassal. Dans ce contexte, elle tente de renforcer l'Union économique eurasiatique, dont les barrières douanières protectionnistes permettent pour l'instant de maintenir des parts de marché face au commerce chinois, et l'organisation du traité de sécurité collective mais aussi de réduire l'influence de la Chine dans l'organisation de coopération de Shanghai en l'ouvrant à l'Inde et au Pakistan notamment, et à terme, à l'Iran. La Russie considère que les cinq anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale66(*) sont un maillon clé de son périmètre de sécurité régionale et de ses intérêts économiques dans le domaine énergétique. En effet, les grandes compagnies russes contrôlent une partie non négligeable des infrastructures énergétiques qui assurent le transit et l'exportation des hydrocarbures d'Asie centrale vers l'Europe. De même, en Russie, certains discours se font alarmistes sur le risque potentiel de perdre une partie des territoires russes dans le Grand Est et en Sibérie au profit d'une domination d'abord économique de la Chine.

La Chine, pour sa part, ne peut que constater le renforcement de l'asymétrie sino-russe à son profit depuis 2014 et la signature de nombreux contrats dans les secteurs clés que sont l'énergie, la finance, et la défense. Elle semble privilégier le développement de relations économiques avec la Russie, dans une relation bilatérale, plutôt que dans une relation avec l'Union eurasiatique, alors que Moscou souhaiterait que la Chine reconnaisse l'UEE comme un partenaire incontournable dans ses négociations avec les pays d'Asie centrale67(*). Il est probable que si ces relations devenaient politiques ou militaires, les liens avec la Russie pourraient devenir moins consensuels. L'intervention de la Chine dans le périmètre post-soviétique permet d'ores et déjà aux pays centre-asiatiques de réduire leur dépendance à l'égard de l'influence russe.

Enfin, Pékin ne s'interdit pas, malgré l'accord de non-ingérence avec Moscou, d'implanter les nouvelles routes de la soie en Ukraine. Elle prévoirait ainsi d'investir 7 milliards de dollars dans le développement des infrastructures de transport en Ukraine, qu'elle considère comme un tremplin important vers l'Europe. Selon l'analyste Franklin Holcomb68(*), « un état final acceptable pour les deux pays serait probablement une Ukraine soumise à l'influence politique et militaire russe, reconstruite avec des fonds chinois et servant de canal pour la propagation de l'influence de la Chine en Europe, où l'influence occidentale serait minimisée », vision pour le moins différente de celle issue des accords de Minsk.

Dans ce contexte, renouer un dialogue entre l'Union européenne et la Russie et entre la France et la Russie paraît plus que jamais nécessaire, ce que votre commission s'emploie à mettre en oeuvre comme en témoigne la publication du rapport « France Russie : dialogue parlementaire pour rétablir la confiance »69(*).

e) Le cas particulier de l'Europe centrale et orientale
(1) Le besoin d'infrastructures à l'Est de l'Europe

Le besoin en infrastructures est déséquilibré entre les pays de l'ouest et les pays de l'est de l'Europe, qu'ils soient membres ou non de l'Union européenne. Au sein de l'Union, on constate que les plus anciens pays membres ont bénéficié des fonds structurels communautaires pendant de plus nombreuses années que les pays qui ont rejoint plus récemment l'Union. Les négociations du prochain cadre financier pluriannuel 2021-2027 pourraient aboutir à une baisse des dotations de fonds européens en raison du Brexit, ce qui inquiète les pays bénéficiaires de la politique structurelle communautaire. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, évoquant ce différentiel, a ainsi déclaré « Si l'Union européenne ne peut payer, nous nous tournerons vers la Chine »70(*).

De fait, les nouvelles routes de la soie sont perçues de façon très différenciée par les pays membres de l'Union européenne. Les pays d'Europe centrale et orientale font l'objet d'une démarche particulière de la Chine qui cherche à implanter son projet dans ces pays qu'elle voit comme autant de points d'accès au marché européen. Elle a ainsi annoncé en 2016 que les projets d'infrastructures dans ces pays feront l'objet d'un financement à hauteur de 3 milliards d'euros, soit 2 milliards dans le cadre d'une association interbancaire et un milliard en fonds d'investissement, majoritairement consacrés à la région.

