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Séance du 22 février 2010 (compte rendu intégral des débats)

M. Louis Duvernois, rapporteur pour avis de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication. Mes chers collègues, la dénomination de la nouvelle agence culturelle n’est pas anodine.

On ne peut pas dire aujourd’hui que la politique extérieure de la France jouisse d’une grande lisibilité, même si des acteurs engagés, comme l’association CulturesFrance, jouent un rôle essentiel et constructif dans la promotion de la culture française.

Le mouvement de réforme entrepris doit nous conduire à développer à l’étranger un label de notre offre culturelle qui soit aisément identifiable auprès de nos différents partenaires et, bien entendu, des publics visés à l’international.

Se pose alors très clairement la question de la dénomination du futur établissement public.

Je ne vous cache pas que ma préférence a toujours été pour CulturesFrance, deux mots associés et percutants, un néologisme bien identifiant et porteur auprès de tous nos interlocuteurs.

M. Jacques Legendre, président de la commission de la culture. Tout à fait !

M. Louis Duvernois, rapporteur pour avis. Cela étant dit, compte tenu des résultats de la consultation conduite par le Quai d’Orsay, la commission de la culture a adopté un amendement tendant à préciser la dénomination de l’établissement public pour l’action culturelle extérieure en lui attribuant le nom d’« Institut français ».

Nous n’avons d’ailleurs fait que suivre le choix entériné par le ministère des affaires étrangères en mars 2009, qui, en mobilisant des investissements publics, a déposé et sécurisé la marque « Institut français » pour la future agence culturelle.

M. Louis Duvernois, rapporteur pour avis. Il nous semble donc très important que la marque « France » – c’est sur ce point que nous nous battons, pacifiquement… – apparaisse dans la nouvelle appellation, car elle a un impact considérable dans le monde.

C’était précisément ce à quoi pensait alors le ministère des affaires étrangères : transcrire la mission dont l’objet est d’incarner la culture de la France à l’étranger.

La dénomination « Institut français » présente, en outre, un immense avantage sur toutes les autres propositions : elle est simple, moderne, définit bien l’objectif visé et, surtout, grâce à son caractère générique, peut se décliner sans être dénaturée par l’ajout soit d’une appellation locale ancienne ou connue, soit du nom d’un personnage illustre de notre histoire.

M. Louis Duvernois, rapporteur pour avis. On comprendrait mal à l’étranger que les centres culturels et instituts français soient ainsi débaptisés. Comment ceux qui portent le nom de Léopold Sédar Senghor, de Stendhal ou de Baudelaire, pourraient-ils devenir, ipso facto, des instituts Victor Hugo ?

M. Louis Duvernois, rapporteur pour avis. Ainsi « Institut français » nous paraît-il le nom le plus conforme aux objectifs visés.

M. Louis Duvernois, rapporteur pour avis. L’appellation ne conduit ni à la confusion avec l’existant ni à sa réinterprétation supposée ou réelle.

« Institut français » a, enfin, l’avantage de se positionner avec cohérence en complément d’autres actions culturelles comme celles des Alliances françaises, créées à la fin du xixsiècle, en 1883 si j’ai bonne mémoire,…

M. Robert Hue. Exactement !

M. Louis Duvernois, rapporteur pour avis. … et dont le nom du réseau « Alliance française », plus d’un siècle plus tard, fait toujours recette. (Applaudissements sur certaines travées de l’UMP, ainsi que sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)

M. le président. La parole est à M. Ivan Renar, pour explication de vote.

M. Ivan Renar. Nous voterons cet amendement, car la dénomination « Institut français » nous semble préférable.

M. Ivan Renar. C’est d’ailleurs celle qu’avait retenue la commission de la culture.

À l’évidence, notre choix n’enlève rien à la grandeur de Victor Hugo, personnage ô combien illustre de notre histoire. Le peuple français lui porte une profonde affection et une grande admiration en tant qu’écrivain, mais aussi poète, homme politique et intellectuel engagé. Nous ne pouvons qu’être fiers que la France ait compté pareil citoyen et souhaiter être à son image !

Néanmoins, s’il est un magnifique symbole de la grandeur de la culture française, son nom ne semble pas adapté à la volonté qui préside à la création d’un nouvel établissement public chargé de l’action culturelle extérieure.

