II. LA FRANCHISE, CATALYSEUR DE L'ESPRIT D'ENTREPRISE

A. LA CROISSANCE AU RENDEZ-VOUS

En 2025, les réseaux de franchise ont enregistré une croissance de leur chiffre d'affaires environ deux fois supérieure à celle de l'économie française. L'une des raisons de ce bon résultat réside dans l'attachement des consommateurs français au commerce de proximité, malgré la montée en puissance du commerce en ligne. Quand on les interroge, 74 %16(*) d'entre eux répondent fréquenter de manière régulière, voire systématique, les commerces de proximité, ce qui témoigne d'un lien de fidélité inconnu du commerce en ligne.

1. La création de richesses et d'emplois

Les chiffres clés de la franchise en France en 2025

93,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires global (+ 4,9 % par rapport à 2024)

1 018 038 emplois directs et indirects (+ 5,7 %)

2 035 réseaux de franchise (- 2,5 %)

93 395 points de vente franchisés (+ 2,9 %)

Alors que la situation économique nationale reste sous tension, avec une faible progression du PIB en 2025 (+ 0,9 %)17(*), un taux de chômage toujours conséquent (7,9 %) et près de 68 500 défaillances d'entreprises (en hausse de 3,5 %), la franchise fait figure d'exception. Son chiffre d'affaires (93,7 milliards d'euros) progresse de 4,9 %18(*), soit près du double de la croissance du marché national (+ 2,5 %).

Source : FFF

Ce résultat confirme la résilience d'un modèle entrepreneurial qui a su traverser les cycles économiques depuis les années 1970. Entre les années 1990 et aujourd'hui, son chiffre d'affaires n'a cessé de progresser.

Symbole de cette vitalité, la franchise a passé en 2025 et pour la première fois le cap du million d'emplois directs et indirects, avec 54 000 postes supplémentaires créés en un an19(*).

La contribution de la franchise à la création d'emplois :

un certain flou statistique

L'effet positif du développement du système de la franchise sur la création d'emplois reste difficile à mesurer précisément.

D'une part, les emplois dénombrés dans le cadre de la franchise englobent à la fois les franchisés (qui sont des travailleurs indépendants) et les salariés des magasins franchisés. Dans ses statistiques, la FFF décompte 90 000 franchisés, soit 17 % des indépendants du commerce (qui compte en France au total environ 541 000 travailleurs non-salariés20(*) ).

D'autre part, une proportion significative des franchises sont le fait de reconversions de salariés du groupe. Ainsi, 76 % des franchisés étaient salariés auparavant, et parmi eux 42 % ont changé de secteur d'activité21(*).

Même s'il est impossible de mesurer précisément le phénomène, de nombreuses ouvertures sont en réalité des passages en franchise d'anciennes succursales, de sorte que les salariés du magasin franchisé sont d'anciens salariés du groupe intégré.

Enfin, comme le souligne la direction générale des entreprises (DGE) dans les réponses écrites apportées à vos rapporteurs, il est complexe de cerner précisément les « emplois liés aux réseaux de franchise, car ils sont souvent englobés dans la catégorie statistique du « commerce organisé indépendant » - qui comprend également les coopératives, les locations-gérances et d'autres modes d'entreprendre. Ainsi, bien que le nombre d'emplois non-salariés dans le commerce ait augmenté de 5 % entre 2013 et 202022(*), cette hausse ne peut être imputée à la seule franchise ».

Après une phase de stabilisation du nombre d'enseignes entre les années 1990 et 2000, leur nombre n'a cessé de croître jusque dans les années 2020 où il s'est consolidé autour de 2 000 réseaux. La pandémie du COVID-19 a provoqué une phase d'assainissement du marché, faisant reculer le nombre d'enseignes à 1 927. À cette phase essentiellement caractérisée par des défaillances dans le secteur du prêt-à-porter, a rapidement succédé une reprise dynamique. En 2025, le secteur a ainsi retrouvé son niveau d'avant la crise avec 2 035 franchiseurs.

Source : FFF

Cette dynamique des réseaux de franchisés s'accompagne d'une hausse en 2025 du nombre de points de vente : + 2,9 % pour 93 305 lieux de vente au total.

Rapporté au nombre de franchiseurs, ce volume correspond à une moyenne arithmétique de près de 46 points de vente par réseau. Cette moyenne est bien évidemment théorique, les cas étant très différents les uns des autres (réseaux très bien établis, réseaux en cours de déploiement, réseaux en difficulté...). Mais elle fournit néanmoins une approche intéressante de la taille des réseaux.

