CONCLUSION
Le
vieillissement démographique est un phénomène
inéluctable et irréversible qui concerne l'ensemble des pays
développés. Il correspond à un mouvement de fond,
l'allongement de l'espérance de vie, qui s'accompagne d'un allongement
équivalent de l'espérance de vie en bonne santé. On peut
se réjouir de cette évolution tout en constatant qu'elle est
source de difficultés et d'incertitudes et qu'elle aura un coût.
Que la forte augmentation de la proportion des personnes âgées et
la stagnation, ou même la diminution du nombre de personnes en âge
de travailler soit un facteur de perturbations majeures ne peut être
nié. Mais il est difficile de dire aujourd'hui quelle sera la nature et
l'ampleur de ces perturbations. On ne sait rien en effet des comportements et
des capacités d'
anticipation
des agents économiques
à un phénomène totalement
nouveau
. Pas plus qu'on
ne peut prévoir l'incidence du recul de la vieillesse
" réelle " sur les attitudes individuelles.
Tout exercice de prospective s'accompagne de scénarios. Le plus noir
serait celui d'une économie dont le dynamisme serait entravé par
l'insuffisance du nombre des entrées de jeunes dans la population
active, où la persistance du chômage ne permettrait pas de
résoudre la question des fins de carrière des travailleurs
vieillissants. Derrière ce scénario se profile celui de la
" guerre des âges ", redoutée par certains, mais que
votre rapporteur, à la lumière des solidarités
intergénérationnelles de toute nature que l'on observe
déjà, considère comme peu probable.
Le scénario le plus optimiste serait inspiré par la thèse
de la " fin du travail ", dans laquelle la forte croissance de la
productivité, y compris dans les secteurs des services à la
personne, permettrait aux actifs de financer l'inactivité sans baisse
des revenus. La réalité sera bien sûr un compromis mouvant
et instable entre différents éléments de ces deux
scénarios extrêmes. La seule certitude est que seule
l'augmentation des
taux d'activité
des jeunes, des adultes en fin
de carrière et des
travailleurs âgés
permettra
à l'économie française d'utiliser à plein ses
capacités de croissance. Ceci suppose une
renégociation
du
contrat entre les générations qui permette de
répartir
plus harmonieusement le temps de travail et
d'inactivité tout au long de la vie. Cela passe par des dispositifs
d'aménagements du
temps de travail
, notamment pour les plus
âgés, différents de ceux qui sont proposés
aujourd'hui.
Reste le problème du prix à payer pour l'allongement de
l'espérance de vie, autrement dit celui des retraites. Celui-ci n'est
pas réellement de nature macroéconomique : il
n'entraîne pas un transfert de charges entre ménages et
entreprises ou administrations publiques. De plus, l'augmentation de la
productivité permettra d'assurer la progression du niveau de vie de
tous, actifs comme retraités. La question n'est donc pas tant de savoir
si l'économie française
pourra
assurer le financement
à long terme des régimes de retraite, mais
comment
elle le
fera. Cette question est ainsi fondamentalement de nature politique et sociale
en ce qu'elle pose un problème de partage du revenu entre les
générations.
Elle est la plus difficile qui soit. Elle impose en effet d'agir pour ne pas
faire peser la charge des ajustements sur un nombre réduit de
générations, avec le risque que celles-ci se sentent
lésées, alors qu'on ignore presque tout du contexte
économique au moment où les réformes produiront leurs
effets. Elle repose également sur des considérations de
solidarité entre les générations, dont une partie - celle
des actifs de 2040 - n'est pas encore née et dont il faut pourtant
prévoir et anticiper les comportements en matière de
solidarité.
Un arbitrage clair entre niveau de vie des actifs, niveau de vie des
retraités et durée de cotisation doit être proposé,
négocié et adopté. Faute de quoi, s'aggraveraient
l'opacité et la complexité actuelles de nos systèmes de
retraite, dont on sait qu'ils sont des facteurs qui rendent les réformes
plus difficiles. Faute de quoi s'aggraverait également la
défiance dans le système de retraites par répartition, qui
doit
demeurer
un des piliers de notre contrat social.
