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L'Inde, un partenaire stratégique

1 juillet 2020 : L'Inde, un partenaire stratégique ( rapport d'information )

INTRODUCTION

La relation franco-indienne a longtemps pu apparaître comme un partenariat naturel, évident et pourtant retardé, ou sous-dimensionné. Tout plaidait pourtant pour une relation privilégiée : le désengagement français précoce des établissements indiens de Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Yanaon et Karikal, le non-alignement indien, miroir de la volonté d'autonomie stratégique française, la non-condamnation par la France des essais nucléaires indiens de 1998, le soutien inconditionnel de la candidature de New Delhi au Conseil de Sécurité des Nations unies, en 2005.

L'Inde est en effet devenue un partenaire majeur de la France, non seulement dans les domaines du nucléaire civil et de l'aéronautique, mais aussi en matière de défense, comme en témoigne le renforcement continu du partenariat stratégique franco-indien. Les commandes de Scorpène, de Rafale et d'EPR témoignent de la confiance réciproque de la France et de l'Inde qui ont à la fois de profonds intérêts communs et une lecture des enjeux internationaux largement compatibles.

Pour l'Inde, qui a vocation à devenir une puissance internationale et est déjà une puissance d'équilibre régional, la France, puissance riveraine de l'indopacifique, est un partenaire de sécurité crédible, partageant des objectifs géostratégiques communs et des valeurs fortes telles que, d'une part, la défense du climat, ce qui s'est traduit par l'adhésion de l'Inde à la COP 21 puis la co-création de l'Alliance internationale solaire1(*), d'autre part, la lutte contre le terrorisme, ainsi que la volonté de défendre et de renforcer le multilatéralisme dans un monde aux équilibres fragilisés par l'affirmation des États-puissance, le développement des cybermenaces, des acteurs terroristes non-étatiques, et plus récemment la pandémie de coronavirus.

Cette crise sanitaire mondiale a profondément bouleversé chaque pays touché et a illustré, parfois cruellement, l'ampleur des interconnexions, des dépendances économiques, et la contraction du nombre de fournisseurs de certaines matières premières, notamment dans le domaine des matières actives chimiques indispensables à la confection de médicaments de première nécessité. La tentation du repli et de l'isolationnisme existe, mais passée la réaction instinctive, et sans préjuger d'une analyse rationnelle des modalités d'exercice de la souveraineté économique et stratégique de chaque pays, la nécessité de conforter le multilatéralisme et nos partenariats stratégiques s'impose.

La pandémie peut être l'occasion et la raison même de développer notre partenariat avec l'Inde afin de renforcer la place de notre pays dans la zone indopacifique et de soutenir l'installation de l'Inde comme puissance internationale.

I. UN ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL DE L'INDE PROPICE À L'ÉMERGENCE D'UN PARTENARIAT AVEC LA FRANCE

A. L'INDE ET SON VOISINAGE : COMMENT GARANTIR L'AUTONOMIE STRATÉGIQUE INDIENNE ?

1. La politique internationale du BJP
a) Le premier mandat de Narendra Modi : l'émergence du soft power indien

Le non-alignement indien a longtemps suffi à caractériser la politique internationale indienne2(*) et a forgé au fil des années et des tensions de la guerre froide une certaine proximité avec la France, dont la volonté d'affirmer une réelle autonomie stratégique lui a permis de soutenir, à de nombreuses reprises, le mouvement des pays non-alignés.

Les frontières terrestres de l'Inde, son positionnement géographique comme sa politique de non-alignement restent des facteurs déterminants de la politique internationale indienne. Mais, depuis son accession au pouvoir, le Premier ministre indien Narendra Modi, issu du Bharatiya Janata Party3(*) (BJP), a souhaité au cours de son premier mandat insuffler de nouvelles orientations géostratégiques, correspondant au concept de New India ou Inde nouvelle, mis en avant par le pouvoir :

- en développant le soft power indien, dont l'instauration en 2015 par l'Assemblée générale des Nations unies d'une journée mondiale du yoga (21 juin) est l'illustration la plus remarquée4(*),

- en multipliant les visites officielles dans les pays arabes du Golfe et en Iran, rencontrant un écho positif5(*) et favorisant en contre-point un certain isolement du Pakistan,

- mais aussi en visitant systématiquement les temples hindous lors de ses voyages à l'étranger, et en développant une nouvelle relation avec la diaspora indienne en vue d'en faire un relais d'influence de l'Inde. Les 28 millions d'Indiens de la diaspora sont à l'origine de 9 % des investissements directs étrangers en Inde. Les 26 milliards de dollars qu'ils reversent, chaque année, à leurs proches ou à leurs familles, représentent près de 3 % du produit national brut du pays (voir l'annexe : La diaspora indienne, relais d'influence de la politique internationale indienne).

b) Les réformes du statut du Cachemire et de la loi sur la citoyenneté, facteurs d'instabilité régionale

Pendant le premier mandat de Narendra Modi, l'exercice du soft power a constitué un axe constant de la diplomatie indienne, avec par exemple, la communication autour de la participation du chef de l'État à la journée internationale du yoga, et la célébration du bouddhisme lors de ses visites en Asie. Selon les observateurs internationaux toutefois, on ne constate pas de ruptures fondamentales avec la diplomatie du parti du Congrès.

Le second mandat de Narendra Modi, débuté suite à la victoire du BJP aux élections législatives de mai 2019, semble marquer un tournant en ce qu'il bouleverse la stabilité interne de l'Inde et remodèle certaines facettes de sa politique étrangère. Le « nouveau paradigme » mis en oeuvre vise à « construire un avenir prospère en faisant de l'Inde la troisième économie mondiale en 2030, `tout en conservant ses racines civilisationnelles' »6(*). Le Premier ministre a, dans son discours de victoire, dénoncé le « masque du sécularisme », cette manière de laïcité à l'indienne »7(*).

Outre la décision de la Cour suprême d'autoriser la construction d'un temple hindou dédié à Ram sur le site de la mosquée d'Ayodhya, détruite en 1992 par des militants du Sangh Parivar8(*), deux réformes de fond, correspondant au programme politique du BJP ont soulevé de nombreuses réactions.

En août 2019, l'Inde a modifié le statut du Cachemire9(*) et divisé l'État du Jammu et du Cachemire en deux entités10(*) devenant « territoires de l'Union », sous contrôle du gouvernement indien (voir carte dans le rapport).

En décembre 2019, la loi sur la citoyenneté de 1955 a été modifiée pour faciliter la naturalisation des réfugiés sur le sol indien, y compris illégaux, sous réserve qu'ils soient hindous, bouddhistes, sikhs, jains ou chrétiens, issus des trois pays musulmans d'Asie du Sud suivants : le Pakistan, le Bangladesh et l'Afghanistan. L'exclusion des réfugiés de confession musulmane a suscité une forte réponse protestataire musulmane11(*) et transreligieuse12(*) qui a été réprimée avec violence dans certains États fédérés indiens (20 morts) ou a fait l'objet de contre-manifestations sans que les pouvoirs publics n'interviennent (200 blessés à New Delhi, 1 400 arrestations). Les réactions à ces deux réformes ont trouvé un écho international différencié selon les acteurs considérés.