2. La diversité des secteurs d'activité

La franchise touche aujourd'hui presque tous les pans de l'économie. Loin de se cantonner à la grande distribution ou à la restauration rapide, elle s'est progressivement imposée dans des secteurs très variés, parfois même inattendus. Cette diversification témoigne de la capacité d'adaptation du modèle franchisé : dès lors qu'un concept se révèle duplicable et porteur d'un avantage concurrentiel, la franchise trouve à s'y développer.

Néanmoins, la franchise ne se développe pas de manière homogène : certains secteurs tirent la croissance des réseaux de façon bien plus marquée que d'autres. Le paysage de la franchise se structure ainsi principalement autour des secteurs suivants.

Sans surprise, l'alimentaire constitue le premier secteur de la franchise en volume de chiffre d'affaires, avec 33,8 %23(*) du marché d'ensemble de la franchise. Cette position de leader s'explique par l'ancrage de ces enseignes dans les besoins quotidiens des consommateurs. Au-delà de la grande distribution, le commerce alimentaire spécialisé connaît un dynamisme certain. Les épiceries bio (comme Naturalia par exemple), les circuits courts, les épiceries fines ou les concept stores alimentaires attirent une nouvelle génération de franchisés, portée par des convictions sociales et environnementales.

Source : FFF

La restauration rapide reste l'un des autres moteurs historiques de la franchise et son expansion se poursuit malgré une concurrence toujours plus rude. Au-delà des enseignes américaines de « fast-food » bien identifiées comme McDonald's ou Burger King, émergent désormais des concepts centrés sur le « bien manger vite » : bowls de poké, salades composées ou encore cuisine végétale, avec des enseignes comme Pokawa ou Sushi Shop. La promptitude du service y demeure certes un impératif, mais la qualité des produits s'impose aussi comme un critère de choix de plus en plus déterminant pour les consommateurs.

Les services à la personne représentent peut-être le secteur le plus porteur à moyen terme. Dans un contexte de vieillissement de la population accompagné d'une recherche croissante d'un meilleur équilibre de vie, de nouveaux types de réseaux font leur apparition. Par exemple, des réseaux comme O2 Care Services ou Axeo Services cherchent à répondre à ces demandes avec des prestations de maintien à domicile ou d'assistance aux seniors. Dans un registre complémentaire, le « fitness » et le bien-être continuent leur progression, portés par une clientèle de plus en plus soucieuse de sa santé : l'expansion de l'enseigne Basic-Fit illustre par exemple l'essor des salles de sport en franchise sur l'ensemble du territoire.

L'équipement de la personne (prêt-à-porter, optique, chaussures, accessoires) constitue quant à lui un secteur historiquement solide dans le paysage franchisé, avec des enseignes comme Yves Rocher ou Jules. C'est le champ d'activité le plus morcelé de tout le secteur de la franchise avec 316 enseignes différentes selon les statistiques de la FFF. Si la pression du e-commerce oblige les réseaux à repenser l'expérience client dans leurs magasins, le modèle en franchise y démontre sa résilience grâce à la force de l'enseigne et à la mutualisation des outils marketing.

Source : FFF

L'immobilier affiche pour sa part une stabilité remarquable, même dans un contexte de marché sous tension. La professionnalisation croissante des agences indépendantes, qui rejoignent des réseaux comme Orpi ou Century 21 pour gagner en crédibilité, en outils digitaux et en notoriété, explique en grande partie la solidité du secteur, qui continue d'attirer des candidats à la reconversion professionnelle.

Les services automobiles représentent un secteur fiable et résistant aux cycles économiques, porté par une demande captive. Derrière l'alimentaire, c'est le deuxième plus gros pourvoyeur de points de vente (11 486). Avec plus de 40 millions de véhicules en circulation en France, l'entretien automobile reste une dépense incontournable pour les ménages. Entre l'entretien mécanique, le contrôle technique, les pneumatiques ou la carrosserie, les nécessités sont multiples dans le secteur et des réseaux de référence se sont désormais imposés comme Midas ou Feu Vert. Ces réseaux misent sur la standardisation de la prestation. Loin de fragiliser le secteur, la transition vers le véhicule électrique s'annonce comme un nouveau relais de croissance pour les franchisés.

Source : FFF

Les services aux entreprises, en outre, constituent un terrain d'expansion encore récent mais en pleine structuration. Conseil en transformation digitale, management de transition, marketing externalisé, cybersécurité, gestion comptable : des réseaux comme Cerfrance ou Extencia démontrent qu'il est possible de franchiser des métiers à forte composante intellectuelle. L'appartenance à une enseigne reconnue rassure les clients professionnels et accélère le développement commercial, ce qui constitue un levier particulièrement précieux dans des secteurs où la confiance est au coeur de la relation client.

