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Séance du 16 janvier 2019 (compte rendu intégral des débats)

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Frédérique Vidal, ministre de lenseignement supérieur, de la recherche et de linnovation. Je vous remercie, madame la présidente de la commission de la culture, de cette question.

La mission d’améliorer l’attractivité internationale a été confiée ou non, selon les sites, aux mégastructures que sont les PRES ou les COMUE. Soit les universités ont gardé leur stratégie propre dans ce domaine, soit elles l’ont déléguée aux COMUE. Dans ce dernier cas, des guichets d’accueil uniques ont été mis en place via un système de mutualisation de moyens. Tout dépend, aussi, du périmètre géographique adopté par ces communautés d’universités et établissements.

Quoi qu’il en soit, les COMUE ont bénéficié de la présence, en tant que membres associés, des écoles ayant depuis longtemps une pratique d’accueil des étudiants internationaux différenciée par rapport à celle des universités. De ce point de vue, c’est une richesse.

Les COMUE ont également permis d’afficher une offre de formation pluridisciplinaire, ce qui est un avantage à l’international. En effet, dans de nombreux pays, les universités sont par définition comprehensive, c’est-à-dire capables d’offrir des parcours qui mélangent différentes disciplines. C’est un atout, car, de plus en plus, les étudiants souhaitent avoir des compétences non seulement dans le domaine scientifique, mais aussi en sciences sociales, par exemple. Il est très important que nous puissions proposer une offre de formation qui ressemble à ce qui existe à l’international.

L’incidence de la création de ces regroupements sur les classements internationaux n’est malheureusement pas avérée, pour une bonne et simple raison : dans le cadre de la très grande majorité de ces classements, les COMUE ne peuvent être considérées en tant que telles comme des établissements d’enseignement supérieur. Nous avons fait en sorte que tel soit le cas, au travers de l’ordonnance, au bénéfice de ceux qui choisiront d’utiliser ces nouvelles possibilités pour créer leur écosystème d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation.

M. le président. La parole est à Mme Colette Mélot.

Mme Colette Mélot. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, l’internationalisation de l’enseignement supérieur est un puissant levier d’influence et un vecteur essentiel de promotion de la francophonie à l’échelle mondiale.

La France, quatrième pays d’accueil des étudiants étrangers selon l’UNESCO, accuse depuis 2011 un décrochage progressif de son attractivité, et cela malgré un coût de scolarité resté étonnement bas pour les étudiants étrangers.

Pour maintenir notre pays au cœur de l’économie-monde du savoir, il nous faut investir dans une stratégie plus offensive d’attractivité à l’égard des étudiants internationaux.

Dans le contexte actuel, il est néanmoins inconcevable de continuer à demander aux contribuables français de financer la scolarité des étudiants extracommunautaires. Notre système éducatif s’équilibre en effet au travers de l’impôt, selon une logique contributive.

Aussi sommes-nous favorables au rapprochement des frais de scolarité déboursés par les étudiants extracommunautaires avec le coût réel supporté actuellement par les établissements et par la société, mais à trois conditions seulement, afin de limiter les effets d’éviction à court terme et d’améliorer l’attractivité à long terme de notre système éducatif.

Il conviendrait en effet d’augmenter le nombre de bourses au mérite, en particulier celles qui sont destinées aux étudiants provenant de pays francophones ; d’exclure du champ d’application des frais différenciés les étudiants titulaires d’un baccalauréat français et les doctorants ; d’investir dans la qualité de l’offre globale.

Madame la ministre, certains de ces points sont en adéquation avec les annonces du Gouvernement. En revanche, ne craignez-vous pas qu’une application des frais d’inscription différenciés aux doctorants, dont plus de 40 % sont des étudiants étrangers, ne prive la recherche française de talents dont elle pourrait difficilement se passer ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Frédérique Vidal, ministre de lenseignement supérieur, de la recherche et de linnovation. Je vous remercie, madame la sénatrice, de votre question qui met en exergue l’un des points ouverts au débat : celui de l’attractivité des diplômes de doctorat auprès des étudiants internationaux.

