Il nous faut une stratégie globale et des moyens, et il nous les faut maintenant, madame la ministre. C'est absolument indispensable pour notre sécurité. Encore une fois, le compte n'y est pas. (Applaudissements sur les travées du groupe UCI.)
déremboursement des cures thermales
M. le président. La parole est à M. Jean-Marc Boyer, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Guislain Cambier applaudit également.)
M. Jean-Marc Boyer. Monsieur le Premier ministre, 42 départements, 88 stations thermales, 25 000 emplois, 4,8 milliards d'euros de retombées économiques, 220 millions d'euros de taxes et cotisations sociales reversées à l'État, des médecins préservés dans les territoires ruraux, tandis que l'évaluation scientifique du service médical rendu des cures thermales, commandée par Mme la ministre de la santé auprès de la Haute Autorité de santé (HAS), en est encore au début de ses travaux.
Malgré tout cela, vous proposez de transférer aux mutuelles 200 millions d'euros relatifs à la prise en charge des cures thermales conventionnées. Il s'agit d'un déremboursement mal déguisé, effectué selon une méthode méprisante et dommageable pour les acteurs thermaux, les patients et les territoires.
Le remboursement des cures thermales médicales ne représente que 0,5 % du budget global de la sécurité sociale. Alors que de nombreux pays européens maintiennent une prise en charge significative de ces soins, votre gouvernement s'apprête à casser la filière thermale française.
Dès lors, monsieur le Premier ministre, êtes-vous vraiment disposé à ignorer les bienfaits sur la santé reconnus par trente-six études cliniques internationales – avec notamment la diminution de la consommation de médicaments par les patients ? disposé à ne pas attendre les conclusions de la HAS, alors que vous avez vous-même commandé ce rapport en vue d'aboutir à une décision concertée entre les acteurs et les territoires thermaux ? disposé à réduire à néant les investissements considérables des acteurs et élus du thermalisme ? et disposé, enfin, à casser définitivement le modèle thermal français ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe UCI. – Mme Paulette Matray et M. Hussein Bourgi applaudissent également.)
M. Jean-François Husson. Stop à la casse !
M. le président. La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. Monsieur le sénateur Jean-Marc Boyer, vous m'interrogez sur la hausse du ticket modérateur pour les cures thermales proposée dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027.
Je veux tout d'abord rappeler que notre modèle social repose sur un financement partagé des dépenses de santé entre l'assurance maladie obligatoire, les complémentaires et les assurés. Ce modèle permet à tous nos concitoyens d'accéder à des soins de qualité, avec un reste à charge qui figure parmi les plus faibles des pays développés.
Dans un contexte où notre système de santé et notre sécurité sociale font face à des contraintes budgétaires majeures, il me paraît légitime de s'interroger sur l'efficacité des dispositifs financés par la solidarité nationale. Certains parlementaires ont par ailleurs remis ce sujet dans le débat public dès cet été.
Je suis consciente que nous avons déjà tenu cette discussion lors de l'examen du PLFSS pour 2026, mais la situation de nos finances publiques a fondamentalement changé depuis lors, notamment à la suite du conflit au Moyen-Orient. (Murmures désapprobateurs sur les travées du groupe Les Républicains.)
Ainsi, comme nous l'avons fait l'été dernier sur certains médicaments, il nous faut recentrer la prise en charge de l'assurance maladie sur les produits et les techniques médicales les plus performants.
Je tiens enfin à rappeler que nous proposons non pas un déremboursement, mais une nouvelle répartition entre l'assurance maladie obligatoire et les mutuelles, lesquelles pourront toujours prendre en charge le complément.
M. Hussein Bourgi. Arrêtez de dire n'importe quoi !
Mme Stéphanie Rist, ministre. Si ces cures peuvent apporter un bénéfice, il est important que celui-ci soit validé par une instance scientifique indépendante. L'avis de la Haute Autorité de santé, qui ne sera pas rendu avant la fin de l'année 2027, permettra d'actualiser les connaissances sur cette activité et d'en préciser le service médical rendu. (M. Martin Lévrier applaudit.)
M. Hussein Bourgi. Pourquoi prendre un décret ? Vous n'avez pas répondu.
M. le président. La parole est à M. Jean-Marc Boyer, pour la réplique.
M. Jean-Marc Boyer. Monsieur le Premier ministre, madame la ministre, je vous transmettrai, au nom des sénateurs des quarante-deux départements thermaux, et dans une démarche transpartisane, une motion vous alertant sur les conséquences désastreuses de votre projet de déremboursement pour les patients, la filière thermale et nos territoires ruraux.
