Présidence de M. Gérard Larcher

M. le président. La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à quinze heures.)

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Retour en France de Mme Cécile Kohler et M. Jacques Paris

M. le président. Monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, ce matin, nous avons appris avec une grande joie le retour sur le sol français de nos deux compatriotes Cécile Kohler et Jacques Paris. (Applaudissements.) Tous deux ont été des otages d'État pendant plus de trois ans à la prison d'Evin à Téhéran, avant d'être assignés à résidence dans notre ambassade sur place, faute de pouvoir quitter le territoire iranien.

Cet heureux dénouement constitue un soulagement après les conditions inhumaines que nos compatriotes ont endurées et qui illustrent, si besoin était, la nature du régime iranien.

Je tiens, en votre nom à tous, à remercier celles et ceux qui, sans relâche, se sont mobilisés pour obtenir leur libération et leur retour en France – je pense au premier chef à nos diplomates, monsieur le Premier ministre, monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

Cécile Kohler et Jacques Paris ont déclaré il y a quelques heures, avec une grande dignité : « Vive la vie ! » Leur exemple montre à quel point l'espoir de la libération et la vie peuvent triompher d'obstacles destructeurs.

Tel est le vœu que nous formons en cet instant pour le peuple iranien, dans les heures sombres et douloureuses qu'il traverse. (Applaudissements prolongés.)

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Questions d'actualité au Gouvernement

M. le président. L'ordre du jour appelle les réponses à des questions d'actualité au Gouvernement.

Mes chers collègues, je vous rappelle que la séance est retransmise en direct sur Public Sénat et sur notre site internet.

Cette fois encore, chacun sera attentif, au cours des échanges, au respect des uns et des autres, ainsi qu'au respect du temps de parole.

situation au proche et au moyen-orient et prix de l'énergie

M. le président. La parole est à Mme Cécile Cukierman, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste – Kanaky.

Mme Cécile Cukierman. Ma question s'adresse à M. le Premier ministre.

Ce matin, un cessez-le-feu a été annoncé, après une nuit où le monde, une fois encore, a frôlé le pire. Mais chacun voit bien qu'il est fragile.

Je veux réaffirmer avec vigueur que la stratégie de Donald Trump, faite de menaces, de bombardements et de démonstrations de force, est une impasse. Elle piétine le droit international et alimente le chaos. On ne renverse pas un régime en bombardant une population !

En Iran, les premières conséquences sont déjà visibles : le renforcement de la répression et la ruine d'un pays, ruine qui frappe en premier lieu le peuple iranien.

Si Trump ce matin s'arrête, Netanyahou continue. Au Liban, la destruction massive des villes et des villages du sud se poursuit, avec le même acharnement qu'à Gaza.

Pourtant, au Liban comme ailleurs au Proche-Orient, la stratégie du chaos et de la terre brûlée n'a jamais apporté la paix. Elle ne produit que plus de violence, plus d'instabilité et plus de souffrances pour les peuples.

Pendant que ces jeux dangereux se poursuivent, les conséquences sont immédiates pour nos concitoyens : les prix du pétrole, donc des carburants, flambent. Ce sont, une fois encore, les Français qui paient, pendant que les marchés spéculent et que les multinationales de l'énergie engrangent des profits.

Monsieur le Premier ministre, ce n'est pas à TotalEnergies de fixer les prix du carburant en France !

Mme Cécile Cukierman. Le moment est venu de choisir : la paix plutôt que l'escalade, l'indépendance plutôt que l'alignement, la protection de nos concitoyens plutôt que les profits de quelques-uns.

Aussi, que proposez-vous pour une paix durable au Proche-Orient ?

Par ailleurs, allez-vous prendre des mesures fortes et immédiates pour protéger nos concitoyens, en bloquant les prix des carburants et en mettant à contribution les profits des multinationales de l'énergie, comme nous venons de le proposer dans une proposition de loi ? (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K.)

