Martial Foucault
Titulaire de la Chaire outre-mer de Sciences Po et
Directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof)

Présentation d'un sondage auprès des maires ultramarins

Monsieur le président de la délégation,

Monsieur le vice-président du Sénat,

Mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs,

Merci de me donner ce temps de présentation de la Chaire outre-mer et du premier dispositif sur lequel nous avons souhaité nous engager, qui concerne les maires d'outre-mer. Ce matin, à la Mutualité, nous avons pu entendre un certain nombre de travaux autour de la manière dont la crise sanitaire a induit une réflexion, un travail, voire une accélération de la compréhension du rôle des maires, pas simplement dans un rôle de représentant politique, mais un rôle de « prêt à tout faire » face à l'urgence.

La Chaire outre-mer est née dans le cadre de la loi « Égalité réelle » de février 2017. L'article 51 précise que l'État et les collectivités territoriales s'engagent à soutenir la création d'une chaire dans une grande école. Plusieurs acteurs ont contribué à ce que ce magnifique projet voie le jour. Je tiens à saluer Ferdinand Mélin-Soucramanien, professeur de droit public à l'Université de Bordeaux qui, en rencontrant l'ancien directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, démissionnaire depuis, a contribué à faire en sorte que Sciences Po soit cette grande école en mesure de préfigurer la création de cette chaire. L'accueil réservé à Ferdinand a été très positif et nous avons pu très rapidement, avec le concours de quelques personnes qui croyaient dans ce projet, constituer cette chaire qui a été inaugurée officiellement le 8 juillet.

Nous avons dû jouer avec le contexte sanitaire pour organiser l'événement en présentiel et nous avons été agréablement surpris de l'accueil et des attentes suscitées par cette Chaire. Aujourd'hui, cette chaire repose sur deux personnes, le secrétaire général de la chaire, Mikaa Mered, et moi-même, mais aussi sur l'ensemble de nos étudiants venant des territoires d'outre-mer. 60 à 80 étudiants intègrent Sciences Po chaque année venant de l'ensemble de ces territoires. Nous avons conventionné plus de 27 lycées avec lesquels nous mettons en place une facilitation de préparation pour intégrer Sciences Po.

Aujourd'hui, la Chaire outre-mer poursuit deux objectifs. Elle mène d'abord un objectif pédagogique. Cette chaire doit contribuer à la visibilité des outre-mer. Cette ambition semble d'une grande banalité. Des personnes bien plus brillantes ont pu le dire par le passé. Pour autant, cette visibilité n'est pas toujours au rendez-vous au moment où on le souhaite. Très modestement, conformément à l'engagement moral que j'ai pris devant les différentes instances de l'établissement, la chaire va contribuer à faire en sorte que plus aucun étudiant ne sorte diplômé de Sciences Po avant 2025 sans avoir suivi au minimum un cursus de 24 heures sur les outre-mer.

Cet engagement est fondamental pour la formation de nos étudiants. Aujourd'hui, 55 % de nos étudiants sont étrangers. La France n'est pas le seul pays à avoir des outre-mer. Outre le Portugal, l'Espagne, le Danemark, les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont également concernés. Pour nos étudiants étrangers, il est d'une importance vitale de comprendre les outre-mer français en comparaison des outre-mer d'autres pays. Cette connaissance s'inscrit dans un schéma gagnant-gagnant. Les étudiants français connaîtront les outre-mer français, tout comme les étudiants étrangers, ce qui s'avère important sur un certain nombre d'enjeux géopolitiques. Comprendre la situation dans la zone indopacifique, par exemple, implique de porter un regard qui embrasse l'ensemble des pays de la zone.

La chaire doit aussi être un terrain d'accueil pour les étudiants ultramarins qui arrivent à Sciences Po, leur permettant de travailler avec nous sur un certain nombre d'objets. Nous voulons aussi faire en sorte que la Chaire outre-mer soit également très présente dans les missions d'information auprès des 27 lycées conventionnés dans l'ensemble des territoires ultramarins. Depuis quelques années, nous avons assisté à un éloignement de la maison Sciences Po vis-à-vis de ces lycées dans plusieurs territoires. Enfin, nous instituerons un cours obligatoire d'ici 2025.

Sur les aspects de recherche, nous portons un grand nombre d'ambitions. Nous bénéficions d'un soutien financier très fort du ministère des outre-mer que nous remercions. Au-delà de l'État, l'article 51 de la loi de 2017 indique que les collectivités territoriales doivent être aussi, d'une manière ou d'une autre, impliquées et nous nous employons aujourd'hui à essayer de les convaincre de participer à cet effort indispensable. Cette chaire doit, à sa manière, s'émanciper d'un seul financeur. À défaut, notre crédibilité scientifique pourrait être écornée. Il pourrait nous être reproché d'établir un agenda de recherche trop proche de celui du ministère des outre-mer. En outre, les demandes que nous recevons depuis le 8 juillet viennent d'horizons tellement différents (public, parapublic, privé, éducatif) que nous devons démultiplier nos ressources pour que notre modèle soit pérenne et le plus autonome possible. Je crois que cette chaire doit, à sa manière, disposer de son autonomie financière. C'est un sujet sur lequel nous allons travailler.

En tant que directeur du Cevipof, je mène un travail avec l'Association des maires de France depuis 2018 afin de mieux comprendre la place et le rôle des maires dans l'organisation du territoire et sa capacité à faire face à un certain nombre de crises, pour instruire la question de l'existence d'une culture politique de la décentralisation. Dans ce cadre, depuis 2018, j'ai été amené à interroger l'ensemble des 35 800 maires de France.

