E. LE SECTEUR DE LA GRANDE DISTRIBUTON : LE CAS D'ÉCOLE D'UNE ORGANISATION HYBRIDE

1. Les grands acteurs de ce marché

La grande distribution française est dominée par un oligopole. Comme l'illustre le graphique ci-dessous, E. Leclerc s'impose comme le leader avec 24,4 % de parts de marché, devant le groupe Carrefour à 21,2 %, Intermarché à 17,6 %, la Coopérative U à 12,9 %, Auchan à 8,4 % et Lidl à 8,2 %. En résumé, le marché de la grande distribution est un secteur très concentré où six groupes réalisent plus de 85 % du chiffre d'affaires du secteur.

Toutefois, le paysage de la grande distribution connaît l'une de ses plus fortes reconfigurations depuis vingt ans, marquée en 2025 par le rachat partiel d'enseignes de Casino par des concurrents, l'intégration des magasins Cora par Carrefour et le transfert de supermarchés Auchan sous enseignes Intermarché / Netto. Ces évolutions redessinent significativement les équilibres concurrentiels du secteur.

Malgré un chiffre d'affaires global de 138 milliards d'euros légèrement en recul13(*), le secteur résiste grâce à un panier moyen élevé, dans un contexte de baisse des volumes et d'inflation14(*). Les formats les plus dynamiques sont le drive, la proximité et le discount, illustré par la progression de Lidl, tandis que les hypermarchés traditionnels reculent.

2. L'étendue de la palette des modes de distribution
a) L'organisation des enseignes

En France, trois types d'organisation des réseaux cohabitent dans la grande distribution ; ils structurent la gouvernance des enseignes plus encore que le format des magasins (hyper, super, proximité)15(*).

· Dans le réseau intégré (succursaliste), les magasins appartiennent à un groupe unique. Ce groupe possède et exploite directement l'ensemble du réseau, avec une direction centralisée et des directeurs de magasins salariés. Ce modèle est celui de groupes comme Aldi ou Lidl (dont quelques rares magasins ont été passés en location-gérance ou en franchise).

· Un réseau coopératif correspond à un groupement d'indépendants. Il repose sur des commerçants propriétaires de leur fonds de commerce, associés au sein d'une coopérative qui détient l'enseigne et la centrale d'achat. Comme on l'a vu, c'est le cas d'E. Leclerc ou de Système U.

· Le réseau « mixte » combine plusieurs modèles juridiques avec des unités détenues en propres par le groupe et des unités exploitées par des commerçants indépendants. Ce type de montage peut allier un modèle coopératif avec un modèle de franchise, comme l'illustre la reprise, en 2025, de certains magasins Auchan sous enseigne Intermarché, alors que le groupement des Mousquetaires reposait historiquement sur une organisation d'indépendants. Le réseau « mixte » peut aussi associer un modèle intégré et un modèle de franchise / location-gérance, comme c'est le cas pour une partie des grands acteurs des réseaux intégrés.

b) L'exemple d'Auchan : l'imbrication des différents modèles

Le 25 novembre 2025, Intermarché, le numéro trois de la distribution en France, a annoncé une opération inédite : la reprise sous franchise d'environ 300 supermarchés Auchan, numéro six du marché. Cette opération de passage sous franchise des supermarchés Auchan vers Intermarché marque une transformation majeure du secteur. Les magasins Auchan seront exploités en franchise tout en restant la propriété du groupe, qui conserve également ses 11 400 salariés. Les points de vente seront toutefois rebaptisés et approvisionnés par les Mousquetaires, selon un modèle hybride inédit. Cette opération, peu coûteuse pour Intermarché, lui permet d'accroître rapidement ses parts de marché, d'augmenter ses volumes d'achat et de renforcer son réseau, avec l'objectif d'atteindre près de 20 % du marché plus rapidement que prévu. Elle consolide aussi sa position sur le segment des supermarchés, coeur de son modèle.

De son côté, Auchan voit dans cet accord un levier pour redresser une activité en difficulté, marquée par une perte continue de parts de marché et un déficit de compétitivité-prix. En s'appuyant sur la puissance d'achat et la logistique des Mousquetaires, le groupe espère réduire ses coûts, baisser ses prix et regagner des clients, tout en se recentrant sur ses hypermarchés.

Ce choix stratégique évite certes une cession immédiate des magasins, mais il implique de renoncer à son enseigne sur ces points de vente. Par ailleurs, cette évolution soulève des interrogations concernant l'acclimatation de deux cultures différentes entre un groupe intégré et un réseau d'indépendants.


* 13  Étude Retail Performance 2025, publiée par NielsenIQ en juin 2025.

* 14 Selon l'étude sur les prix à la consommation de l'INSEE en 2025, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 1,2 % en moyenne (contre 1,4 % en 2024).

* 15 Les « hypermarchés » sont les enseignes dont la surface est supérieure à 2 500 m² ; les « supermarchés » sont les enseignes dont la surface est comprise entre 400 et 2 500 m² ; les « formats de proximité » sont les enseignes sont la surface est comprise entre 120 et 400 m².

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