Le Pakistan a dénoncé l'annexion du Cachemire, mais s'est trouvé très isolé sur cette ligne. La France, comme le Conseil de sécurité de l'ONU n'ont pas pris position. La Chine, pour sa part, avait alerté l'Inde sur les effets de la réforme sur la ligne de contrôle séparant le Ladakh indien de l'Aksai Chin administré par la Chine, mais sans que cela ne ternisse le sommet entre Xi Jinping et Narendra Modi en octobre 2019. Les affrontements sur la ligne de contrôle ont finalement émaillé le mois de mai 2020, des morts ont dû être déplorés au mois de juin 2020. La stabilité de la région a été mise à mal par l'évolution du statut du Cachemire. Les affrontements sino-indiens préexistaient, il est ainsi difficile de savoir si la réforme aura des effets déstabilisateurs durables ou si un nouvel « équilibre instable » émergera dans quelques mois.

La réforme de la citoyenneté a selon les auditions menées par vos rapporteurs fragilisé la société indienne en proie à des clivages exacerbés, à tel point que les milieux d'affaires indiens font part de leurs inquiétudes sur les répercussions de cette politique sur une économie indienne déjà fragilisée, avant même la pandémie de coronavirus. À cela s'ajoute le fait que l'image internationale de l'Inde « plus grande démocratie du monde » a été écornée par ce traitement discriminant les migrants de confession musulmane. Plusieurs parlements se sont prononcés pour le respect de la liberté religieuse et la non-discrimination, notamment le Congrès américain et le Parlement européen.

c) Le programme du BJP en politique étrangère et en matière de sécurité et de défense

Le BJP a, pendant la campagne électorale de 2019 qu'il a remportée, annoncé vouloir « relancer fondamentalement et (...) réorienter les objectifs de politique étrangère »13(*) :

- en construisant « une Inde forte, autonome, ayant confiance en elle, et retrouvant sa juste place dans le concert des nations »14(*),

- en s'engageant activement « `sur [ses] propres bases ' avec les pays du voisinage et au-delà, ` sans être guidé par les intérêt des grandes puissances' »15(*),

- en promouvant « un consensus international sur deux questions clés : le terrorisme et le changement climatique »16(*),

- en renforçant les forums régionaux,

- en investissant la « diaspora `et les professionnels établis à l'étranger, qui forment un vaste réservoir pour formuler [les] intérêts nationaux et globaux' »17(*) indiens (l'annexe : La diaspora indienne, relais d'influence de la politique internationale indienne, précitée).

Dans le domaine de la sécurité et de la défense, les objectifs affichés sont « renforcer, par une politique de réforme, les capacités amoindries des équipements de défense, tant par le savoir-faire national que par les achats à l'étranger, `traiter d'une main ferme le terrorisme transfrontalier', améliorer la gestion des frontières sur le plan interétatique (...) comme en matière de migrants illégaux sur les frontières de l'Est (...). En matière de stratégie nucléaire, `maintenir une dissuasion minimale crédible' n'interdira pas de `réviser (...)' une doctrine définie par le premier gouvernement BJP après les essais de 1998 (...) et affichant le principe de non-frappe en premier »18(*).

En 2019, le ministre des affaires étrangères indien Subrahmanyam Jaishankar, lors d'une conférence « Au-delà des dogmes de Delhi : la politique étrangère indienne dans un monde en pleine mutation », a donné des clés de compréhension de la vision indienne de la sécurité régionale. Il a estimé qu'une politique étrangère ne pouvait être efficiente que si la prise de risques calculés était acceptée, en référence aux frappes mises en oeuvre au Pakistan en réponse aux attentats de février 2019. L'ambition de l'Inde d'être une grande puissance a été réaffirmée, sans occulter le fait que l'émergence était un processus long.

2. Le voisinage indien proche : des frontières terrestres sous tension

L'Inde, qui tient son voisinage immédiat au premier plan de sa vision politique, s'efforce d'entretenir de bonnes relations avec les pays avec lesquels elle partage une frontière maritime : tel est désormais le cas des Maldives et du Sri Lanka19(*). Il en est globalement de même avec le Bhoutan20(*) avec lequel elle partage une frontière terrestre. Ses autres voisinages immédiats pâtissent toujours de l'empreinte laissée par la partition en deux États de l'Empire britannique des Indes et de la difficile cohabitation des populations de confessions différentes. La montée en puissance de la Chine, perçue par l'Inde comme un empiètement sur son pré-carré, exacerbe encore les tensions.

a) Une relation avec le Népal complexe

Le Népal entretient une relation privilégiée avec l'Inde en raison de leur proximité géographique et culturelle. L'Inde et le Népal sont liés par un traité de paix et d'amitié signé en 1950 et les visites bilatérales sont fréquentes entre les deux pays. L'Inde est le premier partenaire économique du Népal et représentait 61 % des échanges commerciaux népalais en 201621(*). L'Inde porte une attention toute particulière au Népal et a nommé le 5 mars 2020 un nouvel ambassadeur, diplomate de haut rang, Vijay Mohan Kwatra, qui venait de Paris où il avait représenté l'Inde pendant à peine plus de deux ans.

Le Népal est particulièrement dépendant de l'Inde, ce qui lui a posé problème à plusieurs reprises. En 2015, alors que le Népal venait d'être touché par un violent séisme et après une réforme de la constitution népalaise qui mécontentait la communauté madhesi, d'origine indienne, le passage de la frontière a été rendu si compliqué pour « assurer la sécurité de la route de Katmandou » selon les autorités indiennes, que le gouvernement népalais a qualifié la situation de blocus. De fait, pendant cinq mois, médicaments et carburants n'ont pu franchir la frontière22(*), conduisant à l'aggravation de la crise sanitaire massive qu'affrontait le Népal.

La relation avec le Népal, enclavé entre l'Inde et la Chine, n'est pas totalement apaisée, comme en témoigne la tension autour de la région de Kalapani revendiquée par publications de carte interposées par le gouvernement indien en novembre 2019 et par le gouvernement népalais en mai 2020.

b) L'apaisement avec le Bangladesh fragilisé par les réformes indiennes de 2019

Les relations entre l'Inde et le Bangladesh se sont apaisées après le règlement de la plupart des questions frontalières23(*).

Comme les autres pays partageant une frontière terrestre avec l'Inde, le Bangladesh s'est rapproché de la Chine en signant un partenariat stratégique en 2016, et en manifestant son intérêt pour le corridor Bangladesh-Chine-Inde-Birmanie (BCIM) rattaché à la politique dite des « Nouvelles routes de la soie ».