En préambule, je rappellerai une fois encore que les établissements, lorsqu’ils mettent en place leur politique d’exonération ou de modulation des frais d’inscription des étudiants, peuvent parfaitement le faire sur le critère du mérite – ceux qui le souhaitent y seront d’ailleurs encouragés. En effet, les demandes, en général très nombreuses, ne sont, évidemment, pas toutes acceptées par l’ensemble des universités, ce qui est bien normal, et la notion de mérite figure déjà parmi les critères de sélection des étudiants internationaux.

En ce qui concerne les diplômes de doctorat, nous avons prévu que les contrats doctoraux du Gouvernement et les financements de l’Agence nationale de la recherche, l’ANR, puissent englober, comme les financements européens le font déjà, les droits d’inscription des doctorats internationaux. Cela permettra d’éviter, là encore, une baisse d’attractivité liée au fait que les étudiants ayant les capacités de participer à la recherche française en sont privés par manque de moyens.

Au-delà, il est très important que les établissements définissent leur politique d’accueil et leurs priorités en termes de recrutement d’étudiants internationaux. Ce sont d’ailleurs leurs conseils d’administration qui, seuls, peuvent prendre ces dispositions, puisqu’il est seulement possible à l’échelon national de faire une distinction entre étudiants extracommunautaires et étudiants communautaires.

M. le président. La parole est à M. Stéphane Piednoir.

M. Stéphane Piednoir. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, je souhaite à mon tour insister sur la question de la hausse des droits d’inscription pour les étudiants extracommunautaires. Bien sûr, ce n’est pas la seule mesure du plan d’attractivité Bienvenue en France récemment présenté par le Gouvernement, mais, vous en conviendrez, c’est celle qui a suscité et suscite encore aujourd’hui le plus d’émotion dans le débat public.

Je partage pleinement le triple objectif d’un meilleur accueil des étudiants étrangers, d’un plus grand rayonnement de nos universités hors de nos frontières et d’une attractivité renforcée de nos établissements par un signal prix plus cohérent et approprié à l’égard de nos voisins. Néanmoins, je m’interroge sur la méthode de calcul attachée à cette augmentation.

En tant que rapporteur de la mission « Enseignement supérieur », dans la stricte continuité de mon prédécesseur Jacques Grosperrin, qui est à mes côtés, je suis bien évidemment favorable à une évolution des droits d’inscription, notamment pour renforcer l’autonomie des universités. Mais, pour être acceptée, cette mesure doit être comprise et justifiée.

Le professeur de mathématiques que je suis aimerait connaître les calculs, sans doute très savants et fruits d’une profonde réflexion, qui ont mené à la multiplication par seize des droits d’inscription en licence, master et doctorat.

Dans un monde idéal, l’exécutif aurait même pu expliciter cette méthode auprès des parlementaires qui se seraient engagés, je vous l’assure, madame la ministre, à faire un effort de compréhension !

Aujourd’hui, pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Frédérique Vidal, ministre de lenseignement supérieur, de la recherche et de linnovation. Monsieur le sénateur, le calcul n’est pas compliqué. Chaque année, le calcul de l’investissement moyen par étudiant dans l’enseignement supérieur est effectué par l’OCDE ou par les services du ministère.

Le gouvernement français a choisi de demander aux étudiants extracommunautaires une participation à hauteur d’un tiers de l’investissement par étudiant consenti par l’État, de façon que nous puissions garantir des études supérieures de qualité dans notre pays.

Le choix qui a été retenu de faire supporter un tiers de cet investissement par les étudiants extracommunautaires via un financement direct nous permet, comme je l’expliquais en préambule, d’assurer un financement pérenne des mesures d’attractivité que vous me permettrez de rappeler : la simplification très importante de l’obtention des visas, le bénéfice de formations en français langue étrangère et de certaines formations en anglais lorsque les étudiants en ont besoin au début pour s’adapter, des activités culturelles et sportives offertes en complément et, surtout, la possibilité pour tous les diplômés de master et de doctorat de travailler dans notre pays sans être obligés de retourner dans leur pays d’origine pour demander un autre type de visa. En effet, les visas étudiants qui leur permettent de résider en France peuvent être automatiquement transformés en visas de travail.

C’est donc une véritable politique d’attractivité globale qui a été mise en place, tout comme a été fait le choix de continuer à contribuer à hauteur des deux tiers au financement de l’accueil dans les meilleures conditions de ces étudiants internationaux.