Je vous le demande solennellement : attendez l'étude de la HAS afin de prendre une décision réfléchie, concertée et objective. Nous restons mobilisés. (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains, ainsi que sur des travées des groupes UCI, SER et INDEP.)
moyens dédiés à l'orientation des lycéens
M. le président. La parole est à M. David Ros, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. David Ros. Monsieur le Premier ministre, après un mois de mobilisation et près de 100 000 contributions recueillies en dix-huit jours, vos annonces étaient, vous vous en doutez, très attendues. Si elles constituent un premier pas, elles suscitent de nombreuses interrogations chez les lycéens, les étudiants, les universitaires, les personnels, les familles et, bien sûr, les parlementaires.
Chacun peut partager l'objectif d'améliorer la réussite des élèves, de lutter contre les inégalités et de renforcer l'attractivité des métiers de l'éducation ; encore faut-il que les mesures annoncées soient lisibles, cohérentes, financées et réellement applicables dans les établissements.
Je m'étonne d'abord de la méthode.
Pourquoi réunir à la hâte quelques influenceurs avant même de rencontrer les organisations syndicales lycéennes et étudiantes, qui le demandent pourtant depuis plusieurs semaines ? Elles vous alertent, comme le font les sénateurs du groupe socialiste depuis plusieurs années, sur le désengagement de l'État vis-à-vis de la jeunesse.
Pourquoi avoir réservé la primeur de vos annonces à des influenceurs, dont certains étaient en visioconférence, alors même que vous auriez refusé cette modalité à une responsable de la coordination des territoires ultramarins ?
Je m'interroge ensuite sur le contenu.
Pourquoi annoncer aujourd'hui à des lycéens légitimement inquiets pour leur avenir des mesures que vous refusiez il y a un mois ? J'ai notamment à l'esprit la suppression sèche de Parcoursup, qui n'est pas la solution et qui devra, par ailleurs, être actée par une nouvelle loi.
Comment éviter alors de donner l'impression de céder aux violences, lesquelles ne sont pas le fait, loin de là, de la grande majorité des lycéens, ou de mener une opération de communication destinée à faire retomber la pression, quitte à laisser une situation explosive pour le lendemain de l'élection présidentielle ?
Enfin et surtout, monsieur le Premier ministre, pourriez-vous nous assurer que vos annonces s'appuient sur des engagements budgétaires fermes et que, même en cas d'adoption du budget par le 49.3 ou par voie d'ordonnance, les décisions prises ne resteront pas, selon les mots du ministre de l'éducation nationale, des « promesses en l'air » ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.
M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Monsieur le sénateur Ros, lorsque vous avez évoqué « des mesures lisibles, cohérentes, financées et réellement applicables », j'ai d'abord cru que vous vouliez nous rendre hommage.
La suite de votre question a toutefois montré qu'il vous restait des interrogations. Ce que nous avons proposé, ce sont très précisément « des mesures lisibles, cohérentes, financées et réellement applicables ».
Tout d'abord, pour répondre à votre question sur la méthode et le calendrier, nous n'avons eu de cesse depuis un mois, avec Philippe Baptiste et sous l'autorité du Premier ministre, d'affirmer que seul le dialogue, en démocratie, permettait d'aboutir à des solutions.
Nous avons écouté tout le monde : nous avons ouvert une plateforme qui, vous le savez, a recueilli 100 000 contributions et a été clôturée le vendredi 23 octobre au soir.
Le lundi 26 après-midi, nous avons reçu les lycéens à Matignon avec le Premier ministre ; parallèlement, mon cabinet recevait les organisations syndicales ainsi que les associations étudiantes pour leur présenter les mesures.
Un échange s'est effectivement tenu le matin avec des influenceurs : il ne s'agissait ni d'une discussion ni d'une négociation. (Mmes Laurence Rossignol et Sylvie Robert protestent.) Nous discutons, au sens où nous négocions, avec les uns, et nous échangeons avec les autres.
Nous avons dialogué avec des influenceurs tout simplement parce que, lorsqu'ils comptent un million ou deux millions de followers, ils constituent, eux aussi, un thermomètre de la jeunesse ; échanger avec eux est donc normal.