La politique mise en oeuvre par le BJP dans le cadre du second mandat de Narendra Modi suscite au Bangladesh comme au Pakistan un net regain de défiance vis-à-vis des autorités indiennes.

c) La relation entre l'Inde et le Pakistan : l'impossible apaisement

Les frontières de l'Inde avec le Pakistan sont contestées et ont donné lieu à :

- de multiples affrontement depuis l'indépendance (1947-1948 puis 1965 : affrontement au Cachemire, 1971 : intervention militaire indienne au Pakistan oriental, en appui au sécessionnisme qui donne naissance au Bangladesh),

- la course à l'obtention de l'arme nucléaire, officialisée par les essais nucléaires menés par les deux pays en 1998. En 1999, lors de la guerre de Kargil, le long de la ligne de contrôle du Cachemire, les protagonistes ont pris soin de ne pas prêter à l'escalade en évitant de franchir la ligne de contrôle et en s'affrontant de part et d'autre de la démarcation. L'accession simultanée de l'Inde et du Pakistan à l'arme nucléaire a placé New Delhi dans une situation d'impasse militaire paradoxale. L'Inde, qui s'est nucléarisé pour répondre à la nucléarisation chinoise24(*), bénéficiait d'un réel avantage sur le Pakistan dans le domaine conventionnel. Le choix indien de la limiter de sa doctrine d'emploi nucléaire en s'interdisant la frappe en premier a été favorable aux mouvances terroristes, voire au Pakistan qui peut mener des actions « en-dessous » de la ligne de réaction, telles que des incursions frontalières, des infiltrations clandestines :

- l'installation durable d'un terrorisme transfrontalier25(*). L'Inde demande que les responsables des attaques terroristes de Bombay en 2008, soient condamnés et que les leaders des deux principaux groupes jihadistes pakistanais, les Lashkar-e-Taiba et le Jaish-e Mohammad, soient arrêtés avant d'envisager reprendre un plein dialogue avec le Pakistan. Dans l'attente d'une telle perspective, l'Inde a saisi par le Groupe d'action financière sur le blanchiment des capitaux (Gafi) luttant contre le financement de terrorisme. Le Pakistan a été mis sur la liste une liste de pays considérés par le Gafi comme finançant le terrorisme de 2012 à 2015, puis de nouveau en 201826(*).

En 2015, après l'accession aux responsabilités de Narendra Modi marquée par une visite personnelle au chef de l'État pakistanais, l'Inde a de nouveau essuyé deux graves attentats sur la base aérienne de Pathankot au Penjab indien, et sur la base militaire d'Uri au Cachemire. La réaction indienne a été militaire et diplomatique27(*). Cette posture de fermeté, présentée comme un succès de Narendra Modi, n'a pas contribué à la désescalade. En 2019, l'Inde28(*) a envoyé ses avions de chasse bombarder un camp djihadiste situé au-delà du Cachemire, en territoire pakistanais.

Depuis juillet 2019 le Pakistan n'a plus qu'un chargé d'affaires à New Delhi. L'accord, signé en novembre 2019 par les deux pays, à initiative du Premier ministre pakistanais, et permettant aux pèlerins sikhs indiens de se rendre au temple de Kartarpur Sahib au Pakistan semblait être un geste d'apaisement que la réforme de la citoyenneté indienne a emporté. Le Pakistan a obtenu le soutien de la Chine pour inscrire la question du statut du Cachemire à l'ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations unies. La tenue d'un échange international informel sur un sujet qui relève pour l'Inde de sa politique intérieure n'a toutefois donné lieu à aucune déclaration commune. Pékin a échoué en décembre 2019, puis encore une fois en janvier 2020 à d'organiser une deuxième réunion.

La relation entre la Chine et le Pakistan constitue à de multiples égards un irritant pour l'Inde. C'est le cas notamment du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC)29(*) reliant le Xinjiang à la mer d'Arabie en passant par le Gilgit Baltistan, territoire de l'ancien royaume du Cachemire, administré par le Pakistan mais toujours revendiqué par l'Inde. La relation de l'Inde avec la Chine est complexe. Les irritants, allant jusqu'aux graves incidents frontaliers, se mêlent aux efforts de dialogue et de coopération, visant à assoir la politique d'autonomie de l'Inde.

3. L'Inde et ses grands-voisins : du non-alignement au multi-alignement

Le non-alignement de l'Inde paraît indissociable du parti du Congrès et historiquement lié à la période de la guerre froide. Le multi-alignement est le nouveau paradigme exposé par le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar. Il se veut adapté à notre époque et au monde de plus en plus multipolaire qui la caractérise, ainsi qu'à la politique de puissance que souhaite mener l'Inde. Ce positionnement permet à l'Inde de se garder d'une alliance trop exigeante, de ne s'interdire aucun dialogue ou partenariat, et ainsi de préserver son autonomie stratégique. Durant son premier mandat, Narendra Modi a visité pendant une soixantaine de pays, notamment en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient (dans les pays du Golfe en particulier). L'Inde redéfinit ainsi ses aires d'intérêts stratégiques prioritaires dans un espace maritime qui s'étend de l'océan Indien au Pacifique, soit l'indopacifique.

a) L'Inde et la Chine : coopérer dans un contexte d'affrontements réguliers

L'indépendance indienne a été marquée par la guerre éclair de 1962 contre la Chine, la défaite indienne et le gel du conflit territorial et frontalier les opposant, soit :

- 4 000 kilomètres de ligne de contrôle effectif (Line of Actual Control, LAC) qui opère une démarcation de part et d'autre du Népal,

- à l'ouest de cette ligne, 38 000 km2 contrôlés par la Chine en Askai Chin (dans l'ancien royaume du Cachemire) que l'Inde considère comme faisant partie du Cachemire indien,

- et à l'est, 90 000 km2 de l'Arunal Pradesh revendiqués par la Chine comme faisant partie de la Région autonome du Tibet.

Lors des auditions menées par vos rapporteurs, il a été observé que l'Inde pouvait se sentir « orpheline de l'Himalaya », où se trouvent les sources de la culture et de la religion hindoue, mais aussi l'origine d'une partie des ressources hydrauliques de l'Inde. Le fait que l'Inde soit quasiment le seul pays avec lequel la Chine n'a pas réglé son conflit frontalier « originel » pose la question d'une éventuelle transformation de ce différend territorial en élément de pression d'une politique diplomatique chinoise plus agressive que par le passé.

Depuis la reprise du dialogue diplomatique entre la Chine et l'Inde sur ces questions en 1988, ces litiges frontaliers ressurgissent régulièrement parfois au rythme des difficultés internes, comme dérivatifs pour l'opinion publique selon certains commentateurs, et/ou en réponse à des rivalités réelles sur le contrôle des zones contestées. En 2017, le plateau de Doklam avait été le décor d'un face-à-face tendu de mi-juin à fin août30(*). Les deux sommets informels en 2018 et 2019 entre les deux chefs d'État avaient permis une certaine normalisation de leurs relations31(*), toutefois, les reproches mutuels n'ayant pas été purgés, en mai 2020 les tensions ont repris dans l'Himalaya, dans la vallée de la rivière Galwan 32(*). Le 15 juin les tensions ont atteint leur paroxysme et le premier affrontement meurtrier depuis les affrontements de 1975 a eu lieu. Il est à noter que l'Inde a repoussé les offres publiques de médiation portées par les États-Unis33(*), la Russie ayant pour sa part pris soin de préciser qu'elle n'interviendrait pas, l'Inde et la Chine ayant les moyens de régler elles-mêmes leurs relations. L'Inde envisagerait des sanctions économiques contre la Chine, en excluant les entreprises chinoises de ses contrats de télécommunication, en annulant un contrat chinois d'installations ferroviaires chiffré à 55 millions d'euros, et en suspendant tous ses vols en direction du territoire chinois34(*).