De nouvelles infrastructures de transport ont également été inaugurées : notamment une liaison ferroviaire entre Riga et Yiwu (en novembre 2016). Il est déjà possible de relier Ningbo en Chine à Budapest en passant par le Pirée en 26 jours, grâce à une connexion intermodale terre-mer. Une ligne reliant Athènes-Budapest est prévue, avec un axe traversant l'ARYM et la Serbie (axe Nis-Belgrade-Novi Sad). Le projet d'autoroute Bar-Boljare reliant la Serbie et le Monténégro pourrait s'accélérer grâce à un financement assuré par l'Exim Bank of China et donner toute sa place au port monténégrin de Bar dans les nouvelles routes de la soie71(*). En décembre 2014, la Chine, la Serbie et la Hongrie ont signé un mémorandum d'accord pour la reconstruction des 370 km de voies de train à grande vitesse, accord qui ne semblait pas compatible avec les règles européennes régissant les marchés publics. La mise en place d'un cadre normatif concurrent promu par la Chine, le « Format 16+1 », et impliquant des États membres de l'Union européenne pose de réelles questions sur la compatibilité de l'initiative des nouvelles routes de la soie et des institutions communautaires.

(2) La mise en place du Format 16+1

La Chine a également créé un mécanisme appelé « Format 16+1 » en 201272(*) pour promouvoir les nouvelles routes de la soie dans les pays d'Europe centrale et orientale. Ce Format vise à donner à la Chine des interlocuteurs privilégiés dans ces pays, et à offrir à ceux-ci un accès direct à la Chine et ainsi à renforcer leur position internationale, notamment au sein de l'Union européenne.

En sont membres, outre la Chine, 16 États d'Europe centrale et orientale, dont 11 sont membres de l'Union : la Bulgarie, la Croatie, l'Estonie, la Hongrie, la Lituanie, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie, et cinq États candidats à l'entrée dans l'UE : l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, l'ARYM, le Monténégro et la Serbie.

Le Format, loin d'être une coquille vide, se réunit annuellement depuis sa création. Il s'est ainsi réuni à Varsovie en 2012, à Bucarest en 2013, à Belgrade en 2014, à Su Zhou en 2015, à Riga en 2016. Le prochain sommet devrait se tenir en Bulgarie en 2018. Ces sommets font généralement l'objet d'adoption de directives, proposées par la partie chinoise et adoptées par la partie européenne. En 2016, une nette évolution s'est dessinée.

(3) Les avancées du Sommet de Riga en 2016

Pour la première fois depuis que le Format 16+1 existe, aux désormais traditionnelles directives, le sommet de Riga de 2016 a ajouté l'adoption d'une déclaration. Elle proclamait l'intérêt de la coopération entre les ports de la Baltique, de l'Adriatique et de la Mer Noire, afin de développer des plateformes qui intègrent les ports, les zones industrielles côtières, ainsi que des voies de navigation fluviale. À plus long terme, cette coopération doit permettre d'établir une synergie entre les projets des nouvelles routes de la soie, du Réseau Transeuropéen de Transport de l'Union européenne et des stratégies de développement des pays de l'Europe centrale et orientale73(*).

Ce sommet de Riga s'est caractérisé par deux autres tendances : l'institutionnalisation du Format et la diversification de ses objectifs :

- après s'être centrées sur la question des infrastructures, les déclarations de Riga ont souligné que les rencontres au sein de ce Format visent désormais à trouver un consensus politique concernant la coopération dans de nouveaux domaines tels que l'économie, l'industrie, l'agriculture, la culture, la science et le tourisme ;

- de nouveaux mécanismes de coopération ont également été mis en place, permettant à presque tous les membres du Format d'héberger une structure permanente de coopération.

Ainsi, deux secrétariats permanents sont situés l'un à Riga, l'autre à Belgrade, et coordonnent la coopération relative à la logistique, au transport et aux infrastructures. La Pologne accueille depuis 2017 un secrétariat pour les affaires maritimes.

La création de nouveaux centres a été décidée à Riga. Un « Centre de Transfert de Technologie Chine-Europe centrale et orientale » est en développement à Bratislava, un autre est prévu en Roumanie, le « Centre Chine-Europe centrale et orientale pour le dialogue et la coopération en matière de projets énergétiques ». La Pologne, à Malaszewice, situé à la frontière avec la Biélorussie, devrait accueillir le Centre européen de transbordement de la Nouvelle Route de la soie, l'ARYM, un Centre Chine-Europe centrale et orientale de coordination de la coopération culturelle, la Slovénie, un Centre Chine-Europe centrale et orientale pour la coopération forestière.

Chengdu accueille pour sa part un Centre logistique depuis juin 2016, dédié à la liaison ferroviaire express de transport de marchandises sur la ligne Chengdu-Lodz (Chine-Pologne). Et plus globalement, la Chine a institutionnalisé sa coopération avec ce Format 16+1 en créant un secrétariat en charge des questions du Format au sein de son ministère des affaires étrangères.

