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Leconte de Lisle, bibliothécaire du Sénat

Caricature de Leconte de Lisle

Charles Leconte, dit Leconte de Lisle, est né dans l’Ile Bourbon – aujourd’hui la Réunion – en 1818.

Après une adolescence dans cette île, dont il conservera toujours le souvenir, il voyage aux Indes et arrive en France pour poursuivre ses études. Il s’y passionne pour la politique, notamment pour les idées démocratiques et fouriéristes et pour les phalanstériens. Mais il y renonce assez vite, déçu par l’échec de la Révolution de 1848 et par l’avènement du Second Empire.

 Il se consacre dès lors à la poésie et devient le chef de file de l’Ecole parnassienne.

 En 1871, il est nommé bibliothécaire du Palais du Luxembourg, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1894.

 

Vie et oeuvre de Leconte de Lisle

Autographe de Leconte de LisleLeconte de Lisle est né le 22 octobre 1818 à Saint Paul, dans l’île de la Réunion. Son père, un ancien chirurgien militaire des armées impériales, y est devenu planteur de canne à sucre.

 L'expérience fouriériste

Après des études à Saint-Denis de la Réunion et en Bretagne, il se fixe définitivement à Paris en 1845. C’est là qu’il adhère aux idées de Charles Fourier, comme la création de phalanstères, vastes associations de production au sein desquelles les travailleurs vivent en communauté harmonieuse. Ses premiers poèmes sont d’ailleurs publiés dans la presse fouriériste : "Niobé" ou "La fontaine aux lianes" qui a pour cadre son île natale : "O bois natals, j'errais sous vos larges ramures".

1848

La Révolution de 1848 soulève son enthousiasme. Il prend l'initiative de pétitions en faveur de l'abolition de l'esclavage, ce qui lui vaut la réprobation de sa famille et de bon nombre de ses compatriotes. Déçu toutefois par l'échec de la Révolution, il se détourne de la politique et, désormais, l'histoire de sa vie se confond avec celle de ses oeuvres.

Les Poèmes antiques

En fin d'année 1852 paraissent les Poèmes antiques, 31 pièces placées en grande partie sous le signe de la beauté grecque. Ce retour à l'hellénisme enthousiasmait écrivains, érudits et sculpteurs : "Et maintenant la science et l'art se retournent vers les origines communes". Leconte de Lisle prône surtout le culte de la beauté pure :

"O liberté, justice, ô passion du beau
Dites-nous que votre heure est au bout de l’épreuve.
"

Il pense que la fonction du poète est de réaliser le Beau "par la combinaison complexe, savante, harmonique des lignes, des couleurs et des sons, non moins que par toutes les ressources de la passion, de la réflexion, de la science et de la fantaisie ; car toute œuvre de l'esprit dénuée de ces conditions nécessaires de beauté sensible, ne peut être une œuvre d'art."
Le recueil Poèmes et poésies sort en 1855, les Poésies complètes en 1858. Les Poèmes barbares, en 1862, font revivre les civilisations étrangères au monde gréco-romain, celles que les Grecs appelaient barbares.

Le républicain

En 1871, il publie un "Catéchisme populaire républicain": ses prises de position rationalistes et antireligieuses émeuvent un des membres de l'Assemblée nationale, Dufaur de Gavardie, qui interpelle le Gouvernement le 6 janvier 1872. Le Garde des sceaux répond quelques phrases évasives et l'incident n'a pas de suite. Le nom de Leconte de Lisle n'est pas prononcé.
En 1873, il fait jouer à l'Odéon les "Erynnies", tragédie en deux actes avec une musique de scène de Massenet. Les Poèmes tragiques sortent en 1884 et les Derniers poèmes en 1895, quelques mois après sa mort. De même "Appollonide", opéra dont Franz Servais a écrit la musique, ne sera joué qu'en 1899.

Les difficultés matérielles

Sa vie matérielle fut toujours difficile. Ne pouvant subsister par la publication de ses poèmes, il effectue de nombreuses traductions, dont l'Iliade, l'Odyssée, Hésiode.
En 1864, sa situation s'aggrave avec l'arrivée à Paris de sa mère et de ses deux soeurs, dépourvues de ressources. C'est à cette époque qu'il accepte de l'Empereur une pension de 300 francs : "Une inexorable nécessité m'a contraint d'accepter". En 1870, lors de la restauration de la République, les journaux publient les Papiers impériaux qui révèlent la pension dont bénéficiait Leconte de Lisle : il est traîné dans la boue par la presse. Il répond dans le journal Le Gaulois : "Permettez moi de vous déclarer que je n'ai jamais aliéné la liberté de ma pensée, ni vendu ma plume à qui que ce soit.

1870/1871

 Sa joie véritable de voir le rétablissement de la République est troublée par l'horreur que lui inspire la Commune. Une lettre à un ami le 29 mai 1871 le souligne : "Je vous écris en pleurant d'horreur et de désespoir. L'infâme bande de scélérats qui tyrannisait et pillait Paris depuis le 18 mars, a consommé son œuvre en mettant le feu à presque tous nos monuments".

Le Palais du Luxembourg

 En 1871, Jules Simon est ministre de l’Instruction publique. Il a une très vive admiration pour Leconte de Lisle et lui propose, François Coppée ayant démissionné, un poste à la Bibliothèque du Palais du Luxembourg qui fait partie de ses attributions depuis la disparition du Sénat. Leconte de Lisle est contraint d'accepter : cette sinécure lui assure des revenus modestes mais réguliers. Il y restera jusqu'à sa mort.

Les dernières années

Le 11 février 1886, après deux refus, l'Académie française ouvre enfin ses portes à Leconte de Lisle. Il est élu au fauteuil de Victor Hugo qui l'avait soutenu lors de ses candidatures antérieures.
Huit ans plus tard, Leconte de Lisle meurt à Louveciennes, le 17 juillet 1894.
Au mois de septembre 1977, ses cendres seront ramenées à l'île de la Réunion et inhumées au cimetière marin de Saint Paul.

L'École parnassienne

Le Parnasse est un groupement de poètes qui se constitue vers le milieu du XIXème siècle autour de Leconte de Lisle.

 En réaction au romantisme, cette école se veut sereine, éloignée des engagements politiques et des effusions individuelles. La poésie doit se nourrir des sciences de la nature, de l’histoire – surtout de l’histoire ancienne – et de la philosophie et respecter de strictes règles de forme. Quant au poète, il doit trouver sa récompense dans la contemplation du beau. Leconte de Lisle le professe : " la moralité d’une œuvre d’art, c’est sa beauté ".

 Parmi les poètes qui se réunissaient le samedi soir chez Leconte de Lisle, Villiers de l’Isle-Adam, Sully Prudhomme (premier prix Nobel de littérature en 1901), François Coppée et José Maria de Heredia apparaissent comme les plus représentatifs du Parnasse.

 

 
 

Dossier d'archives : actualité du passé - juin 2000