B. DÉVELOPPER DES CONTRE-DISCOURS ET LUTTER CONTRE LA DÉSINFORMATION

Lutter contre la diffusion des discours et idéologies masculinistes nécessite aussi de développer des contre-discours accessibles et de promouvoir d'autres imaginaires et d'autres récits dans lesquels les hommes, jeunes ou moins jeunes, pourront s'investir.

Pauline Gonthier, romancière et autrice du roman dystopique Parthenia259(*), a ainsi déclaré devant la délégation260(*) que « participer à l'élaboration de fictions alternatives (...) [est] une manière de combattre les clichés réactionnaires véhiculés par les mouvements masculinistes. (...) une guerre culturelle est indéniablement à l'oeuvre, dans laquelle le pluralisme des médias et du monde de l'édition, ainsi que l'indépendance de la production artistique, doivent être mis au centre des préoccupations de ceux qui luttent contre la montée d'une vague anti-démocratique, à laquelle participe le masculisnisme. »

De la même façon, Hélène Roger261(*), responsable du pôle Analyse et Plaidoyer de l'association Sidaction, a fait valoir que « rien ne peut se faire sans les personnes directement concernées. Il y va de la participation des femmes et des personnes LGBTQI+, premières victimes du masculinisme, mais aussi des hommes eux-mêmes, notamment des jeunes, afin de construire des réponses adaptées et de promouvoir des modèles masculins alternatifs - trop peu présents aujourd'hui - prônant égalité, respect, tolérance et écoute. »

Les rapporteures considèrent, dès lors, que la société dans son ensemble, et en premier lieu les hommes, doit prendre la mesure de l'ampleur de la vague masculiniste qui menace les fondements de notre démocratie et doit pouvoir proposer d'autres récits que ceux de la haine et de la domination.

1. Produire d'autres « expériences » de l'égalité et de la mixité

Alors que les masculinismes fonctionnent souvent, pour reprendre les mots de Mathilde Varrette262(*), infirmière de l'éducation nationale, secrétaire générale adjointe du Snics FSU, « comme un discours de substitution » qui « propose des explications simples à des vécus complexes, (...) transforme la vulnérabilité en domination, la souffrance en ressentiment et désigne les filles et les femmes comme responsables », il semble indispensable aujourd'hui, en matière de prévention de la diffusion des discours et idéologies masculinistes, de travailler la notion d'expérience concrète de la justice, de l'égalité ou de la mixité, telle que la définit notamment Tristan Renard, sociologue et coordonnateur du CRESAM à Toulouse.

Selon lui, en effet, « alors que, en matière de prévention primaire, l'accent est aujourd'hui mis sur les aspects cognitifs et les aspects discursifs, c'est au contraire la notion d'expérience qui (...) semble centrale. Il est aujourd'hui essentiel que l'école ne crée pas un contexte d'expérience des individus qui soit dissonant par rapport aux discours véhiculés par les autorités publiques et les acteurs éducatifs. »

Il en va, par exemple :

- de l'expérience de la justice pour ceux qui sont exposés au harcèlement et qui ne trouvent pas nécessairement des réponses auprès de l'institution scolaire ;

- de l'expérience de l'égalité : ainsi, il ne suffit pas de dire que les garçons et les filles sont égaux. Encore faut-il qu'une réflexion soit menée dans les pratiques éducatives en matière de prévention et de repérage des comportements qui sont violents à bas bruit ;

- de l'expérience d'une mixité qui ne soit pas organisée uniquement autour des enjeux d'hétérosexualité : très tôt, on sexualise les relations entre les garçons et les filles, ce qui contribue à organiser les relations entre garçons et filles uniquement ou principalement autour d'enjeux d'hétérosexualité et non pas autour d'expériences de mixité.

Dans le même esprit, s'agissant de la prévention secondaire, à savoir celle concernant les groupes identifiés comme à risque, par exemple les boys clubs qui peuvent se créer dans différents espaces, une vigilance particulière doit s'opérer afin que l'expérience de la mixité et de l'égalité, pour l'ensemble des femmes et des hommes qui évoluent en marge de ces espaces, ne soit pas réduite à néant. À titre d'exemple, Tristan Renard cite notamment « ce qui se passe dans les premières années universitaires. On sait que, dans les grandes écoles, dans les universités, des formes de sociabilité peuvent s'organiser autour de groupes de garçons qui inscrivent ensuite leur place dans l'institution contre les filles, mais également contre les garçons perçus comme peu virils ou moins virils, plus isolés, etc. ». Ainsi, la perception de la violence par les filles dépend du niveau de mixité dans l'école : plus le niveau de mixité est important, moins le niveau de perception de la violence est élevé, et vice versa.

