II. LA CRISE LIÉE AU HANTAVIRUS S'INSCRIT DANS UNE DYNAMIQUE D'EXPOSITION CROISSANTE AUX ZOONOSES QUI JUSTIFIE LA MISE EN oeUVRE D'UNE APPROCHE DE TYPE « ONE HEALTH »

Dès 2008, une étude analysant 335 événements d'émergence de maladies infectieuses entre 1940 et 20048(*) a mis en évidence leur augmentation significative au cours du temps et confirmé que ces émergences sont majoritairement d'origine zoonotique (environ 60 % des cas). Cette étude a également permis de révéler la forte corrélation entre l'intensité de ces émergences et des facteurs socio-économiques, environnementaux, ou liés à la robustesse des capacités de surveillance épidémiques.

Dans ce cadre, Yazdan Yazdanpanah a souligné le caractère exceptionnel de l'année 2025 en matière d'émergences infectieuses, en citant notamment Ebola, le hantavirus, le mpox, ou encore la confirmation de deux cas de virus du Nil occidental à Paris en août 2025, qu'il a qualifié d'événement inédit. Il a également évoqué le risque lié au H5N1, en rappelant que, sous l'effet conjugué de la mondialisation, de l'urbanisation et de la densification des interactions entre humains et animaux, de nouvelles émergences sont susceptibles de se reproduire de manière plus fréquente dans les années à venir.

En effet, selon l'Institut Pasteur, avant le XXe siècle, en moyenne une pandémie se déclarait tous les siècles. Or, depuis le début des années 2000, six pandémies se sont déjà produites, toutes classées parmi les zoonoses : SRAS, grippe H1N1 pandémique, MERS-CoV, Zika, Ebola et covid-19.

A. L'INCIDENCE DES ACTIVITÉS HUMAINES SUR LES RISQUES INFECTIEUX ET ÉPIDÉMIQUES EST DÉSORMAIS BIEN DOCUMENTÉE

1. L'incidence du changement climatique d'origine anthropique

Serge Morand a souligné l'impact de la perte de biodiversité et de la simplification des paysages, sous l'effet de l'urbanisation et de la déforestation, qui contribuent à accroître les interfaces entre faune sauvage et populations humaines.

Dans le cas des hantavirus, ces transformations affectent les populations de rongeurs réservoirs et favorisent un rapprochement de leurs habitats avec ceux des humains.

Mais cette dynamique s'observe également pour d'autres zoonoses. À titre d'exemple, s'agissant de la grippe aviaire, Serge Morand a rappelé que les changements climatiques influencent les routes migratoires des oiseaux sauvages, ce qui modifie en retour les conditions de diffusion des virus dont ils constituent les réservoirs. Dès lors, le franchissement de la barrière d'espèce  notion qu'il a estimée de moins en moins pertinente dans une approche d'écologie de la santé , apparaît facilité. C'est ainsi que depuis le printemps 2024, le virus de la grippe aviaire a été identifié aux États-Unis dans plusieurs troupeaux de vaches laitières.

Serge Morand a également évoqué le rôle des facteurs climatiques, et notamment de l'influence des anomalies de variabilité climatique. Il a ainsi souligné le rôle des phénomènes océanographiques El Niño et La Niña, pour lesquels il a été démontré dans le cas du hantavirus Sin Nombre qu'ils affectent à la fois les cycles de population des rongeurs, l'intensité de la transmission virale et la dispersion des hôtes9(*).

Serge Morand a ajouté que l'étude et la compréhension de ces dynamiques environnementales permettent dans certains cas des alertes précoces. Le ministère de la Santé argentin avait ainsi émis une alerte en début d'année en lien avec des conditions climatiques défavorables et l'identification de zones à risque de contamination par le hantavirus Andes.

2. L'incidence des activités humaines

De manière générale, la croissance démographique, l'intensification des mobilités, l'urbanisation ou encore l'évolution des modes de production agricole favorisent l'augmentation des interfaces entre humains et faune sauvage et, en conséquence, les phénomènes de franchissement de la barrière d'espèce à l'origine de l'émergence des zoonoses.

Jean-Claude Manuguerra a illustré l'ancienneté des liens entre activités humaines et émergence des zoonoses à travers l'exemple de la guerre de Corée, durant laquelle les premières descriptions cliniques des hantavirus ont mis en évidence un passage du réservoir animal vers les populations militaires, puis vers la population civile.

Dans le cas du foyer infectieux à hantavirus Andes survenu sur le MV Hondius, le rôle des activités humaines, et l'extension des frontières des activités touristiques dans des zones de présence de réservoirs sont des facteurs explicites puisque le « patient zéro » revenait d'un voyage d'observation ornithologique dans une zone endémique de réservoir à hantavirus Andes. Le MV Hondius naviguait en effet pour une croisière animalière, avec plusieurs escales et des sorties d'observation prévues à chaque étape (Falkland, Sainte-Hélène et arrivée prévue au Cap-Vert).

Dans ce contexte, Serge Morand a rappelé la nécessité de distinguer les notions d'exposition et de vulnérabilité. Si l'exposition renvoie aux facteurs socio-économiques, d'habitat, de biodiversité, d'environnement et de transport, la vulnérabilité dépend de la qualité de nos systèmes de santé humaine, animale et environnementale et de leur capacité de détection et de réponse.


* 8 Jones KE, Patel NG, Levy MA, Storeygard A, Balk D, Gittleman JL, Daszak P, « Global trends in emerging infectious diseases », Nature, 2008.

* 9 Scott Carver, James N. Mills, Cheryl A. Parmenter, Robert R. Parmenter, Kyle S. Richardson, Rachel L. Harris, Richard J. Douglass, Amy J. Kuenzi, Angela D. Luis, « Toward a Mechanistic Understanding of Environmentally Forced Zoonotic Disease Emergence: Sin Nombre Hantavirus », BioScience, Volume 65, Issue 7, 1er juillet 2015, p. 651-666.

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