Je souhaite aujourd'hui que la Chaire outre-mer de Sciences Po mène le même travail. J'avais été alerté par le fait que peu de maires ultramarins avaient répondu à cette enquête administrée en ligne. Nous avons décidé de changer totalement de méthode. Nous avons recruté une quinzaine d'étudiants de Sciences Po, dont 80 % venant de territoires ultramarins. Nous les avons formés aux méthodes d'enquête par téléphone. Ils sont mobilisés depuis maintenant trois semaines. Vous avez dû recevoir une ou deux invitations à prendre rendez-vous pour un entretien téléphonique. Cette enquête prendra du temps. Nous devons en effet interroger 212 maires ultramarins. Les premiers rendez-vous ont montré que 30 minutes n'étaient pas suffisantes, car vous aviez beaucoup de choses à nous dire. Nous poursuivrons l'exercice jusqu'à fin novembre ou début décembre.

Je vous lance ce défi : faisons ensemble beaucoup mieux que les maires de l'Hexagone, où le taux de réponse était de 15 %. J'espère que nous pourrons, début janvier, revendiquer un taux de réponse proche de 100 % à cette enquête. Ce pari ne demande qu'à être réalisé. Vous êtes responsables de l'intérêt porté à cette enquête. Comptez sur moi pour rendre ce travail aussi visible que possible. L'actualité permettra de montrer que le rôle des élus locaux ultramarins face à cette crise mérite une attention tout aussi grande que celle qui a été accordée ce matin à la Mutualité, dans le cadre du Congrès de l'Association des maires de France (AMF).

La Chaire outre-mer à Sciences Po est votre maison, celle des étudiants ultramarins et de tous ceux qui souhaitent partager cette ambition de rendre plus visibles les enjeux qui se déroulent actuellement sur les territoires ultramarins.

Merci beaucoup.

Stéphane Artano . - Je tiens à saluer l'arrivée du Président du Sénat qui nous fait l'honneur de participer à nos travaux cet après-midi.

Nous disons souvent que nous ne sommes pas écoutés. Vous avez là l'occasion de contribuer à la réflexion d'alimenter la Chaire outre-mer de Sciences Po dont les travaux vont éclairer vos choix et ceux du Gouvernement. Je vous invite vraiment à répondre au sondage. Je sais que votre temps est précieux, mais il est vital de soutenir ceux qui s'intéressent aux questions ultramarines. Nous ne construirons pas une culture sans nourrir celle-ci. Vous êtes les premiers à pouvoir le faire.

Nous menons actuellement une étude sur la place que peuvent occuper les outre-mer dans la stratégie maritime nationale française. Un ministère de la mer a été institué et une politique nationale est en cours d'élaboration. Il nous paraissait donc intéressant de pouvoir nous pencher sur la place que les outre-mer peuvent occuper, dans la mesure où ils représentent 97 % de l'espace maritime français, soit plus de 10 millions de km 2 .

Pour cette seconde partie de l'après-midi, je vais appeler les trois co-rapporteurs de ce rapport d'information en cours : Annick Petrus, sénatrice de Saint-Martin, Philippe Folliot, sénateur du Tarn et Marie-Laure Phinéra-Horth, sénatrice de Guyane. Après un point d'étape de leurs auditions, nous aimerions engager un échange pour recueillir vos impressions sur ce sujet qui impacte potentiellement vos communes.

MAIRES DES OUTRE-MER 2021 : 1 ÈRE ÉTUDE DE LA CHAIRE

Maires des Outre-mer 2021 1 ère étude qualitative directement menée auprès des 212 maires ultramarins.

Interroger les maires est un préalable indispensable à l'évaluation des politiques publiques en Outre-mer, avant d'étudier le rôle des autres maillons des chaînes de décision et d'action publique territoriale comme nationale.

Maires des Outre-mer 2021 : 4 sous-thèmes

1) Votre parcours en tant que maire en Outre-mer

Objectif : mieux comprendre les trajectoires de vie, idées, défis et valeurs qui ont amené les maires à s'engager en politique locale et faire campagne, et les différences entre maires ultramarins et hexagonaux.

2) Vous et votre commune - le rôle de maire en Outre-mer

Objectif : mieux comprendre la manière dont les maires ultramarins pensent et cadrent leur action au quotidien, ainsi que le degré de respect et de reconnaissance de la part de leurs interlocuteurs.

3) Gouvernance territoriale - votre vision en tant que maire ultramarin

Objectif : mieux comprendre le positionnement et la vision des maires ultramarins dans le cadre de la gouvernance locale - relations à l'État, aux institutions territoriales, coopération intercommunale,...

4) Maire ultramarin au temps de la crise Covid

Objectif : mieux comprendre la vision et les défis particuliers des maires ultramarins durant la crise Covid en matière de relations aux administrations territoriales, aux acteurs sanitaires, aux besoins d'équipement ou encore vis-à-vis du respect des consignes sanitaires par les administrés.

Objectifs principaux de l'étude

• Mieux comprendre la trajectoire personnelle, les aspirations, les craintes et les défis, anciens et nouveaux, des maires en Outre-mer ;

• Mettre en valeur l'importance du rôle de maire dans la construction et la déclinaison des politiques publiques pour les Outre-mer ;

• Pouvoir qualifier les ressentis, positifs et négatifs, des maires ultramarins en les interrogeant directement et personnellement ;

• Faire que la vision des maires ultramarins soit mieux comprise et prise en compte aux niveaux local et national, notamment dans les sphères de décision parisiennes ;

• Cartographier les spécificités de besoins et les différences de situations d'un territoire à l'autre, d'un bassin océanique à l'autre, et d'un type de commune à l'autre.

Source : Étude « Maires des Outre-mer 2021 » - PPT de Sciences Po - Chaire Outre-mer (extrait)

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