C'est pourquoi, il estime que « les institutions publiques ont un rôle à jouer pour susciter des expériences conformes aux valeurs qu'elles défendent » et « ont donc la responsabilité de limiter l'existence des boys clubs. »

L'égalité et la mixité doivent donc être pensées, par les pouvoirs publics, non plus uniquement comme des discours mais comme de véritables expériences avec des effets visibles et des résultats concrets pour celles et ceux qui la vivent.

2. Lutter contre les contenus masculinistes et développer des contre-discours

Au cours de leurs travaux sur les masculinismes, leur puissance discursive et leur influence idéologique, les rapporteures ont été amenées à se poser la question de l'efficacité des contre-discours qui pourraient être portés non seulement pour s'opposer à leur argumentation idéologique mais aussi pour contrecarrer leur activisme numérique.

a) La sortie des spirales masculinistes ne se fait pas par l'argumentation idéologique

Il est apparu, au cours des différentes auditions menées par la délégation, que, pour reprendre les mots de Céline Morin, maîtresse de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Université de Paris-Nanterre, que « la sortie des spirales masculinistes, comme pour les univers sectaires ou la désinformation, ne se fait pas par l'argumentation idéologique. »

Elle explique en effet que c'est un fait communicationnel bien établi : le registre démonstratif ne fonctionne pas et peut même avoir des effets paradoxaux de renforcement des opinions préexistantes.

Dès lors, la sortie de ces spirales passe par des expériences relationnelles qui resocialisent.

À cet égard, les corps intermédiaires, notamment associatifs, ont un rôle fondamental à jouer : un club de sport, un engagement associatif, une troupe de théâtre, etc.

Comme le relève Céline Morin, « on n'abandonne pas une idéologie qui comble un vide tant que ce vide n'est pas comblé autrement. Il faut donc renforcer les accompagnements psychologiques pour éviter que le développement personnel masculiniste ne cannibalise ce besoin. (...) Il faut souligner la fatigue et la lassitude qu'engendre très fréquemment le mode de vie radicalisé et pointer du doigt l'hypocrisie morale des leaders sur les questions d'argent et d'abus. En définitive, il s'agit d'encourager d'autres manières d'exister, d'être reconnu et d'appartenir. »

En matière de production de contre-discours, il est important, comme le suggérait Antoine Mégie, coordinateur scientifique du COSPRAD263(*), de tirer les leçons de l'après-2015 et de la mobilisation inédite des pouvoirs publics en matière de lutte contre la radicalisation djihadiste, au travers de la production de contre-discours et de nombreux programmes de prévention. En effet, selon lui, « l'action publique a besoin de transversalité et d'un pilotage par des acteurs qui ont accumulé, depuis 2015, une expérience de terrain des processus de radicalisation et qui peuvent produire des savoirs et adapter les mesures de prévention en place depuis plusieurs années. »

Les enseignements tirés de cette expérience de terrain des processus de radicalisation depuis 2015 ont notamment démontré que, pour ce qui concerne les contre-discours produits et diffusés, il existait un réel décalage entre les personnes ciblées par ces discours et la manière dont on les produisait. En effet, « pour ceux qui étaient déjà engagés dans le djihad, les discours du ministère de l'intérieur ou de l'éducation nationale leur fournissaient encore plus d'arguments pour justifier leur engagement radical. »

S'agissant des masculinismes, des travaux ont montré qu'un contre-discours purement institutionnel visant à contrer des discours de propagande mêlant, notamment pour les mouvements masculinistes, des images de pop culture et des recours aux émotions, n'aura que peu d'efficacité car il n'utilise pas la même grammaire. Dès lors, parfois, un contre-discours construit autour d'une image anecdotique ou humoristique, qui devient ensuite un mème, peut avoir plus d'effet qu'un dispositif de prévention et de diffusion sur les réseaux sociaux.