M. le président. La parole est à M. Stéphane Piednoir, pour la réplique.

M. Stéphane Piednoir. Madame la ministre, vous l’aurez compris eu égard à la tonalité et à la teneur de ma question, je m’interroge non pas sur le fond de la méthode, mais sur le manque de concertation.

Nous avons suffisamment de rendez-vous communs dans nos agendas respectifs, d’auditions dans le cadre du projet de loi de finances pour être a minima informés de la stratégie du Gouvernement sur des mesures de ce type. Je ne suis pas le seul à le dire, puisque l’une de mes collègues l’a également souligné.

La Conférence des présidents d’université et la Conférence des grandes écoles se plaignent également du manque de concertation. À l’heure des grands débats nationaux, la concertation que nous réclamons serait peut-être de nature à apaiser la situation.

M. le président. La parole est à Mme Françoise Cartron.

Mme Françoise Cartron. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, notre débat a pour thème la politique d’attractivité de la France à l’égard des étudiants internationaux, que nous avons à cœur d’accueillir.

Je veux axer ma question sur un focus quelque peu particulier : l’aspect européen.

Récemment, j’ai rencontré des jeunes apprentis du lycée Gustave Eiffel de Bordeaux qui ont tous témoigné avec un réel enthousiasme de leur expérience dans le cadre d’Erasmus.

Nous savons bien sûr tout ce qu’apportent ces échanges internationaux aux jeunes : développement de leur capacité d’adaptation, progrès spectaculaire en langues et découverte d’un monde de l’entreprise différent. Ce n’est que du positif, comme l’a souligné la ministre Nathalie Loiseau, qui animait ce rassemblement.

C’est pourquoi, à quelques mois des élections européennes qui font de l’Europe un sujet très prégnant, je souhaite vous interroger, madame la ministre, sur la place de la France dans ce système d’échange reconnu.

C’est notre pays qui envoie le plus grand nombre d’étudiants en programme Erasmus +, se plaçant ainsi devant l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. C’est remarquable ! Mais lorsqu’il s’agit d’accueillir des étudiants, la France n’est plus que le troisième pays, derrière l’Espagne et l’Allemagne.

Dans cette période où l’Europe doit être renforcée, tout comme doivent l’être la connaissance et la tolérance au sein de nos différents pays, comment le Gouvernement entend-il, comment vous-même entendez-vous améliorer l’attractivité de la France auprès des étudiants des trente-trois pays participant à ce programme, et ce au sein de toutes nos universités, partout sur le territoire ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Frédérique Vidal, ministre de lenseignement supérieur, de la recherche et de linnovation. Madame la sénatrice, quand on parle d’améliorer la qualité de l’accueil des étudiants internationaux, on vise tous les étudiants, qu’ils soient communautaires ou extracommunautaires.

Lorsque l’on interroge les étudiants sur les raisons pour lesquelles la France manque d’attractivité, ils sont plus de 40 % à estimer que l’offre de formation et l’aspect administratif de l’inscription sont extrêmement compliqués et environ 50 % à penser qu’il est difficile de se loger. La question de la langue représente aussi une difficulté.

Dans de très nombreuses universités européennes, la possibilité de bénéficier de cursus partiellement ou en totalité enseignés dans d’autres langues que celle du pays est une question réglée. Il est évidemment toujours plus facile pour les étudiants de pouvoir étudier dans une langue qu’ils connaissent lorsqu’ils partent poursuivre leurs études à l’étranger.

De la même façon, notre pays a longtemps souffert de l’organisation en semestres de l’offre de formation, sujet qui reste parfois encore prégnant, avec des « tuyaux » relativement rigides. En effet, il était plutôt compliqué de suivre un semestre d’équivalence en France. Mais le nouvel arrêté relatif à la licence permet aujourd’hui aux étudiants Erasmus + qui veulent étudier en France de choisir « à la carte » des modules d’enseignement correspondant aux modules d’enseignement du semestre qu’ils auraient pu effectuer dans leur université d’origine. Cela facilite aussi la reconnaissance des semestres faits à l’étranger.

Toutes les dispositions que nous avons prises, qu’elles figurent dans le plan Bienvenue en France ou dans l’« arrêté licence » autorisant des parcours beaucoup plus personnalisés et davantage à la carte, nous permettront – j’en suis certaine – d’accueillir encore davantage d’étudiants européens dans le cadre d’Erasmus +.

