LES CONCLUSIONS DE VOS RAPPORTEURS SPÉCIAUX

L'aide multilatérale est traditionnellement à la fois moins connue et plus critiquée que l'aide bilatérale. En effet, elle offre moins de visibilité à la France, sur le terrain, et, si nous participons à la prise de décision, nous ne la maîtrisons pas totalement, si bien que les financements accordés peuvent ne pas correspondre à nos priorités.

Cependant, à l'issue de nos travaux, nous sommes convaincus de l'importance de cet outil, qu'il ne faudra pas négliger dans le mouvement actuel d'augmentation de notre aide . Le hasard du calendrier nous a menés aux États-Unis au moment où avait lieu le G7 au Canada, que certains ont qualifié de « G6 + 1 », tant l'unilatéralisme américain s'y est illustré. Cette crise du multilatéralisme a été omniprésente dans nos entretiens .

Les institutions multilatérales mises en place après la seconde guerre mondiale sont de plus en plus contestées, que ce soit par des États qui l'ont toujours fait, comme la Russie ou la Chine, mais désormais également par les États Unis, qui les ont pourtant largement mises en place. Les Américains se placent en retrait : ils ont ainsi déjà supprimé plusieurs contributions importantes, par exemple au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Parfois ils s'opposent même directement à nos valeurs où à nos intérêts. Il est ainsi devenu extrêmement difficile de parler environnement ou commerce international avec eux. Dans ce contexte, on observe également que la Chine essaye d'occuper le vide laissé par les Américains, sur les financements climat par exemple. Il en résulte une attente particulière à l'égard de la France : nous pouvons devenir les « champions du multilatéralisme » .

Mais il est difficile de répondre à cette attente sans moyens financiers . Si notre siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, notre expertise en maintien de la paix, la francophonie et le succès de la COP 21 sont autant d'atouts. Mais le niveau de nos contributions volontaires est parfois ridiculement bas. Nous sommes ainsi le 36 ème contributeur au PNUD, en ce qui concerne les contributions volontaires. De façon générale, nous sommes souvent classés entre la dixième et la vingtième place, quand nos voisins Britanniques sont autour de la cinquième place. À la Banque mondiale, sur les contributions volontaires, nous sommes largement distancés par le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Japon ou encore les pays nordiques.

Une stratégie efficace consiste à investir massivement sur quelques fonds. C'est par exemple le cas sur le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, pour lequel la France est le deuxième contributeur après les États-Unis. Cependant, si nous voulons être les « champions du multilatéralisme », il faut accroître les moyens.

Il ne faut pas sous-estimer notre capacité à défendre nos intérêts dans le système multilatéral et en particulier à promouvoir nos priorités sectorielles. Par exemple, avant la COP 21, la France a obtenu que 28 % des financements de la Banque mondiale aillent sur les sujets climatiques, ce qui a facilité la négociation du volet financier des accords de Paris. De même, les institutions multilatérales peuvent venir renforcer notre aide bilatérale : par exemple, le Fonds vert pour le climat a annoncé en juin dernier qu'il contribuerait à hauteur de 280 millions de dollars à un programme de l'Agence française de développement.

En définitive, nous considérons que l'état actuel du monde nous donne encore plus de responsabilités dans la défense du système multilatéral dans son ensemble, et donc également dans la défense des institutions de développement. Et cette responsabilité implique un effort financier , qui pourra être mis en oeuvre dans les années qui viennent. Le projet de loi de finances pour 2019 a mis l'accent sur la hausse de l'aide bilatérale, mais il ne faudra pas oublier cette deuxième « jambe » de notre politique de solidarité.

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