Plus encore, selon Alexandre Ledrait264(*), professeur de psychopathologie clinique et de psychocriminologie clinique à l'université de Caen Normandie, « pour ce qui concerne l'efficacité des contre-discours, les adolescents radicalisés au travers du masculinisme considèrent notre contre-discours formel comme étant une « blue pill », c'est-à-dire un contre-discours idéologique au même titre que leur discours que nous considérons comme idéologique. »

C'est pourquoi, il est essentiel de s'appuyer sur l'expérience acquise au travers de l'étude des radicalités djihadistes. Parler des résonances affectives sous-jacentes au choix de cette idéologie fonctionne bien plutôt que d'évoquer des contre-discours.

Comme le soulignait d'ailleurs Julien Chavanes, journaliste et romancier, « il est important, voire crucial, de maintenir la communication avec ces garçons pour éviter une rupture qui aggraverait la situation. Il faut non pas chercher l'affrontement idéologique, mais contourner les sujets qui crispent pour les faire parler d'eux et de leurs inquiétudes. (...) l'enjeu est de leur apprendre l'intime. Les pères ont un rôle important à jouer non pas en réactivant une paternité stéréotypée, mais en étant présent et en instaurant avec leurs fils une communication qui a souvent fait défaut aux générations précédentes et qui a permis la transmission d'une masculinité silencieuse, rigide, dominante. »

Recommandation n° 22 : Tirer les enseignements de la mobilisation des pouvoirs publics, après 2015, en matière de lutte contre la radicalisation djihadiste, pour construire des stratégies efficaces de contre-discours en réponse à la propagande masculiniste.

b) Contrer l'activisme numérique des masculinistes

Outre la « contre-offensive » idéologique, la mise en oeuvre de stratégies numériques efficaces pour contrer l'activisme numérique des mouvements masculinistes est une piste à explorer mais difficile à concrétiser.

En effet, cet activisme numérique est aussi, on l'a vu, le fruit de milieux complotistes et contrevient aux principes démocratiques, si bien qu'en la matière il est impossible de combattre à armes égales et de résister en déployant une forme de « guerre numérique » contre les masculinismes. Cette question est aussi celle de la place de la démocratie dans le combat contre ce « nouvel obscurantisme ».

En décembre 2025, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le Sida, l'association Sidaction a dévoilé une campagne de communication, intitulée Alpha Safe, qui faisait le choix d'investir les codes des influenceurs dits « alpha » sur TikTok pour diffuser, à travers des personnages générés par intelligence artificielle (IA), des messages de prévention, de respect, de consentement, de dépistage et de lutte contre les discriminations. Cette campagne visait à apporter une réponse originale à la banalisation des discours masculinistes toxiques.

Cette campagne de communication partait du constat de la nécessité d'un contre-discours disponible à l'endroit même où ces propos sont tenus.

En outre, comme le soulignait Hélène Roger, responsable du pôle Analyse et Plaidoyer de Sidaction, lors de la présentation de cette campagne de communication devant la délégation265(*), pour contrer la déferlante des contenus masculinistes, « la prévention et l'information en ligne rencontrent de nombreuses difficultés. Les algorithmes valorisent les contenus clivants et provocateurs, ils amplifient les vidéos « alpha » et donnent une place disproportionnée au discours masculiniste ; ils ciblent aussi les profils d'hommes, notamment de jeunes hommes. (...) D'où la stratégie de notre campagne : aller sur ces espaces pour briser les barrières et apporter des réponses là où les jeunes en cherchent, sans les culpabiliser. Alpha Safe consiste à infiltrer les espaces où dominent les contenus masculinistes pour y réintroduire information, prévention et protection. L'objectif est de transformer les codes virilistes en levier de santé publique. »

La stratégie déployée par Sidaction a donc été la suivante : fin novembre, a été diffusée discrètement sur TikTok une série de vidéos virales imitant les codes des influenceurs « alpha », afin de réinjecter prévention, respect et information fiable dans les fils d'actualité des jeunes hommes.

Le 1er décembre, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, l'opération a été officiellement révélée au grand public. Pendant dix jours, l'association a fait émerger sur TikTok 19 « faux influenceurs », reprenant les principales catégories comme grand frère, love coach, gym bro, crypto bro, survivaliste, philosophe stoïcien. Ces profils ont été générés par intelligence artificielle et animés comme de véritables créateurs de contenus. Il s'agissait de porter, à rebours du discours toxique masculiniste, des messages positifs sur le consentement, la prévention, le dépistage et la lutte contre les discriminations.