M. le président. La parole est à M. Pierre Ouzoulias.

M. Pierre Ouzoulias. Madame la ministre, votre définition de la concertation est sidérante : vous décidez et on discute ensuite ! Nous l’avions déjà constaté avec Parcoursup…

Aujourd’hui, les universités sont tenues d’appliquer un barème national et ne peuvent renoncer à percevoir les droits que dans la limite de 10 % des étudiants, en excluant toutefois les boursiers et les étudiants accueillis dans le cadre de conventions bilatérales.

Si j’ai bien compris votre discours, demain, avec les droits différenciés, vous pourriez accorder des exonérations, j’imagine sous conditions, aux universités qui le demanderaient. L’accord serait bien évidemment national.

Comme vous avez aussi indiqué que votre intérêt était de mettre en place une politique redistributive, j’en conclus que votre intérêt financier est d’accorder le moins possible d’exonérations. Sinon, il n’y aurait plus de politique redistributive !

Aussi, doit-on considérer que les universités qui aujourd’hui vous demandent de ne pas appliquer votre réforme seront obligées de le faire demain ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Frédérique Vidal, ministre de lenseignement supérieur, de la recherche et de linnovation. Monsieur le sénateur, la question que vous posez est très importante. Elle concerne l’un des sujets sur lesquels j’ai demandé aux universités de faire des propositions dans le cadre de leur stratégie d’attractivité : je veux parler du taux d’exonération et, surtout, de la modulation des droits d’inscription pour les étudiants extracommunautaires.

Pour cela, il faut que les universités prennent le temps d’en discuter au sein de leurs établissements. La situation est extrêmement variable d’une discipline à l’autre. On le sait, pour certaines disciplines, les établissements sont extrêmement attractifs. De très nombreux pays différencient d’ailleurs les droits d’inscription en fonction des disciplines. Ce n’est absolument pas le choix que nous avons fait. Nous avons fait celui d’un véritable système de redistribution, afin que les étudiants qui ont les moyens de participer à un meilleur accueil de l’ensemble des étudiants le fassent.

Bien sûr, l’attractivité de l’enseignement supérieur et de nos établissements doit reposer avant tout sur la qualité de la formation, sur la capacité des diplômes délivrés à garantir aux jeunes une insertion professionnelle, que ce soit dans le monde académique ou à l’extérieur de celui-ci, et enfin sur le rayonnement culturel de la France.

Tous ces éléments existent, mais sont très fortement contrebalancés par les difficultés que j’évoquais à l’arrivée de l’étudiant dans un pays étranger, dont il ne parle parfois pas la langue, et dans lequel il est extrêmement difficile de se loger. En effet, si vous n’avez pas d’adresse, vous n’avez pas de compte en banque ; et si vous n’avez pas de compte en banque, vous ne pouvez pas avoir d’adresse ! Le cautionnement Visale étendu à l’ensemble des étudiants internationaux est aussi une façon de faciliter l’accès de ces derniers au logement.

C’est donc bien une stratégie globale d’attractivité qui est mise en place, même si, je le comprends, vous en doutez.

M. le président. La parole est à M. Pierre Ouzoulias, pour la réplique.

M. Pierre Ouzoulias. Je vous remercie de la clarté de votre réponse, madame la ministre. J’ai compris l’engagement gouvernemental ferme d’accorder à toutes les universités les exonérations qu’elles souhaiteraient, et vous en remercie là encore.

M. le président. La parole est à Mme Claudine Lepage.

Mme Claudine Lepage. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, la nouvelle stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux voulue par le Gouvernement a fort surpris et fait quasiment l’unanimité contre elle dans le monde universitaire, notamment en raison du manque de concertation.

Il est vrai que l’on peut s’interroger sur l’efficacité de cette stratégie qui repose principalement sur l’augmentation des frais de scolarité pour les étudiants étrangers. D’ailleurs, plusieurs universités, dont la dernière en date est Rennes 2, viennent d’annoncer qu’elles n’appliqueraient pas cette majoration.

L’un des arguments pour défendre cette nouvelle stratégie est que la hausse pourra attirer certains étudiants de nationalité chinoise ou indienne, pour qui bien souvent un prix élevé de la scolarité est synonyme de qualité.

