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Application de la directive européenne du temps de travail aux sapeurs-pompiers volontaires

15e législature

Question écrite n° 08409 de M. Bernard Bonne (Loire - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 10/01/2019 - page 84

M. Bernard Bonne attire l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur la menace que constituerait l'application de la directive européenne 2003/88/CE du 4 novembre 2003 du Parlement européen et du Conseil, dite directive européenne du temps de travail (DETT), sur l'exercice de leurs missions par les sapeurs-pompiers volontaires.
Ce texte assimile en effet les sapeurs-pompiers volontaires à des travailleurs au sens de la directive européenne du temps de travail ; ses dispositions leur deviendraient applicables, notamment le repos de sécurité quotidien de 11 heures entre deux séances de travail, la durée maximale hebdomadaire de 48 h, et un repos hebdomadaire minimal de 24 h consécutives.
Il en résulterait que l'engagement de sapeur-pompier volontaire ne serait plus compatible avec une autre activité professionnelle.
Or, le modèle français d'organisation de la sécurité civile repose en grande partie sur l'engagement de ces personnels volontaires.
L'application de la directive dégraderait ainsi le niveau d'efficacité et d'intervention des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS).
Or, la solution envisagée par l'Assemblée nationale et qui consisterait à inscrire dans les dérogations prévues à l'article 17 de la DETT l'exercice par les sapeurs-pompiers volontaires de leurs missions, n'apporte pas de solution satisfaisante, en ce qu'elle continue de facto à les qualifier de « travailleurs » et modifie donc leur cadre juridique d'emploi.
Aussi il souhaite savoir si le Gouvernement entend prendre une initiative afin que cette question soit réglée au niveau européen.



Réponse du Ministère de l'intérieur

publiée dans le JO Sénat du 24/01/2019 - page 425

La sécurité civile française repose sur un modèle qui démontre chaque jour sa pertinence et sa robustesse : par son organisation et son implantation territoriale cohérente, notre modèle permet aussi bien de faire face aux accidents du quotidien, que d'affronter les crises exceptionnelles. Ce modèle, garant de la sécurité des Français au quotidien, doit être protégé et conforté. Il convient en premier lieu de rappeler que l'objectif de la directive européenne, concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail (2003/88/CE), est de garantir à tous les travailleurs de l'Union européenne un socle de droits communs, harmonisé et protecteur. L'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne, dit arrêt « Matzak », suscite une inquiétude chez les sapeurs-pompiers volontaires (SPV), qui craignent une remise en cause du modèle français de sécurité civile. En effet, l'assimilation sans aménagement du volontariat à un travail pourrait limiter sa compatibilité avec tout autre emploi salarié en ce que le cumul d'activité résultant de cette assimilation pourrait potentiellement conduire à un dépassement des plafonds, rendant le salarié inemployable à l'issue d'une période d'activité de sapeur-pompier volontaire. Dès lors, le Gouvernement, qui entend et partage la préoccupation des SPV et des élus, a immédiatement fait part de sa volonté de protéger notre système de secours, reposant précisément, pour sa plus grande part, sur l'engagement citoyen des SPV. Plusieurs pistes de travail sont engagées afin de protéger ce modèle de volontariat : d'une part via une démarche auprès des autorités européennes pour consacrer le caractère spécifique de l'activité de SPV à travers la directive, et d'autre part, au travers de la proposition de transposition de la directive, afin d'en exploiter les larges facultés de dérogation. Les élus et les sapeurs-pompiers peuvent compter sur la mobilisation du Gouvernement pour préserver le modèle français de sécurité civile.