L'introduction d'un étage de retraites par capitalisation pour
compléter les retraites par répartition est certainement
souhaitable dans la mesure où elle permettrait à toutes les
catégories d'actifs d'en bénéficier dans des conditions
équivalentes. Elle permettrait de restaurer la confiance dans les
systèmes de retraite et dans l'avenir. Mais il s'agit là d'une
question
indépendante
de celle du financement à long terme
des régimes de retraite par répartition tel qu'il est aujourd'hui
posé.
Il est par ailleurs nécessaire que les réformes soient
réversibles, car rien ne serait pire que de parvenir à une
situation dans laquelle il n'y aurait plus de choix possible et qui pourrait
porter en germe l'éclatement du système. Le rapport CHARPIN
propose ainsi que la réforme des régimes de retraite
prévoit un " dispositif de pilotage ". Votre rapporteur
propose d'associer à ce dispositif de pilotage des
représentants du Parlement
, parce que le système de
retraites est un élément fondamental du
contrat social
républicain
.
A
N N E X E
LISTE DES PERSONNES AUDITIONNÉES
|
M. |
Jean-Michel CHARPIN |
Commissaire au Plan (Audition par la Délégation pour la Planification le 10 mars 1999). |
|||
|
M. |
Didier BLANCHET |
Administrateur de l'INSEE, Directeur de l'Ecole Nationale de la Statistique et de l'Administration Economique (ENSAE). |
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|
M. |
Patrice BOURDELAIS |
Démographe, Directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). |
|||
|
M. |
Gérard CORNILLEAU |
Directeur des Synthèses, des Etudes Economiques et de l'Evaluation - Direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques (Ministère de l'Emploi et de la Solidarité). |
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|
Mme |
Michèle DEBONNEUIL |
Chef du Service économique du Commissariat Général du Plan. |
|||
|
M. |
Olivier MARCHAND |
Adjoint au Directeur de l'Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques (DARES). |
|||
|
M. |
Bernard PRÉEL |
Directeur-adjoint du Bureau d'Informations et de Prévisions Economiques (BIPE). |
|||
|
M. |
Nick VANSTON |
Economiste, OCDE. |
|||
|
M. |
Serge VOLKOFF |
Directeur du Centre de Recherches et d'Etudes sur l'Age et les Populations au Travail (CREAPT). |
|||
VIVRE
PLUS LONGTEMPS :
Quelles conséquences
économiques ?
Jean-Pierre PLANCADE
Sénateur
Délégation du Sénat pour la Planification
VIVRE PLUS LONGTEMPS :
Quelles conséquences
économiques ?
Comment
répartir la richesse quand on vit plus longtemps et que le nombre de
personnes âgées augmente, sans
pénaliser
la
croissance économique ? C'est la question centrale à
laquelle s'efforce de répondre ce rapport.
• Le
premier chapitre
montre comment le vieillissement
démographique va entraîner un
nouvel équilibre
entre
les actifs, générateurs du revenu national, et les inactifs,
à la charge des premiers.
Il souligne que le vieillissement démographique est un
phénomène
inéluctable
, lié à un
mouvement de fond : l'allongement de l'espérance de vie. Celui-ci
se traduit par une " révolution de l'âge " d'autant plus
profonde qu'il correspond à un allongement de la vie en bonne
santé. Il faudrait ainsi reconsidérer les critères
d'âge traditionnels de la vieillesse.
• Le
deuxième chapitre
s'intéresse aux
conséquences directes de l'élévation de l'âge moyen
de la population sur la
croissance
et la progression du niveau de vie.
Il nuance les analyses souvent pessimistes menées sur ce
thème :
rien n'est en effet écrit
dans ce domaine.
Des perspectives parfois considérées comme probables, comme
l'augmentation des dépenses de santé ou une pénurie de
main-d'oeuvre, apparaissent ainsi particulièrement
incertaines.
• Le
troisième chapitre
aborde la question du financement
à long terme des
retraites
et, plus largement, celle de la
répartition du revenu
entre les actifs, dont les effectifs
stagneront ou même diminueront, et des inactifs, de plus en plus
nombreux. Il rappelle que la préservation des régimes par
répartition suppose un arbitrage entre niveau de vie des actifs, niveau
de vie des retraités et âge de la retraite, mais que, quelles que
soient les hypothèses, le niveau de vie des actifs comme des
retraités augmentera.
Dans tous les cas, le vieillissement démographique devra se traduire
par un nouveau
contrat entre les générations
, qui
préserve l'
équité
entre les différentes
générations comme entre les membres de chaque
génération.