Pour l'aspect financier, un Fonds de coopération et d'investissement Chine-Europe centrale et orientale a été doté de 10 milliards d'euros, susceptibles d'être portés à 50 milliards d'euros, destinés aux investissements chinois pour les infrastructures, les hautes technologie et l'industrie de consommation dans les pays d'Europe centrale et orientale membres de l'U.E. Le principal investisseur du Fond est la banque du commerce et de l'industrie de Chine (Industrial and Commercial Bank of China).

La Chine a enfin proposé à Riga de créer une association des banques des pays du Format en vue de lancer de nouveaux instruments de financement. Cette initiative permettrait de soutenir, par des moyens financiers privés, les projets décidés par le Format 16+1 et ainsi d'éviter d'accroître la dette souveraine des pays concernés, notamment ceux de l'Union européenne soumis aux règles communautaires en matière de déficit public.

Par ailleurs, la participation de la Russie au Format a été évoquée, sans qu'une décision ne soit prise sur le passage à un format 17+1.

(4) La contribution chinoise à l'aune de la politique structurelle communautaire

Ceci doit toutefois être mis en perspective, à l'aune des deux remarques suivantes :

- les fonds structurels européens pour 2014-2020 s'élevaient à 86 milliards d'euros pour la Pologne, premier bénéficiaire de la politique structurelle communautaire, et 25 milliards d'euros pour la Hongrie, 6e bénéficiaire de cette politique. À titre de comparaison, le Centre pour les Études Stratégiques et Internationales de Washington estime que, depuis 2012, la Chine a dépensé 15 milliards de dollars en direction des pays d'Europe centrale et orientale (qu'ils fassent ou non partie de l'UE). La Commission européenne considère pour sa part que le PIB de la Pologne devrait augmenter de 3,4 % d'ici 2023 grâce aux effets positifs de la mise en oeuvre de la politique de cohésion, et de 2,9 % en Roumanie et 2,8 % en Hongrie ;

- selon François Godement74(*), les pays de l'Europe centrale et orientale n'ont pas reçu « en proportion de ce qu'ils attendaient », ils ont en fait reçu « des promesses d'infrastructures assorties de prêts à rembourser avec intérêt »75(*). Ainsi, l'Europe de l'ouest bénéficie bien plus des investissements chinois que l'Europe orientale. Entre 2008 et 2014, parmi les 20 investissements chinois dans des entreprises européennes, un seul a été réalisé en Europe centrale (une usine chimique en Hongrie). Les investissements les plus importants ont concerné des entreprises au Royaume-Uni, en Italie, au Portugal, en France et en Allemagne. Les investissements chinois en Hongrie sont à la sixième place et le reste de l'Europe centrale et orientale est situé plus bas sur cette liste76(*).

Ainsi, le bénéfice politique semble à ce jour supérieur aux réalisations économiques. Il est bien réel pour la Serbie qui voit sa candidature à l'adhésion à l'Union européenne vigoureusement soutenue par la Chine. La Chine entretient des relations particulièrement privilégiées avec la Serbie :

- un accord entre les deux pays permet la mise en place d'un régime sans visa pour des séjours pouvant aller jusqu'à trente jours ;

- une ligne directe a été ouverte entre la Chine et la Serbie par Air Serbia ;

- 46 millions d'euros ont été investis par l'entreprise chinoise Hebei Iron et Steel, dans l'acquisition de l'aciérie serbe Smederevo, permettant la renaissance d'un secteur économique voué à l'abandon et employant une nombreuse main-d'oeuvre.

(5) La réaction des pays de l'Ouest de l'Europe

Les pays de l'ouest sont assez inquiets de voir la Chine investir dans la division de l'Europe. L'ancien Premier ministre danois a notamment fait part de ses craintes de voir l'Union européenne s'apercevoir trop tard que des pans entiers d'infrastructures en Europe centrale et orientale dépendent de la Chine, comme le port du Pirée.

Toutefois, les pays européens respectent toujours les normes européennes et la Hongrie n'a finalement pas cédé aux tentations d'accorder un marché de gré à gré à des entreprises chinoises. Pour une partie du tronçon concerné, soit 151 km, elle a lancé, en novembre 2017, un appel d'offres pour la modernisation de la voie ferrée Budapest-Belgrade. Le ministre hongrois des Affaires étrangères a annoncé à cette occasion que son pays comptait investir 1,77 milliard d'euros dans la modernisation des 152 km hongrois du chemin de fer reliant Budapest à Belgrade. Il semble que 86 % de cette somme proviennent d'un prêt obtenu par la Hongrie auprès de la Banque chinoise d'import-export sur 20 ans, avec un taux d'intérêt de 2,5 %77(*).