Il s’agit, en effet, de rendre plus lisible, plus cohérente l’action culturelle extérieure de la France, en créant un opérateur unique qui doit en être l’incarnation. Il paraît ainsi plus simple que, à l’instar du British Council, notre agence soit très facilement identifiable et porte de la manière la plus évidente possible la mention du pays qu’elle représente.

Ce détail est d’autant plus important que le nom d’un tel institut implanté à l’étranger doit permettre une association immédiate avec le pays d’origine. Ne l’oublions pas, la vocation première de l’agence est de développer et de valoriser l’action culturelle française !

Pour que cet objectif soit le plus facilement atteint, nous proposons de privilégier la lisibilité, par une espèce de simplicité biblique, ainsi que l’efficacité, pour assurer une compréhension et une identification maximales de ce que sera notre nouvel institut.

Je sais aussi que, dans notre boîte à outils, le meilleur statut juridique et l’intitulé ou sa dénomination ne remplacent jamais un bon budget ni des moyens de fonctionnement efficaces. Aux dires de quelques comptables arrogants et glacés – il n’y en a pas ici ! –, la culture coûterait cher. On ne le répétera jamais assez, ce qui coûte cher, c’est non la culture, mais l’absence de culture ! Et certains de nos quartiers en sont l’illustration !

On ne va tout de même pas obliger Victor Hugo à gérer la pénurie ! (Sourires.)

De toute façon, monsieur le président de la commission des affaires étrangères, on retrouvera Victor Hugo à partir d’une certaine idée de la France et, donc, d’une certaine idée de la culture et des arts. (Applaudissements sur les travées du groupe CRC-SPG.)

M. le président. La parole est à M. le président de la commission des affaires étrangères.

M. Josselin de Rohan, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Je veux rendre hommage au patriotisme de la commission de la culture ! Visiblement, le point de vue exposé par notre collègue Louis Duvernois obtient des soutiens qui dépassent les clivages politiques. Cette discussion m’évoque cette phrase de Paul Valéry : « Tout point de vue est faux. »

On peut, en effet, argumenter à l’envi. Si nous avons préféré « Victor Hugo » à « CulturesFrance », c’est pour signifier la réforme. En reconduisant «  CulturesFrance », nous aurions conservé des habits anciens alors que nous voulons donner une image nouvelle à notre institut.

Mes chers collègues, croyez-vous que l’Institut Goethe soit moins allemand parce qu’il s’appelle ainsi ? Après tout, il y a bien d’autres grands écrivains allemands : Schiller, Heine, Thomas Mann, Günter Grass, pour ne citer que ceux-là ! De même, l’Institut Confucius serait-il moins chinois parce que son appellation se réduit à un nom, qu’elle délaisse Lao Tseu et toute une série de grands auteurs, y compris François Cheng, l’écrivain franco-chinois ?

Si nous avons choisi Victor Hugo, c’est parce qu’il est l’un des écrivains français les plus connus dans le monde. Le ministère a consulté les agents français, mais le nom de Victor Hugo aurait été tout autant cité par des étrangers cultivés. Jusque dans les régions les plus reculées de la Sibérie, on a entendu parler de lui ! Dans la Russie soviétique, il était non seulement considéré comme l’un des plus grands poètes français, mais aussi et surtout comme un génie universel.

En tout cas, Victor Hugo incarne justement une certaine idée de la France et de l’universalité.

À en croire Mme Joëlle Garriaud-Maylam, Victor Hugo daterait !

Mme Joëlle Garriaud-Maylam. Je n’ai pas dit cela !

M. Josselin de Rohan, président de la commission des affaires étrangères. Allons donc ! S’il est un nom qui passe tous les siècles, c’est bien le sien ! Où trouver génie plus extraordinaire que cet homme, tout à la fois l’un de nos plus grands poètes, auteur des plus beaux vers qu’on ait pu écrire dans cette langue, mais aussi grand dramaturge, grand romancier et grand essayiste politique ?

Il incarne mieux que quiconque le génie français. Au risque de froisser mes collègues de la commission de la culture, à côté de l’« Institut Victor Hugo », « Institut français », cela fait un peu plat ! (Applaudissements sur certaines travées de l’UMP.)