L'année 2020 marque le 70ème anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays, mais « la pandémie de Covid-19 ajoute « des défis économiques et géopolitiques à des relations bilatérales déjà fragiles », estime Mayuri Banerjee, chercheuse à l'université Jadavpur de Calcutta »35(*). De fait, l'asymétrie entre la Chine et l'Inde s'accroît au profit de la Chine, New Delhi y voyant le risque de ne pouvoir maintenir une relation équilibrée. Ainsi, selon la Banque mondiale, les PIB chinois et indiens qui étaient proches36(*) dans les années 1990 se sont largement différenciés, le PIB chinois devenant cinq fois supérieur au PIB indien en 201737(*).

Ce décrochage se répercute (partiellement) dans l'effort financier que les deux nations consentent en faveur de leur défense, les dépenses militaires chinoises étant trois fois plus élevées que les dépenses militaires indiennes38(*) et dans l'aide financière qu'elles peuvent apporter à leur sous-région.

La politique chinoise des « Nouvelles routes de la soie », qui se traduit par des investissements chinois dans tous les pays de la zone, est regardée avec circonspection, voire méfiance par les autorités indiennes qui y voient un instrument d'encerclement. L'Inde a refusé de participer aux deux forums des routes de la soie organisés par la Chine en 2017 et 2019. L'initiative des « routes de la liberté » également nommé « corridor de la croissance Asie Afrique » initiée par le Japon n'a finalement trouvé que peu d'échos, et la participation de l'Inde y est restée relativement modeste.

La politique indienne vis-à-vis de la Chine ne semble pas très éloignée des recommandations qu'un groupe d'experts avaient proposées en 2012 dans un rapport intitulé `Non Alignement 2.0'39(*) : « Le défi pour la diplomatie indienne sera de développer un réseau diversifié de relations avec plusieurs grandes puissances pour obliger la Chine à faire preuve d'une certaine retenue dans ses interactions avec l'Inde, mais en évitant dans le même temps que ces relations dépassent un certain seuil de la menace dans les perceptions chinoises [Khilnani et al., 2012] ».

b) La Russie, un allié traditionnel en perte de vitesse ?

La Russie est partenaire historique de l'Inde depuis les années 1950 ce qu'a formalisé le traité d'amitié et de coopération indo-soviétique de 1971. En 2000, un accord de partenariat stratégique40(*) signé par les chefs d'État russe et indien, élevé en 2010 au rang de « partenariat stratégique spécial et privilégié » confirmait l'attraction asiatique de la Russie, qui reste le premier pourvoyeur d'armements indiens. Au fil des années 2014-2018, la Russie a couvert 58 % des achats d'armement de l'Inde, Israël (15 %) et les États-Unis (12 %)41(*). Moscou met également des équipements sensibles à disposition de son partenaire indien, tels que les sous-marins nucléaires polyvalents du projet 97142(*).

La Russie exploite sur le site de Kudankulam, à l'extrême sud de l'Inde, une centrale nucléaire civile qui devrait compter à terme six réacteurs, les premiers étant opérationnels depuis 2013. Dans le domaine spatial enfin, la coopération entre la Russie et l'Inde est dynamique, et prend la forme du soutien russe au premier vol indien habité dans l'espace, prévu pour 2022.

Cette collaboration stratégique démontre que la Russie reste une priorité constante très importante de la diplomatie indienne43(*). Mais des divergences existent :

- sur la politique chinoise des « Nouvelles routes de la soie » que la Russie soutient. L'Inde observe le rapprochement opéré depuis plusieurs années entre la Russie et la Chine,

- sur la relation russe avec le Pakistan, les deux pays qui ont signé en 2014 un pacte de coopération militaire et ont tenu des manoeuvres militaires conjointes en 2016. Présenté comme un rapprochement sur le plan de la défense entre la Russie et le Pakistan, ce nouvel axe de coopération russe participe à la recherche d'un règlement de la situation de l'Afghanistan. Il suscite néanmoins de réelles interrogations en Inde.

- les succès américains sur le marché de l'armement indien sont peu appréciés à Moscou,

- enfin, le soft power russe en Inde semble s'éroder, comme en témoigne la préférence des classes supérieure et moyenne indiennes pour la formation de leurs enfants dans les universités américaines.

c) L'Inde et les États-Unis : un partenariat équivoque ?

La politique d'autonomie indienne se fondant sur le multi-alignement, il était nécessaire que l'Inde conforte ses relations avec les États-Unis qui avaient pâti des essais nucléaires indiens et des sanctions internationales consécutives. New Delhi s'est engagé dès les années 2000 à construire une relation à la hauteur des espoirs du Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee qui qualifiait les États-Unis et l'Inde d'« alliés naturels »44(*).

Le soutien de Washington fut de fait déterminant pour permettre l'émergence de l'Inde, notamment en favorisant la reprise de la coopération internationale dans le nucléaire civil entre 2005 et 200845(*). Ceci permet en 2008 à l'Inde de signer un accord de coopération avec le Groupe des fournisseurs nucléaires (GFN)46(*). Elle bénéficie depuis d'un statut dérogatoire (pour un État non signataire du traité de non-prolifération) lui permettant d'importer des technologies nucléaires et de l'uranium. Pour autant, les projets de développement de centrales nucléaires américaines sur le sol indien n'aboutissent pas, malgré les besoins énergétiques croissants de l'Inde. En juin 2016, grâce à l'appui américain, l'Inde a été admise au sein du Missile Technology Control Regime (MTCR), valant reconnaissance mondiale de son attitude responsable et engagée contre la prolifération. L'Inde voit ainsi se rapprocher la possibilité d'être admise au sein du GFN en tant que membre à part entière, avec le soutien des pays occidentaux dans leur ensemble.

Les ventes d'armes américaines en Inde ont augmenté47(*) et se sont accompagnées d'accords logistiques de défense, les échanges commerciaux se sont également développés. L'Inde participe à des exercices navals trilatéraux avec les États-Unis et le Japon depuis 2015. En 2016, le choix a été fait d'orienter ces exercices sur la lutte anti sous-marine. De nombreux observateurs y ont vu une réponse à la présence croissante des sous-marins chinois dans l'océan indien.