Qu'ils n'aient pas tout à fait la même pratique que nous en matière de secret des discussions, cela les regarde ; mais prendre le pouls d'une société, y compris à travers ceux qui prétendent l'influencer, n'est pas nécessairement idiot, pardonnez-moi ! (M. Yannick Jadot s'exclame.)
En revanche, la phase de discussion, au sens de négociation, s'est déroulée l'après-midi, comme prévu, avec les élèves, avec les étudiants et avec les syndicats. J'ai même reçu mardi matin les syndicats et les parents d'élèves. Les groupes de travail que nous ouvrons désormais répondent à cette même exigence.
Quant au contenu et au financement, oui, tout cela est finançable. C'est d'ailleurs pourquoi nous avons pris un peu de temps : nous n'avons pas fait n'importe quoi. Pardonnez-moi, mais nous sommes sérieux.
L'ensemble se traduira par des amendements au projet de loi de finances ; et, puisque c'est moi qui prépare la rentrée 2027, celle-ci se déroulera bien sous les auspices des mesures annoncées. (M. Martin Lévrier applaudit.)
M. le président. La parole est à M. David Ros, pour la réplique.
M. David Ros. Mon message sera clair : ne sacrifiez pas la jeunesse ! Gardez la jeunesse à l'esprit, ou gardez un esprit de jeunesse ! (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
conséquences des phénomènes climatiques extrêmes et accompagnement des sinistrés
M. le président. La parole est à M. Laurent Burgoa, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Laurent Burgoa. Monsieur le ministre délégué chargé de la transition écologique, face à l'inaction des gouvernements successifs, le climat météorologique, tout comme le climat social, interroge notre modèle assurantiel.
Le 7 octobre dernier, au Grau-du-Roi, un violent phénomène orageux a frappé Port-Camargue : arbres arrachés, toitures endommagées, bateaux coulés, les dégâts sont considérables. Météo-France évoque d'ailleurs, dans son certificat d'intempéries, un « phénomène tourbillonnaire ».
Quelques semaines plus tard, les fortes pluies qui ont touché le secteur de la Petite Camargue gardoise ainsi que les départements des Bouches-du-Rhône et de l'Hérault ont de nouveau durement éprouvé notre territoire, affectant les habitants et les professionnels, notamment les manadiers, dont l'activité et les exploitations ont été fragilisées. Je tiens à leur exprimer tout mon soutien.
Ces événements ne sont malheureusement pas isolés : les épisodes météorologiques extrêmes se succèdent ; ils provoquent d'importants dommages matériels, mettent en péril des activités et laissent de nombreuses familles dans l'incertitude quant à leur indemnisation.
Face à de telles situations, nos concitoyens attendent des réponses concrètes, car nous devons regarder la réalité en face : avec le dérèglement climatique, ces phénomènes vont devenir toujours plus fréquents et plus intenses. Notre pays doit donc se préparer dès aujourd'hui à leurs conséquences humaines, économiques et financières. L'enjeu est d'autant plus important que la capacité même à assurer les biens exposés aux risques climatiques suscite des interrogations.
Monsieur le ministre, je souhaite vous poser deux questions.
Premièrement, quelles aides concrètes le Gouvernement entend-il mobiliser au bénéfice des habitants, des collectivités et des professionnels touchés par ces récents épisodes météorologiques afin de leur permettre d'y faire face ?
Deuxièmement, quelles mesures de surveillance comptez-vous mettre en place, en lien avec l'Observatoire de l'assurabilité, pour le régime tempête, neige, grêle (TNG) ?
Nous ne pouvons nous contenter de gérer les conséquences de chaque événement au cas par cas ; il nous faut une stratégie de long terme à la hauteur des bouleversements climatiques qui s'annoncent. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé de la transition écologique.
M. Mathieu Lefèvre, ministre délégué auprès de la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, chargé de la transition écologique. Monsieur le sénateur Burgoa, je vous remercie de votre question : alors que les épisodes que vous avez mentionnés ont causé quatre décès, elle me donne l'occasion de réaffirmer la solidarité de la Nation, qui s'adresse également aux forces de l'ordre, aux sapeurs-pompiers, aux agents de la sécurité civile et, bien sûr, aux élus locaux. Les maires se sont trouvés en première ligne face à ces intempéries d'une particulière intensité.
