B. LA LUTTE CONTRE LA MIGRATION IRRÉGULIÈRE : UN SUJET À LA FOIS BILATÉRAL ET EUROPÉEN PARTICULIÈREMENT SENSIBLE AU ROYAUME-UNI

Au-delà des sujets évoqués ci-dessus, la lutte contre la migration irrégulière est l'un des enjeux importants, tant de la relation entre la France et le Royaume-Uni que de celle de l'Union européenne avec le Royaume-Uni.

Les traversées irrégulières de la Manche par des migrants partis des côtes françaises pour demander l'asile au Royaume-Uni ont connu un réel développement après la période de confinement liée à la pandémie de Covid-19. Le nombre d'arrivées irrégulières de migrants sur le sol britannique après qu'ils aient traversé la Manche sur de petites embarcations (« small boats ») sur le sol britannique, a ainsi été multiplié par quatre entre 2020 et 2025. Le 31 mai 2025, les autorités britanniques détectaient ainsi un nombre record de 1 194 personnes arrivées sur le sol britannique à bord de 18 embarcations.

La sensibilité sur ce sujet est extrême, le gouvernement britannique publiant quotidiennement le nombre de bateaux et de migrants arrivés illégalement dans le pays.

Or, selon les informations recueillis par la délégation qui s'est rendue à Londres en octobre 2025, si la pression liée aux bateaux de migrants arrivant illégalement sur les côtes anglaises est maximale, elle n'explique qu'une part minoritaire des flux de demandes d'asile déposées au Royaume-Uni. Ceux-ci proviendraient majoritairement de personnes prolongeant leur durée de séjour au-delà de la validité de leur visa.

Comme l'a relevé une étude du Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU concernant l'année 20242(*), les migrants qui veulent se rendre au Royaume-Uni justifient ce souhait à la fois par leur connaissance de la langue anglaise, qui doit leur permettre de rapidement s'intégrer et de pouvoir travailler (de fait, ils sont en majorité issus de pays pauvres anglophones comme le Soudan, l'Érythrée ou l'Irak), par les meilleures opportunités d'emploi sur place et jusqu'à une période récente, par un régime d'asile favorable.

Lors des échanges avec la commission des affaires européennes de la Chambre des Lords, la délégation du Sénat a fait valoir la nécessité de réduire l'attractivité du Royaume-Uni auprès des migrants. Des mesures ont été prises, comme des contrôles aléatoires assortis de très lourdes peines et la réduction du nombre de visas de travail et de visas étudiants. Le vrai enjeu réside toutefois dans les contrôles de l'inspection du travail, très peu étoffée.

Par ailleurs, la carte d'identité n'était jusqu'à présent pas nécessaire, les Britanniques y étant historiquement rétifs, ce qui complique les contrôles. L'introduction d'une carte d'identité numérique, prônée par le gouvernement de Keir Starmer, paraît indispensable mais se heurte à une vive opposition, plus marquée encore en Irlande du Nord.

Sur les premiers mois de l'année 2026, les arrivées par petites embarcations (ou « small boats ») sont en nette diminution par rapport à 2025 (- 43%) mais elles demeurent importantes (26 600 arrivées irrégulières entre janvier et juin 2026). En outre, en 2026, le nombre de franchissements irréguliers détectés dans la Manche par Frontex est nettement inférieur au nombre d'arrivées irrégulières recensées au Royaume-Uni.

Sur le plan bilatéral, un accord entre la France et le Royaume-Uni a été conclu à Dunkerque le 22 avril 2026, afin de reconduire, en le remaniant, le traité de Sandhurst. Cet accord prévoit un renforcement de la contribution britannique versée à la France, qui serait portée de 540 millions d'euros à 580 millions d'euros, mais aussi l'introduction d'une conditionnalité, 186 millions d'euros étant conditionnés à l'efficacité des mesures engagées.

Les effectifs chargés d'empêcher les départs depuis le littoral français devraient doubler d'ici à 2029 pour atteindre environ 1 400 agents. Une unité de CRS financée par la France sera spécifiquement dédiée à la lutte contre l'immigration clandestine, avec l'appui de drones, d'hélicoptères et de moyens de surveillance électronique.

Cet accord bilatéral était nécessaire, mais il apparaît également indispensable qu'à l'échelon européen, Frontex prête plus d'attention à la gestion de cette frontière extérieure de l'Union qu'est la Manche, et que le Royaume-Uni adopte des mesures permettant de réduire son attractivité pour les migrants irréguliers.


* 2 Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU, rapport statistique Calais 2024.

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