M. Bernard Kouchner, ministre. Tout à fait !

M. le président. La parole est à M. le président de la commission de la culture.

M. Jacques Legendre, président de la commission de la culture. Monsieur le ministre, mes chers collègues, le débat de ce soir sur l’intitulé suscite quelque passion, et c’est bien ainsi, car nous voulons passionnément réussir cette réforme ! Du reste, nous l’attendions depuis longtemps. Voilà des années que nous souffrons d’un certain déclin de notre action culturelle extérieure. Cette réforme, nous la voulons, et nous la suivrons jusqu’à son aboutissement ! Et nous veillerons à ne pas nous tromper !

Le débat sur le nom n’est pas secondaire. Je comprends que, les uns et les autres, nous argumentions sur ce sujet avec la plus grande bonne foi.

« CulturesFrance » était une belle appellation.

M. Jacques Legendre, président de la commission de la culture. Mais elle a le tort, si je puis dire, d’être déjà utilisée. Je comprends, monsieur le ministre, votre souci de donner un intitulé nouveau à un nouvel instrument.

Il ne s’agit pas d’engager en cet instant un débat sur Victor Hugo. Il est l’un des nôtres, et nous le connaissons tous. Mais que représente-t-il vraiment pour les jeunes étudiants, pour le jeune public cultivé de nombreux pays dans le monde ? Cela mérite une étude approfondie, car ce qui manque à l’appellation « Institut » pour bien le situer et bien le faire comprendre, c’est la mise en évidence de son ancrage profond à la France et à la culture française.

La commission de la culture a reçu récemment un éminent spécialiste de la communication, Dominique Wolton, que tout le monde connaît. Selon lui, le mot « France » et l’adjectif « français » sont si associés, à l’étranger, à une marque qui porte qu’il ne faut pas en changer dès lors qu’on a commencé à les utiliser !

Nous aimons tous Victor Hugo, et moi, le premier : je pourrais vous réciter des passages entiers que j’ai enseignés ! Le poème À Villequier, par exemple !

Mme Catherine Tasca. Allez-y ! (Sourires.)

M. Bernard Kouchner, ministre. Nous vous écoutons ! (Nouveaux sourires.)

M. Jacques Legendre, président de la commission de la culture. Indépendamment de la qualité de cet auteur, nous devons, me semble-t-il, faire très attention à préserver le mot « français » dans les appellations. « Institut français », c’est clair pour tout le monde : chacun sait y trouver la culture française. Ce préalable posé, on peut, selon le pays concerné, ajouter le nom de tel ou tel auteur représentatif de la culture française, comme de la culture locale.

Passionnément attaché à la francophonie, j’imagine mal qu’à Dakar, par exemple, on débaptise l’Institut français Léopold Sédar Senghor pour en faire l’Institut Victor Hugo ! Nous aurions un problème !

M. Jacques Legendre, président de la commission de la culture. Je souhaite que nous ne perdions pas de vue ces problèmes pratiques. Voilà pourquoi, au nom de la commission de la culture, je vous demande d’opter pour l’appellation « Institut français ». (Applaudissements sur plusieurs travées de l’UMP.)

M. le président. La parole est à Mme Monique Cerisier-ben Guiga, pour explication de vote.

Mme Monique Cerisier-ben Guiga. Nous avons entendu l’admirable défense de l’appellation « Institut Victor Hugo » par le président de la commission des affaires étrangères. Je vais, à mon tour, m’exprimer contre la dénomination « Institut français », que je trouve terriblement institutionnelle !

M. Jacques Gautier. C’est vrai !

M. Bernard Kouchner, ministre. Bien sûr !

Mme Monique Cerisier-ben Guiga. Cela résonne comme une annexe ou un service extérieur d’ambassade ! Or c’est un lieu où nous entendons promouvoir tout autant la culture française que l’aide au développement des cultures locales. Et cela vaut non seulement en Afrique, mais aussi en Europe et ailleurs. Il faut y attirer le jeune artiste étranger, musicien ou acteur, polonais ou américain, sans lui donner l’impression d’être absorbé par ces Français arrogants qu’on caricature souvent.

Je n’en dirai pas plus. La dénomination « Institut Victor Hugo » me paraît conjuguer beaucoup d’avantages. (Applaudissements sur certaines travées de l’UMP.)

M. le président. La parole est à M. Christian Cointat, pour explication de vote.

M. Christian Cointat. Pourquoi ne pas trancher ce débat cornélien, puisqu’il oppose deux appellations remarquables, en retenant l’« Institut Corneille » ? (Sourires.)