M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Madame la présidente Cécile Cukierman, permettez-moi de profiter de votre question pour apporter un certain nombre de précisions sur la situation géopolitique au Moyen-Orient, ainsi que sur les différents impacts qu'elle a non seulement pour l'ensemble de nos compatriotes, mais aussi pour la sécurité du territoire national.

Tout d'abord, comme le président du Sénat vient de le faire, je veux rendre hommage à notre réseau diplomatique, aux agents de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure), dont l'action est plus discrète, mais également à Oman pour ses importants efforts d'intermédiation. Tous, nous les saluons. Il a fallu des semaines et des mois entiers de travail pour parvenir à cette libération. Évidemment, le soulagement est de mise aujourd'hui.

Pour autant, tout cela nous rappelle que c'est avec prudence que nous devons poursuivre notre action dans la région, notamment pour assurer la protection de nos ressortissants, où qu'ils soient.

Ce cessez-le-feu va bien sûr dans le bon sens. L'enjeu, c'est son respect dans la durée, afin que ce temps soit mis à profit pour aboutir à une sortie de crise beaucoup plus durable. C'est le premier point.

Pour la France, les choses sont claires. Cela a été affirmé par le Président de la République ce matin en conseil de défense et rappelé par le ministre de l'Europe et des affaires étrangères : ce cessez-le-feu doit impérativement concerner le Liban.

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. C'est le deuxième point. Vous connaissez notre souci de protection des populations civiles libanaises ; je n'y reviens pas, mais c'est l'un des points de préoccupation les plus cruciaux que nous avons au moment où nous nous parlons.

Le troisième point porte sur la réouverture du détroit d'Ormuz, qui n'est pas sans lien avec la question énergétique. Je crois pouvoir dire que cette réouverture ressemble à une zone grise.

Par conséquent, dans les heures à venir, les différentes discussions diplomatiques qui seront engagées seront déterminantes.

On accorde d'ailleurs beaucoup de crédit à l'initiative française en vue de construire une action pour l'après. En effet, on voit bien, au fond, que deux scénarios s'offrent à nous : soit un scénario gris, que, par prudence, je refuse de qualifier, soit un scénario tourné davantage vers la formation d'une coalition internationale, dans le respect du droit international, qui assure la liberté de circulation.

C'est la crise de liberté de circulation qui crée la crise des prix et l'inflation. Il s'agit là d'un enjeu absolument clé dans ce dossier.

J'en viens au volet énergétique. Plusieurs initiatives et plusieurs décisions s'offrent à nous. Elles seront prises dans les heures et les jours qui viennent pour répondre aux urgences.

Tout d'abord, nous ne sommes pas confrontés à une crise globale de volume, même si certaines stations de service sont touchées par des ruptures d'approvisionnement. Le pétrole arrive bien en France. En revanche, des problèmes d'approvisionnement locaux surviennent.

D'une part, à ma demande, le ministre des transports prendra des mesures réglementaires pour permettre des acheminements logistiques exceptionnels la nuit et le week-end, afin de régler les problèmes d'approvisionnement là où ils se posent.

D'autre part, nous continuerons d'adapter les différents dispositifs d'aide sur lesquels nous étions en train de travailler. Cela va sans dire, mais je veux le redire devant le Sénat : lorsque la crise a commencé, les prix à la pompe ont augmenté très vite, alors que les citernes avaient été remplies avec du carburant acheté avant le début de la guerre. (M. Victorin Lurel s'exclame.)

Par conséquent, autant le Gouvernement peut comprendre qu'il y ait trois ou quatre jours de délai entre l'entrée en vigueur du cessez-le-feu et sa répercussion sur les prix à la pompe, autant il est évident que les effets sur ces derniers devront se voir dès la fin du week-end ou au début de la semaine prochaine.

Le ministre Serge Papin aura d'ailleurs l'occasion de lancer un certain nombre de contrôles. Demain, les différents ministres discuteront avec les distributeurs, pour s'assurer que la situation évolue dans le bon sens.

