N° 572
SÉNAT
SESSION ORDINAIRE DE 2025-2026
Enregistré à la Présidence du Sénat le 28 avril 2026
RAPPORT D'INFORMATION
FAIT
au nom de la délégation aux entreprises (1) portant sur le thème « L'entreprise 5.0 : impact de l'IA sur les entreprises »,
Par M. Damien MICHALLET et Mme Laurence GARNIER,
Sénateur et Sénatrice
(1) Cette délégation est composée de : M. Olivier Rietmann, président ; MM. Pierre Cuypers, Christian Klinger, Michel Canévet, Patrick Chauvet, Mme Marion Canalès, MM. Simon Uzenat, Martin Lévrier, Ian Brossat, Michel Masset, Guillaume Gontard, Emmanuel Capus, Mme Pauline Martin, vice-présidents ; M. Michel Bonnus, Mmes Else Joseph, Brigitte Devésa, M. Jérôme Darras, secrétaires ; MM. Yves Bleunven, Denis Bouad, Jean-Luc Brault, Mme Catherine Conconne, MM. Gilbert Favreau, Stéphane Fouassin, Mme Laurence Garnier, M. Fabien Gay, Mme Antoinette Guhl, M. Olivier Jacquin, Mme Lauriane Josende, MM. Daniel Laurent, Pierre-Antoine Levi, Franck Menonville, Serge Mérillou, Damien Michallet, Mme Anne-Marie Nédélec, MM. Cyril Pellevat, Clément Pernot, Sebastien Pla, Mmes Sophie Primas, Anne-Sophie Romagny, M. Dominique Théophile, Mme Sylvie Valente Le Hir.
L'ESSENTIEL
L'intelligence artificielle bouleverse le monde. Cette révolution technologique impacte profondément les sociétés, les démocraties et les économies. Elle transforme les entreprises, leurs modèles d'affaires, et l'emploi. Elle change le paradigme de l'innovation.
Avec la diffusion spectaculaire des modèles dits « génératifs » dans le grand public, l'IA est devenue un « couteau suisse numérique », capable de tout faire : rédiger un texte, générer une image, composer une musique, concevoir un plan marketing ou même écrire du code.
L'IA est avant tout un enjeu de compétitivité pour chaque entreprise, même celle qui dont le coeur de métier n'est pas le numérique. Son déploiement massif dans notre économie pour gagner en productivité et en compétitivité doit devenir un objectif de politique économique de premier rang. Elle se diffuse rapidement et fortement, d'abord dans les fonctions support et administration des entreprises, ainsi que dans la gestion des ressources humaines, et ensuite dans les processus de production. L'entreprise « 5.0 », en référence à « l'industrie 5.0 », doit mettre l'homme au centre de processus de production, car l'IA doit demeurer un outil et non une finalité.
L'impact sur l'emploi est controversé. Certains emplois sont menacés de disparition, de nouveaux métiers se créeront, la plupart des emplois seront affectés et transformés profondément.
À partir des atouts de la France, la politique publique d'accompagnement des entreprises doit désormais se focaliser sur une formation massive des salariés, mais aussi renforcer les synergies entre recherche et entreprise, aider à la croissance des entreprises innovantes et mieux utiliser la commande publique pour consolider la filière française de l'IA.
Une révolution technologique qui impacte toutes les entreprises
Une dynamique d'innovations financées par des investissements massifs
L'IA est en perpétuelle innovation et de nouveaux modèles de langage (LLM) sont en cours d'élaboration afin que l'IA physique puisse s'intégrer à la robotique et connecter machines, systèmes et personnes. L'IA devient un produit de consommation courante : dès son lancement en novembre 2022, le robot conversationnel ChatGPT devient le produit technologique le plus vite adopté de l'histoire.
Le déploiement de l'IA aux Etats-Unis nécessite des investissements massifs, drainant l'épargne européenne et également financés par les redevances d'utilisation des outils numériques des sociétés américaines, dont les entreprises françaises et européennes sont largement dépendantes. Il convient de réorienter cette épargne vers le marché européen en favorisant les solutions souveraines.
Les entreprises qui déploient l'IA de manière stratégique enregistrent des gains de productivité de 20 à 40 % sur leurs processus clés.
Une appropriation rapide de l'IA par les PME
Portées par une stratégie européenne et une stratégie française ambitieuses, l'accélération en cours de l'appropriation de l'IA par les TPE et PME est fulgurante, avec un quasi-doublement entre 2024 et 2025 des usages de l'IA. Pourtant, 32 % des TPE-PME n'ont pas l'intention d'y recourir prochainement. Une défiance importante demeure. Dans les entreprises, l'IA se diffuse « par le bas », de manière informelle et non sécurisée, créant un « shadow AI », susceptible d'augmenter les cyberrisques.
Faire de l'IA un appui pour la compétitivité des entreprises
L'enjeu est de transformer le choc technologique en levier de compétitivité durable, à partir de nos atouts : la France est la 5ème puissance de calcul mondial, le 3ème écosystème d'entreprises innovantes, le 4ème pays de chercheurs d'élite et dispose d'une école mathématique reconnue, d'une électricité décarbonée et peu coûteuse.
En considérant l'IA comme une infrastructure de sécurité nationale
L'IA est le soubassement de l'économie du XXIème siècle et doit être considérée comme une brique fondamentale de toutes les politiques publiques. La cartographie des dépendances numériques doit permettre de piloter des politiques de résilience des entreprises. Certains marchés de service d'IA doivent être considérés comme des marchés de défense et de sécurité.
En encourageant la recherche - innovation et l'investissement
Outre la pérennisation des outils fiscaux nationaux existants comme le crédit d'impôt recherche ou le crédit d'impôt innovation, il faut adapter le marché des capitaux en Europe afin d'éviter de perdre les futurs champions économiques de l'IA avec un fonds stratégique souverain et concentrer les investissements dans l'IA physique et la robotique.
En favorisant l'appropriation de l'IA par les entreprises et les salariés
Pour améliorer notre point faible, le manque de formation dans l'éducation et dans les entreprises, la France doit former rapidement et massivement à l'IA sa jeunesse et ses salariés.
En confortant les CCI dans leur mission d'accompagnement des TPE-PME dans l'appropriation de l'IA.
L'accompagnement de l'intégration des solutions d'IA doit désormais concerner 159 000 PME voire 4,3 millions de TPE. Le réseau des CCI paraît mieux armé, à condition de le doter des moyens financiers appropriés, pour aider nos TPE-PME à s'approprier l'IA.
