II. EXTRAIT DU COMPTE RENDU DE LA RÉUNION DU 2 JUILLET 2026 DE PRÉSENTATION DES CONCLUSIONS DE L'AUDITION PUBLIQUE DU 18 JUIN 2026

M. Stéphane Piednoir, sénateur, président de l'Office, corapporteur. - Mes chers collègues, nous commençons cette réunion de l'Office par l'examen des conclusions de l'audition publique intitulée « Hantavirus, zoonoses, science et société : quelles leçons pour l'avenir ? », organisée le 18 juin dernier.

Cette audition a fait suite au signalement par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le 4 mai 2026, d'un foyer d'infections à hantavirus de souche Andes à bord du MV Hondius, un navire de croisière battant pavillon néerlandais, alors en route vers le Cap-Vert.

Le hantavirus Andes est une espèce de virus à part entière de la famille des hantavirus. Il peut donner lieu à une zoonose, c'est-à-dire une maladie infectieuse transmise de l'animal à l'homme. Son réservoir principal est le rat pygmée de rizière à longue queue, un petit rongeur natif d'Amérique du Sud, endémique dans certaines régions du Chili et de l'Argentine.

Identifié dès 1995, le virus Andes présente la particularité de pouvoir être transmis d'humain à humain, après la contamination initiale par ce rat pygmée. Sa létalité est élevée, ce qui le différencie de la covid-19.

Au total, 13 cas ont été recensés, entraînant trois décès, exclusivement parmi les passagers et les membres d'équipage du navire. Depuis le 25 mai, aucun nouveau cas n'a été détecté et depuis le 21 juin, tous les Français cas contacts sont sortis de leur isolement hospitalier. La semaine dernière, l'OMS a annoncé qu'en l'absence de nouveaux cas, elle déclarerait l'épidémie terminée ce jeudi 2 juillet.

Si ce foyer d'infections a fortement mobilisé les organisations internationales, les pouvoirs publics nationaux et la communauté scientifique au cours des deux derniers mois, elle a aussi donné lieu à une forme d'emballement médiatique. En retour, une perception erronée et parfois trompeuse de la menace épidémique s'est diffusée dans le débat public, ce qui n'est pas sans lien avec le traumatisme qu'a constitué la covid-19.

Face à ces réactions, et alors que les scientifiques nous alertent quant aux effets des activités humaines et de la transformation des écosystèmes sur la récurrence des épidémies, il nous est apparu pertinent avec Pierre Henriet de faire un point en organisant une audition publique.

Nous avons eu la chance d'accueillir des experts reconnus, qui nous ont permis d'atteindre un niveau de détail important sur ce sujet complexe, ce qui est toujours intéressant pour les non-spécialistes que nous sommes.

En conclusion de cette audition, nous dressons cinq constats.

D'abord, il est important de rappeler que les différentes souches de la famille des hantavirus sont connues des scientifiques depuis des décennies. Elles sont responsables de milliers de cas annuels partout dans le monde, avec une gravité variable.

Ensuite, le virus Andes à l'origine du foyer d'infections sur le MV Hondius se distingue des autres hantavirus à double titre : d'une part, sa létalité est élevée en comparaison des souches d'Europe et d'Asie, d'autre part, il est à ce jour le seul hantavirus capable de se transmettre de personne à personne. Toutefois, cette transmission interhumaine n'implique pas une forte contagiosité puisque la contamination requiert des contacts étroits et prolongés.

Par ailleurs, il existe un lien désormais bien documenté entre les facteurs environnementaux, climatiques et socio-économiques et l'émergence des zoonoses. La crise de mai-juin 2026 en est l'exemple.

Notre quatrième constat tient aux réactions suscitées par cette crise dans le débat public, qui ont agi comme autant de révélateurs de nos rapports aux risques infectieux. Ces rapports sont eux-mêmes marqués par la mémoire vive des épidémies passées, notamment par la mémoire récente de la covid-19.

Enfin, la gestion de cet épisode s'est appuyée sur une mobilisation institutionnelle et scientifique d'ampleur, qui a globalement su tirer les leçons des épidémies passées, à l'échelle internationale comme nationale.

Pierre Henriet va maintenant revenir plus précisément sur ces cinq constats.

M. Pierre Henriet, député, premier vice-président de l'Office, corapporteur. - Le premier constat est un rappel : celui des caractéristiques des hantavirus qui, contrairement à ce qui a pu être sous-entendu dans le débat public, n'ont pas été découverts à l'occasion du cluster de cas apparu sur le navire de croisière.

