II. L'ALBANIE : UNE AMBITION FORTEMENT RESSENTIE PAR LA DÉLÉGATION
A. DES NÉGOCIATIONS D'ADHÉSION QUI PROGRESSENT RAPIDEMENT DEPUIS OCTOBRE 2024
1. « Pas de plan B » : la détermination absolue du Gouvernement albanais
L'Albanie, pays d'un peu plus de 2,3 millions d'habitants, a obtenu le statut de pays candidat en 2014 mais les négociations d'adhésion n'ont formellement débuté qu'en juillet 2022.
Le gouvernement albanais est dirigé par le Premier ministre Edi Rama depuis septembre 2013.
Membre de l'OTAN, l'Albanie partage les orientations de la politique étrangère et de sécurité de l'Union européenne. L'Albanie a rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran depuis 2022, à la suite de cyberattaques massives en lien avec la présence de l'Organisation des Moudjahidine du Peuple d'Iran.
L'Albanie présente des fondamentaux économiques solides, selon les conclusions du Fonds monétaire international publiées en décembre 2025. La croissance du PIB réel est estimée à 3,5 % en 2025 et 3,6 % en 2026, portée par la consommation intérieure et le tourisme. L'inflation reste maîtrisée et la dette publique est modérée, proche de 52-53 % du PIB, avec un déficit limité. Ces indicateurs traduisent une stabilité macroéconomique favorable à l'intégration européenne.
Le pays doit toutefois poursuivre les réformes structurelles, notamment pour améliorer la productivité, renforcer le marché du travail et consolider les institutions, afin d'assurer une convergence durable vers le marché unique européen.
Le Premier ministre Edi Rama a affirmé à plusieurs reprises l'absolue détermination du Gouvernement albanais à permettre au pays de rejoindre l'Union européenne. En marge du Sommet UE-Balkans occidentaux qui s'est tenu à Tivat, au Monténégro, le 5 juin 2026, il a ainsi déclaré : « Nous sommes des fanatiques. Nous ne sommes pas comme les autres. Nous sommes les fanatiques de la foi européenne. Quoi qu'il en coûte, quoi qu'il arrive, nous restons enracinés dans la foi européenne. Et donc, pour nous, il n'y a pas de plan B, pas d'alternative, rien ».
Cette « foi européenne » évoquée par le Premier ministre albanais est partagée par la population, qui soutient massivement, à hauteur de 86 % cette perspective, selon les données recueillies sur place,
L'adhésion à l'Union européenne est une priorité politique absolue. Le gouvernement albanais souhaite conclure rapidement les négociations d'adhésion, d'ici la fin de l'année 2027, ce qui constitue un objectif ambitieux.
La délégation sénatoriale a pu mesurer cette détermination des autorités albanaises, tant au Parlement qu'au cours des échanges avec la ministre d'État, négociatrice en chef qui supervise d'une main de fer la conduite du processus de négociations auprès des autres ministres.
Sur le plan administratif, quelque 1 400 fonctionnaires albanais participent au travail préparatoire à l'intégration dans l'UE, ce qui constitue un nombre important.
Au-delà de la phase des négociations, la délégation sénatoriale a fait part aux autorités albanaises de sa vigilance quant à la soutenabilité du rythme des réformes engagées ainsi qu'à la capacité administrative de l'Albanie de les mettre en oeuvre dans la durée. L'ossature administrative mise en place dans le cadre des négociations d'adhésion semble à cet égard constituer un atout.
2. Tous les chapitres de négociation sont désormais ouverts et les négociations progressent rapidement
Les négociations d'adhésion se sont nettement accélérées depuis deux ans. Ainsi, huit conférences intergouvernementales se sont tenues entre octobre 2024 et mai 2026.
L'ensemble des 33 blocs de négociations sont ouverts et 3 chapitres étaient provisoirement clos en juillet 2026 : ceux relatifs aux relations extérieures, à l'éducation et à la culture ainsi qu'à la science et à la recherche.
La huitième conférence intergouvernementale a permis, le 26 mai 2026, de confirmer que l'Albanie a, dans l'ensemble, respecté les critères provisoires du groupe de chapitres 1 : « Fondamentaux », qui couvre notamment le fonctionnement des institutions démocratiques, la réforme de l'administration publique, les chapitres relatifs à l'État de droit et les critères économiques.
Cette validation de ce qui est connu comme « l'IBAR », c'est-à-dire le rapport d'évaluation des critères intermédiaires du bloc des fondamentaux, est une étape importante qui permet de fixer les critères de clôture définitive de ce bloc et donc de commencer la clôture provisoire des autres chapitres.
Tout en reconnaissant les efforts accomplis par l'Albanie en ce domaine, l'Union européenne appelle à poursuivre les réformes, quatre priorités étant définies :
· la liberté des médias ;
· la mise en oeuvre de la réforme de la justice ;
· la lutte contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants ;
· la lutte globale contre la corruption, notamment dans les marchés public).