Grâce au partenariat tissé avec Washington, l'Inde a atteint certains de ses objectifs prioritaires, pour autant, elle ne souhaite pas entrer dans une alliance contraignante avec les États-Unis et certains commentateurs ont pu voir dans l'achat du système de défense antiaérienne S400 pour un montant de 5,2 milliards de dollars48(*) à la Russie en 2018 une affirmation d'indépendance49(*). De même, les slogans des deux chefs d'État « America first » (les États-Unis d'abord) et « Make in India » (fabriquer en Inde) montrent les limites des possibilités de coopération économique. Les tensions commerciales entre l'Inde et les États-Unis, si elles sont éclipsées par la guerre commerciale que les Américains livrent à la Chine, sont toutefois source de frictions réelles50(*) qui sous-tendaient la dernière visite de Donald Trump en Inde en février 202051(*). À cela s'ajoute un irritant supplémentaire pour l'Inde : ses ressortissants se voient opposer d'importantes restrictions sur les visas professionnels à destination des États-Unis.

L'arrivée au pouvoir de Donald Trump et sa volonté de défendre quasi exclusivement les intérêts américains a troublé la lecture de la diplomatie américaine à l'égard de l'Inde, qui, depuis les années 2000, fait de l'Inde une « clé de la construction d'un espace Indo-Pacifique et du potentiel géostratégique de la région au XXIe siècle ».52(*) L'Inde est ainsi un « élément essentiel dans la politique américaine d'encerclement ou tout au moins de neutralisation de la Chine sur son flanc sud (... l'Inde peut à long terme servir les intérêts américains. Son expertise dans les opérations de maintien de la paix, dans l'assistance humanitaire et la reconstruction de pays dévastés par des catastrophes ou des conflits ainsi que sa capacité à surveiller des zones maritimes intéressent Washington. Des navires de guerre indiens accompagnent déjà des bâtiments de la marine marchande américaine vers le détroit de Malacca, infesté de pirates. (...) Autrement dit, l'Inde pourrait assumer des opérations sécuritaires de basse intensité et les États-Unis se réserver les actions de plus grande envergure  (...) »53(*).

La convergence des intérêts américains et indiens est grande, mais les Indiens ne souhaitent pas embrasser la politique américaine à l'égard de la Chine -et tiennent à ce que la Chine le sache- et sont devenus circonspects sur la diplomatie menée par Washington, notamment depuis que les négociations entre les Américains et les talibans afghans en vue du désengagement américain d'Afghanistan ont redonné au Pakistan un rôle de premier plan dans l'agenda américain au détriment de l'Inde.

4. Une architecture de sécurité régionale qui passera par l'Inde

Shyam Saran, ancien ministre des affaires étrangères indien, avait clairement posé le fait que l'Inde soit un acteur régional incontournable : « certes l'Inde ne dispose pas d'une puissance économique et militaire équivalente à celle de la Chine, (...) mais ce qui compte, c'est qu'aucune architecture régionale, et en l'occurrence aucun arrangement global, ne puisse être crédible sans la participation active de l'Inde »54(*). Pour autant, l'Inde semble également avoir besoin des coopérations internationales pour imprimer sa marque à l'architecture de sécurité régionale, marquée par le poids de la Chine et de la Russie.

a) Le multilatéralisme de l'Inde : une constante diplomatique

Avant même son indépendance, l'Inde a signé la déclaration des Nations unies en 1942 et a toujours soutenu l'ONU55(*), reprenant dans sa constitution de 1950 les principes de la charte des Nations unies : la promotion de la paix et de la sécurité, la promotion du droit international et la résolution des conflits par l'arbitrage. L'Inde appartient, avec l'Allemagne, le Brésil et le Japon, au G4, coalition formée en vue d'obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Cet engagement en faveur du multilatéralisme ne s'est pas démenti au cours du temps. L'Inde a ainsi multiplié les adhésions à des fora inclusifs ou exclusifs pour participer au développement économique, technique et culturel mondial mais aussi pour amplifier sa posture et servir ses intérêts56(*). Au début des années 2000, elle a rejoint des fora de dialogue, instance dont le caractère transrégional permet à ses membres d'affirmer leur statut international au sein de leur sous-région. :

- en 2001, le forum BRICS (selon les initiales des pays le composant : Brésil, Russie, Inde, Chine -depuis 2008- et Afrique du Sud -depuis 2010),

- en 2003, le forum IBAS (selon les initiales des pays le composant : Inde, Brésil et Afrique du Sud).

À partir de 2005, l'Inde participe également au dialogue entre le G8 et les cinq principaux pays émergents (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde et Mexique), en format G8+5, et à partir de 2007 aux réunions préparatoires de ces cinq émergents, baptisé « Outreach 5 ». En 2015, à l'invitation de la Chine, l'Inde a adhéré à l'OCS57(*), en même temps que le Pakistan.

b) Une architecture de sécurité régionale non aboutie

La multiplicité des engagements multilatéraux de l'Inde s'est encore accrue du fait de sa rivalité avec le Pakistan. New Delhi a cherché à mettre en place une stratégie de coopération dépassant sa sous-région58(*) : en rejoignant le Forum régional de l'Asean59(*), l'ASEM60(*), ou encore l'initiative de la baie de Bengale pour la coopération économique et technique multisectorielle (Bimstec)61(*). Le golfe de Bengale est de fait un enjeu stratégique pour le contrôle des lignes maritimes de communication passant par le détroit de Malacca, la coopération dans le cadre du Bimstec a donc une importance particulière.

L'Inde participe activement au dialogue Shangri-La. Et en 2018, dans ce cadre, Narendra Modi a réaffirmé « la centralité de l'Asean dans la politique étrangère indienne et le rôle actif de l'organisation de sécurité à travers des mécanismes comme [le sommet des ministres de la défense de l'Asean, l'ADMM plus et le Forum régional de l'Asean] »62(*).

Cette multiplicité des fora et associations, tous prioritaires à un titre ou un autre, conduit de fait à disperser les efforts de la diplomatie indienne, alors que l'Inde dispose de peu de ressources humaines dans ce domaine63(*), et à rendre ses messages moins lisibles.

De plus, ces organisations se trouvent parfois en position de concurrence ou sont en fait l'arène d'affrontements feutrés entre les membres ou les candidats à l'adhésion. C'est le cas des fora IBAS, BRICS et RIC (forum Russie-Inde-Chine). L'Inde a ainsi refusé en 2003 que la Chine adhère à l'IBAS ou crée un format IBAS+1. De la même façon, la Chine s'est opposée à ce que l'Inde rejoigne le format Asean+3 (regroupant la Chine, le Japon et la Corée du Sud). Ce blocage a finalement été surmonté en créant le format Asean+1 (Asean+Inde), instance de dialogue qui s'ajoute à toutes celles existant.

Les engagements multilatéraux indiens n'entravent toutefois pas son l'autonomie revendiquée. New Delhi s'est ainsi désolidarisé des postures du Brésil et de l'Afrique du Sud, membres de l'IBAS, qui ont abandonné leur programme nucléaire et votent en faveur des résolutions de l'ONU en faveur du démantèlement des programmes nucléaires64(*).