La réaction allemande peut paraître partagée. L'Allemagne est le seul pays européen à avoir un excédent commercial avec la Chine. Dans ce contexte, la position allemande vis-à-vis de l'expansion commerciale de la Chine se veut non conflictuelle avec toutefois des nuances. La récente vague d'investissements chinois dans des entreprises stratégiques allemandes a provoqué quelques réactions par son ampleur. Certaines voix se font entendre pour souligner la nécessité de relancer l'unité européenne. Sigmar Gabriel, ancien ministre allemand des affaires étrangères, dans son allocution donnée le 30 août 2017 lors de la semaine des ambassadeurs à Paris, a suggéré de suivre la voie « One China - One Europe » en référence à l'appellation OBOR, soit, une Chine une Europe78(*). La position de l'Union européenne fera l'objet d'un développement ultérieur.

Recommandation : Acte doit être donné aux pays membres de l'Union européenne qui participent au « Format 16+1 » qu'ils respectent les normes communautaires, particulièrement dans les domaines de compétences partagées qui sont abordés dans le cadre de leur coopération avec la Chine.

La Commission européenne et le SEAE sont invités en tant qu'observateurs aux sommets du Format. Les pays membres de l'Union européenne pourraient s'appuyer sur eux pour définir, en tant que de besoin, des positions communautaires au sein du Format afin de défendre au mieux leurs intérêts et leur éviter ainsi de se trouver mis en concurrence sur certains sujets.

Il serait souhaitable que les prochains sommets UE-Chine et 16+1 en 2018 fassent l'objet d'une concertation entre les pays membres de l'Union européenne, afin que la cohérence communautaire ne soit pas prise en défaut et que les membres de l'Union veillent tous ensemble à défendre leurs intérêts communs à l'occasion de chaque rencontre avec la Chine, quel qu'en soit le format.


* 39 Dont certains observateurs notent qu'elles sont moins nombreuses qu'annoncées, ce qui est très difficile à évaluer en l'absence de recensement des réalisations de projets sur les nouvelles routes de la soie.

* 40 Résolution sur la situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales et prorogeant le mandat de la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) (S/2017/189.) Texte du projet de résolution (S/2017/222).

* 41 Cité par le site de l'ambassade de Chine en France.

* 42 Conférence de presse du 20 mars 2017 tenue par la porte-parole du Ministère des Affaires étrangères Hua Chunying, publiée sur le site de l'ambassade de Chine en France, le 20 mars 2017.

* 43 Lors d'un débat auquel ont notamment pris part le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et sept ministres des affaires étrangères.

* 44 Sous la présidence du Kazakhstan pour le mois de janvier.

* 45 Citation extraite du site des Nations Unies https://www.un.org/press/fr/2018/cs13170.doc.htm.

* 46 Cité dans l'article de Jacques Fourrier intitulé : « Sommet du G20 de Hambourg : une plateforme pour les Nouvelles routes de la soie » publié le 07 juillet. 2017 sur le site French.china.org.cn.

* 47 Ibid.

* 48 Aucune liste des pays signataires n'est disponible sur les différents sites officiels dédiés aux nouvelles routes de la soie.

* 49 Il existe des exceptions, un mémorandum a notamment été signé avec le PNUD.

* 50 Citée dans la chronique hebdomadaire du correspondant quotidien le Monde à Pékin Brice Pedroletti, intitulée « Europe : « le casse-tête chinois des « nouvelles routes de la soie », publiée le 11 avril 2018 dans Le Monde Économie.

* 51 Voir à cet égard la chronique hebdomadaire du correspondant quotidien le Monde à Pékin Brice Pedroletti, intitulée « Europe : « le casse-tête chinois des « nouvelles routes de la soie », publiée le 11 avril 2018 dans Le Monde Économie.

* 52 Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovénie, Slovaquie, République tchèque.

* 53 Ancienne république yougoslave de Macédoine (ARYM), Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Monténégro, Serbie.

* 54 Voir sur ces sujets notamment « La Chine débat du soft power » par Li Mingjiang, professeur adjoint à la S. Rajaratnam School of International Studies, Université technologique de Nanyang, Texte original publié en anglais en 2008 : « China debates soft power » est paru en version anglaise dans la revue Chinese Journal of International Politics, vol. 2, issue 2, Oxford University Press, Oxford, Royaume-Uni, 2008 et « Les think tank chinois : ambition et contradictions » par Alice Ekman, chercheurs, responsable des activités Chine au centre assis de Li Free, publiée dans la revue Politique étrangère 4:2017.