Au contraire, la famille des hantavirus regroupe un grand nombre de virus émergents, étudiés depuis des décennies et présents dans toutes les régions du monde. Leur première description clinique remonte à la guerre de Corée, qui a vu plus de 3 000 soldats américains contracter une fièvre hémorragique, avec un taux de létalité compris entre 10 et 15 %. Grâce aux avancées scientifiques, plusieurs souches ont ensuite pu être caractérisées, dont le virus Hantaan, du nom de la rivière coréenne où il a été découvert, et qui a finalement donné son nom à toute cette famille virale.

Aujourd'hui, on dénombre 41 espèces de virus appartenant au genre des Orthohantavirus, dont 25 sont pathogènes pour l'Homme.

Ces virus sont regroupés en deux grandes catégories. D'une part, les virus dits de l'Ancien Monde, répartis principalement en Europe et en Asie. Ils sont associés à une fièvre hémorragique à syndrome rénal et leur létalité est relativement faible, de l'ordre de 0,4 % à 10 % selon les souches.

Ils donnent lieu à des milliers de cas chaque année, notamment en France où l'on en recense en moyenne plus de 100 par an, principalement liés à la souche Puumala, présente dans le quart Nord-Est de l'Hexagone. D'autre part, les virus dits du Nouveau Monde, identifiés sur le continent américain à partir de 1993 et associés à des syndromes cardio-pulmonaires graves. Ils représentent un nombre plus faible d'infections que les virus européens et asiatiques mais leur létalité est plus élevée, de l'ordre de 30 à 60 % selon les souches. On dénombre environ 300 cas par an.

Pour tous ces virus, il n'existe ni traitements ni vaccins approuvés. Cette situation souligne la nécessité de créer des plateformes de recherche internationales pour mutualiser les travaux et les financements.

Le deuxième constat concerne le hantavirus Andes, à l'origine du foyer d'infections sur le MV Hondius. Ce virus se distingue à la fois par sa létalité élevée et par sa capacité, unique parmi les hantavirus, à se transmettre d'une personne à une autre. Pour autant, cette transmission interhumaine ne signifie pas que le virus est fortement contagieux.

Identifié pour la première fois en Argentine en 1995, il présente un taux de létalité élevé, entre 25 et 30 % (23 % à ce jour pour le cluster apparu sur le MV Hondius). Comme pour la majorité des hantavirus, la contamination initiale de l'animal à l'homme se fait par l'inhalation d'aérosols contaminés par les excreta de rongeurs infectés. En revanche, la transmission entre humains semble nécessiter des contacts étroits et prolongés, ce qui explique le nombre limité de cas observés à bord du MV Hondius, alors même qu'un bateau de croisière constitue en théorie un environnement particulièrement favorable à la diffusion d'un virus.

Les données disponibles confirment cette contagiosité relativement faible. Le nombre de reproduction de base, ou R0, bien connu depuis la crise de la covid-19, a été estimé pour un précédent foyer à environ 2,12 ; il chute à 0,96 lorsque des mesures d'hygiène et d'isolement sont mises en oeuvre. À titre de comparaison, le R0 de la rougeole est compris entre 12 et 18.

Il convient néanmoins de souligner que des incertitudes persistent, notamment sur la durée exacte de la période de contagiosité et sur les mécanismes précis de la transmission interhumaine, ce qui met en évidence la nécessité de poursuivre les travaux de recherche dans le but d'améliorer les stratégies de prévention et de gestion sanitaire.

Troisième constat : la crise liée au hantavirus Andes est un symptôme de l'exposition croissante de nos sociétés aux zoonoses sous l'effet conjoint des activités humaines et du changement climatique.

Une étude de 2008 a mis en évidence l'augmentation du nombre de maladies infectieuses émergentes, en montrant qu'environ 60 % d'entre elles sont d'origine zoonotique. Avant le XXe siècle, en moyenne une pandémie se déclarait par siècle. Depuis le début des années 2000, six pandémies se sont déjà produites, toutes classées parmi les zoonoses.

Deux facteurs expliquent cette tendance.

Le premier tient aux transformations de notre environnement. Le changement climatique d'origine anthropique, le déclin de la biodiversité, la déforestation ou encore l'urbanisation sont autant de bouleversements qui modifient les écosystèmes et favorisent les contacts entre la faune sauvage et les populations humaines.

Le second facteur résulte de la manière dont les sociétés humaines occupent et parcourent cet environnement en mutation. La croissance démographique, l'intensification des mobilités internationales ou encore le développement du tourisme vers des espaces naturels jusqu'alors préservés, multiplient les occasions de contacts entre l'homme et les réservoirs animaux. Le foyer survenu à bord du MV Hondius en est un parfait exemple puisqu'il abritait une croisière animalière.