J’avoue que, en écoutant les uns et les autres, je penche tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ! J’aime beaucoup Victor Hugo, ce vrai Français, « rébroussier », contestataire, parfois fidèle ! (Nouveaux sourires.) Il fut un Français de l’étranger, car il a beaucoup voyagé. Il siégea dans cet hémicycle. La place qu’il occupa se trouve sur les travées du groupe CRC-SPG, ce qui me perturbe quelque peu : ce dernier n’a-t-il pas décidé d’abandonner sa défense, puisqu’il est favorable à l’appellation « Institut français » ?

M. Ivan Renar. Non ! Nous n’abandonnons ni Victor Hugo ni la France !

M. Christian Cointat. Je l’avais bien compris ! C’était une plaisanterie, mes chers collègues !

Grand admirateur de Victor Hugo, j’ai néanmoins été frappé par un argument : les étrangers qui s’intéressent à la France sans être des intellectuels de haut niveau comprennent, de par son nom même, ce qu’est l’« Institut français ». En irait-il de même avec l’« Institut Victor Hugo » ?

Que les « Alliances françaises » deviennent des « Alliances Victor Hugo », et je ne suis pas certain qu’elles attirent autant de monde, parce que le trouble serait jeté.

Autre exemple : pour un Français, « Château Margaux » a une signification forte. Mais, en matière de vins, les connaissances des étrangers ne vont pas au-delà du Merlot ou du Cabernet Sauvignon ! Il faut parler le même langage que ceux auxquels on s’adresse. Malheureusement, même si j’aime beaucoup Victor Hugo, je reconnais que l’expression « Institut français » est plus forte, bien qu’intellectuellement moins satisfaisante !

En outre, – et c’est un argument fondamental qui a été développé par le président de la commission de la culture –, il faut laisser une souplesse pour pouvoir décliner l’appellation selon les lieux et ajouter le nom d’une personnalité célèbre dans le pays où se trouve l’institut, par exemple, Victor Hugo au Grand-Duché de Luxembourg ou Léopold Sédar Senghor au Sénégal.

M. Joseph Kergueris, rapporteur. Il n’était pas français !

M. Christian Cointat. Cela n’a aucune importance ! C’est un grand monsieur de la culture française !

Mme Joëlle Garriaud-Maylam. Une institution !

M. Josselin de Rohan, président de la commission des affaires étrangères. Vous ne cessez d’affirmer qu’il faut absolument marquer le lien avec la France !

M. Christian Cointat. Je fais exprès de dire que la culture française est et doit être universelle ! On doit justement l’adapter au pays pour atteindre les bonnes cibles, à savoir le rayonnement culturel et linguistique de la France.

Voilà pourquoi il est utile, à mon sens, d’avoir cette possibilité et cette souplesse pour disposer d’une appellation à la fois visible, compréhensible, intelligible et adaptée aux besoins du pays. C’est ainsi que nous réussirons à attirer le plus grand nombre de nos amis étrangers dans le giron de la francophonie et de la culture française ! (Mmes Lucienne Malovry et Joëlle Garriaud-Maylam applaudissent.)

M. le président. La parole est à M. André Ferrand, pour explication de vote.

M. André Ferrand. Je ne vous surprendrai pas en vous disant que, moi aussi, j’aime beaucoup Victor Hugo ! Je ne vous surprendrai peut-être pas non plus en vous disant que je me rallie cependant à l’amendement présenté par nos collègues et soutenu avec talent par la commission de la culture.

Je partage évidemment tout ce qui a été exposé par les uns et les autres. J’y ajouterai un argument supplémentaire, qui concerne le mot « France ». L’un de nos anciens collègues parlementaires, Yves Jégo, s’est vu confier une mission sur la promotion de la marque « France » à travers le monde. L’appellation « Ubifrance, » qu’on a prise comme modèle, n’est pas anodine. Ce n’est pas non plus par hasard si l’outil de promotion du tourisme s’appelle « Atout France » ! Toutes les dénominations des grandes organisations à vocation internationale destinées à promouvoir nos talents ou nos valeurs comportent le mot « France ».

Dans ces conditions, pourquoi abandonner un terme aussi précieux ? C’est la raison pour laquelle je vous encourage, mes chers collègues, à voter cet amendement ! (Mme Joëlle Garriaud-Maylam et M. Christian Cointat applaudissent.)