Néanmoins, nous poursuivons notre politique d'accompagnement ciblée. La ministre de l'agriculture aura l'occasion d'y revenir ce soir ou demain, notamment pour mettre au point un nouvel outil d'accompagnement de nos agriculteurs, département par département, en s'appuyant sur les dispositifs de la MSA (Mutualité sociale agricole), mais aussi en impliquant les préfets.

En effet, nous le savons, un certain nombre d'exploitations agricoles sont en difficulté, et si les premières dispositions que nous avons prises étaient bienvenues, elles ne suffisent pas.

Par ailleurs, madame Cukierman, vous nous interpellez sur la question des profits. Comme vous le savez, une initiative européenne a été lancée par un certain nombre de pays, que les ministres sont en train d'expertiser.

Pour le dire clairement, sur cette question, nous n'avons pas d'opposition de principe, mais cela nous renvoie à nos discussions budgétaires de l'automne dernier : quelle est son assiette ? Quel est son rendement ? Quel est son fonctionnement ? Il faut veiller à ne pas mentir aux Français sur la portée de cette initiative.

Pour le dire de façon transparente, madame la présidente, le mieux que TotalEnergies puisse faire, c'est poursuivre dans la durée l'action qu'elle a engagée, à savoir le plafonnement des prix à la pompe. La meilleure redistribution des profits liés à son activité de producteur, c'est évidemment d'en faire profiter tout de suite les Français à la pompe. Je tiens à ce titre à remercier cette entreprise française. La discussion se poursuivra avec Bercy et l'ensemble des entreprises concernées.

Enfin, se pose la question de l'électrification de nos usages. Nous en parlons depuis trop longtemps. Des actions ont été entreprises, mais nous sommes loin du compte. J'aurai l'occasion d'y revenir en fin de semaine.

Madame la présidente Cukierman, tels sont, de façon synthétique, les éléments d'information que je pouvais vous fournir à date sur la gestion de cette crise qui nous occupe depuis maintenant presque cinq semaines. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

sécurité européenne

M. le président. La parole est à M. Philippe Folliot, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)

M. Philippe Folliot. Ma question s'adresse à Mme la ministre des armées et des anciens combattants.

Cette nuit, la planète a retenu son souffle. Aujourd'hui, elle respire mieux. Pour combien de temps ? Les convulsions du monde et les circonvolutions erratiques du président Trump ne nous permettent plus de le savoir.

Plus particulièrement, pendant combien de temps l'Union européenne respirera-t-elle l'air de la paix ? Ces dernières semaines, la guerre en Iran a détourné l'attention internationale du théâtre ukrainien. Pourtant, ce qui s'y joue détermine l'avenir de l'Europe. Par-delà la seule Ukraine, nous le savons, les réseaux prorusses sont de plus en plus actifs dans les pays baltes, où les risques d'une action de la Russie via ses proxys sont réels, pour ne pas dire très forts.

Puisque, contrairement à l'Ukraine, les pays baltes sont membres de l'Union européenne et de l'Otan, que ferons-nous alors ? La question est d'autant plus capitale que, depuis un an, Donald Trump a profondément remis en cause l'Otan, alliance défensive créée en 1949 et fondée sur le principe de mutuelle assistance.

Une telle remise en cause culmine avec la guerre menée contre l'Iran. En sollicitant l'alliance pour intervenir aux côtés des États-Unis dans son action offensive, Trump en a méconnu autant l'esprit que la règle – je pense aux articles 4 et 5 du traité de l'Atlantique Nord. Par ailleurs, nous ne sommes désormais plus assurés de l'assistance américaine.

Monsieur le ministre, en cas d'agression russe, directe, indirecte ou hybride dans les pays baltes, pourra-t-on encore compter sur l'Otan pour réagir ? Si l'Otan faillait, que proposerait la France et que pourrait faire l'Europe ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC. – M. Marc Laménie applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Monsieur le sénateur Philippe Folliot, je vous prie d'excuser l'absence de Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants, qui aurait dû vous répondre, mais qui est retenue par une audition parlementaire.

