3. Les actions de coopération soutenues par l'Union européenne
L'Union européenne intervient à Madagascar dans plusieurs domaines : l'action économique, juridique et sociale, les infrastructures de transports, le développement rural, la sécurité alimentaire, l'environnement...
Pour mener à bien ses actions, l'Europe dispose sur place à Tananarive d'un effectif de quarante-huit personnes.
L'enveloppe financière mobilisée au profit de Madagascar a été arrêtée dans le cadre du 9 e Fonds européen de développement (FED) pour une période de six années (2002-2007), à hauteur de 267 millions d'euros, non comprise une enveloppe additionnelle annuelle de 15 millions d'euros.
Par secteur, les actions de l'Union européenne se déclinent ainsi :
1. En matière économique , l'axe principal est l'appui budgétaire, dans un cadre commun avec la Banque mondiale et les autres institutions de Bretton Woods. L'Union européenne a également mis en place une coopération opérationnelle avec les Etats membres : France, Allemagne, Grande-Bretagne... Il existe enfin des projets micro-financiers indirectement financés par l'Union européenne au profit des ONG, par exemple pour l'installation de réseaux.
2 Etat de droit et société
L'Union européenne soutient un projet de « bonne gouvernance » auquel elle a affecté 10 millions d'euros.
Pour favoriser l'établissement de l'Etat de droit, l'Union européenne apporte un soutien à la modernisation de la justice, de la police et des douanes, ainsi qu'à des programmes de lutte contre la corruption en coordination avec les Etats membres.
Par ailleurs, l'octroi des aides financières est conditionné par le respect de normes conformes aux standards européens en la matière.
Pour les douanes, l'Union européenne souhaite développer des synergies avec l'administration française.
Conscient du lien entre les protections garanties par l'Etat de droit et la confiance des investisseurs étrangers, le Président Marc Ravalomanana, dans une déclaration du 26 juillet 2003, a affirmé sa volonté de relancer ces investissements en garantissant mieux le droit de propriété (parallèlement à un effort de détaxation), ce qui semble témoigner d'une bonne réceptivité des actions de l'Union européenne, notamment dans le domaine du respect du Droit.
3. La décentralisation
Les services de l'Union européenne ont mis en place différents instruments pour apporter son appui aux collectivités territoriales. Très attentifs du processus de mise en oeuvre de la décentralisation à Madagascar, ils ont marqué leur préoccupation face à des décisions de suspension de maires, en faisant ressortir le risque que de telles suspensions puissent être utilisées comme un outil politique de contrôle de l'autonomie locale. En effet, les maires suspendus sont remplacés par un président de délégation spéciale nommé par le gouvernement. Par ailleurs, au niveau supracommunal, une loi a été prise pour faire nommer les chefs de province par le gouvernement, en qualité de président de délégation spéciale.
L'assistance de l'Union européenne s'inscrit dans un programme d'appui aux collectivités et associations locales (PAICAL). Ce programme permet, à l'échelon communal, de financer des microréalisations. Une nouvelle forme d'appui est en cours de lancement : l'appui aux communes et organisations rurales pour le développement du Sud (ACORDS), avec une ouverture de crédit de 60 millions d'euros sur six ans. Il devrait permettre le soutien aux programmes de développement local en deux temps :
- une phase qui permettrait de tirer les enseignements des programmes anciens de réalisations d'infrastructures, afin d'évaluer les aspects négatifs qu'ils comportaient ;
- une seconde phase qui, à l'instar des procédures PAICAL, devrait favoriser l'expression des attentes de la population, notamment en matière de transports, en favorisant le développement endogène et commercialisation des produits locaux sur les marchés et, sur le plan social, la création d'équipements de base.
Pour les communes rurales , l'Union européenne a établi une méthodologie pour le développement rural, en sélectionnant les communes en « grappes » (41 critères ont été définis pour délimiter ces grappes). Sur les provinces de Fianarantsoa et Tuléar, qui regroupent 600 communes rurales, 200 d'entre elles seraient sélectionnées par région, avec une équipe régionale chargée de l'appui et du suivi pour chaque « grappe ». Le travail de l'Union européenne se fait en concertation avec la Banque mondiale, le fonds de développement communal, le PNUD, et certains Etats membres, au premier rang desquels l'Allemagne, et également la France mais sur des programmes de développement de moindre ampleur.
Les représentants de l'Union européenne ont insisté, lors de leur présentation, sur l'importance d'une implication des populations locales pour réussir ces projets de développement rural, les programmes antérieurs ayant donné des résultats peu satisfaisants, en l'absence de cette adhésion de l'ensemble des habitants.
L'Union européenne considère néanmoins que tout ne peut pas se régler à l'échelon communal et qu'il est nécessaire d'établir une coordination d'ensemble au niveau régional des différents projets mis en oeuvre. C'est ainsi qu'elle a mis en place huit équipes régionales sur la base de contrats avec les ONG spécialisées dans le développement local.
La moitié des investissements européens sont réservés aux projets de niveau intercommunal pour fédérer les actions des communes et des ONG. Il est prévu de faire précéder chaque projet d'une étude sur trois ans et de l'assortir d'une assistance technique de formation et d'encadrement.
L'appui budgétaire apporté aux projets par l'Europe est versé sous forme d'aide directe à la commune, mais sous condition qu'un plan d'investissement soit établi, que la commune soit dotée d'un comptable et qu'un suivi local soit effectué, de même qu'un audit annuel indépendant.
4. Environnement
Les projets environnementaux dont s'est saisie l'Union européenne, tendent à résoudre de façon prioritaire le problème de la déforestation, avec toutes les conséquences que celle-ci peut avoir sur l'érosion des bassins versants avec un impact préoccupant sur les infrastructures et même sur le changement de lit des rivières.
En revanche, l'Union européenne n'envisage pas de s'impliquer dans la politique des parcs naturels, considérant qu'il n'est pas possible d'être présent sur tous les fronts. Les parcs ont été des laboratoires de protection de la nature, mais les responsables européens à Tananarive estiment que la politique des parcs naturels à Madagascar doit prendre en compte le problème de la subsistance et plus généralement des besoins de la population située à la périphérie des parcs. L'Union européenne n'en a pas moins un projet concernant le Parc naturel de Bemaraha.
5. Les infrastructures routières
Un gros effort de l'Union européenne est consenti en ce domaine, avec un projet de 210 millions d'euros sur cinq ans. Le premier objectif est d'assurer la consolidation du réseau national primaire entre Tananarive et les différents ports de l'Ile. Pour la traversée du Parc de l'Isalo, un appel d'offre a été lancé pour la réfection de 40 kilomètres d'infrastructures. L'Union européenne souscrit à la priorité du gouvernement malgache de permettre le désenclavement des parties du territoire éloignées des axes en fonctionnement. Ainsi, sur 111 sous-préfectures, un tiers est inaccessible toute l'année, un autre tiers l'est à la saison des pluies, seul un tiers des préfectures étant desservi en permanence.
Un projet de réfection de la route nationale vers Diégo-Suarez, coupée cinq mois par an, est en cours d'approbation. Ce projet, d'un montant de 90 millions d'euros, est également soutenu par la Banque mondiale.
Parallèlement au développement des grandes infrastructures, est soutenu un projet de pistes rurales et communales.