B. LE HANTAVIRUS ANDES À L'ORIGINE DU FOYER D'INFECTIONS SUR LE MV HONDIUS PRÉSENTE PLUSIEURS PARTICULARITÉS

1. Identifié dès 1995, le hantavirus Andes présente une létalité importante

Jean-Claude Manuguerra a rappelé que le Orthohantavirus andesense (ANDV) est une espèce virale à part entière au sein du genre des Orthohantavirus et compte de nombreux variants. Classifié comme un virus du Nouveau Monde, il est associé à un syndrome cardio-pulmonaire grave.

Il a été identifié pour la première fois en 1995 à partir de biopsies pulmonaires réalisées chez un patient décédé d'un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) à El Bolsón, dans le sud-ouest de l'Argentine. Trois cas au sein de sa famille avaient alors été recensés. En 1997, une vingtaine de cas ont été signalés dans les régions d'El Bolsón, Bariloche et Esquel, dont dix décès. Cette concentration inhabituelle d'infections avait déjà conduit les chercheurs à s'interroger sur une éventuelle transmission interhumaine.

Élevé, son taux de létalité est compris entre 25 et 30 %, avec des pics dans certains pays, par exemple au Brésil (55 %) et en Argentine (32 %). Dans le cas du foyer d'infections survenu à bord du MV Hondius, le taux de mortalité a atteint 23 % (3 décès sur 13 cas à ce jour)3(*).

Le réservoir animal du virus Andes est le rat pygmée de rizière à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus). Ce petit rongeur natif de l'Amérique du Sud dont l'aire de répartition s'étend du nord du Chili et du Nord-Ouest de l'Argentine jusqu'à la Patagonie, fréquente principalement les milieux forestiers, les zones broussailleuses et les habitats situés à proximité de points d'eau4(*).

La transmission à l'être humain répond au même mécanisme que pour les autres Orthohantavirus, principalement par inhalation d'aérosols contaminés par les excreta de rongeurs infectés. À cet égard, Didier Lepelletier a souligné que c'est très probablement de cette manière qu'a eu lieu la contamination du couple hollandais à l'origine du premier cas d'infection sur le MV Hondius où il a embarqué le 1er avril 2026. Comme indiqué par Jean-Claude Manuguerra, si tous les cas humains d'infection par le virus Andes ou ses variants sont observés dans les régions où le rat pygmée de rizière à longue queue est présent, les mobilités liées au tourisme peuvent exporter le virus en dehors de cette zone.

2. Le risque épidémique lié à la transmission interhumaine demeure limité par une contagiosité relativement faible

Outre sa létalité élevée, Jean-Claude Manuguerra a souligné que le virus Andes se distingue des autres Orthohantavirus par sa capacité à se transmettre d'humain à humain. Alors que l'homme constitue habituellement un « cul-de-sac épidémiologique » pour les hantavirus, plusieurs foyers de cas ont confirmé l'existence de cette transmission interhumaine, phénomène qui semble à ce jour exclusif au virus Andes.

Pour autant, comme l'ont souligné les intervenants, cela ne signifie pas nécessairement que le virus présente un fort potentiel épidémique. Les données disponibles suggèrent au contraire une contagiosité relativement limitée du fait d'une transmission qui nécessite des contacts étroits et prolongés.

À cet égard, Didier Lepelletier a présenté les résultats d'une étude publiée en 2020 portant sur le cluster d'Epuyén en Argentine, survenu entre 2018 et 20195(*), à la suite d'une fête d'anniversaire réunissant une centaine de personnes à laquelle avait participé un patient de 70 ans en phase prodromique de la maladie. Cet événement a conduit à 34 cas d'infection par le virus Andes, dont 11 décès. L'étude a permis de confirmer l'existence d'une transmission interhumaine, associée à des contacts rapprochés et prolongés. Les auteurs ont estimé le taux de reproduction R0 de l'épidémie à 2,12. Didier Lepelletier a rappelé qu'il s'agissait d'un niveau largement inférieur à celui de maladies comme la rougeole, dont le R0 est généralement compris entre 12 et 18.

Le virus Andes ne se transmet donc pas selon une dynamique comparable à celle observée pour le SARS-CoV-2. Comme l'a rappelé Didier Lepelletier, la physiopathologie de l'infection, marquée par une atteinte endothéliale et des phénomènes de fuite capillaire pouvant conduire à un oedème pulmonaire, ne favorise pas une diffusion aussi efficace que celle permise par d'autres virus respiratoires.