* 1 L'Alliance Solaire Internationale (ASI) a été lancée à l'occasion de la COP 21 par le Premier ministre Indien Narendra Modi et le Président de la République François Hollande. Elle vise à rassembler les 121 pays de la zone intertropicale, forts de leur grand potentiel solaire, afin de changer radicalement l'échelle de déploiement de l'énergie solaire.

* 2 Lorsqu'André Vyshinsky prononça devant les Nations unies en 1947 à Flushing Meadows le discours considéré comme fondateur de la guerre froide, l'Inde choisit de consacrer ses ressources à son développement et à la paix et non à l'opposition idéologique entre les deux blocs qui s'annonçait. Jawaharlal Nehru souhaitait que son pays joue pleinement son rôle dans les enceintes internationales, en tant que nation indépendante, avec sa politique propre. Ce positionnement a eu un puissant attrait sur les pays en voie de développement, 50 nations se déclarent ainsi non alignées. La politique de non alignement a conduit les pays qui la pratiquaient à subir les pressions intenses des deux camps.

* 3 Le Bharatiya Janata Party, (« parti indien du peuple ») est, avec le Congrès, un des deux principaux partis politiques indiens. Créé en 1980, le BJP est un parti de droite nationaliste hindoue. Il est considéré comme l'émanation politique du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). C'est le principal parti de l'Alliance démocratique nationale (NDA) : une coalition au pouvoir de 1998 à 2004 et de nouveau depuis 2014 (le BJP détient depuis la majorité absolue au sein de cette alliance). Le RSS (association des volontaires de la nation) est une association d'associations (58 000 associations intervenant dans tous les domaines, culturel, scolaire, etc. mais aussi des syndicats, des think tank, des associations de femmes) est la « matrice idéologique et organisationnelle du nationalisme hindou » selon l'article « Y-a-t-il une géopolitique du nationalisme hindou » par Jean-Luc Racine, publié dans le numéro de la Revue de géographie et de géopolitique Hérodote, 2ème trimestre 2019, n°173 Géopolitique de l'Inde.

* 4 En 2016, la façade du siège de l'ONU a été décorée pour la fête des lumières, « Happy Diwali », marquant le retour victorieux de Ram à Ayodhya (lieu essentiel pour le BJP, qui a obtenu en 2019 une décision de la Cour suprême autorisant la construction d'un temple sur le lieu de la mosquée détruite par des partisans hindous extrémistes en 1992). La médecine ayurvédique est également promue.

* 5 En 2019, le ministre des affaires étrangères indien a été invité d'honneur de la conférence de la coopération islamique, alors que l'opposition du Pakistan empêche l'Inde d'accéder au statut d'observateur de l'organisation de la coopération islamique. Le Pakistan a boycotté la conférence en 2019.

* 6 « Inde : le nationalisme hindou au pouvoir » de Jean-Luc Racine, publié dans la revue Politique étrangère, n° 1 de 2020.

* 7 Extrait de l'Éditorial de Béatrice Giblin introduisant le numéro de la Revue de géographie et de géopolitique Hérodote, 2ème trimestre 2019, n°173 Géopolitique de l'Inde.

* 8 Le Sangh Parivar, ou famille Sangh, regroupe des associations et des partis politiques, dont le BJP du Premier ministre Narendra Modi, en faveur de l'idéologie de l'Hindutva (hindouïté ou indianité), mouvement indien mêlant les symboles de l'hindouisme et l'idéologie nationalisme.

* 9 Rattaché à l'Inde en 1947 par son maharajah s'estimant menacé par les milices venues du Pakistan, contre la garantie d'un statut d'autonomie traduit dans l'article 370 de la constitution indienne de 1950.

* 10 Le Cachemire indien est divisé en deux entités ; à l'est, le Ladakh, peuplé de bouddhistes et chiites, devient partie intégrante de l'Inde, à l'ouest le Jammu à majorité hindoue et forte implantation du BJP, constitue avec la vallée du Cachemire, dont la population est à 96% musulmane, un territoire distinct doté d'une assemblée.

* 11 La population indienne de confession musulmane représente 14 % de la population indienne, soit 200 millions de personnes. Voir l'article « Nouveaux heurts en Inde dans la mobilisation contre la loi sur la citoyenneté » publié avec l'AFP par le quotidien Le Monde du 20 décembre 2019.

* 12 Selon Jean-Luc Racine (article précité « Inde : le nationalisme hindou au pouvoir ») : « l'essentiel des protestations furent transreligieuses, en défense du sécularisme et de la Constitution. [Les] portraits [de Gandhi et Ambedkar, leader des dalits] étaient désormais brandis par les manifestants, comme le préambule de la constitution, et un montage lettriste écrivant INDIAN avec le « i » de Muslim, le « n » de Hindu, le « d » de Buddhist, le « i » de Sikh, le « a » de Christian et le « n » de Jain : l'Inde étant par essence (...) la terre de tous, par-delà les confessions religieuses ».

* 13 « Y-a-t-il une géopolitique du nationalisme hindou ? » par Jean-Luc Racine, publié dans le numéro de la Revue de géographie et de géopolitique Hérodote, 2ème trimestre 2019, n° 173 Géopolitique de l'Inde.

* 14 Ibid.

* 15 Ibid.

* 16 Ibid.

* 17 Ibid.

* 18 Ibid.

* 19 L'Inde est le principal partenaire économique de Sri Lanka, la Chine est devenue son principal bailleur de fonds dans le secteur des infrastructures. Le développement de plusieurs projets d'envergure tels que les ports de Hambantota et de Colombo font du Sri Lanka un important bénéficiaire de la politique chinoise dite des « Nouvelles routes de la soie ». Toutefois, en décembre 2017, le gouvernement sri-lankais a dû accepter d'accorder à la Chine une concession de 99 ans sur les activités commerciales du port stratégique de Hambantota dans l'océan Indien. Cette décision tenait compte de l'incapacité à rembourser 8 milliards de dollars de dettes que le Sri Lanka devait aux entreprises publiques chinoises. Le Sri Lanka envoie des signaux rassurants à l'Inde, qui suit attentivement la situation des populations tamoules et soutient une décentralisation renforcée en faveur des provinces du Nord et de l'Est (prévue par l'accord signé en 1987 entre l'Inde et le Sri Lanka).

* 20 Les deux pays sont liés depuis 1949 par un traité d'amitié, qui organise les relations bilatérales et fait de New Delhi le « conseil » de Thimphou dans la conduite de sa politique étrangère. Cet accord a été révisé en 2007 pour prévoir notamment le renforcement de la coopération économique entre les deux pays. La même année, le Bhoutan a également conclu avec l'Inde un accord sur le tracé définitif de la frontière.

* 21 Le Népal et la Chine ont établi des relations dès 1955, qui se sont particulièrement développées ces dernières années en témoigne la signature d'un nouveau traité d'amitié en 2009. La Chine est le deuxième partenaire commercial du Népal (14 % des échanges commerciaux en 2016).