Vous avez posé trois questions.

La première portait sur la politique étrangère des États-Unis d'Amérique. Le Président de la République l'a rappelé, la semaine dernière, depuis l'Asie : celle-ci introduit une forme d'incertitude face à laquelle il nous faut réagir.

De quelle manière ? Il nous faut tout d'abord protéger les Françaises et les Français. Le Premier ministre vient d'indiquer l'ensemble des mesures sur lesquelles travaille le Gouvernement.

Il nous faut ensuite nous défaire d'un certain nombre de servitudes et de dépendances qui font que, aujourd'hui, nous avons à subir les conséquences de conflits qui se jouent loin de nous et auxquels nous ne prenons pas part.

Votre deuxième question portait sur la guerre en Iran. Celle-ci ne nous a pas détournés, ne nous détourne pas et ne nous détournera pas de ce qui se passe en Ukraine, où se joue en effet l'avenir de la sécurité et de la paix sur le continent européen.

D'ailleurs, nous l'avons vu ces derniers jours, pour masquer son échec sur le front, puisqu'il ne progresse plus et que les Ukrainiens reprennent du terrain, Vladimir Poutine a franchi de nouvelles lignes rouges en ciblant en plein jour des civils, en tuant des femmes et des enfants et en visant des infrastructures énergétiques.

Notre soutien est indéfectible. Grâce aux 90 milliards d'euros décidés à l'échelon européen, nous placerons l'Ukraine à l'écart de toute difficulté financière à l'avenir. En outre, le soutien militaire des alliés de l'Ukraine – au sein de l'Europe comme au-delà – se poursuivra.

Enfin, votre troisième question avait trait à la réponse de l'Otan, à un moment où les États-Unis semblent vouloir accélérer la mise en œuvre des décisions qu'ils ont annoncées depuis bien longtemps, c'est-à-dire une réduction de leur niveau d'engagement.

Face à ces décisions américaines, on peut se lamenter. On peut se comporter comme des spectateurs. Ou, au contraire, on peut y voir une chance, celle de bâtir ce pilier européen de l'Otan, d'européaniser l'Otan, d'y développer nos capacités et notre vision pour renforcer l'Europe et la rendre plus forte et plus souveraine. (M. François Patriat applaudit.)

M. le président. La parole est à M. Philippe Folliot, pour la réplique.

M. Philippe Folliot. Monsieur le ministre, je vous remercie de votre réponse.

Pour autant, vous n'avez pas répondu à ma question sur les pays baltes. Tous les observateurs le savent : la menace d'une intervention russe, directe, indirecte ou hybride, est une réalité. Nous devons nous y préparer. (Applaudissements sur les travées du groupe UC. – M. Marc Laménie applaudit également.)

mesures envisagées par le gouvernement face à la hausse des prix de l'énergie et du carburant

M. le président. La parole est à M. Yannick Jadot, pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)

M. Yannick Jadot. Ma question s'adresse à Mme la ministre déléguée auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement et ministre déléguée chargée de l'énergie.

Nous vivons des temps obscurs, où des autocrates organisent notre addiction au pétrole et au gaz et où nous en payons le prix au travers des chocs climatiques. Les mêmes déclenchent des guerres dont nous payons le prix à la station-service.

L'extrême droite, cette espèce politique charognarde, toujours se repaît du chaos, du sentiment profondément ancré chez nos concitoyens qu'ils sont condamnés à boire la tasse et qu'ils se trouvent sur un bateau malmené par les tempêtes, qui n'a plus ni boussole ni gouvernail.

Nous n'avons plus les moyens de la démagogie. (Exclamations ironiques sur des travées du groupe Les Républicains.)

M. Marc-Philippe Daubresse. Vous êtes un expert en la matière !

M. Yannick Jadot. Mais cela n'empêche pas l'État d'être protecteur.

Il faut bien sûr encadrer les marges injustifiables des groupes pétroliers et taxer leurs superprofits. Cessons de faire preuve de complaisance vis-à-vis de TotalEnergies, profiteur de guerre en Russie et, maintenant, au Moyen-Orient. (Murmures sur les travées du groupe Les Républicains.)