Les résultats de cette campagne s'établissent ainsi :

- 270 vidéos publiées ;

- 300 000 vues ;

- 132 retombées médias ;

- et une audience cumulée supérieure à 90 millions de personnes.

Cependant, ce genre d'initiative demeure trop limité, en temps comme en moyens de diffusion, pour faire front face au déferlement constant et exponentiel des contenus masculinistes en ligne.

Il est donc nécessaire de développer des politiques de soutien à la diffusion, notamment sur les réseaux sociaux, de campagnes d'information et de prévention afin de faciliter la diffusion d'informations vérifiées sur les infections sexuellement transmissibles, ainsi que de messages de prévention, d'égalité de genre, de consentement, de non-discrimination, de respect et de lutte contre le harcèlement.

Toutefois, comme le précisait Hélène Roger devant la délégation, « nous avions réalisé une vidéo d'information sur les modes de transmission du VIH à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre ; elle a été vue 8 500 fois. En comparaison, la vidéo qui remet en cause le préservatif en raison de la présence de perturbateurs endocriniens a été partagée 660 000 fois. »

Elle constatait également que « ce qui fonctionne surtout, sur les réseaux sociaux, c'est que des personnalités connues prennent le sujet à bras-le-corps et s'expriment dessus. Quelques hommes commencent à s'exposer et à prendre la parole sur ces questions, et ils le font plutôt bien, mais ils restent encore trop peu nombreux face à la déferlante d'influenceurs masculinistes. »

c) Viser explicitement le masculinisme dans les campagnes nationales de lutte contre le sexisme

Lutter contre l'idéologie masculiniste implique de pouvoir la nommer explicitement et de la reconnaître comme un enjeu de mobilisation de l'ensemble des acteurs publics.

C'est pourquoi les rapporteures proposent :

- d'une part, de renommer la Journée nationale de lutte contre le sexisme, mise en place par le Président de la République en 2023, et qui a désormais lieu tous les 25 janvier, en Journée nationale de lutte contre le sexisme et le masculinisme ;

- d'autre part, de changer l'appellation de la Semaine de l'égalité entre les filles et les garçons à l'école qui a lieu tous les ans au mois de mars pour retenir l'appellation de Semaine contre le sexisme et le masculinisme à l'école.

Recommandation n° 23 : Faire de la Journée nationale de lutte contre le sexisme du 25 janvier une Journée nationale de lutte contre le sexisme et le masculinisme.

Recommandation n° 24 : Renommer la Semaine de l'égalité entre les filles et les garçons à l'école en Semaine contre le sexisme et le masculinisme à l'école.

d) Créer un nouveau récit des masculinités et soutenir l'engagement des hommes contre le masculinisme

Persuadée que l'engagement des hommes dans la lutte contre les violences faites aux femmes et contre la diffusion et la banalisation des discours misogynes et masculinistes est un prérequis indispensable, la délégation a organisé, le 24 février 2026, une table ronde réunissant plusieurs hommes engagés contre ces violences et contre les masculinismes, faisant suite notamment à la publication d'une tribune initiée par ONU Femmes France et publiée le 25 novembre 2025, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, intitulée « Le silence des hommes doit cesser »266(*).

Ces engagements sont la preuve qu'une autre voix masculine existe, une voix qui refuse la banalisation des violences, qui refuse l'indifférence et qui choisit la responsabilité.

Les rapporteures en sont convaincues : la lutte contre les violences faites aux femmes ne peut être menée sans l'implication active des hommes et sans une prise de conscience du rôle essentiel des hommes dans ce combat.

Face à cette réalité, les formes d'engagement peuvent être multiples : associatif, politique, professionnel, artistique ou humoristique. L'humour, notamment, peut s'avérer une arme redoutable pour tourner en dérision les stéréotypes de virilité, mettre en lumière l'absurdité du sexisme, y compris, et peut-être surtout, dans ses formes les plus radicales, et à porter un contre-discours mobilisateur face aux rhétoriques masculinistes.

Gilles Lazimi, médecin et membre du Haut conseil à l'égalité (HCE), qui participait à la table ronde précitée du 24 février 2026, a ainsi déclaré qu'« il est vraiment important que les hommes s'impliquent, car ne rien faire, c'est laisser faire. La complicité passive, le silence ou l'indifférence, c'est accepter et tolérer les violences. Si les hommes ne disent rien, ils valident les comportements violents et les discriminations sexistes ».

