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N° 3010 |
N° 847 |
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ASSEMBLÉE NATIONALE |
SÉNAT |
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CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958 DIX-SEPTIÈME LÉGISLATURE |
SESSION EXTRAORDINAIRE 2025 - 2026 |
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Enregistré à la présidence de l'Assemblée nationale |
Enregistré à la présidence du Sénat |
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le 2 juillet 2026 |
le 2 juillet 2026 |
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RAPPORT au nom de L'OFFICE PARLEMENTAIRE D'ÉVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES sur Hantavirus,
zoonoses, science et société : Compte rendu de l'audition publique du 18 juin
2026 par M. Pierre HENRIET, député, |
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Déposé sur le Bureau de l'Assemblée nationale par M. Pierre HENRIET, Premier vice-président de l'Office |
Déposé sur le Bureau du Sénat par M. Stéphane PIEDNOIR, Président de l'Office |
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Composition de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques Président M. Stéphane PIEDNOIR, sénateur Premier vice-président M. Pierre HENRIET, député Vice-présidents |
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M. Jean-Luc FUGIT, député M. Gérard LESEUL, député M. Alexandre SABATOU, député |
Mme Florence LASSARADE, sénatrice Mme Anne-Catherine LOISIER, sénatrice M. David ROS, sénateur |
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DÉPUTÉS |
SÉNATEURS |
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M. Alexandre ALLEGRET-PILOT M. Maxime AMBLARD M. Éric BOTHOREL M. Joël BRUNEAU M. Lionel DUPARAY Mme Olga GIVERNET M. Maxime LAISNEY Mme Mereana REID ARBELOT M. Arnaud SAINT-MARTIN M. Emeric SALMON M. Jean-Philippe TANGUY Mme Mélanie THOMIN Mme Dominique VOYNET |
M. Arnaud BAZIN Mme Martine BERTHET Mme Alexandra BORCHIO FONTIMP M. Patrick CHAIZE M. André GUIOL M. Ludovic HAYE M. Olivier HENNO Mme Sonia de LA PROVÔTÉ M. Pierre MÉDEVIELLE Mme Corinne NARASSIGUIN M. Pierre OUZOULIAS M. Daniel SALMON M. Bruno SIDO M. Michaël WEBER |
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CONCLUSIONS DE L'AUDITION PUBLIQUE DU 18 JUIN 2026 SUR « HANTAVIRUS, ZOONOSES, SCIENCE ET SOCIÉTÉ : QUELLES LEÇONS POUR L'AVENIR ? »
Le 2 mai 2026, un foyer d'infection à hantavirus de souche Andes a été détecté à bord du MV Hondius, un navire battant pavillon néerlandais, alors en route vers le Cap-Vert. Dès le 4 mai, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé ce cluster et déclenché une alerte sanitaire internationale.
Le hantavirus Andes est une espèce de virus à part entière de la famille des Hantaviridae. Il peut donner lieu à une zoonose, c'est-à-dire une maladie infectieuse transmise de l'animal à l'homme. Identifié dès 1995, il présente la particularité de pouvoir être transmis d'humain à humain, après la contamination initiale par un animal. Sa létalité est élevée.
Au total, treize cas ont été recensés, dont douze confirmés et un probable, entraînant trois décès, exclusivement parmi les passagers et membres d'équipage du navire. Le 10 mai, cinq croisiéristes ressortissants français ont été rapatriés, et l'unique cas confirmé sur le territoire national a été pris en charge à l'hôpital Bichat - Claude-Bernard. Aucun nouveau cas n'a été signalé depuis le 25 mai 2026.
Si cette crise a donc fortement mobilisé la communauté scientifique et les pouvoirs publics, elle a également été marquée par des réactions parfois disproportionnées, voire déconnectées de la réalité du risque, dans le débat public et médiatique.
Pourtant, dès le 7 mai, le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, tentait de rassurer le public en affirmant que ce foyer de cas ne représentait qu'un risque très faible d'épidémie ou de pandémie. En France, le discours scientifique a également cherché à nuancer le parallèle fait avec la covid-19 dans le débat public, en soulignant que la transmission interhumaine, bien que possible, nécessitait toutefois des contacts rapprochés, ce qui limite la probabilité d'une forte virulence de l'épidémie.
Face à ces réactions, et dans un contexte où les activités humaines comme la transformation des écosystèmes menacent d'accroître la récurrence des crises épidémiques, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a décidé de faire un point sur le hantavirus - et, plus largement, sur la question des zoonoses -, afin d'en déterminer les implications pour la science et la société.
Avec une approche pluridisciplinaire, une audition publique a permis d'explorer trois grands thèmes. D'abord, les caractéristiques des hantavirus et la spécificité de celui des Andes. Ensuite, la manière dont cet épisode s'inscrit dans une dynamique plus large d'exposition accrue aux zoonoses, sous l'effet des activités humaines et des transformations des écosystèmes. Enfin, l'esquisse des quelques grandes leçons que l'on peut tirer de cet épisode, notamment en ce qui concerne nos rapports aux épidémies, leur représentation dans le débat public et leur gestion par les pouvoirs publics.