* 22 « Le Népal sort exténué de cinq mois de blocus », publié sur le Site de Courrier International le 8 février 2016.

* 23 Le 6 septembre 2012, l'Inde et le Bangladesh ont réglé l'essentiel de leur différend frontalier, après soixante-quatre années pendant lesquelles les quelque 55 000 personnes vivant dans les 111 enclaves indiennes au Bangladesh et les 51 enclaves bangladaises en Inde, disséminées sur une portion de 100 kilomètres, étaient « apatrides frontaliers ». Le partage des eaux du Gange n'a toutefois pas abouti.

* 24 Le Premier ministre Atal Bihari Vajpayee, co-fondateur du Bharatiya Janata Party, avait invoqué la menace que la Chine faisait peser sur l'Inde pour justifier les essais de 1998. Voir l'article « L'Inde : quelles stratégies face à la Chine ? » par Isabelle Saint-Mézard, dans la Revue de géographie et de géopolitique Hérodote, 2ème trimestre 2019, n°173 Géopolitique de l'Inde.

* 25 Se sont notamment succédés les attentats contre un marché puis l'Assemblée de Srinagar en 2000 et 2001, l'attentat contre le Parlement à New Delhi en 2001, l'attaque d'un car et de la partie résidentielle d'une base militaire dans la région de Jammu en 2002, qui conduisit l'Inde et le Pakistan au bord de la troisième guerre sur la question du Cachemire. Les attentats à la bombe contre des cars ou des trains sont recensés quasiment chaque année. En 2008, les attentats menés du 26 au 29 novembre à Bombay ont été particulièrement meurtriers faisant 160 morts.

* 26 Le Pakistan a été placé sur la liste grise du Gafi, s'il était placé sur la liste noire, il ne pourrait plus recourir aux institutions financières internationales pour ses besoins de financement.

* 27 L'action militaire a consisté en frappes « chirurgicales » dites préventives d'un camp djihadiste en Azad Cachemire, sous contrôle pakistanais. L'Inde boycotte également la réunion de l'Association sud-asiatique pour la coopération régionale (ASACR ou en anglais SAARC) prévue à Islamabad en 2016, suivie par le Bangladesh, l'Afghanistan et le Bhoutan. L'Association sud-asiatique pour la coopération régionale (ou South Asian Association for Regional Co-Operation, SAARC) est une association régionale fondée en 1983. Lors de son 12ème sommet en 2012, l'accord de libre-échange de l'Asie du Sud (ou SAFTA en anglais) prévoyant la création d'une zone de libre-échange couvrant une population avoisinant les 1,4 milliard est signé. L'ASACR regroupe huit pays de l'Asie du Sud : le Bangladesh, le Bhoutan, l'Inde, les Maldives, le Népal, le Pakistan, le Sri Lanka et l'Afghanistan. Sont observateurs la Chine, le Japon, et depuis 2006, la Corée du Sud, les États-Unis et l'Union européenne.

* 28 En réponse à un attentat suicide commis contre un convoi militaire indien au Cachemire en février 2019.

* 29 Le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) est un projet de long terme basé sur la construction d'infrastructures et le développement industriel depuis la région autonome du Xinjiang à travers la totalité du territoire pakistanais, jusqu'à sa façade maritime de Gwadar à Karachi. Lancé en 2013 pour un achèvement prévu en 2055, il est intégré aux « nouvelles routes de la soie ». S'il est difficile de faire la part entre les investissements, les dons et les prêts consentis par la Chine dans le cadre du CPEC, un montant de 54 milliards de dollars est toutefois avancé. Ce corridor rendra possible l'approvisionnement de la Chine en hydrocarbures en provenance des pays du Golfe sans passer par le détroit de Malacca.

* 30 Le dialogue diplomatique maintenu pendant l'incident avait permis un apaisement quelques jours avant le sommet réunissant les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) en Chine au début du mois de septembre 2017.

* 31 La Chine avait par exemple accepté l'inscription du chef du Jaish e Mohammad sur la liste des sanctions onusiennes. Un partenariat renforcé pour le développement a également été mis en oeuvre pour la période 2014-2019, mais les 20 milliards de dollars d'investissement chinois annoncés dans les secteurs industriels et les infrastructures n'ont pas été au rendez-vous. Les investissements chinois sur la période ont atteint 2 milliards de dollars. Enfin, un format « Chine-Inde Plus » a été mis en place pour permettre aux deux pays de travailler conjointement en pays tiers, en l'occurrence l'Afghanistan (formation conjointe de diplomates afghans).

* 32 Cette vallée avait été le point de départ de la guerre éclair de 1962. L'Inde a envoyé 5 000 soldats au Ladakh pour renforcer les effectifs militaires indiens déjà postés le long de la LAC, en réponse, selon elle, à des incursions chinoises illégales. La Chine, quant à elle reproche, à l'Inde de violer le statu quo de 1962 en menant actuellement des travaux - une route et un pont - du côté de Daulat Beg Oldie, dernier village avant l'accès au col de Karakoram. La Chine avait de son côté entrepris de grands travaux d'aménagement au Tibet, débouchant sur l'ouverture des lignes ferroviaires Golmud-Lhasse en 2006 et Lhassa Shigatsé en 2014.

* 33 Voir l'article « Différends frontalier Chine - Inde : Trump se propose comme médiateur », par Merveille Capo-Chichi publié sur le site la Nouvelle Tribune : « l'Inde entre temps a affirmé ` qu'il n'y avait pas de rôle pour un tiers dans les questions bilatérales. ` » `https://lanouvelletribune.info/2020/05/differends-frontalier-chine-inde-trump-se-propose-comme-mediateur/).

* 34 Voir La dépêche de l'agence Reuters « Des affrontements meurtriers à la frontière entre l'Inde et la Chine » publiée le 21 juin 2020 : « L'Inde, qui a déploré la perte de 20 soldats et de 76 blessés, vient d'affirmer que la Chine avait perdu au moins 43 soldats de son côté -un chiffre que les autorités chinoises refusent de confirmer jusqu'à présent. Les médias officiels chinois se sont contentés de déclarer qu'il y avait eu des victimes, sans donner de détails ».

* 35 « Tensions frontalières entre la Chine et l'Inde dans l'Himalaya » par Frédéric Lemaître et Guillaume Delacroix, publié dans le quotidien Le Monde le 28 mai 2020.

* 36 316 milliards de dollars pour l'Inde contre 361 milliards de dollars pour la Chine.

* 37 12,2 trillions de dollars pour la Chine contre 2,6 trillions pour l'Inde. La Chine est en outre le premier partenaire commercial de l'Inde.

* 38 Soit en 2017, 228 milliards de dollars contre 64 milliards de dollars.

* 39 Cité dans l'article « L'Inde : quelles stratégies face à la Chine ? » par Isabelle Saint-Mézard, dans la Revue de géographie et de géopolitique Hérodote, 2ème trimestre 2019, n° 173 Géopolitique de l'Inde.