Les commerces divers, enfin, regroupent l'ensemble des secteurs que la franchise a investi sans pour autant qu'ils constituent un bloc homogène : équipement de la maison, jouets, bricolage, décoration, ameublement, produits high-techs, libraire, loisirs ou encore fleuristes.

3. L'ancrage territorial fort

L'implantation des réseaux de franchise s'inscrit dans une logique de proximité, ce qui en fait un levier significatif de développement économique local. À l'échelle départementale, près de six franchisés sur dix (59 %24(*)) ont choisi d'ouvrir leur point de vente dans le même département que leur activité précédente. Le réflexe territorial se révèle encore plus marqué chez les moins de 35 ans : 71 %25(*) d'entre eux privilégient la continuité géographique, témoignant d'un attachement particulièrement prononcé des jeunes entrepreneurs à leur bassin de vie.

À l'échelle régionale, la dynamique d'ancrage est encore plus nette : 82 %26(*) des franchisés ont établi leur enseigne dans la même région que leur précédente activité professionnelle. La franchise apparaît ainsi moins comme un vecteur de mobilité que comme un outil de consolidation du tissu économique local, par le biais d'entrepreneurs enracinés dans leur territoire.

D'après le baromètre du dynamisme d'ouverture en franchise27(*), le classement régional traduit certaines recompositions notables. Si la région Pays de la Loire et celle du Centre-Val de Loire conservent leur position de tête, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a fait son entrée en 2025 sur le podium. La performance la plus remarquable est celle de la région Bourgogne-Franche-Comté, qui enregistre une remontée de six places, signe d'un dynamisme nouveau dans des territoires longtemps moins représentés. À l'inverse, la Normandie et la Corse accusent les reculs les plus significatifs. Ainsi, en termes de répartition géographique, le dynamisme de l'activité franchisée est porté à part égale (26 %) dans le Sud-Est et l'Ouest, suivis du Nord-Est (20 %), de l'Île-de-France (15 %) et du Sud-Ouest (13 %).

Source : baromètre du dynamisme d'ouverture en franchise paru en 2025

L'essor économique de la franchise n'est pas un phénomène exclusivement métropolitain. Là où certaines activités, notamment dans les services financiers ou les nouvelles technologies, tendent à se concentrer dans les grandes métropoles au détriment des territoires périphériques, la franchise présente une répartition géographique singulièrement plus équilibrée. En dehors de la capitale, les points de vente en franchise sont répartis équitablement entre les petites communes, les villes moyennes et les grandes agglomérations.

La franchise sur le territoire (hors Île-de-France)

Densité des communes

Part dans le total des franchisés

Moins de 2 000 habitants

10 %

Entre 2 000 et 20 000 habitants

30 %

Entre 20 000 et 100 000 habitants

30 %

Plus de 100 000 habitants

30 %

Source : 21ème édition de l'« Enquête de la Franchise » (2024)

Souvent perçues comme en marge des dynamiques économiques contemporaines, les zones rurales de moins de 2 000 habitants ne sont pas exclues de la vitalité impulsée par la franchise : elles accueillent 10 % des points de vente franchisés.

Pour l'essentiel, les enseignes en zones rurales répondent à des besoins quotidiens et non substituables :

- le commerce alimentaire de proximité, dont Vival constitue l'archétype en tant que magasin multiservices précisément conçu pour le monde rural ;

- la boulangerie artisanale ;

- les services à la personne, au premier rang desquels O2, Axeo Services, DOMetVIE ou encore Les Menus Services. Ils répondent aux besoins d'une population vieillissante, en matière de mobilité, de gestion des repas ou d'accompagnement dans les démarches administratives ;

- certaines formes de restauration de proximité, à l'image de Tutti Pizza dont le modèle s'adapte aux zones de consommation plus resserrées.

Ce maillage territorial fort confirme l'intérêt de la franchise dans la dynamique économique locale, et plus particulièrement son rôle potentiel dans la lutte contre la dévitalisation commerciale des territoires ruraux. La franchise permet de sécuriser des initiatives entrepreneuriales dans des contextes parfois fragiles, en s'appuyant sur un concept éprouvé, une assistance du franchiseur, ainsi qu'une notoriété de l'enseigne. En misant sur des entrepreneurs locaux connaissant bien leur zone de chalandise, la franchise ose investir là où des groupes intégrés renoncent, malgré des coûts d'installation souvent plus faibles qu'en zone urbaine.

La franchise et la pérennisation du tissu commercial :

les mécanismes à l'oeuvre

La franchise s'impose comme un acteur de la pérennisation du tissu commercial dans les petites communes et les villes moyennes.