Les intervenants étaient :
- Jean-Claude Manuguerra, chef de la cellule d'intervention biologique d'urgence (CIBU) et responsable adjoint du Centre national de référence (CNR) des hantavirus à l'Institut Pasteur ;
- Yazdan Yazdanpanah, chef du service de maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat - Claude-Bernard, directeur de l'Agence nationale de recherche sur le sida, les hépatites et les maladies infectieuses émergentes (ANRS - MIE) ;
- Serge Morand, écologue et biologiste, directeur de recherche CNRS, membre du One Health High-Level Expert Panel (OHHLEP) ;
- Patrice Bourdelais, démographe et historien, spécialiste des épidémies ;
- Didier Lepelletier, directeur général de la santé (DGS).
I. LES HANTAVIRUS : UNE FAMILLE DE VIRUS ZOONOTIQUES CONNUE, DONT L'ESPÈCE DES ANDES PRÉSENTE PLUSIEURS PARTICULARITÉS
A. UNE FAMILLE DE VIRUS CONNUE
1. La famille des hantavirus regroupe un grand nombre de virus émergents présents dans toutes les régions du monde
Jean-Claude Manuguerra a présenté les caractéristiques des Orthohantavirus, genre de la famille des Hantaviridae (ordre des Elliovirales), qui contient actuellement 41 espèces. Le génome de ces virus segmentés à ARN enveloppé est porté par trois brins d'ARN. Cette constitution permet des variations génétiques importantes au sein de la sous-famille des Orthohantavirus.
Ces virus émergents sont présents dans toutes les régions du globe ; « depuis une trentaine d'années, le nombre de virus connus, d'épidémies et de cas humains associés est en augmentation ».
L'histoire de l'identification des hantavirus remonte à la guerre de Corée (1951-1954). Pendant ce conflit, plus de 3 000 soldats américains ont contracté une fièvre hémorragique associée à des symptômes rénaux, avec un taux de létalité de 10 à 15 %. Ce syndrome, alors appelé fièvre hémorragique de Corée, marqua la première description clinique de ces pathogènes.
Les avancées scientifiques ont ensuite permis d'isoler et de caractériser plusieurs souches :
- en 1976, le virus Hantaan est isolé à partir d'un mulot rayé (Apodemus agrarius), près de la rivière Hantaan en Corée, qui donnera par la suite son nom à la famille des hantavirus ;
- en 1979, le virus Seoul est identifié chez des personnes manipulant des rats en Corée ;
- en 1980, le virus Puumala est découvert en Europe, responsable de néphropathies épidémiques (NE) et associé au campagnol roussâtre ;
- en 1993, l'identification de la souche Sin Nombre aux États-Unis constitue la première identification d'un hantavirus sur le continent américain. Depuis, vingt hantavirus dits du Nouveau Monde y ont été découverts.
En ce qui concerne les modes de transmission des hantavirus, Jean-Claude Manuguerra a souligné qu'ils franchissent peu la barrière d'espèce : ils se transmettent rarement d'une espèce animale à une autre et ne se propagent pas entre rongeurs d'espèces différentes. Ils n'induisent en outre aucune maladie chez leurs hôtes animaux, qui, bien que contaminés et capables de se transmettre le virus entre eux, demeurent asymptomatiques.
Par ailleurs, si plusieurs espèces animales peuvent être porteuses de hantavirus (des chauves-souris, des insectivores, mais aussi des poissons et un reptile), seuls ceux transmis par les rongeurs sont pathogènes pour l'homme. À ce jour, l'International Committee on Taxonomy of Viruses (ICTV) en recense 25, avec une tendance à l'augmentation des cas humains associés, soulignée par Jean-Claude Manuguerra.
La transmission à l'homme demeure rare. Elle intervient le plus souvent par l'inhalation d'aérosols contaminés par les excreta (urines, selles) ou la salive des rongeurs infectés. Le diagnostic repose sur la réalisation d'une sérologie (recherche d'anticorps) ou d'une RT-PCR (détection directe du virus par l'ARN). Les cas surviennent généralement en milieu rural, où se concentrent les populations de rongeurs. À ce jour, seul le hantavirus Andes peut se transmettre de personne à personne. Pour les autres hantavirus, l'homme représente un « cul-de-sac épidémiologique ».
2. Des infections relativement peu fréquentes mais une létalité qui peut être élevée lorsqu'il s'agit d'un hantavirus du Nouveau Monde
Jean-Claude Manuguerra a rappelé que les régions les plus touchées par la fièvre hémorragique à hantavirus sont la Chine, l'Europe centrale et l'Europe de l'Est.