Les premières observations tirées du cluster du MV Hondius tendent à confirmer ce constat. Alors même qu'un navire de croisière constitue en théorie un environnement favorable à la propagation de virus, en raison de la promiscuité qu'il implique, les contaminations ont principalement concerné des personnes ayant entretenu des contacts étroits et prolongés avec les cas positifs, notamment car ils partageaient une même cabine. Par ailleurs, aucun cas secondaire n'a été identifié parmi les passagers des vols aériens ayant transporté des personnes infectées sur ce navire.

Didier Lepelletier a enfin rappelé que les mesures d'hygiène et les gestes barrières semblent particulièrement efficaces pour réduire le risque de transmission : dans le cas du foyer d'Epuyén précité, l'identification précoce des cas, l'isolement des personnes symptomatiques et la limitation des contacts ont permis de ramener le taux de reproduction à un niveau inférieur à 1 (R0 = 0,96 contre 2,12 avant la mise en place de ces mesures).

3. Les incertitudes qui entourent encore le virus Andes soulignent la nécessité de poursuivre les efforts de recherche

Les connaissances scientifiques demeurent incomplètes quant aux mécanismes exacts de la transmission du virus Andes. À cet égard, Yazdan Yazdanpanah a souligné l'importance de déterminer avec précision à partir de quel moment un patient infecté devient contagieux, question qui s'était avérée déterminante dans la stratégie de lutte contre l'épidémie de covid-19. Cela suppose d'identifier la durée d'incubation, aujourd'hui estimée entre deux et six semaines pour le hantavirus Andes, ainsi que la temporalité de la phase prodromique, pendant laquelle les personnes infectées présentent des symptômes avant-coureurs de la maladie tels que la fatigue, la fièvre, les nausées ou certains troubles digestifs sans encore être malades.

Cette dernière phase serait la période la plus à risque de transmission car les patients ne sont pas encore hospitalisés et ont tendance à attribuer leurs symptômes à un simple état grippal, de fatigue, ou à un inconfort passager, ce qui les conduit à maintenir leurs interactions sociales habituelles. Or, Yazdan Yazdanpanah a souligné que l'estimation de cette période de contagiosité, aujourd'hui située aux alentours de 48 heures avant l'apparition des symptômes, repose seulement sur des observations empiriques.

Jean-Claude Manuguerra a relevé que dans le cas du cluster apparu sur le MV Hondius, certains passagers ayant présenté des symptômes tels qu'une fatigue inhabituelle ou des épisodes diarrhéiques, n'avaient pas ensuite été identifiés comme des cas d'infection. Une investigation sérologique plus approfondie aurait pu révéler l'existence d'infections asymptomatiques ou passées inaperçues, ce qui permettrait de mieux comprendre les caractéristiques du virus Andes.

Dans cette perspective, Yazdan Yazdanapanah a annoncé la mise en place par l'ANRS-MIE, dans le cadre d'un partenariat entre plusieurs pays dont étaient ressortissants les passagers du MV Hondius, de cohortes épidémiologiques de suivi des cas et de leurs contacts, pour essayer de mieux comprendre l'histoire naturelle du virus et l'impact de l'isolement sur les personnes concernées. Articulées aux initiatives internationales de l'OMS (via le Consortium de recherche ouverte collaborative - CORC) et de l'Union européenne (partenariat Be-Ready), ces cohortes doivent déterminer la fréquence des formes asymptomatiques ou paucisymptomatiques, le niveau réel de transmissibilité (R effectif), l'impact des mesures de gestion, la persistance virale dans les fluides biologiques et le caractère infectieux, la sévérité (facteurs prédictifs et mécanismes physiopathologiques), les séquelles à long terme, ou encore les conséquences psycho-sociales des mesures de gestion6(*).

La plateforme NAVIS qui abrite cette collaboration internationale de recherche regroupe des institutions scientifiques de 21 pays7(*), dont la France, l'Allemagne, les États-Unis, et le Japon.


* 3 Données transmises par l'ANRS-MIE.

* 4 Christiane Denys, « Qui est le rat pygmée de rizière à longue queue, vecteur du hantavirus Andes ? », The Conversation, 20 mai 2026.

* 5 Martínez VP, Di Paola N, Alonso DO, et al, « “Super-Spreaders” and Person-to-Person Transmission of Andes Virus in Argentina », The New England Journal of Medicine, 2020.

* 6 Priorités de recherche sur le hantavirus Andes de l'ANRS-MIE. Voir : https://anrs.fr/wp-content/uploads/2026/05/priorites-de-recherche-hantavirus-1er-juin-2026.pdf

* 7  https://www.who.int/news/item/12-06-2026-twenty-one-countries-launch-coordinated-andes-virus-research-initiative-following-hantavirus-outbreak

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