Particulièrement adapté aux structures de taille réduite, ce modèle commercial est en effet plus facilement implantable dans les petits centres-villes ou les centres-bourgs. Parce qu'ils doivent fournir un apport conséquent (souvent compris entre 15 % et 30 % de l'investissement initial), les candidats franchisés privilégient l'achat (ou le rachat) de fonds de commerce abordables. Or, le prix du fonds de commerce a tendance à être plus élevé lorsque le projet d'implantation (ou de reprise) concerne une zone de chalandise dense et tendue. Les coeurs de petites villes ou de villes moyennes étant à cet égard moins attractifs que ceux des grandes villes, mais aussi que de certaines périphéries28(*), les réseaux de franchise peuvent s'y implanter plus facilement.

De leur côté, les groupes s'appuient sur les montages en franchise pour resserrer leur maillage territorial et réinvestir les coeurs de ville dans le secteur du commerce alimentaire. Par exemple, le groupe Carrefour poursuit l'expansion du format de proximité ; il vise un objectif de 2 400 ouvertures de magasins de proximité, essentiellement en franchise, entre 2022 et 202629(*).

De plus petites enseignes optent également pour cette stratégie. C'est le cas du réseau de boulangeries Sophie Lebreuilly, dont la majeure partie des points de vente se situe dans de petites villes (entre 8 000 et 15 000 habitants). C'est aussi le cas de l'enseigne Le Comptoir de Mathilde : l'entreprise disposait en 2022 de près de 130 points de vente, dont 60 % en centre-ville, et elle a fait de la franchise un axe clé de son développement dans les villes moyennes30(*).

D'autres modes d'organisation du commerce indépendant sont également implantés dans les coeurs de ville. Ainsi, d'après la Fédération du commerce coopératif associé (FCCA), 52 % des coopératives (commerce coopératif et associé) sont implantées dans des communes de moins de 10 000 habitants et 55 % au coeur des centres-villes et centres-bourgs31(*).

Au-delà de la seule dimension économique, la franchise joue donc un rôle structurant en matière de vitalité sociale des communes rurales et périurbaines : elle contribue au maintien d'une offre de proximité indispensable à la qualité de vie des habitants, tout en préservant des emplois locaux, par nature non délocalisables.

Cette préoccupation est partagée par une large majorité des franchiseurs. Presque l'intégralité d'entre eux (97 %)32(*) disent considérer qu'il est important de s'engager en faveur du développement économique local. Dans le prolongement, huit sur dix (83 %)33(*) s'estiment acteurs de la revitalisation des centres urbains et de l'attractivité des centres villes, soulignant que la franchise embrasse plusieurs enjeux liés à l'aménagement commercial du territoire.


* 16 Cf. la 21ème édition de l'« Enquête annuelle de la Franchise », conduite par la Banque Populaire.

* 17 INSEE, Comptes nationaux trimestriels, première estimation, quatrième trimestre 2025.

* 18 « Franchise 2025 », communiqué de presse de la FFF (mars 2026).

* 19 « Franchise 2025 », communiqué de presse de la FFF (mars 2026).

* 20 INSEE, Emploi et revenus des indépendants édition 2025, section « commerce et artisanat commercial » (21 mai 2025).

* 21 Cf. la 21ème édition de l'« Enquête annuelle de la Franchise » conduite par la Banque Populaire.

* 22 Cf. France Travail, « Les métiers du commerce, éclairage #74 » (décembre 2022).

* 23 Indicateurs 2025 de la FFF.

* 24 22ème édition de l'« Enquête de la Franchise » (2025).

* 25 Idem.

* 26 22ème édition de l'« Enquête de la Franchise » (2025).

* 27 Source : Baromètre du dynamisme d'ouverture en franchise 2024 (paru en 2025)

* 28 Cf. INSEE, « Le commerce de proximité : des pôles plus florissants en périphérie qu'en centre-ville » (mai 2021) et « Le commerce de proximité en recul dans le centre des villes de taille intermédiaire » (novembre 2019).

* 29 Cf. Plan stratégique « Carrefour 2026 ».

* 30 Article du média Tous Entrepreneurs, « Villes moyennes : nouveau terrain de jeu des entrepreneurs » (novembre 2022) : d'après le directeur général du Comptoir de Mathilde « pour des commerces de proximité, les villes moyennes restent une cible idéale [...]. Pour autant, sur ces territoires, seul un acteur local a du sens, d'où notre volonté de nous implanter avec des franchisés ».

* 31 Cf. Xerfi et FCCA, 2ème édition de « L'impact du commerce coopératif et associé dans les territoires » (janvier 2026).

* 32 22ème édition de l'« Enquête de la Franchise » (2025)

* 33 Idem.

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