* 40 Il crée notamment une Commission intergouvernementale sur la coopération technique militaire, dirigée par les deux ministres de la Défense. A également été mise en place une commission intergouvernementale pour relancer le commerce entre les deux pays. Les échanges commerciaux entre Inde et Russie restent modestes. Deux secteurs font exception : l'énergie et la défense.

* 41 « L'Inde et la Russie - bilatéralisme et multipolarité » publié sur le blog de Jean Racine, sur le site de l'Institut Montaigne (https://www.institutmontaigne.org/blog/linde-et-la-russie-bilateralisme-et-multipolarite).

* 42 Sous forme de location de longue durée ou d'achat en crédit-bail. Voir l'article « Un second sous-marin nucléaire russe pour l'Inde, publié le 29 juillet 2013 sur le site Sputnik (https://fr.sputniknews.com/defense/201307191022637739-un-second-sous-marin-nucleaire-russe-pour-l-inde/).

* 43 New Delhi avait notamment indiqué comprendre les intérêts légitimes russes lors de la crise ukrainienne en 2014. Moscou soutient l'accession de l'Inde au Conseil de sécurité des Nations unies sans réserve, et estime que le statut du Cachemire est un sujet qui doit être traité en bilatéral par l'Inde et le Pakistan. La mise à l'honneur de Narendra Modi lors du 5ème Forum économique oriental en septembre 2019, à Vladivostok, visait à démonter la force des liens bilatéraux unissant les deux pays.

* 44 Cette « alliance naturelle » se fondant sur le partage de valeurs démocratiques, libérales et multiculturalistes.

* 45 L'accord du 2005 offre à l'Inde une aide dans le domaine nucléaire civil à deux conditions : une séparation drastique des programmes civil et militaire d'une part, et un engagement ferme de non-prolifération d'autre part. L'accord entre en vigueur en 2008, les deux conditions étant respectées. L'Inde accède ainsi à des technologies nucléaires dont elle a besoin pour développer son économie de plus en plus énergivore à mesure qu'elle croît.

* 46 Fondé en 1974, le Groupe des fournisseurs nucléaires (GFN) ou Nuclear Suppliers Group (NSG), alors appelé Club de Londres, est un régime multilatéral informel de contrôle des exportations de biens et technologies nucléaires visant à empêcher la prolifération nucléaire.

* 47 Depuis 2009, de grands contrats d'armement ont été conclus entre l'Inde et les États-Unis. Sur la période 2009 à 2015, l'Inde, avec 34 milliards de dollars devient le deuxième client mondial de l'industrie de défense américaine parmi les pays émergents, derrière l'Arabie saoudite. En 2016, l'Inde obtient le statut de partenaire majeur de défense des États-Unis, la plaçant en théorie au même niveau que les partenaires de l'OTAN en matière d'autorisation d'exportation de matériel militaire. Extrait de l'article « Puissance et dépendance : l'Inde et les importations d'armement » de Guillem Monsonis, publié dans la Revue de géographie et de géopolitique Hérodote, 2ème trimestre 2019, n° 173 Géopolitique de l'Inde.

* 48 Voir l'article « Achat du système de défense russe S-400 : l'Inde défie clairement les États-Unis » publié sur le site de La Tribune le 5 octobre 2018 (https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/achat-du-systeme-de-defense-russe-s-400-l-inde-defie-clairement-les-etats-unis-792915.html).

* 49 Le Congrès américain a adopté en 2017 une loi visant à sanctionner la Russie pour son action en Ukraine et pour son ingérence présumée dans l'élection présidentielle américaine. Elle édicte des sanctions économiques contre quiconque conclurait des contrats d'armement avec des entreprises russes.

* 50 En 2018, les échanges entre les deux nations se sont élevés à presque 145 milliards de dollars, au désavantage de 25 milliards pour les Américains.

* 51 La visite a été conclue sans que la signature d'aucuns grands contrats ne soit annoncée, y compris l'achat d'hélicoptères américains un temps pressenti.

* 52 Voir l'article « Inde-États-Unis: un rapprochement récent mais substantiel » de Tirthankar Chanda publié le 25 février 2020 sur le site de RFI (http://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20200225-partenariat-inde-etats-unis-modi-trump-obama-clinton-bush-chine-indo-pacifiq), citant un extrait de l'article « Le rôle de l'Inde de Modi dans la politique américaine en Asie » de Martin Quencez.

* 53 Voir l'article « L'Inde, puissance mondiale ? » par Alain Lamballe, publié le 7 mars 2017 sur le site Diploweb.com, la revue de géopolitique (https://www.diploweb.com/L-inde-puissance-mondiale.html).

* 54 Entretien publié sur le site de RFI le 25 janvier 2020, intitulé : « Jean-Luc Racine: `'La diplomatie tous azimuts de l'Inde de Narendra Modi'' ».

* 55 Bien qu'ayant échoué à faire condamner le Pakistan en 1947 sur la question du Cachemire.

* 56 Ainsi, voir l'article « La diplomatie multilatérale de l'Inde : entre engagement constant et choix intéressés » de Folashadé Soulé, publié dans la Revue de géographie et de géopolitique Hérodote, 2ème trimestre 2019, n° 173 Géopolitique de l'Inde.

* 57 Organisation de coopération de Shanghai, créée en 2001, organisation intergouvernementale régionale asiatique regroupant la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan, et depuis 2015 l'Inde et le Pakistan.

* 58 L'Association pour la coopération régionale en Asie du Sud ou SAARC est au point mort depuis le report de son sommet en 2016.

* 59 L'Asean est un groupement régional, réunissant 10 pays de l'Asie du Sud-Est : Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour-Viêt Nam, et Thaïlande.

* 60 Instance de dialogue entre l'Asie et l'Europe (Asia Europe Meeting-ASEM-) créée à l'initiative de Singapour et de la France regroupe 53 membres, dont l'Australie.

* 61 Cette initiative regroupe le Bangladesh, l'Inde, le Myanmar-Birmanie, le Sri Lanka, la Thaïlande, le Bhoutan et le Népal. Elle exclut le Pakistan.

* 62 Voir l'article « La politique maritime de l'Inde : consolider son identité indo-pacifique » par Marianne Péron-Doise, publié dans la Revue de géographie et de géopolitique Hérodote, 2ème trimestre 2019, n° 173 Géopolitique de l'Inde.

* 63 Voir l'article précité « La diplomatie multilatérale de l'Inde » : En 2013, l'Inde disposait d'un personnel diplomatique de 700 personnes, soit moins que Singapour, et moins que des pays émergents comparables (mais dont la population est inférieure à celle de l'Inde) le Brésil 1 400, l'Afrique du Sud de 1 200 personnes.

* 64 Voir l'article « La diplomatie multilatérale de l'Inde : entre engagement constant et choix intéressés » par Folashadé Soulé, publié dans la Revue de géographie et de géopolitique Hérodote, 2ème trimestre 2019, n° 173 Géopolitique de l'Inde.