Si j’ai pu entendre cet argument à de nombreuses reprises, aucune étude sérieuse ne démontre que l’augmentation des frais d’inscription permettra d’attirer cette catégorie d’étudiants dans nos universités. En effet, rien ne dit qu’à frais d’inscription équivalents, ces jeunes ne continueront pas à privilégier les universités anglo-saxonnes.

Ce qui est certain en revanche, c’est que cette hausse nous privera d’étudiants plus modestes, pour la plupart issus de l’espace francophone, mais pas seulement, pour qui étudier dans nos universités est le plus souvent le premier choix.

Ce qui est certain, c’est que de nombreux étudiants d’Afrique francophone ont eu le sentiment d’être trahis par cette nouvelle stratégie.

Comment ne pas l’être alors que le Président de la République avait indiqué à plusieurs reprises ces derniers mois son ambition pour la francophonie ?

Madame la ministre, dans un article du Monde paru en novembre dernier, Oumar, étudiant guinéen de vingt et un ans, déclarait : « Les choses sont claires maintenant : ils ne veulent plus de nous. » Que lui répondez-vous ?

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Frédérique Vidal, ministre de lenseignement supérieur, de la recherche et de linnovation. Madame la sénatrice, je tiens à le rappeler, les universités sont des établissements publics, opérateurs de l’État. Il est évidemment essentiel que, en leur sein, les fonctionnaires d’État que sont l’ensemble des présidents d’université, des professeurs, des maîtres de conférences et la très grande majorité des personnels administratifs, techniques et de bibliothèque, déclinent les politiques publiques décidées par l’État.

Tout fonctionnaire doit respecter ce devoir d’obéissance et de loyauté : c’est très important. Seule peut être opposée la constatation d’un délit : dans ce cas-là, il faut bien sûr être capable de le dénoncer.

Vous évoquez, madame la sénatrice, la question très intéressante des étudiants francophones. La réalité, c’est que ces étudiants se répartissent aujourd’hui dans l’ensemble des pays qui, à l’international, offrent des formations francophones ou bien choisissent délibérément des formations anglophones parce qu’elles leur ouvrent un marché du travail différent.

En Belgique, les droits d’inscription pour les étudiants extracommunautaires s’élèvent à plus de 4 000 euros. Au Québec, les droits d’inscription pour les étudiants internationaux sont aussi extrêmement élevés. Cela n’empêche pas les jeunes francophones d’aller étudier en Belgique ou au Québec, comme ils viennent le faire en France.

Les étudiants d’Afrique anglophone peuvent, pour certains, trouver un intérêt à venir étudier en France, bien qu’ils soient anglophones.

Le cœur du sujet, c’est la façon dont nous accueillons ces étudiants. Pour le moment, l’accueil qui leur est réservé, sauf exception dans certaines écoles, n’est pas digne de notre pays.

M. le président. La parole est à M. Claude Kern.

M. Claude Kern. Madame la ministre, plusieurs intervenants vous ont déjà interrogée sur la question des frais d’inscription.

En effet, on entend beaucoup dire ces temps-ci que le relèvement de ces frais pour les étudiants extracommunautaires conduirait à l’éviction des étudiants africains.

Mais c’est peut-être oublier un peu vite que la gratuité des études supérieures françaises n’est que le septième critère de choix de notre pays, loin derrière la qualité des études. Si l’on regarde attentivement les chiffres, 40 % des étudiants africains en mobilité choisissent déjà des destinations « payantes » – les États-Unis, l’Australie, l’Angleterre, pour ne citer que ces pays –, car ce qu’ils recherchent, comme tous les étudiants en mobilité internationale, c’est avant tout un diplôme de qualité reconnu dans le monde.

Cette crainte que les étudiants africains ne se détournent de la destination France me semble relever d’une conception paternaliste quelque peu datée, qui ne prend pas en compte les évolutions économiques et sociologiques récentes du continent africain.