Notre quatrième constat concerne la réception de la crise liée au hantavirus Andes dans le débat public, qui a donné lieu à un phénomène d'« infodémie », révélateur de nos rapports aux risques infectieux, hérités de représentations historiques ancrées dans les mémoires collectives.

Des réactions sans lien avec l'état réel de la menace épidémique se sont rapidement diffusées, mettant les canaux de communication institutionnels sous tension. Les comparaisons avec la covid-19 ont alimenté les inquiétudes, sans qu'elles ne soient pour autant appuyées sur des vérités scientifiques. Ainsi, au coeur de la crise, au moment du rapatriement des passagers français du bateau, l'agence de vérification de Radio France a révélé que huit des dix contenus consacrés au hantavirus les plus partagées sur Facebook étaient trompeurs ou complotistes.

Ces réactions témoignent de la persistance des représentations collectives issues des crises sanitaires passées, la pandémie de covid-19 ayant durablement accru notre sensibilité à la mort épidémique. Tous ces éléments plaident pour un renforcement des efforts de pédagogie dans la communication institutionnelle liée aux menaces infectieuses.

Notre cinquième et dernier constat dresse un bilan globalement positif de la gestion sanitaire de ce foyer d'infections.

À l'échelle internationale, l'OMS et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) ont rapidement formulé des recommandations et des lignes directrices. La communauté scientifique internationale a également fait preuve d'une forte capacité de coordination, qui se poursuit aujourd'hui avec la constitution de cohortes de suivi, articulées aux initiatives de l'Union européenne et de l'OMS.

À l'échelle nationale, la gestion de la crise s'est appuyée sur la mobilisation d'un nombre important d'acteurs et de moyens. Elle a bénéficié des enseignements tirés de la pandémie de covid-19 et de la création en 2024 d'un centre de crise sanitaire au sein de la direction générale de la santé. La réponse sanitaire s'est développée à partir d'un principe de « précaution maximale », qui s'est notamment traduit par un isolement strict des personnes exposées.

M. Stéphane Piednoir, sénateur, président de l'Office, corapporteur. - Au regard de ces observations, nous vous proposons d'adopter quatre recommandations.

La première porte sur le travail de recherche, qu'il convient de poursuivre afin d'éclairer les mesures de prévention et d'orienter efficacement la politique de gestion sanitaire dans l'hypothèse de futurs foyers de cas à hantavirus ; hypothèse que l'on peut estimer probable, compte tenu de la récurrence de ces émergences infectieuses. Cela nécessite à la fois de renforcer les systèmes de surveillance en amont et d'encourager la constitution de cohortes de suivi des cas et de leurs contacts en aval, à l'instar du projet NAVIS piloté par l'ANRS.

La deuxième recommandation vise à encourager la mise en place de plateformes collaboratives internationales pour le développement de traitements et de vaccins. De telles plateformes permettraient de mutualiser les coûts et de compenser la défaillance de marché liée à la rareté des cas de hantavirus, qui peut conduire à un sous-financement de ces initiatives par les acteurs privés.

En troisième lieu, nous recommandons de poursuivre les efforts de financement des projets de recherche s'inscrivant dans l'approche One Health.

Replacer les maladies émergentes dans leur contexte environnemental nous paraît indispensable. D'une part, car cela permet de développer des systèmes d'alerte précoce. Par exemple, dès le début de l'année 2026, le ministère de la santé argentin avait émis une alerte en lien avec des conditions climatiques défavorables qui permettaient d'identifier des zones à risque de contamination par le hantavirus Andes. D'autre part, car cette approche permet d'éclairer les mesures de prévention à la source, notamment en matière d'aménagement du territoire et de protection de la biodiversité.

La reconnaissance institutionnelle accrue dont bénéficie l'approche One Health depuis la covid-19 doit désormais s'incarner par un soutien financier aux initiatives de recherche pluridisciplinaires qui la mettent en oeuvre.

Enfin, une quatrième recommandation vise à encourager les efforts de pédagogie auprès du grand public, en amont comme pendant les périodes de crise, en s'appuyant sur des outils et des modalités de communication à même de susciter la confiance envers la parole institutionnelle et scientifique, l'objectif étant de prévenir les phénomènes d'emballement médiatique.

L'Office adopte à l'unanimité les conclusions de l'audition publique sur « Hantavirus, zoonoses, science et société : quelles leçons pour l'avenir ? » et autorise la publication, sous forme de rapport, du compte rendu de l'audition et des conclusions.

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