Pour faire cesser le silence des hommes, il recommande ainsi :

- d'intervenir en tant qu'homme auprès des autres hommes afin de sortir des stéréotypes, de lutter contre les sexistes agressifs, mais aussi démonter le sexisme paternaliste, car il fait le lit de l'autre ;

- de se remettre en question, se former sur les mécanismes du sexisme, du consentement et des violences, et arrêter de confondre violences sexistes et sexuelles, et sexualité ;

- d'accepter de regarder ses propres comportements, d'entendre les critiques, de refuser de rire à une blague sexiste, de dire à un ami que son comportement est inapproprié et de questionner les stéréotypes de la virilité ;

- d'agir au quotidien, en prenant sa part : intervenir, c'est soutenir les collègues femmes qui subissent des propos sexistes et amplifier leur voix.

Gilles Lazimi a rappelé que « neuf dixièmes des hommes ne sont pas violents. Il faut qu'ils soient acteurs de prévention, qu'ils cessent de cautionner les agissements sexistes de leurs collègues, de leurs frères, de leurs pères, de leurs voisins. La plupart des hommes ne sont pas violents, mais leur inaction permet aux violences de persister. »

Il ne s'agit pas de se sentir coupable d'être un homme, mais de faire partie de la solution : il faut rompre la chaîne des violences.

Dès lors, « le rôle de tous les hommes est majeur et celui du père est essentiel. Il modèle les relations humaines de nos enfants. En éduquant nos enfants à l'égalité et au respect, nous construirons un monde où nos fils ne seront ni agresseurs ni spectateurs silencieux et où les filles seront plus fortes, plus libres et moins victimes. Il faut cesser le silence des hommes afin qu'ils soient enfin acteurs de l'égalité entre les hommes et les femmes et de la lutte contre les violences masculines. »

Dans le même esprit, le comédien et producteur Bruno Solo, très engagé en faveur de la lutte contre les violences faites aux femmes, a plaidé pour l'éducation des garçons au consentement et à l'égalité.

 Pourquoi nous inquiétons-nous davantage lorsque nos filles sortent le soir - et moi le premier ? Je voudrais que nous ayons la même capacité de nous inquiéter légitimement de la sécurité de nos filles et de l'attitude de nos fils.

Bruno Solo, comédien, réalisateur, producteur, engagé en faveur de la lutte contre les violences faites aux femmes267(*).

Enfin, Thomas Piet, romancier, auteur jeunesse et créateur de contenus humoristiques sur les réseaux sociaux visant à déconstruire et dénoncer les discours masculinistes, a souhaité s'adresser aux jeunes garçons susceptibles de l'écouter :

S'il y a des jeunes garçons qui m'écoutent, j'aimerais que vous sachiez que vous avez tout à gagner à sortir de cette prison de pensée. Tout faire chaque jour pour correspondre à des attentes arbitraires et sexistes, c'est comme enfermer son coeur dans une toute petite boîte. C'est vous empêcher d'être vous-mêmes. C'est aussi participer à de nombreuses souffrances, et j'ai du mal à comprendre comment l'on peut se sentir épanoui quand on sait que nos privilèges, on les fait payer à quelqu'un d'autre.

Thomas Piet, romancier et auteur jeunesse 268(*).

Il a également appelé à une vigilance accrue et constante des hommes sur leur propre sexisme, plus ou moins intériorisé : « ne nous servons pas du masculinisme pour tracer cette ligne invisible, car il y a forcément du « eux » en nous, et parfois plus que nous aimerions le penser. Restons vigilants, car tous les hommes ont grandi dans ce terreau de domination et de sexisme. »

Dès lors, pour résumer et reprendre les mots très justes de Julien Chavanes, journaliste et romancier, entendu par la délégation le 24 mars 2026, « nous avons besoin d'une prise de conscience bien plus large et plus forte des hommes pour rompre la chaîne de la violence et faire reculer le masculinisme. »


* 259 Éditions Les Léonides, 2025.

* 260 Audition du 8 janvier 2026.

* 261 Audition du 22 janvier 2026.

* 262 Audition du 22 janvier 2026.

* 263 Table ronde du 24 mars 2026.

* 264 Table ronde du 24 mars 2026.

* 265 Audition du 22 janvier 2026.

* 266 https://www.onufemmes.fr/nos-actualites/2025/11/24/tribune-orange-the-world

* 267 Table ronde du 24 février 2026

* 268 Table ronde du 24 février 2026

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