Deuxième séquence



Les outre-mer, atout et défi pour la France : Échanges sur les travaux de la délégation

Annick Petrus
Sénatrice de Saint-Martin
Co-rapporteure de l'étude sur la place des outre-mer
dans la stratégie maritime nationale

Monsieur le président,

Mesdames, messieurs les élus,

Mes chers collègues,

Comme l'a rappelé le président Stéphane Artano, nous avons entamé depuis octobre dernier une étude sur la place des outre-mer dans la stratégie maritime nationale. Quatre grandes auditions ont été conduites, qui nous ont déjà permis d'éclairer utilement nos travaux. Nous souhaitons, mes collègues rapporteurs et moi-même, vous présenter d'ores et déjà nos pistes de travail et échanger avec vous sur ces enjeux.

Avant Philippe Folliot qui abordera les enjeux de souveraineté et Marie-Laure Phinera-Horth qui développera les aspects économiques et commerciaux, je souhaiterais rappeler les raisons qui nous ont conduits à choisir ce thème.

Vous le savez tous, 97 % de l'espace maritime français provient des outre-mer. C'est une chance pour nos territoires, tant les ressources de la mer sont nombreuses et tant elles sont appelées à devenir stratégiques pour le monde de demain. La production de médicaments, le développement technologique, la cosmétique même, reposent et reposeront de plus en plus sur l'exploitation des minéraux, de la faune et de la flore marines. Il y a dans l'espace maritime ultramarin de formidables opportunités économiques à saisir. La situation de nos ports ultramarins, à proximité des grandes routes maritimes, offre également de nombreuses perspectives pour nos territoires.

Or, face à ces atouts indéniables, des freins persistent, empêchant la pleine valorisation de ces richesses. Une explication culturelle est souvent avancée : nos outre-mer, à l'exception de la Polynésie française et de Saint-Pierre-et-Miquelon, ont historiquement plutôt tourné le dos à la mer. Mais au-delà de ce facteur, nous avons pu déjà identifier trois freins.

Le premier concerne la formation aux métiers maritimes. Il s'agit là d'un véritable échec. Le développement des formations maritimes outre-mer était une des priorités des comités interministériels de la mer (CIMER) depuis 2017, avec notamment l'objectif d'ouvrir un lycée maritime dans chaque territoire ultramarin. Cet objectif n'a pas été tenu. Il nous faudra déterminer les raisons de cet échec et, plus largement, trouver les moyens pour convaincre les familles de l'avenir du secteur maritime pour leurs enfants.

Une deuxième limite que nous avons identifiée a trait à l'insuffisance de capitaux pour financer les projets maritimes outre-mer. Il existe un paradoxe : nous disposons de très importantes ressources ainsi que d'acteurs économiques de premier plan dans le secteur maritime. Mais ces grandes entreprises ne se sont pas encore implantées dans nos territoires ; les groupes privés ne prennent pas le relais des instituts publics de recherche.

Enfin, et c'est le dernier point, les outre-mer ne sont pas suffisamment pris en compte dans les stratégies établies par l'État en matière de politique maritime. Vous le savez, malgré la création en 2020 d'un ministère de la mer de plein exercice, cette politique reste essentiellement interministérielle. Les décisions sont prises lors des Comités interministériels de la mer (CIMer), qui établissent les stratégies nationales maritimes. Or, la nouvelle stratégie portuaire adoptée en 2021 n'a pas fait l'objet de déclinaison pour les outre-mer, comme cela avait pourtant été le cas en 2016. Du retard a par ailleurs été pris dans l'adoption des mesures fixées dans la stratégie maritime 2017-2022, notamment s'agissant des stratégies de bassin.

À cet égard, une nouveauté est à noter avec la création au 1 er janvier 2022 d'une Direction générale de la mer, rattachée au ministère de la mer, lui permettant ainsi d'avoir une administration en propre. Les contours de cette nouvelle administration ne sont pas encore précisément connus. Il reste à savoir dans quelle mesure cette création participera au renforcement de la politique maritime française et de la valorisation des atouts maritimes de nos territoires ultramarins.

Vous le voyez avec ce rapide tour d'horizon, notre étude a comme premier objectif de susciter une prise de conscience des potentialités de la mer parmi les citoyens, dans les entreprises et au niveau de l'État. Il nous faut former nos concitoyens aux métiers de la mer, permettre l'implantation d'entreprises leaders sur nos territoires et intégrer véritablement les outre-mer dans les stratégies nationales.

Cette prise de conscience est une première et indispensable étape. Mais d'autres enjeux sont également cruciaux et je laisse désormais la parole à mes collègues sur les questions de souveraineté puis sur les aspects économiques et commerciaux.

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