Madame la ministre, afin de faire taire cette crainte, quelles actions concrètes comptez-vous mettre en place pour permettre aux étudiants étrangers, africains ou non, d’accéder à l’enseignement supérieur français, quelles que soient leurs ressources ? Cette question devrait vous permettre de répondre davantage à la précédente

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Frédérique Vidal, ministre de lenseignement supérieur, de la recherche et de linnovation. Monsieur le sénateur, je vous remercie de votre question. Il existe une tradition de coopération entre un certain nombre d’universités et d’écoles françaises et leurs équivalents, notamment du continent africain, mais pas uniquement. Il existe également une très longue tradition de francophonie, en tout cas de francophilie, dans les Balkans et dans un certain nombre de pays d’Asie.

Définir la stratégie internationale d’un établissement, cela signifie être capable de faire des choix de partenariat. Les établissements sont nombreux à s’être engagés sur des partenariats privilégiés, par exemple avec le Maghreb : je pense notamment aux accords conclus concernant les universités méditerranéennes.

Évidemment, tous ces partenariats privilégiés sont maintenus et font l’objet de conventions qui permettent aux établissements de fixer les accompagnements particuliers dont peuvent bénéficier les étudiants en cause.

Concernant le ministère des affaires étrangères, le doublement de la capacité d’octroi de bourses ne va pas seulement se faire par une règle de trois ; il permettra aussi au Gouvernement de conforter des accords de coopération avec des pays particuliers, notamment d’Afrique.

Il est également très important de permettre à un certain nombre de pays, à leur demande, de former leur jeunesse dans des secteurs d’activités dans lesquels existent des emplois, afin que ces jeunes contribuent à leur développement. Un autre type d’accord, discuté à l’échelon des gouvernements, nous permet, dans un certain nombre de cas, de travailler à la délocalisation de diplômes français dans ces pays, de façon à toucher une jeunesse qui a toutes les capacités à étudier, mais pour qui payer un billet d’avion et une chambre en cité universitaire est un effort financier trop important. Nous y travaillons, notamment au travers des financements de l’Agence française de développement, l’AFD.

M. le président. La parole est à M. Jacques Grosperrin.

M. Jacques Grosperrin. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, à l’occasion de l’examen de la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants, dite loi ORE, le Sénat avait adopté un amendement d’Olivier Paccaud qui prévoyait la possibilité d’augmenter les frais d’inscription des étudiants étrangers hors Union européenne. Lors de la commission mixte paritaire, cette disposition avait été abandonnée. Elle est aujourd’hui reprise. Pourquoi l’accepter maintenant, alors qu’elle ne l’avait pas été alors ?

Certaines universités se mobilisent, cela a été dit, et Mireille Jouve nous en a cité quelques-unes. Je pourrais ajouter Lyon 2. Je suis étonné de ces réactions, cette mesure pouvant constituer une manne financière intéressante pour ces établissements. J’espère que ce ne sont pas des postures politiciennes, car j’ai peu entendu les présidents d’université au cours de la dernière législature…

En tout cas, la France est un pays très attractif, on le sait, puisqu’elle se place devant l’Allemagne et le Royaume-Uni. Si l’on fait un benchmarking des droits d’inscription des pays étrangers, on se rend compte que ces droits s’élèvent à 24 000 euros aux États-Unis, à 21 000 euros au Royaume-Uni, et à 16 000 euros au Canada. En France, ils s’établissent à 247 euros, même pas le prix d’un smartphone !

Plus le système éducatif est performant, plus le coût tend à être élevé. La corrélation est forte. Soyons plus exigeants sur l’excellence des universités ! La France a d’ailleurs perdu sa troisième place au profit de l’Australie, pays où les frais d’inscription sont de 24 000 euros. Ce n’est donc pas un facteur discriminant ; c’est un faux débat.

Le véritable débat concerne le choix que fait notre pays pour répondre aux demandes des étudiants étrangers portant sur le coût de la vie, le logement, les procédures administratives.

Mes questions sont au nombre de trois.

D’une part, quel est votre plan en matière de rénovation des conditions d’accueil des étudiants étrangers, madame la ministre ?

D’autre part, le Président de la République s’est engagé à faciliter la délivrance de visas de longue durée aux étudiants ayant obtenu un master ou un doctorat en France. Quels résultats concrets ont suivi cette annonce ? Ne pensez-vous pas qu’il vaudrait mieux accorder plus largement des visas à de très bons étudiants étrangers, mais être plus ferme sur le droit de rester ensuite sur le sol français, afin de ne pas paupériser les pays d’origine des étudiants ?