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Lutte contre le radicalisme

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0951G de M. Cédric Perrin (Territoire de Belfort - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 10/10/2019

M. Cédric Perrin. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.

Jeudi 3 octobre, l'inimaginable s'est produit au cœur de la préfecture de police, frappée par un ennemi de l'intérieur.

Je veux tout d'abord m'incliner devant la douleur des familles, leur exprimer ma solidarité et saluer, au nom de mes collègues sénateurs, le sacrifice des victimes : Aurélia Trifiro, Damien Ernest, Anthony Lancelot, Brice Le Mescam.

Permettez-moi d'avoir moi aussi une pensée pour nos amis allemands, victimes de l'attaque d'une synagogue.

Monsieur le ministre, j'aimerais que nous puissions nous en tenir aux faits et comprendre ce drame gravissime.

Depuis 2015, des dizaines d'attentats ont été déjoués grâce aux services de renseignement. Je souhaite saluer le travail de nos forces de l'ordre. Mais comment un membre de ces services a-t-il pu prendre pour cible ses camarades ? Comment un terroriste a-t-il pu travailler dans un lieu dont la mission est d'identifier les individus dangereux ?

Cet attentat implique de surcroît un informaticien qui disposait de l'accès à un nombre important d'informations sensibles. À quels fichiers pouvait-il accéder ?

Avez-vous identifié ses contacts en France et à l'étranger ?

Quelle protection est mise en œuvre pour les policiers potentiellement en danger ?

J'aimerais saluer le travail de la délégation parlementaire au renseignement, présidée par M. Christian Cambon, qui contribue à éclaircir cette affaire.

Monsieur le ministre, vous n'avez rendu service à personne en répétant, quelques heures après les faits, le mantra « il n'y a ni faute, ni dysfonctionnement, ni angle mort. »

Vous expliquez avoir dit la vérité des éléments connus au moment où vous vous exprimiez. Mais aviez-vous interrogé le Service central du renseignement territorial, le SCRT, ou la Direction générale de la sécurité intérieure, la DGSI, placés sous votre tutelle, pour savoir si l'auteur des faits était connu d'eux ?

N'aurait-il pas été plus prudent de vous en tenir à la compassion et au constat de la gravité de la situation ?

Le phénomène de radicalisation existe au sein de l'administration dans des secteurs stratégiques. Nous devons être capables d'écarter ces personnes radicalisées et porteuses d'une idéologie claire : détruire notre société démocratique et les valeurs qu'elle représente.

Enfin, monsieur le ministre, je vous invite, pour terminer, à un peu d'introspection : quel phénomène de cécité, de faiblesse, de lâcheté ou de crainte a-t-il pu conduire à l'absence de réaction ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)



Réponse du Secrétariat d'État auprès du ministre de l'intérieur

publiée dans le JO Sénat du 10/10/2019 - page 12931

M. Laurent Nunez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, je veux d'abord vous remercier d'avoir rendu hommage aux victimes de l'attaque terroriste de jeudi dernier. Nous y sommes bien évidemment très sensibles, le ministre de l'intérieur et moi-même.

Le ministre l'a rappelé, tout est fait maintenant, et ce depuis 2014, depuis 2015, pour lutter contre le terrorisme en déployant le personnel, car nous mobilisons énormément d'effectifs, en y mettant les moyens budgétaires et en échangeant les informations entre les services. Oui, tout est fait pour que nous soyons les plus performants possible ! Nombreux sont les services qui travaillent sur ces questions. Cette action va se poursuivre, vous l'imaginez bien.

Vous posez un certain nombre de questions extrêmement précises sur l'attaque de la semaine dernière. Vous vous en doutez, je ne peux pas répondre à toutes ces questions, mais seulement à certaines d'entre elles.

Au moment où nous nous sommes rendus jeudi dernier, Christophe Castaner et moi-même à la préfecture de police de Paris, nous avons consulté, cela va de soi, les services spécialisés, notamment le renseignement territorial. Aucun ne connaissait cet individu, pour répondre à l'une des questions que vous posez. L'homme n'était pas connu de la Direction générale de la sécurité intérieure, que j'ai dirigée. Si tel était le cas, c'est parce que, comme le précisait M. le Premier ministre, les signaux de radicalisation de cet individu n'ont pas donné lieu à un signalement. Et il nous va falloir absolument déterminer pour quelles raisons le signalement n'a pas eu lieu.

C'est bien là toute la difficulté de cette affaire. C'est pourquoi une enquête judiciaire est en cours. Destinée à déterminer les relations qu'a eues cet individu, elle nous permettra de répondre à votre question sur ses contacts.

De la même façon, une inspection du service du renseignement va diligenter une enquête auprès de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris pour essayer de comprendre pourquoi ces signaux n'ont pas abouti à un signalement, ce qui, je vous le concède, peut paraître extrêmement aberrant dans un service chargé de la lutte antiterroriste. C'est tout cela qu'il nous faudra élucider.

Quant aux transmissions de données auxquelles cet individu a pu procéder, l'enquête judiciaire nous éclairera très vite. Sur ce sujet-là, pour la protection de nos fonctionnaires de police, Christophe Castaner et moi-même souhaitons que les choses puissent aller le plus vite possible. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM.)