M. le président. La parole est à M. Jacques Gautier, pour explication de vote.

M. Jacques Gautier. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, force est de constater que ce débat, empreint d’une certaine noblesse, est pour le moins transversal. Je ne voterai par cet amendement. Comme notre collègue Monique Cerisier-ben Guiga, je trouve que l’expression « Institut français » est d’une grande pauvreté et d’une extrême banalité !

M. Jacques Gautier. Je connaissais l’Institut français du pétrole, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer. Un « Institut France » pourrait, à la rigueur, nous faire vibrer et poser question. Mais l’« Institut français » ne me paraît pas vendeur, pas assez dynamique. Nous méritons mieux que cela !

M. le président. La parole est à M. Yves Pozzo di Borgo, pour explication de vote.

M. Yves Pozzo di Borgo. Dans la continuité du débat que nous avons eu ce matin en commission, je rejoins les arguments du président de la commission des affaires étrangères sur la nécessité de choisir un nom qui témoigne d’un véritable changement et, à cet égard, « Institut Victor Hugo » me paraît un bon choix.

Cependant je m’interroge.

Il y a environ 7 milliards de personnes sur terre. Parmi elles, combien connaissent la France ? Allez au fin fond de l’Arizona, mes chers collègues ! Vous constaterez que, même dans une région du monde où les habitants ont une certaine culture, nombreux sont ceux qui ne connaissent, au mieux d’ailleurs, que l’Europe !

De par le monde, des dizaines, des centaines de millions de personnes ignorent tout de la France, dont le nom est souvent moins connu que celui de Paris, ou même que celui de la tour Eiffel – et je le dis avec regret, bien qu’étant membre du conseil d’administration de la société qui la gère.

Quel peut a fortiori être la résonnance du mot « Victor Hugo » sur ceux qui ignorent ainsi tout de notre pays ? Même si, je le répète, je suis tenté de suivre le président de la commission des affaires étrangères, je ne peux donc m’empêcher, monsieur le ministre, de m’interroger.

Je me demande de surcroît si ce nom aura un impact sur les nouvelles générations, dont internet est devenu le seul mode de communication.

En fait, je regrette que nous n’ayons que deux choix : je reconnais que l’appellation « Institut français » n’est pas « géniale », mais force est de constater que le nom « Victor Hugo » est encore moins connu que le nom « France ».

Il serait donc peut-être bon que le ministère procède à des études sémantiques – cela se fait, monsieur le ministre, et ce ne serait pas trop ruineux ! – en vue de trouver une appellation dans laquelle figurerait le mot « France » – et je dis bien « France » et non pas « Europe ».

C’est important, non seulement parce que c’est le nom le plus connu, mais aussi parce que, en choisissant le nom « Victor Hugo », on risque de laisser entendre que notre culture ne s’adresse qu’à un milieu social cultivé et élitiste et exclut les nouvelles générations. Il faut y prendre garde : tout change !

C'est la raison pour laquelle, s’il faut voter, je m’abstiendrai (Rires.),…

M. Christian Cointat. C’est cornélien !

M. Yves Pozzo di Borgo. … phrase qui, je le reconnais, trahit mon embarras dans cette affaire délicate sur laquelle je préférerais que la réflexion soit poussée un peu plus avant.

M. le président. La parole est à M. Robert del Picchia, pour explication de vote.

M. Robert del Picchia. Je rappellerai d’abord qu’UbiFrance, dans le monde entier, que ce soit à Hong Kong ou ailleurs, se prononce « à l’anglaise ».

M. Robert del Picchia. Bien sûr ! On l’a peut-être oublié, mais cela correspondait d’ailleurs à un choix délibéré.

Quoi qu’il en soit, si je n’ai pu assister au début du débat en commission, je l’ai suivi de là où je me trouvais et j’ai demandé à un ami autrichien, parlant très mal le français, son opinion sur une éventuelle transformation de l’Institut français en Institut Victor Hugo. À ma grande surprise, il a commencé à déclamer :

« Il neigeait […]

« Pour la première fois l’aigle baissait la tête. »

Pas mal, non ?... (Sourires.) À ma demande, il me cita encore ces vers :

« Quand […] on eut sur son front fermé le souterrain,

« L'œil était dans la tombe et regardait Caïn. »

J’en ai conclu que, même si le nom « Institut français » était déjà connu, le nom « Institut Victor Hugo » n’était en définitive peut-être pas si mal choisi et que nous arriverions à « vendre » Victor Hugo.

