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Risques liés aux opioïdes

15e législature

Question écrite n° 09861 de Mme Catherine Dumas (Paris - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 04/04/2019 - page 1782

Mme Catherine Dumas interroge Mme la ministre des solidarités et de la santé sur l'alerte de l'agence du médicament concernant la hausse des hospitalisations, des décès et des dépendances liés aux opioïdes.

Elle fait référence au rapport de l'agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) publié le 20 février 2019.

Elle rappelle que ces médicaments antidouleurs sont prescrits à près de 10 millions de Français en 2015.

Elle précise que ces médicaments présentent les mêmes propriétés que l'opium et distingue les opioïdes faibles (comme le Tramadol, la codéine ou le Lamaline), des opioïdes forts (comme la morphine, l'oxycodone ou le fentanyl).

Elle souligne que selon le rapport de l'organisme, la prescription d'opioïdes forts, entre 2006 et 2017, a augmenté d'environ 150 %, tandis que celle des opioïdes faibles est restée relativement stable.

Elle s'inquiète du fait que, selon ce même rapport, le nombre d'hospitalisations liées à la consommation d'opioïdes en France a presque triplé (+ 167 %), entre 2000 et 2017, tandis que le nombre de décès a bondi de 146 % entre 2000 et 2015, avec « au moins quatre décès par semaine ».

Elle souhaite donc connaitre les mesures qu'elle envisage pour contrer les ravages de cette consommation excessive d'antidouleurs.



Réponse du Ministère des solidarités et de la santé

publiée dans le JO Sénat du 11/04/2019 - page 1991

Les opioïdes sont des substances d'origine naturelle ou de synthèse, ayant un potentiel d'abus et de dépendance élevé, mais possédant des propriétés pouvant être utiles en thérapeutique. Certains opioïdes sont utilisés comme médicaments, dans le traitement de la douleur ou pour la prise en charge de la dépendance aux opiacés (traitement de substitution). Ils peuvent parfois faire l'objet d'un usage non conforme aux standards thérapeutiques. L'enjeu pour les autorités sanitaires est de garantir l'accessibilité des médicaments opioïdes pour toute personne en ayant besoin tout en sécurisant au mieux leur utilisation. D'autres opioïdes sont illicites et utilisés pour des usages récréatifs ou dans un contexte d'addiction. Les opioïdes, licites ou illicites, peuvent être à l'origine de surdoses avec un risque de décès. En France, le nombre de décès par surdose aux opioïdes (licites et illicites) était estimé à 373 en 2015. Ce nombre tend à augmenter ces 15 dernières années, mais reste sans commune mesure avec la situation des Etats-Unis. L'évolution de la consommation des antalgiques opioïdes est à mettre en perspective avec l'amélioration de la prise en charge de la douleur. Certains signaux incitent cependant à la vigilance, comme le développement d'usages problématiques ou de dépendance concernant des personnes avec des prescriptions d'opioïdes initialement à visée antalgique, et la hausse des hospitalisations en lien avec des intoxications par des opioïdes. Par ailleurs, la diffusion de nouveaux opioïdes de synthèse très puissants tels que les analogues du Fentanyl incite également à une vigilance accrue. Plusieurs mesures en place contribuent à la prévention des surdoses et des décès par surdoses d'opioïdes, parmi lesquelles : un encadrement étroit des conditions de prescription et de délivrance des médicaments opioïdes, une offre sanitaire spécialisée en addictologie en ville et à l'hôpital incluant soins et réduction des risques, une offre de soins structurée pour la prise en charge de la douleur, un dispositif de surveillance (en particulier le dispositif d'addictovigilance de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé organisé dans les territoires par les centres d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance et le dispositif TREND/SINTES de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies). En 2017, a débuté la mise à disposition de Naloxone (antidote spécifique des surdoses aux opioïdes) pour les usagers d'opioïdes et leur entourage afin de permettre une intervention rapide face à un cas de surdose, dans l'attente des secours, suivant les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé. Des travaux sont en cours pour consolider et amplifier ces mesures.