C. LE CHOIX DE LA DESCENDERIE

Le trajet entre la surface et le fond s'opère de manière générale par un puits vertical. La descenderie oblique de Cigéo n'a donc pas manqué d'interroger.

1. Le choix entre une descenderie et un puits vertical

Trois solutions s'offraient en réalité, soit un ascenseur, soit une descenderie oblique en spirale, soit une descenderie oblique rectiligne (voir Figure 1 dans l'introduction du rapport). L'ascenseur en puits vertical est un moyen utilisé en quasi-exclusivité ailleurs, comme l'a souligné M. Bernard Laponche lors de son audition par les rapporteurs. Il convient bien à des colis relativement volumineux, tels que ceux qui sont le plus souvent stockés à l'étranger, dans les pays où les combustibles usés ne sont pas retraités au préalable. Pour une raison inverse, grâce à ce retraitement particulier à la France qui limite le volume des colis, la descenderie est une solution tout aussi envisageable à Cigéo.

Figure 7 : vue d'artiste d'une descenderie oblique en spirale prévue pour le site de Beishan en Chine

Source : Andra

Les solutions ont été étudiées conjointement dans le dossier de préparation de 2005. Ce dossier, baptisé « dossier Argile », a mis en évidence combien il était difficile de mener à bien une démonstration de sûreté garantissant l'absence de chute d'un colis, comme l'a fait ressortir l'instruction technique conduite par l'IRSN. Cela n'exclut pas que la preuve de la sûreté ait jamais pu être apportée pour une descente par puits vertical, mais, aux dires de l'Andra, la démonstration s'est simplement avérée plus aisée à mener à bien s'agissant d'une descenderie.

En dernier ressort, il s'agit en effet d'une application des lois de la physique, en l'occurrence de la loi de la gravité. Dans une descenderie oblique avec une pente de 12 %, il est à tout moment possible d'affaler le wagon sur les rails du funiculaire. Sur cette base, la démonstration de sûreté amène à exclure l'hypothèse où un colis s'écrase au fond. En 2009, à l'issue des études techniques et des analyses de sûreté des différentes options, le choix de la descenderie oblique rectiligne a été retenu en référence, de même que celui d'une descente des colis placés dans des hottes confinantes, manutentionnées sur un plan incliné au moyen d'un funiculaire : en effet, l'option d'un engin automoteur alimenté par du carburant inflammable ou par l'électricité, nécessaire dans le cadre d'une descenderie oblique en spirale, n'est pas sans présenter de risque d'incendie, alors que les moteurs du funiculaire envisagé resteraient à l'extérieur.

2. L'interdépendance de la décision avec des considérations économiques

Ce choix de la descenderie oblique a fait cependant l'objet d'une controverse. M. Bernard Laponche, président fondateur de Global Chance, a soutenu devant les rapporteurs que cette solution avait été retenue, de préférence au puits vertical d'un ascenseur, pour des raisons strictement économiques. Il s'est notamment appuyé sur un passage de l'avis délibéré par l'Autorité environnementale n° 2024-40 du 27 juin 2024 sur le centre de stockage Cigéo (52-55). Celle-ci y exprime qu'elle « reste interrogative sur les conséquences environnementales de la prise en compte de considérations d'équilibre des produits fiscaux entre départements pour un projet d'ampleur nationale de durée plurimillénaire ».

Le choix d'une descenderie oblique rectiligne conduit en effet à chercher un point d'entrée éloigné de plusieurs kilomètres de la verticale des installations, ce qui ouvre un éventail de possibilités que n'offrirait pas la construction d'un ascenseur. Dans l'exercice de ce choix, il se pourrait qu'ait joué la circonstance que l'entrée de la descenderie soit implantée à Saudron, en Haute-Marne, alors que le reste de l'installation est à Bure, dans la Meuse. De ce fait, les deux départements bénéficient des retombées fiscales liées à la présence de Cigéo, ce qui concorde avec l'intention initiale d'en faire un projet commun aux deux départements, même si la coexistence de deux sites éloignés entraîne un périmètre de protection plus important et des coûts afférents.

Il n'en demeure pas moins que c'est d'abord le choix de la descenderie qui a ouvert la possibilité d'une telle répartition de ces bénéfices. Même si les considérations économiques n'ont pas été absentes de la décision d'ensemble, ce sont donc d'abord des considérations de sûreté qui ont prévalu, selon l'Andra, comme elles ont certainement prévalu aussi sur la considération du coût.

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