Monsieur le Premier ministre, le chèque énergie n'a pas été revalorisé depuis 2019, malgré l'inflation et l'explosion de la précarité énergétique.

Nous vous proposons de le porter dès maintenant à 500 euros pour les 6 millions de ménages qui y ont droit. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Marc-Philippe Daubresse. Quelle stratégie !

M. Stéphane Piednoir. 500 euros, ce n'est pas assez !

M. François Bonhomme. Pourquoi pas 2 000 euros, plutôt ?...

M. Yannick Jadot. C'est une mesure ciblée, qui coûterait trente-cinq fois moins cher que le précédent bouclier énergétique.

Bien plus, l'État doit redevenir stratège et nous sortir des énergies fossiles.

Chaque retard pris dans la sortie des moteurs thermiques et dans le déploiement des énergies renouvelables, ainsi que chaque déstabilisation des aides à la rénovation thermique, condamne nos concitoyens et des secteurs entiers à une crise sans fin.

Notre plan d'urgence est le suivant, monsieur le Premier ministre : un million de voitures électriques en leasing social et un million de pompes à chaleur, en donnant la priorité aux Français les plus fragiles.

Monsieur le Premier ministre, allez-vous enfin proposer ce projet de justice sociale et de souveraineté, donc de liberté, qui nous fait tant défaut ? (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – Mme Émilienne Poumirol applaudit également.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'énergie.

Mme Maud Bregeon, ministre déléguée auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement, et ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l'énergie. Monsieur le sénateur Jadot, vous avez parfaitement raison : nous n'avons pas les moyens de la démagogie.

C'est la raison pour laquelle, depuis le début du conflit, nous avons privilégié des aides ciblées pour les secteurs économiques les plus en difficulté : agriculteurs, transporteurs, pêcheurs… Pour ces derniers, le gasoil a atteint un niveau qui rendait insoutenables le départ en mer et la pêche. Le Gouvernement a donc, dès les premiers jours du conflit, décidé de leur venir en aide.

Le chèque énergie, créé en effet en 2015 et pérennisé en 2018, s'élève en moyenne à 150 euros. Certes, il n'a pas été revalorisé depuis plusieurs années, mais je rappelle que le Premier ministre a annoncé un versement automatique pour 700 000 bénéficiaires supplémentaires d'un chèque qui pourra atteindre 277 euros.

Puisque nous n'avons pas les moyens de la démagogie, proposer de porter le chèque énergie à 500 euros n'est vraiment pas utile : privilégions l'aide aux secteurs les plus en difficulté et adaptons les dispositifs en fonction de la situation internationale.

Par ailleurs, vous avez raison, un plan d'électrification sera présenté dans les jours à venir. Il n'émane pas de réflexions menées ces derniers jours ou ces dernières semaines : il est concomitant à la publication de la troisième programmation pluriannuelle de l'énergie (PEE3), laquelle permet de se projeter vers des moyens de production décarbonés. Il ne peut réussir que si l'on électrifie suffisamment rapidement les usages des particuliers comme des professionnels.

Vous connaissez un certain nombre des grands principes de ce plan. Je pense au développement des pompes à chaleur – les certificats d'économie d'énergie (C2E) ont financé près de 200 000 pompes à chaleur l'année dernière. Je pense également aux dispositifs de leasing, comme le leasing social, qui, je l'espère, perdureront. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à M. Yannick Jadot, pour la réplique.

M. Yannick Jadot. Madame la ministre, pour les 6 millions de ménages qui en dépendent, un chèque énergie à 150 euros ne couvre ni l'inflation, ni la hausse du coût des carburants, ni l'augmentation du prix du gaz.

