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Suppression de l'émission «Soir 3»

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0856G de Mme Nathalie Delattre (Gironde - RDSE)

publiée dans le JO Sénat du 26/06/2019 - page 9677

Mme Nathalie Delattre. Monsieur le président, monsieur le ministre de la culture, mes chers collègues, en septembre dernier, Soir 3 célébrait ses quarante ans de programmation.

Depuis 1978, cette édition a réussi à s'imposer comme l'un des journaux télévisés préférés des Français, attirant près de 600 000 spectateurs en moyenne tous les soirs, avec, régulièrement, des pics de 1,5 million de téléspectateurs, pour suivre l'actualité, principalement locale. Cette situation aurait pu durer, mais c'était sans compter sur l'annonce des nouvelles orientations stratégiques de France Télévisions.

Officiellement, on parle non pas de suppression de programme, mais de transfert sur Franceinfo.

Pourtant, la disparition de l'émission Soir 3, telle que nous la connaissons tous, semble inévitable, monsieur le ministre. Rebaptisé, remodelé et repensé, le futur 23 heures n'a, à ce jour, même pas l'assurance que l'ensemble des moyens alloués au Soir 3 soient redéployés. Et pour cause, si la nouvelle édition est toujours consacrée à « l'international, l'Europe, la politique nationale, l'économie, et l'environnement », le coup de projecteur quotidien qui était mis sur nos régions et nos territoires va s'éteindre et, avec lui, une certaine idée du service public.

Dans le contexte de l'examen prochain du projet de loi sur la réforme de l'audiovisuel, quel modèle souhaitez-vous défendre, monsieur le ministre ? Celui de la numérisation à tout prix et de la généralisation des chaînes d'infos à toute vitesse ? Ou serez-vous – vous connaissant, je n'en doute pas ! – à l'écoute des maires ruraux, qui ont lancé une pétition pour s'opposer à ce transfert, afin de maintenir une édition locale, proche de leur collectivité ?

Écouterez-vous le CSE, le comité social et économique, de l'établissement, qui s'est opposé hier à l'unanimité à la décision de la direction de France Télévisions, pour défendre un programme audiovisuel regardé par des téléspectateurs, notamment des seniors, qui ne se servent pas des nouvelles sources d'information ?

Enfin, écouterez-vous les usagers-citoyens qui plébiscitent leurs programmes et qui, pour beaucoup d'entre eux, vous regardent aujourd'hui ? Monsieur le ministre, vous êtes le dernier recours, et nous sommes très nombreux à compter sur vous ! (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.)



Réponse du Ministère de la culture

publiée dans le JO Sénat du 26/06/2019 - page 9677

M. Franck Riester, ministre de la culture. Madame la sénatrice Delattre, l'audiovisuel public, pour lequel le Gouvernement a une grande ambition, est essentiel pour notre pays. Et nous comptons bien réaffirmer ses missions, parmi lesquelles figurent bien évidemment l'information et la proximité.

Pour autant, il appartient à la direction de France Télévisions de mettre en œuvre ses grilles de programmation dans la mesure où il existe une indépendance éditoriale évidente des chaînes.

En ce qui concerne l'information et la proximité, il est nécessaire d'adapter les programmes à l'évolution des usages de nos compatriotes, notamment à l'utilisation du numérique, mais pas seulement.

En effet, depuis un certain nombre d'années, nous le voyons, nos compatriotes s'informent de plus en plus via les chaînes d'information en continu. C'est la raison pour laquelle France Télévisions a pris la décision, voilà maintenant quelques années, de créer une telle chaîne d'information. La direction a souhaité aller plus loin dans la réorganisation des programmes en matière d'information, en sanctuarisant les deux rendez-vous sur France 3 et sur France 2 de milieu de journée et de fin d'après-midi, tout en modifiant la fin de soirée.

Aussi, elle a décidé de créer un temps fort sur Franceinfo, la chaîne d'information en continu de France Télévisions, pour muscler cette tranche d'information, qui était effectivement concentrée sur Soir 3. Cette émission commençait vers vingt-trois heures trente, voire, parfois, minuit et ne remplissait pas complètement son rôle au regard de la présence nécessaire de France Télévisions, de l'audiovisuel public, de façon très puissante, sur les créneaux de l'information de proximité et de l'information concernant l'international et l'Europe, de vingt et une heures à minuit.

Cette décision ne remet absolument pas en cause le travail formidable des équipes, mais il faut pouvoir accompagner la direction de la chaîne dans la transformation de ses programmes au service d'une meilleure satisfaction des missions de service public, …

M. le président. Il faut conclure !

M. Franck Riester, ministre. … notamment en matière d'information et de proximité. (M. François Patriat applaudit.)

M. Rachid Temal. On n'a pas compris : Soir 3 est sauvé ou non ?