M. Ivan Renar. Joli terme !

M. Robert del Picchia. Cela étant dit, mes chers collègues, si nous ne choisissons pas nous-mêmes, les députés choisiront pour nous…

M. René Beaumont. Absolument !

M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Chevènement, pour explication de vote.

M. Jean-Pierre Chevènement. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, je me présente : j’ai été admis sous le numéro 115 au lycée Victor-Hugo de Besançon en 1951. (Sourires.)

Pour autant, je soutiendrai l’amendement de Mme Mélot, parce que je suis partisan de la sobriété.

M. Jean-Pierre Chevènement. La dénomination « Institut français » englobe tout ; elle est simple.

Bien sûr, chacun se souvient de vers de Victor Hugo – par exemple, celui-ci : « Le coup passa si près que le chapeau tomba… » (Sourires) –, mais son œuvre est tout de même très connotée : les guerres de la Révolution et de l’Empire – surtout de l’Empire d’ailleurs – parlent-elles tellement encore à l’imagination ?

Personnellement, je pense que, dans cette époque vouée à la communication et aux effets pompiers, la sobriété et la rigueur ont leur prix.

Tout le monde comprend ce qu’« Institut français » signifie et, croyez-moi, mes chers collègues, cette appellation survivra à toutes les époques et à tous les changements de mode !

Je sais bien que Juliette Drouet appelait Victor Hugo « mon tout petit grand homme ». C’est charmant… mais la France, c’est quand même autre chose !

M. Jean-Pierre Chevènement. Je suis donc pour la dénomination la plus sobre, la plus simple, la plus compréhensible. (Mmes Joëlle Garriaud-Maylam et Lucienne Malovry ainsi que MM. Christian Cointat et Richard Yung applaudissent.)

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Bernard Kouchner, ministre. Mesdames, messieurs les sénateurs, j’aime la passion que vous mettez à nommer quelque chose que peut-être vous ne voterez pas ; c’est bien le signe qu’après tout l’appellation de cette création vous importe autant qu’elle nous importe.

La manière dont s’est déroulé cet échange d’arguments, souvent justes, résume bien, au-delà des prises de position politique et idéologique que je dénonçais tout à l’heure, le message que nous voulons transmettre sur la culture française.

D’abord, je signale que c’est nous qui avons déposé le nom « Institut français », à un moment où nous n’avions pas suffisamment réfléchi… (Sourires.) J’ai pris depuis – je vous prie de m’en excuser – le temps de réfléchir un peu plus. CulturesFrance alors me plaisait bien, et nous avons longuement hésité. Seulement, il fallait un changement : vous l’avez dit, nous l’avons fait !

Ensuite, monsieur Chevènement, je m’étonne de vos propos sur l’appellation « Victor Hugo », mais, dans ce débat, tout, à commencer par sa jeunesse, par sa vivacité, m’étonnera…

Personnellement, je suis d’accord quant à la nécessité du changement et je me permets de reprendre les arguments de Josselin de Rohan pour vous demander si vous croyez que le nom « Institut Confucius » renvoie à autre chose qu’à la Chine, le nom « Goethe Institut » à autre chose qu’à l’Allemagne…

Croyez-vous en revanche que la dénomination British Council soit à ce point excitante ?

Pour ma part, je ne le crois pas,…

M. Jacques Legendre, président de la commission de la culture. Mais ça marche !

M. Bernard Kouchner, ministre. … et j’estime que, pour signifier le changement et mettre un peu de passion dans tout cela, – la presse d’ailleurs ne s’y est pas trompée –« Institut Victor Hugo » est le choix qui s’impose.

La passion qu’inspire Victor Hugo, vous en témoignez, traverse en effet les siècles – il est d’ailleurs l’auteur d’une légende du même nom – et bravo au lycée Victor Hugo qui a formé un de nos meilleurs esprits ! (Sourires.)

Il n’est pas vrai en revanche que l’appellation institutionnelle « Institut de France » soit excitante…

M. Jean-Pierre Chevènement. C’est français !

M. Bernard Kouchner, ministre. Bien entendu, mais, encore une fois, il n’y a pas l’adjectif « chinois » dans le nom « Institut Confucius » !

L’important, c’est que « ça marche »…

M. Jacques Legendre, président de la commission de la culture. Tout à fait !

M. Josselin de Rohan, président de la commission des affaires étrangères. Effectivement !