* 55 Voir l'article précité « les think tanks chinois : ambition et contradictions », d'Alice Ekman.

* 56 Ibid.

* 57 Voir l'article intitulé « LEAD Chine : les IDE en hausse de 9,1% en août » publié le 14 septembre 2017 sur le site French.China.org.cn.

* 58 Le Pakistan a adopté les standards de diffusion multimédia chinois.

* 59 Le Balouchistan représente un peu plus de 50 % du territoire du Pakistan, et 4 % de la population.

* 60 Voir à cet égard l'article « Protest erupts in Gilgit-Baltistan over CPEC », publié le 30 juillet 2017 sur le site deccanchronicle.com.

* 61 Voir à cet égard l'article « Pékin patine sur ses « nouvelles routes de la soie » » de Simon Leplâtre, publié sur le site Le Monde.fr, le 28 novembre 2017.

* 62 Voir à cet égard l'article « Le Pakistan autorise l'utilisation du yuan » publié sur le site Le Figaro.fr avec l'AFP, le 03 janvier 2018.

* 63 Le tableau comparatif de l'UEE et de la BRI : objet, nature, finalité, les projections dressent la longue liste de leurs divergences, voire à cet égard l'article de Mathieu Boulègue précité.

* 64 En juin 2016 le président russe appelait à la création d'un grand partenariat eurasiatique.

* 65 À cet égard l'article intitulé « la « lune de miel » sino-russe face à l'(incompatible) interaction entre l'Union économique eurasienne et la « Belt and Road Initiative » de Mathieu Boulègue, analyste spécialisé sur l'espace postsoviétique, paru le 15 octobre 2017 sur le site Diploweb.com.

* 66 Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Turkménistan.

* 67 Voir à ce sujet l'article intitulé « L'Asie centrale au coeur des rivalités impériales russes et chinoises » par Olga Alexeeva, professeur d'histoire de la Chine à l'université du Québec à Montréal et Frédérique Lasserre, professeur à l'université Laval et directeur du conseil québécois d'études géopolitiques, paru dans la revue Diplomatie n° 90 précitée.

* 68 Cité dans l'article intitulé « les perspectives du gigantesque projet chinois des nouvelles routes de la soie » par Leo Timm, publié le 14 janvier 2018, sur le site Epoch Times.fr.

* 69 Rapport d'information de MM. Christian Cambon, Président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat et Konstantin Kossatchev, Président du comité des affaires internationales du Conseil de la Fédération de l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie, fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. n° 387 tome I (2017-2018) - 28 mars 2018.

* 70 Cité dans l'article intitulé « L'offensive de charme de Pékin en Europe centrale et orientale » par Marie de Vergès, publié le 10 janvier 2018 sur le site LeMonde.fr.

* 71 La récente adhésion du Monténégro à l'OTAN ne semble pas avoir modifié les projets chinois.

* 72 À l'occasion du Forum des affaires Chine-Europe centrale et orientale qui se tenait à Varsovie.

* 73 Voir notamment la tribune intitulée « Le sommet du Format « 16+1 » à Riga : vers une institutionnalisation renforcée et une plus grande diversification de la coopération entre la Chine et les seize pays d'Europe centrale et orientale » par Dorota Richard, Docteur en sciences politiques et relations internationales, publiée le 24 février 2017 sur le site internet de l'IRIS -iris-france.org.

* 74 Professeur des universités en science politique à Sciences Po et dirige le programme Asie et Chine du European Council on Foreign Relations.

* 75 Voir notamment le rapport intitulé « China at the gates : a new power audit of EU-China Relations, de François Godement et Abigaël Vasselier, ECFR, 2017.

* 76 Ces chiffres sont extraits de l'article intitulé « Les nouvelles routes de la soie passent aussi par l'Europe de l'est » par Jean-Christian Cady, publié le 29 novembre 2017 sur le site institut-du-pacifique.org.

* 77 Ces chiffres sont extraits de l'article intitulé « Les nouvelles routes de la soie passent aussi par l'Europe de l'est » par Jean-Christian Cady, publié le 29 novembre 2017 sur le site institut-du-pacifique.org.

* 78 Cité dans l'article « L'Europe du sud-est et les « nouvelles routes de la soie », dynamique sans retour ? », précité.