B. LA SÛRETÉ ACTIVE
Avant d'atteindre cet horizon lointain de l'après-fermeture du site, la sûreté et la sécurité devront être assurées pendant une centaine d'années au minimum dans des conditions d'exploitation. Plus le centre s'approchera de sa fermeture, plus la sûreté passive jouera un rôle important. Pendant sa période d'activité, les zones où les déchets seront manipulés formeront des interfaces où les ouvertures dans le confinement passif de l'argile devront être compensées par une sûreté active. Elle proviendra de la manière dont les déchets seront traités, transportés, encapsulés dans des colis et stockés en profondeur.
1. Le traitement préalable
Avant leur déplacement vers Cigéo, les combustibles usés font l'objet de retraitements préalables, afin de limiter au maximum leur quantité. Dans ce domaine du retraitement, la France fait figure d'exception en recherchant la fermeture du cycle du combustible. Ce n'est pas un procédé partagé dans le monde entier, certains, comme les États-Unis ou la Suède ne le pratiquant pas pour diverses raisons stratégiques et économiques. La loi française prévoit que seuls les déchets ultimes, après recyclage et retraitement, fassent l'objet d'un stockage en couche géologique profonde. L'Office a clairement rappelé dans son évaluation du troisième PNGMDR ces orientations stratégiques prévues par la loi. Le retraitement entraîne une diminution du volume de déchets. C'est un point favorable à Cigéo, qui n'a vocation à recevoir que les ultimes quantités de déchets.
En France, les colis sont moins volumineux, ce qui constitue un paramètre déterminant pour la manutention et permet d'envisager une descenderie oblique et non verticale, comme l'a expliqué aux rapporteurs M. Jean-Michel Romary, de l'entreprise Orano. Cela contraste avec la situation observée en Suède ou en Finlande.
2. Le transport des colis vers Cigéo
Ces colis seront ensuite acheminés en train jusqu'à Cigéo depuis les sites de production ou l'usine de retraitement de La Hague. L'option finalement retenue est celle de la construction d'un terminal ferroviaire nucléaire relié à la gare de Gondrecourt-le-Château. Cela évite le transport par route, susceptible d'engendrer des nuisances pour les populations locales. Le transport ferroviaire est déjà largement utilisé à l'heure actuelle dans le cadre du cycle du combustible nucléaire. Des trains emmènent ainsi régulièrement les combustibles usés des réacteurs nucléaires jusqu'à l'usine d'Orano à La Hague. Au maximum de son exploitation, Cigéo pourra accueillir jusqu'à soixante trains par an, circulant sur une ligne spécifique. Le transport des déchets devra donc faire l'objet d'une attention particulière du point de vue de la sûreté.
Une fois arrivés, les colis seront examinés par l'Andra pour vérifier leur intégrité, et pourront éventuellement être reconditionnés pour les mettre en conformité avec les spécifications requises. Dans la mesure du possible, le minimum de manipulation des colis sera effectué à cette étape. Ils seront ensuite amenés au fond au moyen d'une descenderie, puis stockés dans des galeries différentes suivant leur nature. Les MA-VL trouveront leur place dans de grandes galeries, alors que les HA seront enfilés horizontalement dans des alvéoles, étroits tuyaux de plus de cent mètres de long. Les scellements autour de ces galeries font l'objet de recherches au Laboratoire de Bure pour vérifier leur robustesse au cours des années d'exploitation et après la fermeture. Ils devront notamment démontrer leur capacité à assurer le compartimentage dans les scénarios d'intrusion humaine involontaire. La récupérabilité des colis de déchets nécessite qu'ils restent intègres tout au long de la période d'activité du site. C'est un des points sur lequel l'ASNR a demandé des clarifications à l'Andra en vue de l'autorisation de mise en service.