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Constat de l'illettrisme lors de la journée défense et citoyenneté

15e législature

Question écrite n° 10886 de M. Michel Vaspart (Côtes-d'Armor - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 20/06/2019 - page 3157

M. Michel Vaspart attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse sur la note d'information relative à la journée défense et citoyenneté en 2018.
On y découvre que 11,5 % des jeunes, soit un sur dix, participant à cette journée ont des difficultés de lecture et que 5,2 % sont en situation d'illettrisme, selon les critères de l'association nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI). Ils souffrent en majorité de manque de vocabulaire. Leur lexique est si insuffisant que les mécanismes de compensation de compréhension ne sont que peu efficaces. Ils sont touchés par une difficulté du traitement de la langue écrite en raison d'un manque de mécanismes de base.
Les plus touchés par cette difficulté sont les jeunes n'ayant pas dépassé le collège soit 48,5 % d'eux ont des difficultés de lecture. Pour ceux de niveau lycée général, seuls 4,7 % sont en difficulté.
Il lui demande donc quelles mesures il compte prendre pour remédier à cette situation.



Réponse du Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse

publiée dans le JO Sénat du 19/12/2019 - page 6267

En 2018, les résultats des 710 000 jeunes Françaises et Français âgés de 16 à 25 ans à l'évaluation en lecture passée lors de la Journée défense et citoyenneté sont dans la continuité des précédents. Si la grande majorité sont des lecteurs efficaces, 11,5 % d'entre eux sont en difficulté de lecture. Ces difficultés en compréhension de l'écrit témoignent d'acquis fragiles et d'apprentissages insatisfaisants, qui pourront conduire plus tard à des situations d'illettrisme ; 5,2 % de ces jeunes peuvent d'ailleurs d'ores et déjà être déjà considérés en situation d'illettrisme. On ne saurait se satisfaire de ces résultats, et le ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse est particulièrement impliqué pour remédier à cette situation, d'abord et avant tout par une action de prévention qui consiste à mettre l'accent durant toute la scolarité sur l'acquisition des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter, respecter autrui). Il s'agit de permettre à tous d'atteindre une aisance en lecture et en écriture suffisante pour conserver durablement la maîtrise et le goût de la langue, pour ne pas désapprendre au cours de sa vie et ne pas se retrouver en situation d'illettrisme. Un ensemble de mesures, pédagogiques et organisationnelles, sont mises en œuvre afin d'agir le plus précocement possible et de favoriser des apprentissages durables et solides : un allègement des effectifs de certaines classes pour mieux accompagner les élèves au moment crucial de l'entrée dans la lecture et l'écriture et atteindre l'objectif de 100 % de réussite dans la maîtrise des fondamentaux. En zones d'éducation prioritaire, les classes de CP et de CE1 ont été dédoublées, et les classes de grande section (GS) de maternelle le seront à la rentrée scolaire 2020 ; hors éducation prioritaire, le nombre d'élèves par classe sera progressivement limité à 24 en GS, CP et CE1 ; l'abaissement de l'âge de l'instruction obligatoire à 3 ans, porté par le projet de loi pour une école de la confiance. L'école maternelle est fondamentale pour combattre les déterminismes sociaux. L'enrichissement quotidien du vocabulaire, la découverte de la phonologie et du principe alphabétique, le développement de l'écoute et la compréhension de textes lus par l'adulte et la familiarisation avec les livres développent l'intérêt et le plaisir de l'enfant pour la lecture. Des recommandations, des ressources (sur la phonologie et le vocabulaire) et des actions de formation spécifiques pour les professeurs exerçant à la maternelle sont prévues ; le renouvellement des pratiques pédagogiques dans les classes élémentaires pour plus d'efficacité dans les apprentissages en accompagnant les professeurs,  grâce aux aménagements apportés aux programmes de français de l'école élémentaire et du collège, à des recommandations sur la lecture, l'enseignement de la grammaire et du vocabulaire, à des outils pédagogiques comme le guide « Pour enseigner la lecture et l'écriture au CP » ; des évaluations en CP (début et milieu d'année), CE1 (début d'année) et 6ème (premier trimestre) conçues par le Conseil scientifique de l'éducation nationale. Elles ont pour objectif de repérer très tôt les difficultés de certains élèves, permettant aux professeurs d'adapter leur enseignement à leurs besoins particuliers. Des ressources spécifiques d'aide à la remédiation pour les élèves repérés en difficulté sont mises à la disposition des professeurs. Des dispositifs pour mettre en place une stratégie de soutien aux élèves : à l'école élémentaire, l'heure hebdomadaire d'activité pédagogique complémentaire est réorientée vers des activités de lecture et de compréhension ; au collège, les deux heures d'accompagnement personnalisé sont consacrées à la compréhension pour les élèves de 6ème qui, selon les évaluations faites en début d'année, ont une maîtrise insuffisante ou fragile des compétences en lecture et compréhension de l'écrit ; le dispositif « Devoirs faits », au collège, est ouvert à tous les élèves, mais les élèves les plus fragiles sont fortement incités à bénéficier de ce soutien pour surmonter leurs difficultés ; les stages de réussite, organisés pendant les vacances de printemps et d'été à l'école élémentaire et au collège, ont pour objectif de consolider les notions vues en classe et de combler d'éventuelles lacunes dans la maîtrise de la lecture, de l'écriture ou des mathématiques, particulièrement pour les élèves les plus fragiles ; le « Contrat de réussite », destiné à prévenir le redoublement, doit aussi permettre un accompagnement renforcé des élèves ayant des difficultés en lecture : très en amont du conseil de classe du troisième trimestre, un programme spécifique est établi pour accompagner les élèves. Parallèlement, le ministère se mobilise en faveur du livre et de la lecture afin de faire naître et croître le goût de la lecture, de former des lecteurs compétents et actifs aimant la lecture sous toutes ses formes : un renforcement de la place du livre dans les écoles primaires par un plan d'investissement pluriannuel dans les bibliothèques d'école. Des crédits (2,5 M€ en 2018, 2 M€ en 2019) sont mobilisés pour constituer des fonds dans les écoles les plus éloignées de bibliothèques publiques et peu ou pas dotées en livres. En 2018, plus de 1 500 écoles primaires ont bénéficié de ce plan, et plus de 300 000 livres ont été achetés et mis à la disposition des élèves ; la distribution en fin d'année scolaire à tous les élèves de CM2 d'un recueil de fables de La Fontaine illustrés par dessinateur renommé pour encourager la lecture sur le temps de loisir : l'opération « Un livre pour les vacances » a été reconduite en juin 2019 pour la troisième année consécutive, avec le concours du dessinateur Olivier Voutch. Plus de 1,8 million de livres en cumulé ont ainsi été offerts aux enfants depuis 2017 ; l'instauration d'un temps de lecture personnelle quotidien, appelé « quart d'heure lecture ». Les écoles et les collèges sont invités à banaliser un moment de la journée pour permettre à chacun de lire en silence le livre de son choix. Ces différentes mesures, en faveur d'une amélioration des conditions d'apprentissage, de la qualité des enseignements dispensés, de la détection des élèves en difficulté et de la remédiation qui leur est proposée, et de la place du livre et de la lecture à l'école permettront à chaque élève d'acquérir durablement la maîtrise de la lecture.