B. LA NÉCESSITÉ D'UNE APPROCHE DE TYPE « UNE SEULE SANTÉ »

1. Une approche pluridisciplinaire essentielle à la prévention et à l'anticipation des maladies infectieuses émergentes d'origine zoonotique

L'OMS définit le principe « Une seule santé » (ou One Health) comme « une approche intégrée et unifiée qui vise à équilibrer et à optimiser la santé des humains, des animaux, des végétaux et des écosystèmes [et qui] s'appuie sur les liens étroits et interdépendants qui existent entre ces domaines pour mettre au point de nouvelles méthodes permettant de surveiller et de combattre les maladies »10(*).

Serge Morand a insisté sur le fait que ce concept ne doit pas être envisagé comme un « slogan », mais comme une « approche » qui s'incarne à travers la collaboration de différentes disciplines et secteurs. Yazdan Yazdanpanah a également souligné son caractère de plus en plus « opérationnel », notamment face au phénomène d'antibiorésistance entre les mondes animal et humain.

Traditionnellement, la gestion des risques sanitaires repose sur trois piliers, décrits par Serge Morand : la préparation, la prévention et la réponse (« PPR »). La préparation et la réponse s'appuient notamment sur des laboratoires de diagnostic performants, des dispositifs de surveillance épidémiologique et d'investigation, des capacités de santé publique adaptées ainsi que sur la recherche en matière de vaccins, de traitements et de gestion des impacts à long terme. L'approche One Health invite quant à elle à élargir ce cadre en accordant une place centrale à la prévention en amont.

Comprendre les dynamiques environnementales qui favorisent l'émergence des zoonoses permet d'agir sur les facteurs de risque avant que la transmission à l'être humain ne survienne. À ce titre, Didier Lepelletier a insisté sur la nécessité de « passer d'une logique de réaction à une logique d'anticipation ».

Comme l'a rappelé Serge Morand, cela ne nécessite pas forcément une connaissance exhaustive des mécanismes en jeu. Bien souvent, les données disponibles sont suffisantes pour mettre en oeuvre des mesures de réduction du risque et appliquer le principe de précaution.

Dans cette perspective, Serge Morand a souligné deux apports majeurs de l'approche One Health :

- elle permet en premier lieu de mettre en place des systèmes d'alerte précoce grâce au développement d'une surveillance intégrée fondée sur des données biologiques et environnementales. Par exemple, dans le cas des hantavirus, l'étude des populations de rongeurs et notamment le suivi de leurs mouvements et de leur localisation permettent de prévoir le risque d'épidémie près d'un an à l'avance. Il en va de même pour d'autres maladies telles que la leptospirose, le choléra ou la fièvre de la vallée du Rift ;

- en second lieu, elle conduit à éclairer les mesures de prévention nécessaires pour réduire l'exposition à la source en agissant directement sur les facteurs environnementaux favorisant l'émergence des maladies. Cela passe notamment par des politiques d'aménagement du territoire ou de lutte contre la dégradation des environnements.

2. Une approche qui infuse de plus en plus les actions menées à l'échelle internationale comme nationale

Serge Morand a noté que la pandémie de covid-19 a permis une prise de conscience quant à la pertinence de l'approche One Health.

Ainsi, à l'échelle internationale, une alliance quadripartite, réunissant l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) a été créée en mars 2022. Elle s'appuie sur le One Health High-Level Expert Panel (OHHLEP), créé en mai 2021 et composé d'experts internationaux chargés d'apporter une expertise scientifique sur les facteurs d'émergence des pandémies, les mécanismes de transmission qui résultent de l'interface homme-animal-environnement ainsi que les stratégies de prévention des risques zoonotiques. Les travaux de l'OHHLEP ont notamment permis d'aboutir à une définition de l'approche One Health et à l'élaboration d'un cadre d'action qui fait du volet prévention du triptyque « PPR » une priorité.

Les intervenants ont indiqué que cette approche rencontre un écho croissant en France, à l'image de la définition d'une stratégie française en santé mondiale pour la période 2023-2027. Il en va de même de l'organisation du One Health Summit à Lyon en avril 2026, événement porté par la présidence française du G7 et qui a permis de réunir chefs d'État, organisations internationales, scientifiques et acteurs de terrain autour de ces enjeux.

Serge Morand a rappelé que la reconnaissance de l'approche One Health a permis d'aboutir au financement de divers projets de recherche, comme l'initiative française PREZODE (Preventing Zoonotic Disease Emergence) et son projet ASAMCO, financé à hauteur de 10 millions d'euros par l'Agence française de développement (AFD), afin de mieux comprendre les facteurs environnementaux et sociaux favorisant l'émergence de maladies infectieuses en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande), en Amérique latine (Mexique, Costa Rica et Haïti), et en Afrique (République démocratique du Congo).


* 10  https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/one-health

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