Comme le ministre de l'intérieur l'a indiqué en fin de semaine dernière, la procédure accélérée de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle a été déclenchée. La commission s'est réunie hier, ainsi que le ministre s'y était engagé : soixante-douze communes avaient déposé une demande, et toutes bénéficieront de ce régime. Le décret sera pris dans les prochains jours.
Au-delà, les agriculteurs pourront évidemment prétendre aux dispositifs de solidarité nationale et de calamités agricoles ainsi qu'à des reports de charges fiscales ou sociales, en lien avec la chambre d'agriculture.
Vous posez également une question de plus long terme, qui touche à l'évolution de l'assurabilité de certains risques et de certains territoires face au dérèglement climatique.
Le troisième plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3) prévoit précisément la création d'un Observatoire de l'assurabilité. Celui-ci a rendu ses premières conclusions, démontrant qu'il n'existe pas, dans la majorité des cas, de risque de territoires sous tension, notamment dans l'Hexagone.
Le Gouvernement reste évidemment à votre disposition et à celle du Parlement pour faire évoluer le régime des catastrophes naturelles s'il en était besoin, dans le respect tant de sa soutenabilité financière que du principe de solidarité nationale qui y est attaché.
Nous avons déjà bien travaillé sur la base de la proposition de loi du député Fabrice Barusseau, rapportée au Sénat par Mme le rapporteur général. Nous sommes prêts à poursuivre cet effort avec vous.
nomination du secrétaire général des nations unies
M. le président. La parole est à M. Stéphane Demilly, pour le groupe Union Centriste et Indépendants.
M. Stéphane Demilly. Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, Boris Vian disait que « l'humour est la politesse du désespoir ». Une fois n'est pas coutume, c'est donc par le truchement d'une charade à la réponse monosyllabique que je voudrais aborder un sujet d'une extrême gravité.
Mon premier traite Vladimir Poutine comme un ami et ses alliés européens comme des ennemis.
Mon deuxième considère que tout s'achète, les valeurs morales comme les territoires.
Mon troisième pousse la personnalisation du pouvoir jusqu'à imposer son visage sur les pièces de 1 dollar et à déclarer la gratuité des parcs nationaux le jour de son anniversaire.
Mon quatrième manie la novlangue comme personne, faisant passer la vérité pour un mensonge et inversement, n'en déplaise à certains médias, qu'il a d'ailleurs exclus de ses conférences de presse.
Mon cinquième soudoie ses concitoyens en leur promettant 5 000 dollars en cas de victoire de son camp politique et 1 million de dollars à quiconque pourrait lui signaler une fraude électorale condamnable.
Enfin, mon tout, qui ose tout, « c'est même à ça qu'on [le] reconnaît », vient de suggérer la candidature de son honorable ami Viktor Orban au poste de secrétaire général des Nations unies pour succéder à Antonio Guterres.
Pardon, monsieur le ministre, pour cette forme ironique, symbole d'un regard désespéré : menacer la démocratie de son pays est une chose, mais menacer l'ordre international en est une autre, vous l'avez bien compris.
Si la suggestion d'une candidature de Viktor Orban à la tête de l'ONU, soutenue conjointement par les États-Unis, la Chine et la Russie, s'avérait ne pas être une blague de mauvais goût, la France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, utiliserait-elle son droit de veto, comme le prévoit l'article 27 de la Charte des Nations unies ? (Applaudissements sur les travées des groupes UCI, RDSE et INDEP, ainsi que sur des travées des groupes SER et Les Républicains.)
Mme Nathalie Goulet. Excellent !
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, monsieur le sénateur Stéphane Demilly, permettez-moi, avec l'accord du Premier ministre, d'exprimer la solidarité du Gouvernement avec l'Espagne, endeuillée ce matin par une catastrophe ferroviaire épouvantable qui a d'ores et déjà causé plus de soixante-huit morts. Notre ambassade sur place est en lien avec les autorités locales pour leur apporter toute l'assistance qu'elle peut.
Pour en venir à votre question : non, le poste de secrétaire général des Nations unies n'a pas vocation à devenir le lot de consolation d'un dirigeant battu dans les urnes et chassé par son peuple, alors que Marine Le Pen elle-même était venue en personne battre campagne pour lui à Budapest en mars dernier.