Vous mettez un sac de sable ici, un sac de sable là, face à une vague scélérate. L'extrême droite s'en lèche les babines ! (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – Exclamations ironiques sur des travées du groupe Les Républicains.)

déclarations sur l'islam

M. le président. La parole est à Mme Muriel Jourda, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

Mme Muriel Jourda. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.

Monsieur le ministre, voilà quelques semaines, à l'occasion d'un événement religieux, vous vous êtes rendu à la grande mosquée de Paris en tant que ministre des cultes. Vous y avez tenu un discours relativement long, au cours duquel vous avez tenu des propos qui n'ont pas manqué d'émouvoir.

« Je ne serai pas celui qui irait expliquer à des enfants qu'en portant le voile elles menacent le vivre ensemble républicain », avez-vous affirmé. Vous avez également indiqué soutenir toute initiative qui permettrait de mieux faire connaître l'islam. Vous avez enfin déclaré que le Président de la République était attaché à développer et à mieux faire connaître l'islam.

Monsieur le ministre, dans la mesure où le rôle du ministre des cultes n'est pas de favoriser une religion, pas plus que de faire la promotion d'une quelconque pratique, et dans la mesure où le Président de la République n'est pas le commandeur des croyants, pouvez-vous apporter des précisions sur les propos que vous avez tenus ? (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.

M. Marc-Philippe Daubresse. Le championnat de France de patinage artistique commence ! (Sourires sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, le 12 mars dernier, je me suis effectivement rendu à la grande mosquée de Paris pour la rupture du jeûne en tant que ministre des cultes, et cela avec la chaleur qui me caractérise, quel que soit le culte concerné.

Vous avez rappelé certains de mes propos, mais vous avez oublié de dire que j'y ai tenu un discours de fermeté. J'ai rappelé que ce gouvernement, comme tous les précédents d'ailleurs, ne tolérait pas que l'on développe l'idée que les lois religieuses l'emportent sur les lois de la République.

C'est mon combat, tout aussi professionnel que politique, comme directeur général de la sécurité intérieure (DGSI) et coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT), ou encore, avant aujourd'hui, comme secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur.

Je me suis toujours battu sur ce point. J'ai d'ailleurs été le coauteur de l'ensemble des textes qui ont été produits sur ces sujets ces dernières années. Et, de la même façon, je travaille au nouveau projet de loi relatif à l'entrisme. La plupart d'entre vous m'ont d'ailleurs entendu à l'occasion de réunions de commissions parlementaires ces dix dernières années : ma fermeté est absolue.

Toutefois, vous le savez très bien, il faut susciter aussi l'adhésion à ce combat de nos compatriotes de confession musulmane. Sinon, on les perd et on perd le combat. C'est dans ce cadre-là que j'ai parlé du voilement des jeunes filles mineures. J'aurais pu citer d'autres mesures générales ; je vous concède que je n'ai cité que celle-là.

Évidemment, à titre personnel, je suis opposé à ce que des enfants de six ou sept ans portent le voile, elles qui n'ont aucun libre arbitre en la matière. (Exclamations sur des travées du groupe Les Républicains.) Je l'ai dit sur BFM, je vous le répète.

Soyez sans crainte, ma fermeté est absolue. D'ailleurs, je viens d'interdire la rencontre annuelle des musulmans de France au Bourget, ce qui ne s'était pas fait depuis très longtemps. Et, je le répète, je défends le projet de loi relatif à l'entrisme.

En ce qui concerne la promotion de l'islam, je reconnais un propos malheureux. Le ministre des cultes est là pour garantir que chaque fidèle, quelle que soit sa religion, puisse exercer son culte librement et sans entrave. C'est ce que je voulais dire quand j'ai maladroitement parlé de promotion. Je retire ce terme que j'ai utilisé à tort.

Vous le savez très bien, lorsque l'on parle de Laurent Nunez, on dit souvent qu'il est islamophobe. N'oubliez pas le combat que je mène ! (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées du groupe RDSE.)