Yazdan Yazdanpanah a quant à lui insisté sur le fait qu'il existe chaque année des centaines de cas recensés en France1(*) et en Europe. La crise liée au foyer d'infections sur le MV Hondius n'a donc pas marqué la découverte d'un nouveau virus, comme cela a pu être suggéré dans le débat public.
Chez l'homme, les hantavirus provoquent deux types de maladies distinctes selon les régions :
- en Europe et en Asie (Ancien Monde), une fièvre hémorragique à syndrome rénal (FHSR), qui présente un taux de létalité entre 0,40 et 10 % ;
- en Amérique (Nouveau Monde), un syndrome cardio-pulmonaire grave (HPS), avec un taux de létalité élevé, de l'ordre de 30 à 60 % selon les souches.
Répartition géographique des hantavirus
Source : Vial et al., Hantavirus in
humans: a review of clinical aspects and management, The Lancet, 2023,
projeté par Jean-Claude Manuguerra.
Lecture : Aire
géographique, Nombre moyen de cas annuels rapportés sur la
période 2000-2020, Souches
|
Région |
Cas annuels moyens |
Létalité |
|
Chine |
12 800 |
1,30 % |
|
Corée du Sud |
300-600 |
1 % |
|
Russie |
7 300 |
0,40 % |
|
Europe |
2 811 |
Variable |
|
États-Unis |
30 |
35 % |
|
France |
108 |
Faible |
|
Canada |
109 |
25 % |
|
Argentine |
120 |
35-40 % |
|
Afrique |
Très rares |
- |
Source : Données tirées de la
présentation de Jean-Claude Manuguerra.
Pour la France :
https://www.santepubliquefrance.fr/hantavirus/donnees
3. L'absence de traitement spécifique et de vaccins souligne la nécessité d'une collaboration internationale accrue en matière de recherche
Yazdan Yazdanpanah a rappelé qu'à ce jour il n'existe en France aucun traitement spécifique des infections à hantavirus, ni de vaccin permettant de les prévenir.
Dans ce contexte, la prise en charge clinique des patients est dite « symptomatique » ou « de support » car elle se concentre sur la prise en charge des symptômes associés à l'infection, c'est-à-dire des symptômes proches de ceux de la grippe en phase initiale (fièvre, maux de tête, douleurs musculaires), puis, en fonction de la souche, soit une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (Ancien Monde), soit un syndrome cardio-pulmonaire avec défaillance respiratoire et cardiaque (Nouveau Monde).
La recherche progresse cependant, avec l'identification de candidats-vaccins et de candidats-traitements, dont l'efficacité chez l'homme reste toutefois à confirmer.
À ce titre, et en réponse à une question posée par un internaute, Yazdan Yazdanpanah a appelé à la prudence quant aux conclusions hâtives que l'on pourrait tirer de premiers résultats positifs de candidats-traitements, à l'image du favipiravir, traitement pour la grippe approuvé au Japon en 2014 et qui a montré des résultats encourageants pour le hantavirus chez les hamsters2(*). Il a rappelé l'exemple de la variole B (mpox), pour laquelle une molécule (le tecovirimat) a été utilisée pendant trois ans sur la base de données précliniques mais qui s'est avérée inefficace à l'issue d'essais cliniques randomisés. D'où l'importance selon lui de distinguer clairement les candidats-traitements des traitements validés, et d'orienter la stratégie thérapeutique vers un renforcement des partenariats avec les pays touchés par ces virus (Chili, Argentine, etc.) où des centaines de cas annuels permettent des études cliniques plus robustes. À cet égard, Yazdan Yazdanapanah a insisté sur la pertinence de l'approche collaborative afin de fédérer les acteurs (chimistes, virologues, chercheurs fondamentaux) autour du développement de traitements antiviraux à large spectre, efficaces contre plusieurs familles virales, ce qui nécessite toutefois la mobilisation de financements.
En matière de vaccins, si aucun n'est encore approuvé, certains comme Hantavax développé en Corée du Sud, ont montré des résultats encourageants. Ils présentent toutefois des limites en termes d'efficacité et n'offrent pas une couverture contre tous les hantavirus. Dans ce domaine également, Yazdan Yazdanpanah a insisté sur la nécessité de la recherche et de la coopération, notamment via la création de plateformes de recherche, à l'instar de la plateforme I-REIVAC Emergence, créée dans le sillon de la crise liée à la covid-19 et portée conjointement par l'Inserm et l'ANRS-MIE.
* 1 Par exemple le virus Puumala, présent dans le quart Nord-Est de la France.
* 2 Safronetz D, Falzarano D, Scott DP, Furuta Y, Feldmann H, Gowen BB, « Antiviral efficacy of favipiravir against two prominent etiological agents of hantavirus pulmonary syndrome », Antimicrob Agents Chemother, 2013. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23856782/