Non, la France ne saurait accepter que l'Organisation des Nations unies, qu'elle a cofondée au service de la paix, du développement et des droits de l'homme, soit ainsi dévitalisée et paralysée par de grandes puissances qui préféreraient avoir les coudées franches pour imposer la loi du plus fort.
D'abord, vous l'avez rappelé, parce que telle est notre vision de l'ordre international, fondé sur les règles et sur le droit, garantissant la justice et la liberté pour tous les peuples du monde ; mais aussi, et sans doute surtout, parce qu'il y va de notre intérêt, tant il serait illusoire d'imaginer protéger les Français contre les risques liés à la guerre, à l'intelligence artificielle, au dérèglement climatique ou aux pandémies sans la coopération internationale et le multilatéralisme que permettent les Nations unies.
C'est la raison pour laquelle la France ne ménage aucun effort, comme membre permanent du Conseil de sécurité, pour réformer cette organisation, afin de la rendre toujours plus légitime et plus représentative.
Tel est l'objectif de l'initiative que je porte visant à encadrer le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité, afin que les populations civiles, au Soudan, en Ukraine, à Gaza ou même en Iran, puissent être protégées par les Nations unies lorsqu'elles sont prises pour cible.
Vous le voyez, ce que nous attendons du futur secrétaire général, c'est qu'il réforme les Nations unies pour mieux les conforter, et certainement pas qu'il les discrédite pour mieux les enterrer ! (Applaudissements sur les travées du groupe UCI, ainsi que sur des travées du groupe SER. – M. Philippe Grosvalet et Mme Solanges Nadille applaudissent également.)
consultation publique sur l'interdiction de l'importation de trophées de chasse
M. le président. La parole est à M. Pierre Cuypers, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
M. Pierre Cuypers. Monsieur le ministre délégué chargé de la transition écologique, le 11 novembre s'achèvera la consultation publique du projet d'arrêté relatif aux modalités d'application de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites). Ce texte vise à étendre encore l'interdiction de l'importation de trophées de chasse de certains animaux prélevés hors de l'Union européenne.
L'objectif peut paraître louable, mais l'enfer, on le sait, est pavé de bonnes intentions : en réalité, cette mesure produirait un effet inverse à celui qui est recherché.
Dans le cadre juridique strict actuellement applicable, la chasse, lorsqu'elle est pratiquée de manière responsable et en toute légalité, comme c'est le cas actuellement, contribue pleinement à la protection de la nature. Elle offre aux territoires intéressés, notamment à certains pays d'Afrique, d'importantes ressources qui permettent d'œuvrer à la préservation des écosystèmes et à la conservation de la biodiversité. Elle constitue à cet égard la meilleure garantie contre le braconnage, la surexploitation et le trafic illégal des espèces sauvages.
Monsieur le ministre, allez-vous retirer ce projet d'arrêté qui, en privant de moyens les pays abritant les espèces concernées, pourrait se retourner contre la faune sauvage qu'il prétend défendre ?
M. le président. La parole est à M. le ministre délégué chargé de la transition écologique.
M. Mathieu Lefèvre, ministre délégué auprès de la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, chargé de la transition écologique. Monsieur le président du groupe d'études Chasse et pêche, cette mesure a été annoncée par le Premier ministre aux associations de protection animale cet été, et elle fait désormais l'objet d'une consultation publique.
Je tiens à vous rassurer : il ne s'agit évidemment pas d'interdire la chasse ni d'instaurer une mesure généralisée, puisqu'elle ne vise que les espèces les plus protégées, notamment par la Convention Cites.
Cette disposition est par ailleurs très ciblée, puisque seuls vingt-quatre permis ont été accordés en 2025.
Je veux dire encore devant votre assemblée à quel point cette décision ne remet nullement en cause l'affection et la solidarité que nous portons à la chasse dans notre pays, dont les pratiquants sont des acteurs indispensables de la promotion des territoires.
J'ajoute que nous ne nions pas le sujet très légitime que vous soulevez : le financement de la protection de la biodiversité et du développement des communautés locales dans les pays africains. Nous convenons que des modèles de chasse éthiques et réglementés, tels qu'on les trouve en Namibie ou en Afrique du Sud, peuvent permettre de concilier ces objectifs ; c'est précisément la raison d'être de la consultation publique en cours.