M. le président. La parole est à Mme Muriel Jourda, pour la réplique.

Mme Muriel Jourda. Monsieur le ministre, j'avoue vous avoir trouvé plus convaincant lorsque, lors du colloque organisé par la délégation parlementaire au renseignement, vous avez exposé le combat que vous meniez contre l'entrisme islamiste…

L'entrisme islamiste, c'est cet islam radical et rampant qui s'introduit dans notre société. En 2020, dans son rapport réalisé au nom de la commission d'enquête du Sénat sur les réponses apportées par les autorités publiques au développement de la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre, notre collègue Jacqueline Eustache-Brinio a parfaitement décrit les façons d'agir de l'entrisme islamiste. Celui-ci se nourrit de la moindre de nos faiblesses. Il faut le dire.

Oui, vous avez fait un plus long discours à la grande mosquée de Paris, mais, à aucun moment, vous n'avez parlé d'entrisme islamiste : vous avez parlé de projet politique. Or, quand celui-ci est abouti, comme c'est le cas en Afghanistan ou en Iran, cela se traduit par l'effacement et la destruction des femmes,…

Mme Laurence Rossignol. Il n'y a pas que l'islamisme qui efface les femmes !

Mme Muriel Jourda. … voire par leur mort sociale et physique. Et cela commence par le voilement des fillettes.

Vous le savez si bien que, comme vous venez de le rappeler, vous l'avez réaffirmé devant un journaliste.

Monsieur le ministre, nous ne pouvons plus supporter l'ambiguïté commode du « en même temps ».

M. le président. Veuillez conclure, ma chère collègue.

Mme Muriel Jourda. Celle-ci a déjà fait beaucoup de mal à la France. Face à l'entrisme islamiste, elle serait mortelle. (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – Mme Brigitte Devésa applaudit également.)

M. Mickaël Vallet. Pas ça à Nunez !

hausse des prix des carburants notamment outre-mer

M. le président. La parole est à Mme Solanges Nadille, pour le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

Mme Solanges Nadille. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

Le 1er avril dernier, la préfecture de Guadeloupe a annoncé une hausse considérable des prix des produits pétroliers.

En Guadeloupe comme dans l'ensemble des territoires d'outre-mer et comme dans l'Hexagone, le prix du carburant n'est pas une simple variable économique : c'est un déterminant majeur de la vie chère et un facteur de précarité sociale.

Aussi, comment analysez-vous cette augmentation sur mon territoire, la Guadeloupe ? (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'énergie.

Mme Maud Bregeon, ministre déléguée auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement, et ministre déléguée auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l'énergie. Madame la sénatrice, vous le savez, en Guadeloupe, le prix du carburant est plafonné.

Le plafond est mis à jour tous les mois en fonction des cotations des quinze premiers jours du mois précédent, elles-mêmes directement liées au cours des marchés internationaux.

C'est évidemment dans ce cadre-là que cette hausse s'est produite, hausse que nous déplorons tous, mais qui est liée au contexte international et au blocage du détroit d'Ormuz, par lequel 20 % du pétrole transitent normalement et qui est actuellement bloqué. Nous espérons d'ailleurs que le déblocage interviendra très rapidement.

Au 1er avril dernier, en Guadeloupe, le prix de l'essence sans plomb s'est élevé à 1,88 euro le litre, ce qui représente une augmentation indéniable de 18 centimes d'euro par rapport au 1er mars. Pour autant, c'est inférieur aux prix constatés ailleurs. Et c'est grâce à la réglementation des tarifs dans les outre-mer que les prix ont pu être contenus.

Naïma Moutchou et moi-même restons extrêmement vigilantes sur l'évolution des prix dans les outre-mer, en particulier chez vous, avec une exigence absolue à l'égard des distributeurs sur les prix à venir. Les baisses doivent être répercutées aussi vite que les hausses l'ont été.

Je rappelle par ailleurs que l'ensemble des dispositifs d'aide qui ont été mis en place, notamment pour les secteurs les plus touchés et les plus exposés, sont évidemment valables sur tout le territoire national. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)