Cependant, il me semble qu'il convient de distinguer l'autorisation de chasse dans les pays tiers, qui n'est absolument pas remise en cause, et l'importation des trophées, qui relève des règles de souveraineté nationale. D'autres pays européens ont d'ailleurs pris des mesures similaires, comme la Belgique, la Finlande ou les Pays-Bas.
En tout état de cause, la consultation ne fait que débuter, et je me tiens à votre disposition pour l'améliorer avec vous, en votre qualité de président du groupe d'études Chasse et pêche.
M. le président. La parole est à M. Pierre Cuypers, pour la réplique.
M. Pierre Cuypers. Monsieur le ministre, il ne faut pas jouer les parangons de vertu. Le WWF (World Wide Fund for Nature), dont Mme la ministre Barbut a été la présidente pendant deux ans, et l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) défendent ce modèle de la chasse au trophée lorsqu'il s'inscrit dans une perspective raisonnable et durable, ce qui est manifestement le cas.
M. Michaël Weber. N'importe quoi !
M. Pierre Cuypers. Les pays africains concernés s'opposent à une telle évolution de la réglementation. Il s'agit donc d'une position purement idéologique.
Il faut dire non à cette nouvelle surtransposition des règles européennes et nationales, et cesser d'adopter une posture néocolonialiste en pénalisant les pays concernés.
M. Michaël Weber. Oh là là !
M. Pierre Cuypers. Respectons le droit des États : ce projet d'arrêté constitue, à n'en point douter, une fausse bonne idée ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Jean-Marc Vayssouze-Faure s'exclame.)
encadrement des rassemblements par les forces de l'ordre et présence de groupuscules d'extrême droite
M. le président. La parole est à M. Hussein Bourgi, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. Hussein Bourgi. J'associe à ma question notre collègue Olivier Jacquin, sénateur de Meurthe-et-Moselle.
Monsieur le ministre de l'intérieur, samedi dernier, de nouvelles manifestations ont eu lieu partout en France. Contrairement à ceux du samedi 17 octobre, ces rassemblements se sont bien déroulés : nous avons relevé moins de dégradations et moins d'exactions. Nous le devons aux forces de l'ordre, que je tiens à saluer et à remercier.
Preuve est ainsi faite, monsieur le ministre, que lorsque la France s'en donne les moyens, elle est capable de concilier le droit de manifester et le maintien de l'ordre public.
Néanmoins, dans une vingtaine de villes, de Rouen à Nice et de Nancy à Montpellier, nous avons constaté des actes de violence commis par des groupuscules d'ultradroite.
Que pouvez-vous nous en dire ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, je ne peux que confirmer que les manifestations se sont déroulées sans incident, nonobstant la volonté acharnée d'une partie des manifestants, notamment ceux qui appartiennent à la mouvance d'ultragauche et d'extrême gauche radicalisée, de se diriger vers les centres-villes. Ces derniers avaient été protégés, les préfets ayant pris partout sur le territoire national des arrêtés d'interdiction afin de déplacer les cortèges vers la périphérie.
Je vous remercie à ce titre d'avoir salué le travail des forces de sécurité intérieure.
Concernant la mouvance d'ultradroite, nous avons effectivement vu, samedi, dans une quinzaine de villes, des individus rassemblés de manière compacte, à la manière de groupes de combat, aller chercher des opposants d'ultragauche pour en découdre.
Contrairement à ce que j'ai pu lire, voir ou entendre ici ou là, chaque fois que des fights – des affrontements – ont éclaté entre les deux camps, les forces de l'ordre les ont stoppés et, chaque fois qu'elles l'ont pu, ont interpellé un certain nombre de ces individus.
Ce fut le cas à Nice, avec onze personnes arrêtées, ou encore à Rouen, où deux individus ont été appréhendés de manière préventive.
Pour le reste, comme vous le soulignez vous-même, les forces de sécurité intérieure étaient concentrées sur leur mission : protéger les commerces et veiller au bon déroulement des cortèges.
J'entends certains commentateurs affirmer qu'elles auraient pu interpeller tel ou tel groupe : tout cela est bien loin de la réalité opérationnelle du travail des forces de sécurité intérieure, dont la responsabilité était de défendre les biens et les personnes.
Oui, nous avons pu voir des groupes de combat se balader dans les rues ; oui, les préfets ont saisi les procureurs de la République ; oui, des actions judiciaires seront menées et, oui, il y a bien eu des interpellations.